lundi 18 avril 2016

Schaerbeek: tension au PS après les "propos" d'Yves Goldstein sur les jeunes musulmans et les terroristes


Yves Goldstein, lors du forum, organisé deux jours avant les attentats de Bruxelles. - © Brussels Forum 2016 

Karim Fadoul
La tension est plus que palpable au sein de la section du PS schaerbeekois. Son tout nouveau président, Yves Goldstein, par ailleurs chef de cabinet du ministre-président bruxellois Rudi Vervoort et proche de Laurette Onkelinx, aurait-il stigmatisé toute la communauté musulmane lors d'une récente table ronde organisée le 20 mars dans le cadre du German Marshall Fund's Brussels Forum 2016? Certains le pensent au sein de sa propre section.
Qu'a dit cette importante tête pensante du PS bruxellois? Lors de cet échange avec d'autres intervenants dont l'ancien juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière, Yves Goldstein a déclaré, selon le New York Times qui a reproduit les propos, qu'à Schaerbeek et Molenbeek sur base d'avis d'"amis enseignants", "90% des élèves, âgés de 17 ou 18 ans, considèrent les terroristes de Paris comme des héros". Des propos chocs relativisés peu après par l'intéressé. "Je parlais en fait d'un ami enseignant qui évoquait ce qui se passait dans sa classe".
L'ALCOOL DANS LE QUARTIER TURC ET SALAH ABDESLAM DANS LE TRAM
Mais pour beaucoup au sein de la section PS schaerbeekoise, les propos sont stigmatisants. Les remarques ont été nombreuses. Plusieurs élus socialistes ont fait part de leur désapprobation via les réseaux sociaux, de manière toujours discrète. A tel point que Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du PS a dû réagir. Fin de semaine dernière, la page Facebook du PS Schaerbeek décidait de mettre en ligne la vidéo de la table ronde à laquelle participait son président deux jours avant les attentats de Bruxelles. Il y parle clairement en anglais, d'"amis enseignants" au pluriel dans "des écoles". Il raconte aussi une anecdote, dans le tram: "Certains jeunes voyageurs disaient qu'ils considéraient Salah Abdeslam comme un héros". Ou encore que "lorsque l'on va manger une pide dans le quartier turc de Schaerbeek, il n'y a plus qu'un restaurant qui sert de l'alcool. Ce n'était pas le cas il y a 15 ans. C'est une évolution."
"JE ME REFUSE À STIGMATISER TOUTE UNE COMMUNAUTÉ"
Mais très régulièrement, lors de cette conférence, Yves Goldstein nuance et contextualise fortement: "Je ne dis pas que l'intégration est un échec partout. Je dis que l'intégration a échoué à Molenbeek" quand dans cette commune on croise les mêmes personnes à l'école, chez le boulanger... "Est-ce cela la vraie diversité?", se pose Yves Goldstein. "Salah Abdeslam a pu se cacher pendant quatre mois à Molenbeek, grâce à ses connections. Je ne dis pas que tous ceux qui l'ont aidé sont des terroristes. Mais elles se sont dit que peut-être elles pouvaient l'aider." Il insiste encore: "Il n'y a pas un problème dans toute la communauté. Je me refuse à stigmatiser toute une communauté. Des success-story (avec des Bruxellois de confession musulmane), il y en a partout, dans mon travail, avec mes collaborateurs..."
"400 MILLIONS AUSSI POUR LA CULTURE ET L'ÉDUCATION"
Pour Yves Goldstein, la seule arme pour permettre de sortir de cet échec, c'est le développement urbain et "permettre aux jeunes d'êtres connectés au monde, aux autres cultures, de voir les différences, d'avoir des rêves." Pour Yves Goldstein, quand le Fédéral débloque 400 millions pour la sécurité, "il faut débloquer le même montant pour la culture et l'éducation". Selon le chef cab, "la priorité doit être la jeune génération. Et peu importent la religion, la philosophie, la couleur, on doit créer de nouvelles formes de mixité qui permettent de ne pas voir ces différences. Ce qui doit être important, c'est ce qu'ils partagent et pas ce qui les séparent. La différence est une richesse. Pour moi, en tant que juif, c'est important, de découvrir d'autres cultures, d'autres religions, la laïcité, la diversité gastronomique... C'est ce qui fait que Bruxelles est si belle. C'est aussi reconnaître à chaque personne sa valeur ajoutée dans cette société. On peut la construire ensemble, sans stigmatisation, sans simplification, sans racisme mais sans déni sur la réalité."
Le mal a-t-il cependant été fait? Yves Goldstein a dû aussi s'expliquer par mail auprès des membres de sa section. Mail que la RTBF a pu consulter. Il parle d'un article du New York Times "déformant" ses propos "hors contexte". A ses membres, il écrit: "Nous nous connaissons, vous me connaissez, qui peut avoir l'honnêteté de croire que j'ai pu tenir les propos qui sont mis dans ma bouche? Prendre contact directement avec moi vous aurait permis d'entendre les faits de ma voix avant de s'exprimer sur les réseaux sociaux." Il insiste à nouveau: "Sur le fond, je n'ai évidemment jamais dit que 90% des jeunes musulmans de Bruxelles considéraient les terroristes comme des héros."
UNE RÉUNION CE MARDI
Ce mardi, une réunion des mandataires locaux est prévue. A l'ordre du jour (bouclé de longue date), la préparation du conseil communal du lendemain. Mais il va sans dire que les fameux "propos" seront abordés. "Habituellement, Laurette Onkelinx, qui est élue au conseil communal, ne vient pas à ces réunions. Mais si elle assiste à cette réunion, c'est que ce qui s'est passé mérite qu'elle s'y penche", souffle une source interne. Le 25 avril, un comité de la section locale est à l'agenda cette fois en présence de tous les membres de la section. Ici aussi, certains devraient exprimer des critiques suite à la sortie d'Yves Goldstein. Lequel aura la possibilité de repréciser le fond de sa pensée.
Rappelons qu'en 2012, Yves Goldstein, alors candidat aux communales, avait été la cible de tracts antisémites. Des attaques condamnées alors par l'ensemble de la section et qui avaient fait l'objet d'une plainte. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CHALLENGER 

Rien ne va plus entre la section du PS de Schaerbeek et son président. Les propos à tous le moins maladroits de ce dernier ont déclenché contre lui la colère de sa section majoritairement issue de la Communauté musulmane schaerbeekoise qui se sent ostracisée par ses dires. On s’attendrait  à de tels propos plutôt dans la bouche d’un Jan Jambon que dans celle d’un haut dignitaire du PS.
On voit difficilement comment Yves Golstein, le protégé de la « Schaerbeekoise » Laurette Onkelinx, pourrait demeurer à la tête de cette section après un tel incident. Selon une rumeur, Ahmed  Laaouej (Député fédéral, chef de groupe PS au Conseil communal de Koekelberg) aurait été vu à diverses reprises dans les cafés « marocains » des abords de la Cage aux Ours. Certains sont persuadés que le très brillant socialiste préparerait son arrivée à Schaerbeek pour défier en 2018 le bourgmestre Clerfayt dans la Cité des Ânes. Parachutée à Schaerbeek, Laurette Onkelinx a échoué par deux fois dans sa tentative de s’emparer de la maison communale scherbeekoise.  « On » ne serait pas disposé à lui accorder une troisième chance. Mais le très populaire Laaouej pourrait réussir là où la Dame de Lasne a trébuché.  
MG



"NON MONSIEUR JAMBON, ON N'A PAS VU DE MUSULMANS DANSER"

Un expert anti-radicalisation d'une des communes bruxelloises les plus impactées par le phénomène explique n'avoir vu aucun musulman danser après les attentats.
C'est pourtant ce qu'a affirmé, sans donner plus de détails, le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (NVA) dans une interview déjà polémique parue samedi.
Le ministre l’Intérieur Jan Jambon (NVA) a affirmé, dans un entretien paru samedi dans le quotidien flamand De Standaard qu’"une partie significative de la communauté musulmane a dansé à l’occasion des attentats". "Les terroristes, on peut les arrêter, les écarter de la société. Mais ils ne sont qu’une pustule. En dessous se trouve un cancer beaucoup plus difficile à traiter. Nous pouvons le faire, mais pas du jour au lendemain", assure encore le ministre, qui revendique de dépasser "la pensée politiquement correcte" et d’"appeler un chat un chat". Précisons que le ministre n'indique pas à quels attentats il fait référence.
Les propos du ministre sont en tout cas formellement démentis par un fonctionnaire de prévention travaillant pour la cellule anti-radicalisation d'une des communes les plus impactées par le phénomène."On n'a vu aucune scène de danse et ce, que ce soit après les attentats de Charlie Hebdo ou du 13 novembre", s'étonne ce fonctionnaire, qui tient à son anonymat. "Le ministre fait des amalgames. C'est un amalgame délicat. On cherche justement dans notre travail quotidien à déconstruire les amalgames avec la population musulmane. Il y a bien sûr une partie de la population musulmane qui s'est radicalisée, mais il s'agit d'une extrême minorité", ajoute-t-il.



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