vendredi 20 mai 2016

Débat: pour ou contre révolutionner l’école?


Le Soir
Selon notre Grand baromètre, les citoyens rejettent les idées du Pacte d’excellence. Pourquoi ? 

• ©Bruno Dalimonte / Le Soir
Que pensent les francophones des principales propositions du Pacte d’excellence pour l’enseignement ? Ils n’en veulent pas, selon le Grand Baromètre RTL/Ipsos/Le Soir.
72 % des sondés s’opposent, par exemple, au caractère exceptionnel du redoublement. Le rejet est tout aussi massif (71 %) quant à l’idée d’allonger la journée d’école jusqu’à 17 h ou 17 h 30, de façon à ce que le gros des devoirs à domicile soit exécuté à l’école. La proposition de revoir le système de congés pour donner au minimum 15 jours de pause d’affilée ? Rejetée aussi !
Finalement, une seule des idées phares du Pacte a le soutien d’une majorité des personnes sondées : descendre l’obligation scolaire à 3 ans.
UNE ÉCOLE DIFFÉRENTE ?
Comment expliquer un tel rejet de ces propositions ? Sommes-nous contre l’idée de révolutionner l’école ? Ou sont-ce les propositions en elles-mêmes qui dérangent ? Les aspects pratiques qui en découlent ?


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE ECOLE A BOUT DE SOUFFLE 

L’école à l’ancienne a fait son temps. Elle a rempli son contrat établi au 18 ème siècle et peaufiné au 19 ème. Elle a accompagné la révolution industrielle et nourri les grands élans nationalistes et fourni à la société l’essentiel de ses élites tout en formant  assez correctement l’ensemble des citoyens jusqu’u milieu du XXème siècle. Mais la société n’a cessé de changer depuis cinq à six décennies sans que l’école n’en ait cure.
La révolution numérique lui a porté un coup fatal dont elle ne se relèvera pas. Certes, il y a ça et là, des enseignant(e)s créatifs et originaux capables et désireux d’utiliser en classe les ressources inouïes qu’offre désormais la toile comme auxiliaire pédagogique et ce dans tous les domaines du curriculum.
A l’évidence, la formation des maîtres fait peu de cas de la révolution numérique et seule une infime minorité de normaliens,  futurs régents et masters universitaires « autodidactes » sont capables et désireux de tirer parti du savoir informatique auquel presque tous les élèves ont accès. Génération X et génération Y ont grandi avec un ordi et/ou un smartphone dans le berceau.
L’école en est toujours à exiger la mémorisation de tables de multiplications, de listes de vocabulaires interminables, de temps primitifs, de formules mathématiques selon un très vieux paradigme didactique « faites ceci en mémoire de moi ». On me dira qu’elle s’applique désormais, non sans réticence à entraîner, bon an mal an, des aptitudes.
Je connais une jeune femme institutrice diplômée qui ayant terminé brillamment son école normale s’est inscrite à la faculté de psychopédagogie à l’université où elle s’ennuie comme un rat mort alors qu’elle possède une maîtrise exceptionnelle de la didactique par la tablette acquise sur le terrain et surtout au cours d’un stage Erasmus dans une école suisse qui a tout misé sur les outils informatiques.
Certes l’informatique à elle seule ne sauvera pas l’école, mais sans informatique, l’école est condamnée à l’échec face à une population jeune pour qui elle n’a pas de secret.
On aimerait que les enseignants inculquent de toute urgence ce qui terriblement fait défaut à une majorité de jeunes : l’esprit critique face au flux et au flot des informations qui envahissent la toile et auxquelles ils ont accès sans discrimination.  Faut-il rappeler encore une fois que les recruteurs djihadistes sévissent par priorité sur les réseaux sociaux fréquentés par la majorité des adolescentes et adolescents.
Faut-il rappeler que l’enseignement organisé par la fédération Wallonie Bruxelles est à la fois le plus dispendieux, le moins efficace et le plus discriminatoire de l’OCDE.
Il serait temps que les syndicats sortent enfin de leur conservatisme archaïque et prennent conscience qu’à vouloir à tout prix préserver les  acquis de leurs affiliés ils empêchent le système de se métamorphoser en s’adaptant à l’ère du numérique. Ecrire cela c’est un peu comme cracher en l’air pour dire qu’il pleut.
MG 

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