mercredi 11 mai 2016

Le flux des combattants de l’EI à une échelle "sans précédent"


CHRISTOPHE LAMFALUSSY La Libre Belgique

Le flux des combattants étrangers vers l’Etat islamique est "sans précédent et à une échelle jamais vue auparavant", estime la conseillère en contre-terrorisme du président Obama, Lisa Monaco, dans une interview à Bruxelles avec quelques journalistes.
Lisa Monaco et d’autres responsables américains sont depuis mardi à Bruxelles et jusqu’à ce mercredi pour proposer de l’aide à la Belgique après les attentats du 22 mars.
"Il y a des milliers de détenteurs de passeports occidentaux, venant notamment d’Europe, qui vont et viennent en Syrie et en Irak", a averti Lisa Monaco. "Le flux des combattants étrangers est à une échelle jamais vue auparavant."
C’est pourquoi les Etats-Unis pressent leurs alliés d’accélérer l’échange d’informations sur les voyageurs et les migrants, notamment en matière biométrique.
L’estimation de cette ancienne procureure fédérale tempère celle du Pentagone qui estimait le 26 avril que le flux de combattants étrangers allant vers l’Irak et la Syrie avait baissé l’an dernier d’environ 2 000 à 200 par mois, en partie grâce aux frappes aériennes mais aussi aux difficultés de l’Etat islamique à payer le salaire de ces combattants.
Environ 30 000 étrangers se battent dans les rangs de Daech, dont plus de 6 000 Occidentaux. De nombreux combattants reviennent, dont plus d’une centaine en Belgique.
Selon Lisa Monica, Daech a l’intention de commettre d’autres attentats en Europe, des "attaques dirigées et complexes" comme il y en a eu à Paris et à Bruxelles. L’autre menace est sa capacité, à travers les réseaux sociaux, de "recruter, radicaliser et mobiliser des personnes à la violence".
La conseillère du président Obama a rencontré mardi discrètement le ministre de l’Intérieur Jan Jambon, verra le Premier ministre Charles Michel ce mercredi ainsi que des procureurs, des policiers, mais pas la Sûreté de l’Etat pour des raisons d’agenda. Elle est assistée de Francis Taylor, du département de Homeland Security, et de John Mulligan, vice-directeur de National Counterterrorism Center, une organisation fédérale créée après les attentats du 11 septembre 2001 et semblable à l’Ocam belge. La visite avait été ordonnée par le président Obama après le coup de téléphone de sympathie donné à Charles Michel après les attentats du 22 mars.
LE PARTAGE DE RENSEIGNEMENTS
Les Etats-Unis veulent "renforcer leur coopération" avec le gouvernement et les services de renseignement belges. Ni Lisa Monaco, ni le bureau du Premier ministre n’ont voulu entrer dans les détails avant la rencontre de ce mercredi matin. "Les expériences que nous avons eues depuis 9/11 nous ont incités à augmenter le partage d’informations au sein du gouvernement américain, mais aussi avec nos partenaires internationaux. Nous avons dû créer une culture où le partage d’informations entre nos agences est devenu une profession de foi", dit toutefois Mme Monaco.
Avec la Belgique, l’échange d’informations est quasi-quotidien, que cela soit avec le FBI via la police fédérale ou avec la CIA par la Sûreté de l’Etat.
Les échanges d’informations sur les voyageurs (PNR) en provenance de l’UE viennent d’être approuvés par le Parlement européen après cinq années d’hésitations. Là aussi, ce sont de nouveaux attentats, ceux de Bruxelles, qui ont accéléré les choses.
Washington a aussi mis en place des procédures pour traiter plus rapidement les demandes des autorités judiciaires européennes qui tentent d’obtenir des géants de l’Internet comme Google ou Yahoo l’accès à des comptes mails de suspects en matière de terrorisme.
LE CAUCHEMAR TELEGRAM
John Mulligan reconnaît qu’un "problème très difficile" est le décryptage des systèmes de communication sécurisés comme Telegram, utilisé par les assaillants de Paris. "Nous ne pouvons développer des compétences contre ces plateformes", reconnaît-il. Telegram est une application de messagerie sécurisée créée en 2013 par deux frères russes, Nikolai et Pavel Durov, très à cheval sur le respect de la vie privée.
Selon une étude faite par la société de cybersécurité Trend Micro, 34 % des djihadistes, notamment ceux de l’Etat islamique, utilisent Telegram car elle est impossible à décrypter. Les autres donnent la préférence à Signal, WhatsApp et Wickr, pour 15 % chacune.
Dans leurs emails, les djihadistes utilisent à 34 % la messagerie la plus populaire au monde, Gmail.
"La seule manière de compenser cela est une meilleure organisation et le partage des autres informations disponibles", assure ce responsable du National Counterterrorism Center. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SUR PIED DE GUERRE 

Depuis le 11 septembre 2001 nous vivons une version actualisée de la drôle de guerre de 1939. « Drôle » dans le sens de étrange, bizarre et ajoutons « imprévisible ».
Ce qui est sûr c’est que comme en 1914 et en 1940, la Belgique sert de champ de bataille aux belligérants.
La soudaine sollicitude des Etats Unis à l’égard de « poor little Belgium » (1914) s’explique aisément par la présence du siège de l’Alliance Atlantique à Bruxelles. On peut imaginer que les States ont quelque craintes qu’un nouvel attentat pourrait viser ce centre stratégique de commandement situé à mi-distance entre Zaventem et la station Maalbeek. Ils n’ont pas oublié qu’une des attaques de 9/11 visait le Pentagone. Daech a l’intention de commettre d’autres attentats en Europe, des "attaques dirigées et complexes" comme il y en a eu à Paris et à Bruxelles. Daech continue à recruter : Environ 30 000 étrangers se battent dans les rangs de Daech, dont plus de 6 000 Occidentaux. De nombreux combattants reviennent, dont plus d’une centaine en Belgique. "Recruter, radicaliser et mobiliser des personnes à la violence". Telle est sa stratégie.
Une  stratégie de harcèlement qui porte ses fruits : le pays est sans dessus-dessous et l’armée belge met un genou à terre : Le déploiement des militaires en rue dans le cadre de l’opération Homeland met en péril le savoir-faire de nos soldats et réduit dangereusement la capacité de la Belgique à s’engager dans la durée à l’étranger. : « Je ne peux plus garantir l’entraînement générique qui permet d’avoir – en stand-by, en permanence – deux compagnies ou un bataillon interarmes. Cela, on oublie ! » (général Deconinck).
Cette guerre de quinze ans déjà a un commencement qu’il faut chercher dans les montagnes arides d’Afghanistan et dans les sables  riches en pétrole de l’Irak, plus loin peut-être dans la dynamique colonialiste. Beaucoup se demandent si elle aura une fin.
MG


LE GÉNÉRAL-MAJOR DECONINCK: «L’ARMÉE DE TERRE EST AU BORD DE LA RUPTURE» 

Alain Lallemand
Le Soir
Le général-major pense que l’armée belge risque de perdre son savoir-faire et ses capacités d’engagement à cause du déploiement des militaires en rue dans le cadre de l’opération Homeland.
Le déploiement des militaires en rue dans le cadre de l’opération Homeland met en péril le savoir-faire de nos soldats et réduit dangereusement la capacité de la Belgique à s’engager dans la durée à l’étranger.
« J’AI DÛ TAILLER DANS LES ENTRAÎNEMENTS »
Ce constat sans appel émane du général-major Jean-Paul Deconinck. Le patron de la Composante Terre de l’armée belge souligne que l’étranglement des recrutements pratiqué sous Di Rupo et Michel combiné à la présence dans les rues ont atteint leurs limites : « J’ai dû tailler dans les entraînements pour pouvoir garantir les 1.800 hommes déployés aujourd’hui dans l’opération Homeland. C’est ma ligne rouge. (...) Je ne peux plus garantir l’entraînement générique qui permet d’avoir – en stand-by, en permanence – deux compagnies ou un bataillon interarmes. Cela, on oublie ! »
Pour résoudre ce problème, le général Deconinck estime qu’il faudrait, d’ici 2020 et pour la seule armée de terre, recruter 1.500 hommes par an. Il propose également des solutions immédiates : « Nos soldats sont trop utilisés dans une posture statique. (...) Je suis certain que nous pourrions faire mieux avec moins de monde, entre autres à Bruxelles. Il suffirait déjà de remplacer les postes fixes par des patrouilles. »



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