mardi 12 avril 2016

Qui se cache derrière Montasser Alde'Emeh, expert en déradicalisation ?


Qui est vraiment Montasser Alde'Emeh, prétendu expert en déradicalisation ? - © JOHN THYS - AFP

Inculpé dans le cadre d'une affaire de faux en écriture, le chercheur autoproclamé (et autofinancé) belgo-palestinien Montasser Alde'Emeh est actuellement sur la sellette.  
Pourtant, l'homme, islamologue et plutôt médiatisé, notamment dans le cadre des affaires de djihadisme belge, est très prisé par les médias flamands.
D'après la justice, il aurait fourni une fausse attestation pour faire libérer un présumé djihadiste. Un document qui prétendrait de manière mensongère que le détenu aurait fréquenté, à Molenbeek, un centre de déradicalisation où œuvrait le chercheur.
CLAIR OBSCUR
Côté pile, Montasser Alde'Emeh est molenbeekois, néérlandophone et fils de réfugiés palestiniens.
Détenteur d'un master à la KUL, il prépare actuellement une thèse de doctorat sans financement, dans une université hollandaise. La presse internationale prestigieuse l'interviewe également régulièrement.
Il faut dire que sa connaissance du terrain est inégalée dans les milieux académiques. Il a passé plusieurs semaines en Syrie, en 2014, au côté des combattants de l’État Islamique. Il est aujourd'hui encore en contact avec des jeunes tentés ou convaincus par le djihadisme.
Aujourd'hui, il est devenu "la personne" ressource des parents désemparés par le départ d'un enfant en Syrie. Il sert de lien, donne des nouvelles des fils partis. Incontestablement, il comble le vide laissé par les autorités.
SOLITAIRE ET AUTONOME
Mais côté face, Montasser Alde'Emeh c'est aussi un personnage qui suscite méfiance et questionnements. Un beau parleur qui aime le feu des projecteurs. D’abord parce que le centre "De weg naar" n'existe pas encore officiellement. Il n'a en tout cas pas ou pas encore de structure juridique. Même sa localisation précise n'est à ce jour pas connue des autorités locales.
Ensuite parce qu’à la presse et à son entourage, il dit œuvrer à la déradicalisation. Mais son projet n'est pas défini clairement, il ne cherche ni le contact avec les autorités, ni le soutien financier.
En fait, Montasser Alde'Emeh travaille seul, ou avec des bénévoles. Mais sans éducateur, sans psychologue, sans assistants sociaux. Néerlandophone, il parle peu le français, mais prétend ne pas être freiné dans ses contacts avec les jeunes Belges d'origine marocaine. Il peut, dit-il, se débrouiller avec l'arabe, et les dialectes.
Un manque de transparence qui effraie. Et ses contradictions à répétition, en refroidissent plus d'un. 



"Au musulman hypocrite: IL EST TEMPS D'ACCUSER L'IMAM QUI NE PARLE PAS TA LANGUE" 

Julien Collignon   Source: Knack

© Eric De Mildt. 

L'opinion de Montasser AlDe'emeh, diffusée dans le magazine flamand Knack, est partagée massivement sur les réseaux sociaux depuis lundi, à tel point que c'est devenu l'un des sujets tendances sur Twitter. Cet expert en radicalisation adresse un message à ceux qu'ils qualifient de "musulmans hypocrites". En voici sa traduction.
"Tu aspires à la tolérance, mais tu es toi-même intolérant.

Tu aspires à l'amour entre les peuples, entre les personnes, mais tu détestes ceux qui ne pensent pas comme toi.

Tu prônes la diversité dans notre société, mais quand quelqu'un de la même origine est différent de toi, tu es le premier à le descendre.

Tu accuses les autres de racisme, pendant que tu fais toi-même quotidiennement des remarques racistes.

Tu demandes aux autres d'être empathiques, mais tu ne montres aucune empathie à l'égard de ceux qui ont été victimes des actes de personnes venant de ta communauté.

Non, tu leur cherches des prétextes et des excuses. Même pour les combattants de l'EI.

Pourquoi ne cherches-tu aucune excuse aux hooligans qui ne peuvent plus supporter les actes de personnes venant de ta communauté, qui expriment leur consternation après les attentats de Bruxelles et Zaventem? Non, tu accuses la Syrie et l'Irak quand on parle de ces attentats. C'est totalement déplacé, parce que des attentats contre des innocents ne peuvent en aucun cas être relativisés.

Tu appelles "mécréants" les non-musulmans, proclames ceux qui ont une autre conception de l'islam comme des infidèles, et tu les excommunies. Pourquoi n'ai-je pas vu ta protestation contre les autres musulmans qui salissent votre foi? Mais tu es pourtant en colère quand quelqu'un fait un dessin idiot du prophète. Ensuite, tu commences à railler les autres à partir de ta propre indignation.

Si nous constatons aujourd'hui que les jeunes qui sont allés dans nos écoles finissent par se faire exploser au milieu de leurs concitoyens, alors nous ne pouvons que constater que c'est la communauté d'où viennent ces jeunes  - leur famille, les imams, les représentants - qui a échoué. Pas l'état.

Pas l'état, qui a fait en sorte que tu puisses étudier gratuitement, que des milliers de personnes - dans ta propre communauté - puissent habiter dans des logements sociaux et obtenir des avantages. Qu'ils puissent profiter de tous les droits et de toutes les libertés. Et qu'ils puissent vivre en toute sécurité.

Il est temps que tu te mettes devant le miroir. Que tu n'échappes plus à tes responsabilités. Que tu arrêtes de chercher des excuses à tes échecs personnels. Il est temps que tu pointes ta propre famille, ta propre communauté, les gens qui te représentent, les imams qui ne parlent pas ta langue. Il est temps que tu te remettes un peu en question.

La Belgique m'a donné toutes les chances possibles. Si tu ne le reconnaissais pas, tu serais déjà parti depuis longtemps. Pourquoi ne te poses-tu pas la question de savoir pourquoi tu choisis la Belgique plutôt que le pays de tes ancêtres?

Je sais pourquoi: parce qu'ici, on est sacrément bien.

Regarde un pays comme le Liban, où les Palestiniens - je suis moi-même palestinien - ne peuvent pas exercer des dizaines de professions, ne reçoivent pas la nationalité libanaise et ne peuvent pas acheter de maison.

Ou regarde la Syrie, où la population se fait massacrer.

Ou poussons le bouchon encore plus loin: regarde les djihadistes de l'EI qui tranchent la gorge de musulmans qui pensent différemment.

Est-ce qu'on est si mal que ça en Belgique? Je suis ici un citoyen libre, content de pouvoir vivre ici. Pourtant j'ai aussi quitté Bruxelles pendant un moment. Mon père voyait des jeunes qui traînaient en rue en fumant du hashish. Il a vu des jeunes qui cambriolaient des voitures, piquaient des portefeuilles, arrachaient les colliers des femmes, volaient des mobylettes ou commettaient des attaques à main armée.

Il ne voulait pas que ses enfants soient confrontés à ça. Je dois remercier mon père de m'avoir fait grandir dans un petit village flamand. C'est grâce à sa décision que j'ai pu entamer des études universitaires, que j'ai réussies. Il a mis dix enfants au monde et il a pris ses responsabilités en tant que père. J'ai décidé plus tard de revenir à Bruxelles, comme enfant de cette société.  Je n'ai pas besoin de communauté religieuse pour me représenter. Il est temps que tu t'aperçoives aussi que tu n'en as pas besoin. Il est temps que tu contribues aussi à cette société en tant que citoyen libre. Alors lève-toi et protège cette société qui nous est si chère."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
IL EST TEMPS QUE TU TE METTES DEVANT LE MIROIR. QUE TU N'ÉCHAPPES PLUS À TES RESPONSABILITÉS.

"Si nous constatons aujourd'hui que les jeunes qui sont allés dans nos écoles finissent par se faire exploser au milieu de leurs concitoyens, alors nous ne pouvons que constater que c'est la communauté d'où viennent ces jeunes  - leur famille, les imams, les représentants - qui a échoué. Pas l'état.
Pas l'état, qui a fait en sorte que tu puisses étudier gratuitement, que des milliers de personnes - dans ta propre communauté - puissent habiter dans des logements sociaux et obtenir des avantages. Qu'ils puissent profiter de tous les droits et de toutes les libertés. Et qu'ils puissent vivre en toute sécurité. Je n'ai pas besoin de communauté religieuse pour me représenter. Il est temps que tu t'aperçoives aussi que tu n'en as pas besoin. Il est temps que tu contribues aussi à cette société en tant que citoyen libre. Alors lève-toi et protège cette société qui nous est si chère." 

Cette confession surprenante montre une chose : l’importance de l’éducation familiale et celle de l’enseignement. C’est indirectement un plaidoyer contre les écoles ghettos bruxelloise.
Elle montre aussi hélasque l'interculturel patine. 
MG


BRUXELLES: MULTICULTURELLE OUI, MAIS INTERCULTURELLE ?
Alterėchos
Par Marie Jauquet


Our City, un film de Maria Tarantino explorant Bruxelles et la grande diversité culturelle qui l’habite, était projeté au Bar Bravo par le Cafébabel. L’occasion de s’interroger sur les enjeux de cette diversité.
Des enfants qui jouent dans la neige, des joueurs de criquet, un ex-réfugié politique iranien maintenant taximan et poète à ses heures perdues, une jeune créatrice de bijoux d’origine Touareg, des travailleurs portugais, l’aristocratie russe, des employés du quartier européen et des jeunes molenbeekois… Tout ce beau monde et bien plus encore est représenté dans le film documentaire Our City de Maria Tarantino (Lire son interview, «Bruxelles plurielle», sur le site d’Alter Échos). Avec un nom pareil, vous vous direz, on ne peut que faire du cinéma. Pourtant, la réalisatrice a d’abord étudié la philosophie. Peut-être la raison pour laquelle le film prend une forme si poétique: une balade urbaine à travers les paysages de Bruxelles ainsi que ses habitants, accompagnée d’une bande sonore originale et flottante permettant de passer d’une séquence à une autre sans avoir le tournis. En plus de la bande son, la musique des langues. Ici, le portrait kaléidoscope d’une ville cosmopolite aux multiples visages.
Plus d’un an après sa sortie en salle, c’est lors d’un ciné-débat organisé par le Cafébabel, un média européen en ligne, que Maria Tarantino et Hamel Puissant, formateur au Centre Bruxellois d’Action Interculturelle (CBAI), ont pu discuter de la célèbre «Bruxelles multiculturelle». En 2015, un rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) établissait un classement des grandes villes du monde selon leur taux de population née à l’étranger. Bruxelles était deuxième avec un taux de 62%. Le fait d’être la capitale européenne joue bien sûr un rôle là-dedans. De nombreuses personnes migrent vers Bruxelles «car elles s’imaginent pouvoir trouver du travail dans un lieu considéré comme ‘mythique’» déclare Hamel Puissant.
DES LIEUX DE RENCONTRES MULTICULTURELS
Selon la réalisatrice, «À Bruxelles, les cultures ne se côtoient pas. Le partage, c’est une problématique à Bruxelles. Il y a des questions qui se posent en terme de gestion de l’espace commun, quelles occasions partager, comment se faire rencontrer ces cultures pour qu’elles laissent de côté les impressions négatives qu’elles ont les unes des autres?»
Hamel Puissant et le CBAI voient les choses différemment. Ils estiment que les gens se rencontrent: «Les gens se côtoient, qu’ils le veuillent ou non: ils vivent ensemble sur le même territoire, se croisent dans les transports en commun, les files d’attente, les lieux de loisirs, les parcs, le travail etc…Si on prend la définition sociologique du mot ‘ghetto’, il n’y en a pas à Bruxelles. Pour qu’il y ait ghetto, il faut que plus de la moitié de la population d’un quartier soit homogène. Je connais seulement deux quartiers de Bruxelles qui répondent à ce critère: le quartier américain à Auderghem et le quartier japonais à Woluwe.»
Mais Maria Tarantino considère que vivre sur le même territoire ne suffit pas car des barrières invisibles existent, des barrières presque physiques imposées par la manière dont chacun voit la ville: «Des lieux de rencontres multiculturelles physiques il n’en existe que très peu. Les gens voient leurs villes de manière restreinte selon leur classe sociale et leurs attaches. De plus, il existe cet auto-exil, ce manque de confiance qui fait que les gens ont peur d’aller dans d’autres quartiers.»
INTERCULTURALITÉ
Si le représentant du CBAI et la réalisatrice s’accordent finalement sur un point, c’est sur le fait d’encourager la mixité culturelle, l’interculturalité. La multiculturalité seule ne suffit pas.
Mais c’est quoi la différence entre multiculturalité et interculturalité? «La multiculturalité c’est simplement la présence de plusieurs cultures dans un lieu quelconque. On n’en fait pas du tout un synonyme de l’interculturalité qui implique la rencontre entre une personne avec des identités multiples et une autre personne avec d’autres identités. L’interculturel c’est des gens qui se sont rendus compte qu’il ne suffisait pas d’être ouverts et tolérants. Il faut s’intéresser à l’Autre et prendre conscience de la partie immergée de son iceberg culturel. C’est cette partie qui cause problème et sur laquelle il faut faire des compromis» explique Hamel Puissant.
Il ajoute: «Attention quand je dis qu’il y a rencontres, il en faut plus. Faire des festivals dans la rue etc., ça ne suffit pas, juste écouter la musique ou manger la nourriture de quelqu’un de culturellement différent ça répond à la partie visible de l’iceberg. Là où il faut travailler, c’est sur des choses plus profondes: les croyances et les conceptions. Ce n’est pas facile, mais c’est là que l’interculturel se joue.» 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’INTERCULTUREL PATINE 

«À Bruxelles, les cultures ne se côtoient pas.. Il y a des questions qui se posent en terme de gestion de l’espace commun, quelles occasions partager, comment se faire rencontrer ces cultures pour qu’elles laissent de côté les impressions négatives qu’elles ont les unes des autres?»
«Des lieux de rencontres multiculturelles physiques il n’en existe que très peu. Les gens voient leurs villes de manière restreinte selon leur classe sociale et leurs attaches. De plus, il existe cet auto-exil, ce manque de confiance qui fait que les gens ont peur d’aller dans d’autres quartiers.»
«La multiculturalité c’est simplement la présence de plusieurs cultures dans un lieu quelconque. On n’en fait pas du tout un synonyme de l’interculturalité qui implique la rencontre entre une personne avec des identités multiples et une autre personne avec d’autres identités. L’interculturel c’est des gens qui se sont rendus compte qu’il ne suffisait pas d’être ouverts et tolérants. Il faut s’intéresser à l’Autre et prendre conscience de la partie immergée de son iceberg culturel. C’est cette partie qui cause problème et sur laquelle il faut faire des compromis»
Il ajoute: «Attention quand je dis qu’il y a rencontres, il en faut plus. Faire des festivals dans la rue etc., ça ne suffit pas, juste écouter la musique ou manger la nourriture de quelqu’un de culturellement différent ça répond à la partie visible de l’iceberg. Là où il faut travailler, c’est sur des choses plus profondes: les croyances et les conceptions. Ce n’est pas facile, mais c’est là que l’interculturel se joue.» (Hamel Puissant).

Tout est dit sauf peut-être que l’attitude interculturelle participe d’un volontarisme dont assez peu de Bruxellois se montrent capables. Il existe des lieux qui soient des incubateurs d’interculturalité.
DiverCity a fait autrefois une longue enquête sur ce sujet au début de la création de ce blog.
Cette enquête est accessible aux lecteurs de ce site. Six ans plus tard, le bilan est assez maigre.
Toutefois je tiens à dire que chaque vraie rencontre interculturelle que j’ai faite s’est soldée par un réel enrichissement culturel personnel. C’est peu de le dire. C’est exaltant de le vivre.
Le dialogue interculturel est une nécessité et une priorité.  C’est peu de le dire ; c’est impressionnant de le vivre.  
Il est tellement plus facile de céder à sa pente xénophobe. Et ceci est vrai autant pour les 48% de Bruxellois belgo belges que pour les 62% de Bruxellois d’origine étrangère.  
MG
  

1 commentaire:

Îssâ a dit…

Salut,


merci pour votre contribution à la tolérance & au partage concernant
l'interculturalisme.

Sur le texte adressé aux musulmans, je ressens de l'agressivité.
Il me semble également que le texte a été traduit, & plutôt pas bien traduit à mon humble avis.

@+ ?