jeudi 19 mai 2016

Syndicalistes, qu’avez-vous fait de la dignité des détenus ? Politiques, entendez-vous ce cri ?


CONTRIBUTION EXTERNE  La Libre

Plusieurs représentants du monde de la justice ainsi que des universitaires adressent une lettre ouverte aux responsables syndicaux et politiques (*):
Dans une démocratie, la peine de prison, c’est une privation de liberté, sans que puisse s’y ajouter la privation d’autres droits et libertés. La Belgique a pris à cet égard des engagements internationaux : elle reconnait que les détenus doivent jouir, au sein de la prison, de certains droits minimaux qui leur assurent le respect de leur dignité humaine : des repas, la possibilité de se laver, l’accès aux soins de santé, un minimum d’exercice physique, et un minimum de contacts avec leurs proches.
Et pourtant, depuis plus de trois semaines, des milliers de détenus voient ces droits minimaux niés, car ils sont pris en otage d’une grève qui les ignore. Livrés à eux-mêmes dans l’exiguïté de leurs cellules, ils sont plus que jamais coupés du monde et réduits à un état presque animal ou végétatif. C’est par la force et la conscience morale de quelques agents volontaires, de policiers voire de militaires, portés par des directions de prison remarquables, que les détenus peuvent avoir de temps à autre, qui une douche, qui des draps changés, qui un coup de fil ou encore quelques minutes au grand air dans le préau de la prison.
Ce drame humain se déroule sous nos yeux dans une indifférence quasi générale. C’est pourtant bien d’un drame humain dont nous parlons, dès lors que des milliers d’hommes et de femmes ne reçoivent plus l’attention minimale que leur qualité d’être humain commande. C’est bien d’un drame humain dont nous parlons, lorsque nous savons qu’à tout moment, des incidents graves peuvent éclater et conduire à des blessés ou des morts.
Un responsable syndical a affirmé qu’il ne suspendrait pas la grève pour raisons humanitaires. Et qu’il n’accepterait un service minimum que si l’on résolvait d’abord les maux qui touchent les prisons (surpopulation, vétusté de certains bâtiments, déficit de personnel) - dont certains perdurent depuis des décennies .
Le service minimum n’est en rien une atteinte inacceptable au droit de grève. Conformément au droit européen, le législateur peut apporter un tempérament aux modalités d’exercice du droit de grève, lorsqu’il entend poursuivre un but légitime et que ledit tempérament présente un caractère proportionné.
Le service minimum en prison répond bien à ces conditions, puisqu’il tend à ce que chaque détenu continue à être reconnu comme homme et comme femme.
VALEURS HUMANISTES
Cette reconnaissance rejoint, à nos yeux, les valeurs d’humanisme que les organisations syndicales entendent défendre. L’humanisme, c’est permettre le respect de la justice, de l’égalité, de la solidarité et de la démocratie. C’est donc l’égalité de tous, c’est rendre possible une harmonie sociale, c’est assurer à chacun sa dignité humaine, c’est porter une attention aux plus faibles.
Mesdames et Messieurs les dirigeants et militants syndicaux, nous partageons votre combat pour un service public de qualité, mais où sont passées vos valeurs d’humanisme à l’égard des détenus ? Depuis trop longtemps, le système pénitentiaire est resté à l’abandon. Mais votre action perdrait-elle en efficacité si vous acceptiez de continuer à traiter celles et ceux dont vous avez la garde avec un minimum de dignité ? Ne pouvez-vous pas admettre avec nous que votre action ne sortirait que grandie si elle restait solidement ancrée dans vos valeurs humanistes ?
Et vous, Mesdames et Messieurs les responsables politiques, entendez-vous le cri d’une profession qui n’en peut plus ? Et aujourd’hui, quelle est votre action face à cette situation indigne d’un Etat civilisé en 2016 ? Pouvez-vous continuer à laisser ces drames se nouer sans réagir ? L’urgence sanitaire et sociale ne commande-t-elle pas d’organiser ce service minimum attendu depuis de si nombreuses années ? N’est-il pas temps de se défaire des dogmatismes ou autres craintes que suscite l’idée de garantir des prestations minimales en cas de grèves d’agents pénitentiaires ? Les êtres humains ne valent-ils pas mieux que votre silence ?
Les détenus ne sont généralement ni syndiqués, ni électeurs. Méritent-ils pour autant ce délaissement ?
Nous ne désespérons pas de vous entendre et de vous voir agir.
Pour que chacun retrouve sa dignité.
Et pour mettre fin à notre tristesse et notre colère.

(*) Les signataires de la lettre:
Manuelle Cadelli, Présidente de l’ASM
Benoit Dejemeppe, magistrat, membre de la commission de surveillance de la prison de Forest
Edouard Delruelle, professeur de philosophie politique à l’ULg
Maïté De Rue, magistrate, collaboratrice scientifique à l’UCL
Jean-François Funck, magistrat, assistant à l’UCL
Jacques Hamaide, avocat honoraire, ancien président du CSJ
Patricia Jaspis, magistrate
Hervé Louveaux, magistrat, membre de la commission de surveillance de la prison de Forest
Thierry Marchandise, ancien procureur du Roi, membre de la commission de surveillance de la prison d’Ittre
Paul Martens, Président émérite de la Cour constitutionnelle
Christine Matray, magistrat honoraire
Christian Panier, magistrat et enseignant honoraires
Jean-Marie Quairiat, magistrat
Françoise Tulkens, ancienne juge et Vice-Présidente de la Cour européenne des droits de l’Homme
Damien Vandermeersch, magistrat, professeur à l’UCL-Université Saint-Louis Bruxelles
Luc Walleyn, avocat, juge suppléant et professeur invité à l’UC Leuven-Limburg


LETTRE OUVERTE DE DÉTENUS: «NOTRE SITUATION S’APPARENTE À DE LA TORTURE»
Rédaction en ligne

Les détenus de la prison de Marche-en-Famenne ont adressé une lettre ouverte aux agents grévistes.

  © Mathieu GOLINVAUX 

Les détenus de la prison de Marche-en-Famenne ont adressé dimanche une lettre ouverte aux agents grévistes pour exprimer leur ressentiment concernant la grève qui touche l’établissement pénitentiaire depuis fin avril. «Nous ne pouvons passer sous silence les souffrances que nous endurons», écrivent notamment les détenus.
«Àce stade de la grève, notre empathie pour votre cause se transforme en incompréhension. La situation que nous vivons s’apparente, pour certains, à de la torture», expliquent les détenus de la prison de Marche dans la lettre ouverte adressée aux agents pénitentiaires.
« NOUS AVONS CHOISI LA PLUME À L’ÉPÉE »
«Certains ont besoin d’exprimer leurs émotions, leur dégoût. Un dégoût qui n’est pas dirigé contre la prison, le système carcéral ou même le système judiciaire, mais contre vous. [...] Pour une fois, nous avons choisi la plume à l’épée. [...] Cela pour vous dire que nous ne voulons pas tomber dans la facilité, faire ce que beaucoup attendent de nous. À savoir, tout brûler.»
Les détenus saluent par ailleurs le travail effectué par la direction, la police, les agents non-grévistes, la Croix-Rouge et la Protection civile. «Ce mouvement [de grève] a renforcé la cohésion détenus/direction. [...] Cette direction qui malgré la fatigue nous donne les préaux, organise les visites quand et comme elle peut, s’arrange pour que nous puissions appeler nos familles, passe pour distribuer les repas, le tabac, et on en oublie.»


GRÈVE DANS LES PRISONS: LA N-VA S’EN PREND AUX SOCIALISTES
D’après Belga

De leur côté, les politiques de la majorité et de l’opposition dénoncent fermement les incidents qui ont eu lieu au cabinet du ministre de la Justice. 

©Hatim Kaghat - Le Soir 

Les incidents qui ont eu lieu au cabinet du ministre de la Justice, Koen Geens, à la suite d’une manifestation des agents pénitentiaires, ont été immédiatement dénoncés fermement par les politiques de la majorité et de l’opposition. La N-VA pointe particulièrement du doigt les partis socialistes du pays.
«Les destructions et la violence ne sont pas permises. La discussion doit primer sinon vous êtes seulement des perdants», a twitté le président du SP.A John Crombez.
Pour la N-VA, la condamnation du socialiste est «peu crédible». Le parlementaire Werner Janssen accuse le SP.A et le PS «de semer la discorde» et de«désinformation délibérée.»
Le président du parti nationaliste flamand, Bart De Wever, critique le PS. «La situation dans les prisons est tout sauf optimale, mais il s’agit d’une grève à cause de la politique du PS, un parti qui a été un quart de siècle au pouvoir», a-t-il twitté. «Tout mon soutien aux réformes de Koen Geens. Les actions syndicales violentes d’aujourd’hui sont inacceptables.»
HORS-JEU
Pour le parti écologiste Groen, «le dialogue doit venir des deux côtés. Avec cette entrée en force, vous vous mettez hors-jeu.» La présidente du parti Meyrem Almaci et son spécialiste juridique Stefaan Van Hecke dénoncent : « Ce n’est plus une action sociale mais du pur vandalisme. Dialoguez s’il vous plaît ! »
Le président du CD&V Wouter Beke appelle les syndicats à se mettre «autour de la table. (...) Depuis des semaines, Koen Geens est l’homme du dialogue. Étrange manière de le récompenser.» Le ministre chrétien-démocrate Kris Peeters a pour sa part réagi sur Twitter. «La violence est totalement inacceptable. Des résultats ne peuvent être obtenus qu’à la table des négociations.»
Pour la spécialiste de la justice de l’Open VLD, Carina Van Cauter, la violence, «désagréable et inacceptable», ne peut être une réponse à un conflit social.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE  POLITIQUE DE DESTRUCTION DU SERVICE PUBLIC 

Il y  eu mort d’homme. Il est à redouter qu’il y en aura d’autres. Cette grève d’un type assez particulier me rappelle la grève des enseignants qui paralysa  l’école en 95-96 : deux années scolaires dans la tourmente. Dès le printemps 95, la ministre Onkelinx lance un plan de rationalisation de l’enseignement secondaire. Les écoles de moins de 400 élèves doivent fusionner ou disparaître. Et 2800 à 3000 emplois passer à la trappe. En raison de nombreuses actions de protestation, le volume des pertes d’emploi est ramené à 800. Mais Onkelinx refait ses comptes : il lui faut encore trouver 3 milliards de francs belges, ce qui équivaut, à ses yeux, à sacrifier 3000 emplois ! L’enseignement francophone connaît alors, début 96, la plus longue grève de son histoire : de fin février à début mai, les arrêts de travail, manifestations, actions se suivent sans interruption. En vain, malheureusement. Les 3000 emplois disparaissent et une école sur cinq se voit absorbée par une entité plus grande.
La résistance aux mesures Onkelinx-Grafé fut farouche. Les enseignants se révoltèrent face à une énième agression : depuis la fin des années 70, le politique n’a qu’un mot à la bouche : restriction ! Les moyens de l’enseignement sont sans cesse rabotés, et les conditions de travail à chaque fois rendues plus dures. Les décisions prises à Val Duchesse en 1986, à elles seules, avaient  coûté 15 000 emplois.
Autre raison de la colère de 96, le sentiment - aussi bien des enseignants que des étudiants - que ce décret-ci, venant ajouter ses effets dévastateurs aux mesures d’austérité antérieures, va vraiment porter un coup fatal à la qualité de l’enseignement en Communauté française de Belgique, notamment parce qu’il réduit l’encadrement et constitue de grandes écoles, forcément moins humaines. La dualisation de l’enseignement et de la société sera encore aggravée.
A propos de la grève interminable du personnel pénitencier Vincent Engel écrit :   « Ce qui est en jeu, si on veut bien prendre un peu de recul, c’est un choix de société. Et l’hypocrisie générale de notre société, non seulement dans le chef de nos dirigeants, mais aussi dans le nôtre, celui des citoyens. Nous sommes dans une société qui est dirigée, de plus en plus exclusivement, par une seule valeur : la finance, le bénéfice, le rendement à tous prix, avec son corollaire : la sécurité. Au nom de cet impératif financier, les bénéfices des actionnaires occupent une place de plus en plus importante dans la distribution des gains des entreprises, le fossé entre les riches et les pauvres se creuse de plus en plus, les gouvernements, qu’ils soient régionaux, nationaux ou européen, sont de plus en plus soumis aux diktats des entreprises supranationales (comme on le voit dans les négociations sur le TTIP).
(…) Qui se soucie vraiment des conditions de vie des prisonniers ? Qu’ils puissent ou non-recevoir des visites, prendre une douche, se promener n’a pas grande importance ; ne sont-ils pas des criminels ? Ne coûtent-ils pas déjà assez cher à la société ? Ne logent-ils pas dans des « prisons 5 étoiles » ? Le café du commerce électronique s’en donne à cœur joie, ad nauseam.
Cette société qui n’a qu’une valeur (l’argent/la sécurité) se présente cependant comme celle qui défend les « Valeurs » de la démocratie et des droits humains. Il s’agit d’un miroir aux alouettes, d’un alibi.
En vérité, ce qui est à l’œuvre,  c’est une  politique de destruction du service public, qui s’attaque depuis longtemps aux fondements : l’éducation, la justice, la culture.
Être logique jusqu’au bout, donc. C’est-à-dire ? C’est-à-dire reconnaître définitivement la victoire de ce monde sans autre valeur que la valeur marchande. Accepter la privatisation à court ou moyen terme de tous les services publics et leur soumission à des critères de rentabilité : privatisation de l’enseignement, avec un enseignement de qualité pour ceux qui pourront payer un minerval comparable à celui de pays comme les USA ; de la santé, avec la mise en place d’une politique d’euthanasie (cachée, bien entendue) fondée sur des critères économiques pour les personnes âgées ou atteintes de maladie grave ; de la justice, avec le retour de la peine de mort pour désengorger les prisons et une privatisation de celles-ci où les prisonniers seraient soumis à l’arbitraire de leurs « patrons » et contraints de payer leur « hébergement »
On dit que fermer une école, c’est ouvrir une prison. Il semble difficile de fermer les prisons, semble-t-il ; mais rendre les prisons inhumaines, c’est assassiner la démocratie. »
Ajoutons à cela les grèves de la SNCB et nous aurons une image assez complète des dysfonctionnements qui affectent le secteur public.
Seul le secteur hospitalier semble relativement calme, jusqu’à quand ?
Certains pensent que ces grèves sont instrumentalisées par la PS depuis l’opposition. On peut en effet l’imaginer. Comme dit de Morgen, une question reste sans réponse. Où est le Premier Ministre ?
MG


HET WORDT TIJD DAT DE RECHTSSTAAT WEER RECHTSTAAT
Bart Eeckhout is senior writer bij De Morgen.
Cipiers, en met name de Franstalige onder hen, kunnen hun redenen hebben om gefrustreerd te zijn. Maar met hun dolle aanval op het ministerie van Justitie hebben ze hun kans op medestand definitief verkwanseld.

Deze gevangeniscrisis legt een gebrek aan leiderschap bloot, ook en vooral aan vakbondszijde. Geen (Franstalige) vakbondsman was moedig en sterk genoeg om een gesloten akkoord ook effectief te verdedigen. Geen (Franstalige) vakbondsman was moedig en sterk genoeg om vandalen in eigen rangen in het gareel te houden.

Er wordt hier een gevaarlijk spel gespeeld. Tot verbazing van vele Belgen - Vlamingen én Franstaligen - zijn het vooral Franstalige politici, vakbondslieden en zelfs magistraten die de communautaire kaart trekken. Een riskante strategie, met de N-VA die met amper te bedwingen lust afwacht hoe het strijdperk vanzelf haar kant uitkomt. Wie dit soort debat start met de N-VA, weet waar hij begint, maar niet waar hij zal uitkomen.
Het is ook gewoon onzin dat Justitie of de gevangenissen in Franstalig België verwaarloosd worden door een Nederlandstalige minister van Justitie in een communautair onevenwichtige coalitie. Justitie is een collectieve, federale bevoegdheid en de huidige toestand van inefficiëntie en onderfinanciering is een historische verantwoordelijkheid van vele regeringen.

De vlotheid waarmee de PS en haar voorzitter de zijde van de boze cipiers kiezen, is verbazend. Solidariteit is mooi, maar hoe solidair is de burgemeester van Mons geweest met de roep om investeringen in de gevangenis van Mons in de voorbije 25 jaar dat hij of zijn partij in de regering zat? Zou het kunnen dat de burgemeester van Mons het electoraal en ideologisch nuttiger achtte om te lobbyen voor een nodeloos duur station in plaats van voor een menswaardig gerenoveerde gevangenis?

Dit conflict gaat niet over taalrollen. Dit gaat over macht. Zoals er blijkbaar rechtbankvoorzitters zijn die de scheiding der machten interpreteren als een garantie voor hun alleenheerschappij, in weerwil met de vele, vaststelbare beheersproblemen, zo zijn er ook cipiers en syndicalisten die menen dat zij de baas zijn in de gevangenissen.

Het wordt tijd dat de rechtsstaat weer, excuus voor de woordspeling, rechtstaat. Overleg is een mooie Belgische deugd. Maar wie de eindverantwoordelijkheid wil, moet de verkiezingen maar zien te winnen.

Waar zit, wat dat betreft, de premier, trouwens? Dit is een Chefsache, en dus moet de chef nu tonen wat hij waard is.

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