mardi 21 juin 2016

CEB, CE1D: pourquoi les épreuves externes font polémique

L.V. La Libre Belgique


Conçues et gérées par des personnes externes aux établissements scolaires, les épreuves externes interrogent les élèves sur la base d’un test identique. L’épreuve a pour objectif de vérifier l’acquisition de compétences minimales que l’ensemble des élèves devrait acquérir.
Un outil d’évaluation
"De mémoire, je ne connais pas de pays qui n’aurait pas d’évaluations externes!". Marc Romainville, responsable du service de pédagogie universitaire à l’Université de Namur, juge "indispensables" les épreuves externes, qu’elles soient certificatives ou pas. "En évaluant tous les élèves de la Fédération Wallonie- Bruxelles sur la base d’un même test, cela permet aux écoles qui reçoivent les résultats de leurs élèves de s’évaluer. De déterminer s’il y a un problème, et dans quelle branche. Au contraire, elles peuvent permettre de relever les points positifs", explique-t-il.
Ces épreuves permettraient donc, avant tout, "de recadrer le tir" en cas d’éventuels manquements dans des matières et de se situer par rapport aux objectifs fixés par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Marc Romainville souligne également l’utilité du test comme évaluation pour les enseignants. "C’est un outil qu’ils apprécient particulièremen t. Avoir un test précis avec des questions précises leur permet d’avoir les idées claires sur l’enseignement à avoir".
François Ska, directeur du Collège Roi Baudouin à Schaerbeek, soutient ce point de vue. Il souligne toutefois que la variabilité de la difficulté des tests ne permet pas une comparaison optimale. "L’examen de français du CE1D était ridiculement facile tandis que celui de mathématique l’était moins. Les examens externes n’ont jamais le même niveau de difficulté. On le remarque surtout pour le CEB".
De plus, les clefs données aux professeurs pour corriger les tests ne seraient pas cohérentes. "Par exemple, pour le CESS, la consigne stipule que l’élève a un espace imparti pour donner sa réponse. Dans les fiches d’évaluations données aux professeurs, il n’est mentionné nulle part que l’élève doit être sanctionné s’il répond au delà ou en deçà de l’espace prévu. Les normes données ne correspondent tout simplement pas aux exigences".
Un test équitable?
Pour le pédagogue namurois, les épreuves externes seraient favorables aux élèves. Evalués sur la base d’un même test par un personnel externe à leur établissement, la note serait selon lui, "plus neutre".
Un argument que réfute totalement le directeur du collège pour qui de telles évaluations ne peuvent, en pratique, être équitables. "Il est illusoire de croire cela. On ne peut suivre rigoureusement la même cotation. En pratique, il reste les délibérations, les conseils de classe, etc."
DES ÉPREUVES GÉNÉRATRICES DE STRESS
Les deux spécialistes soulèvent tous deux un danger à éviter pour les enseignants: celui d’appliquer le principe du "learning for the test" - "apprendre pour le test", qui consiste à baser les cours donnés tout au long de l’année sur la réussite du test et non sur l’acquisition de compétences.
Marc Romainville insiste d’ailleurs sur le fait qu’il ne faut pas imposer trop d’évaluations externes aux élèves "Elles sont synonymes de pression tant pour les élèves que pour les professeurs. De plus, leur coût est assez élevé. Il ne faudrait pas trop en faire", défend-il.
Le directeur du collègue va jusqu’à dire que de tels tests déstabilisent professeurs et élèves. "Cela demande une grande organisation, tant pour les directeurs que pour le personnel. Les nouvelles mesures de sécurité entrées en vigueur cette année et le fait qu’ils s’agissent parfois d’épreuves qualifiantes ajoutent une pression supplémentaire pour l’élève et le professeur. Un élève qui voit son professeur stressé car il attend une directive le sera aussi. La Fédération a préféré mettre la priorité sur la sécurité plutôt que sur la pédagogie". 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE BUT DE L’ENSEIGNEMENT N’EST PLUS LA FORMATION DE L’ESPRIT MAIS L’ACQUISITION D’UN DIPLÔME 

Il y a longtemps que l’école s’égare, Paul Valéry le constatait déjà quand il écrivait en 1930 dans ses propos sur l’intelligence :
Le diplôme fondamental, chez nous, c’est le baccalauréat. Il  a conduit à orienter les études sur un programme strictement défini et en considération des épreuves qui avant tout, représentent, pour les examinateurs, les professeurs et les passions, une perte totale radicale et non compensée, de temps et de travail. Les programmes scolaires ont pour but unique de conquérir ce diplôme par tous les moyens. Le but de l’enseignement n’étant plus la formation de l’esprit mais l’acquisition d’un diplôme. C’est en considération du diplôme, par exemple, que l’on a vu se substituer à la lecture des auteurs l’usage des résumés, des manuels, des comprimés de sciences extravagants, les recueils de questions et de réponses toutes faites, extraits et autres abominations. Il en résulte que plus rien dans cette culture adultérée ne peut aider ni convenir à la vie d’un esprit qui se développe. (in Variété ; p.1076, tome 1, La Pléiade)
L’éducation ne se borne pas à l’enfance et à l’adolescence. L’enseignement ne se limite pas à l’école. Toute la vie, notre milieu est notre éducateur, et un éducateur à la fois sévère et dangereux. Sévère, car les fautes ici se payent plus sérieusement que dans les collèges et dangereux, car nous n‘avons guère conscience de cette action éducatrice, bonne ou mauvaises du milieu et de nos semblables.
Nous apprenons quelque chose à chaque instant ; mais ces leçons immédiates sont en général insensibles. Nous sommes faits, pour une grande part, de tous les événements qui ont eu prise sur nous ; mais nous ne distinguons pas les effets qui s’accumulent et se combinent en nous. (ibid. p. 1080)
Nous n’imaginons guère encore que le travail mental puisse être collectif. (ibid. p. 1083)
Le sport intellectuel consiste dans le développement et le contrôle de nos actes intérieurs. Ainsi faudrait-il, dans l’ordre de l’intellect, acquérir un art de penser, se faire une sorte de psychologie dirigée... C’est la grâce que je vous souhaite. (p. 1083)
Paul Valéry


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