mercredi 8 juin 2016

Comment financer le Pacte pour un enseignement d’excellence ?


CONTRIBUTION EXTERNE  La Libre


Il vaut mieux répondre à cette question avant plutôt qu’après avoir pris des décisions portant sur l’enseignement. Sans quoi, des illusions prendraient corps, pour se transformer en frustrations et démotivations. Et c’est la qualité de l’enseignement qui en pâtirait.
Quelles sont les marges budgétaires de la Communauté française disponibles au cours des dix prochaines années pour financer des dépenses supplémentaires, que ce soit dans l’enseignement ou dans ses autres compétences ? Nous avons calculé et comparé deux perspectives budgétaires à dix ans pour la Communauté (1). 

UNE OPINION DE ROBERT DESCHAMPS, DOYEN DE LA FACULTÉ DES SCIENCES ÉCONOMIQUES, SOCIALES ET DE GESTION (FUNDP-NAMUR).

Il en résulte que l’équilibre budgétaire est atteint en 2019, et que des marges budgétaires modestes se dégagent à partir de 2023, marges qui peuvent alors être utilisées pour de nouvelles dépenses, à condition, bien entendu, qu’aucune hausse des dépenses ne soit intervenue entre-temps.
Dans la deuxième perspective, nous supposons une évolution des dépenses "à politique inchangée" c’est-à-dire que les dépenses primaires évoluent en termes réels au même taux annuel que sur la période 2002-2013, dernière période sans réforme institutionnelle. Il en résulte que tout au long de la période 2016-2026, la Communauté maintient un déficit budgétaire de l’ordre de 300 millions par an, et que son endettement est croissant : situation insoutenable à terme.
La différence des taux de croissance annuels réels des dépenses dans les deux scenarii est faible : environ 0,4 % dans le premier et 1,2 % dans le second; cela met en évidence la minceur des marges budgétaires de la Communauté au cours des dix prochaines années, même dans le premier scénario, fort rigoureux.
MARGES MINCES ET PAS DE PLAN B
La Communauté pourrait-elle obtenir des ressources supplémentaires ? Les règles du Traité budgétaire européen, auquel la Belgique et tous nos Parlements ont souscrit, s’imposent de façon stricte, et le Conseil supérieur des finances a récemment recommandé que chaque Région et Communauté respectent l’équilibre budgétaire à partir de 2018. Il ne sera plus possible de financer des dépenses par l’endettement comme par le passé.
La Communauté pourrait-elle être refinancée par les Régions wallonne et bruxelloise ? Depuis la sixième réforme de l’Etat, les deux grandes Régions, Flandre et Wallonie, partagent avec le Fédéral l’effort d’assainissement budgétaire du pays, et les perspectives budgétaires de la Wallonie sont de ce fait plus sombres que celles de la Communauté (2). Quant à la Région de Bruxelles, il faudrait un accord avec les Flamands, alors qu’ils ne sont pas demandeurs d’un refinancement pour leur enseignement bruxellois. Enfin, obtenir des moyens supplémentaires auprès du Fédéral impliquerait une nouvelle réforme de l’Etat…
Comment alors financer des propositions retenues dans le cadre du Pacte, si la Communauté française ne peut pas disposer de ressources supplémentaires ?
DES RÉALLOCATIONS DE BUDGET LIMITÉES
Notre enseignement est heureusement très bien financé : seuls trois pays financent le leur plus généreusement (dépenses publiques d’enseignement en pour cent du PIB), et nos taux d’encadrement sont bien plus élevés que la moyenne européenne (+ 15 % dans le primaire et + 30 % dans le secondaire). Nombre de pays y affectent moins de moyens tout en ayant un enseignement plus performant que le nôtre. On ne pourra financer des propositions nouvelles que par une réallocation des moyens budgétaires, c’est-à-dire une réduction (ou une non-augmentation réelle) des dépenses actuelles qui compense les nouvelles dépenses, avec neutralité budgétaire pendant les dix prochaines années. L’importance des moyens dont dispose notre enseignement devrait rendre cette réallocation possible.
Les réallocations budgétaires ont cependant des limites quant à leur faisabilité, en particulier quand des propositions nouvelles présentent un coût élevé.
Ainsi, il ne sera en tout cas pas possible de financer l’allongement de trois à cinq ans des études des enseignants du fondamental et du secondaire inférieur (sauf à réduire drastiquement le nombre d’enseignants, mais est-ce une meilleure solution ?) : une fois pleinement mis en œuvre, ce projet coûterait plus de 800 millions d’euros d’aujourd’hui par an, soit une augmentation de plus de 10 % des dépenses totales de l’enseignement, ou encore un montant supérieur au budget total des universités, ou à celui de la culture, ou à celui du social. Même étalé sur quinze à vingt ans, un tel projet mobiliserait l’essentiel des moyens budgétaires nouveaux pendant cette période, et il n’y aurait donc entre-temps aucune marge pour l’enseignement supérieur, les bâtiments scolaires, les frais de fonctionnement, la culture, le social… hors indexation. Cette perspective est manifestement intenable pour ces autres secteurs de la Communauté, dont les dépenses ne pourraient qu’être indexées pendant cette longue période. Un étalement du projet sur trente ans ne change rien aux conséquences, mais les répartit seulement dans le temps.
La Flandre avait envisagé, il y a une douzaine d’années, d’allonger la durée des études initiales de ses enseignants, et elle y a renoncé, préférant s’inspirer des pays plus performants. Ses résultats se sont améliorés dans les comparaisons internationales et sont nettement au-dessus des nôtres.
LIBERTÉ, RESPONSABILITÉ, SOLIDARITÉ
Mais comment font donc ces pays, et la Flandre, pour être bien classés dans les comparaisons internationales ? La question centrale est celle de la gouvernance du système d’enseignement et quelques-uns de ses grands principes : liberté, responsabilité, solidarité (3).
Les établissements scolaires seraient jugés sur base des progrès qu’ils auront fait accomplir à leurs élèves, et non du niveau atteint par ceux-ci, l’évaluation des élèves tenant compte de leur niveau de départ. Les écoles seraient incitées, financièrement et par l’encadrement, à accueillir des élèves de tous niveaux et de tous milieux sociaux. Elles disposeraient de plus de liberté quant à l’affectation du temps de travail de leurs enseignants à différentes activités, notamment la formation continuée, l’accompagnement d’élèves en difficulté, le soutien aux jeunes enseignants, et à l’utilisation des moyens financiers attribués par le Ministère.
Notre enseignement gagnerait en qualité si nous nous inspirions de ce qui marche bien ailleurs. Après tout, le but du Pacte n’est-il pas d’améliorer la qualité de la formation de nos élèves ?
(1) Dans le cahier de recherche 83 "Les perspectives budgétaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles de 2016 à 2026".
(2) Dans le cahier 82.
(3) Cahier 74 "Un meilleur enseignement, nous le pouvons si nous le voulons", téléchargeable sur :www.unamur.be/cerpe 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« NOTRE ENSEIGNEMENT GAGNERAIT EN QUALITÉ SI NOUS NOUS INSPIRIONS DE CE QUI MARCHE BIEN AILLEURS. » 
 
S’inspirer donc des bonnes méthodes qui se pratiquent ailleurs (notamment dans les pays nordiques et au Québec) et ne pas s’obstiner,comme on le fit chez nous,  à préserver celles qui échouent et font échouer. Bref, selon les « citoyens » interrogés par la fondation roi Baudouin  il s’agit de provoquer « une révolution des mentalités et des pratiques »
Comment ? Notamment en « bousculant les rôles des différents acteurs trop souvent figés dans les habitudes, en impulsant une révolution des mentalités et des pratiques tant chez les élèves, que chez les professionnels de l’éducation et chez les parents.»
Il s’agit surtout « d’abandonner  les redoublements pour valoriser la remédiation »
C’est assez vite dit mais tellement difficile à implémenter pour employer un verbe anglais qui fait fortune dans la langue des technocrates.
Il s’agit également « d’instaurer un tronc commun jusqu’à 15 ans » ce qui implique que tous les élèves suivent le même enseignement dans des classes hétérogènes jusqu’à 15 ans. Voilà qui est téméraire et risque de proposer pas mal de problèmes de niveau et de concentration en classe.

Surtout il faudrait « que tous les élèves maîtrisent les apprentissages de base en quittant l’école » On n’en est vraiment très loin aujourd’hui et « malgré tous les efforts entrepris et les réformes adoptées, peu de choses ont réellement changé. Les mêmes insatisfactions demeurent, les mêmes besoins de changement, mais avec davantage d’urgence. »

Surtout, les citoyens interrogés s’indignent qu’ « qu’un certain nombre de jeunes sortent aujourd’hui de l’enseignement en étant quasiment des analphabètes fonctionnels. » Les citoyens estiment que tous «  doivent davantage se mobiliser pour changer l’école ».
Ceci devrait concerner également les parents et les familles qui attendent tout de l’école sans beaucoup s’impliquer eux-mêmes assurément.

« L’enjeu prioritaire est la nécessité d'amener tous les enfants à posséder les apprentissages de base. C’est une urgence sociale ».
C’est une évidence mais encore une fois, c’est plus vite dit/écrit que réalisé concrètement.
« Il faut de vraies règles non négociables et appliquées de la même façon partout. » Ceci signifie implicitement qu’il faut faire pareil dans tous les réseaux autant dire qu’il vaudrait mieux les remplacer par un réseau unique : gare aux chasse gardées !

« L'école doit apprendre à valoriser le potentiel des élèves par des méthodes d’évaluation qui attestent leur maîtrise plutôt que de pointer leur échec. » Autrement dit, l’école doit changer de paradigme et les enseignants doivent cesser de prendre le parti de la sacro sainte matière contre la classe et prendre, au contraire le parti de leurs élèves contre la matière :une vrai révolution copernicienne.
« Toute réforme de l'enseignement doit stimuler une plus grande participation des élèves. » Et que fait-on des élèves, toujours plus nombreux, qui refusent de faire le moindre effort, soit par paresse, soit par conviction identitaire et refus de notre système de civilisation ?
« L'enseignement doit bénéficier de plus de moyens ou en tout cas mieux utiliser les moyens dont il dispose pour pouvoir relever les défis du 21è siècle. » Mieux les utiliser en effet car les moyens financiers mis à disposition des écoles qui sont parmi les plus généreux d’Europe. L’argent est mal employé, nous le savons désormais.
A quelles fins ?

- « L'école doit mettre en place un ambitieux système de détection et de prévention de l’échec. Le soutien scolaire et la remédiation doivent être accessibles, et même rendus obligatoires en cas de problème, dès le plus jeune âge. » Voilà qui devrait entraîner un changement radical des mentalités des enseignants en fédération Wallonie Bruxelles. 
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«  Le tutorat peut être, entre autres, une formule intéressante
- Tout cela doit contribuer à changer l’image de la remédiation, qui - Evaluer, ce n'est pas sanctionner ».
Le Tutorat initié par l’ULB et géré par Mohammed Meddoune est l’un des moyens les plus performants de vaincre l’échec par le coaching individualisé.

- « Il faut réduire le clivage entre le statut de l’enseignant avant et après la nomination. » Une vraie révolution !  la nomination définitive a bien souvent le grand mérite de transformer un(e) enseignant(e)  dynamique et volontire en un(e) fonctionnaire sans entrain et d’une grande passivité.
On suggère également de « mettre en place un système qui permette des évaluations effectives des enseignants nommés »Voilà qui va faire hurler les syndicats et déclencher des grèves au finish de la part des enseignants nommés, les vaches sacrées de notre système qui ne supportent pas l’idée d’être évoluées alors qu’eux même évaluent leurs élèves jour après jour. 
« On propose également que « durant les premières années de leur entrée en fonction, les jeunes enseignants doivent pouvoir bénéficier d’un accompagnement ou d’un coaching assuré par un collègue plus expérimenté. » Magnifique initiative qui se pratique déjà spontanément dans pas mal d’écoles depuis longtemps.
On demande une plus grande « transversalité dans les apprentissages et les matières : chaque cours est nettement distinct des autres. » Autrement dit il conviendrait de jeter des ponts entre les disciplines (comment enseigner l’histoire sans faire appel à la géographie ou la biologie en faisant fi de la chimie ; comment résoudre un problème sans en avoir fait l’analyse de l’énoncé  en françis?)
- « privilégier des méthodes plus vivantes, (inter)actives et participatives, qui confrontent les élèves à des situations pratiques : expérimentations, recherches, stages… » Les pratiques de pédagogies dites alternatives ont le vent en poupe mais elles exigent des enseignant(e)s hyper dynamiques et performant(es)

Et cerise sur le gâteau : «  Un enseignement en phase avec le monde qui l’entoure doit incontestablement s’ouvrir au numérique. Le numérique doit être conçu comme un outil pédagogique complémentaire » On touche ici un point tout à fait essentiel :les élèves de la « génération Y » passent plus de temps devant leur smartphone qu’en classe. Il faudrait en effet que les enseignant(es) s’adaptent à cette nouvelle évidence ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui dans nos écoles où le numérique fait office d’enfant pauvre. Surtout, il faudra revoir la formation initiale et la formation continuée des maîtres en informatique. De fait, ce n’est pas tout de mettre technologiquement l’ensemble du savoir en ligne (le rêve de Diderot et des encyclopédistes) si les utilisateurs potentiels ne s’intéressent qu’à Face Book et aux propositions de jeux.  L’informatique, soyons en sûrs, est de nature à révolutionner l’école et à menacer même sa survie si elle ne parvenait pas à s’en faire une alliée. On trouve tout sur internet en quelques clics à condition de savoir comment chercher et surtout d’exercer son esprit critique par rapport au flot d’informations qui vous submergent à tout instant.
  C’est en somme assez simple : soit l’école change de paradigme soit elle est condamnée à disparaître.
MG



28/04/2016
LES CITOYENS CONTRIBUENT AU PACTE POUR UN ENSEIGNEMENT D’EXCELLENCE
Ils veulent « une révolution des mentalités et des pratiques »

Ce jeudi 28 avril, une délégation de citoyens réunis par la Fondation Roi Baudouin a présenté à la nouvelle ministre de l’Education de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Marie-Martine Schyns, le rapport de la « conférence citoyenne » organisée par la Fondation dans la cadre de l’élaboration du « Pacte pour un enseignement d’excellence ».

La position de ces citoyens et citoyennes est très claire : ils attendent du Pacte qu’il « rompe avec l’actuelle culture de l’échec et qu’il réussisse à bousculer les rôles des différents acteurs trop souvent figés dans les habitudes, qu’il impulse une révolution des mentalités et des pratiques tant chez les élèves, que chez les professionnels de l’éducation et chez les parents.»

Cette demande de volonté politique et d’ambition se traduit par l’affirmation d’une série de principes et dans plusieurs propositions : les citoyens plaident notamment pour l’abandon du redoublement, pour la valorisation de la remédiation, pour un tronc commun jusqu’à 15 ans… Et ils fixent une priorité: que tous les élèves maîtrisent les apprentissages de base en quittant l’école, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a souhaité associer les citoyens à « la large consultation et la réflexion participative » qui devaient précéder le Pacte. C’est dans ce cadre que la précédente ministre de l’Education Joëlle Milquet a confié à la Fondation Roi Baudouin l’organisation d’une conférence citoyenne intitulée "L’excellence de l’enseignement en débat citoyen".

La Fondation peut mettre en avant une expérience de plusieurs années en matière de conférences citoyennes. Elle a développé et perfectionné une méthodologie fiable, appliquée à des thématiques très diverses (remboursement des soins de santé, stockage des déchets nucléaires, tests génétiques…). Par ailleurs, la Fondation Roi Baudouin, active sur plusieurs thématiques liées à l’enseignement, est représentée au sein du Comité d'Accompagnement du Pacte et s’est investie dans certains groupes de travail.


Le rapport remis à la ministre Schyns s’ouvre sur des constats amers:
« Nous ne vous cachons pas que l’image de l’enseignement ne s’est pas révélée très positive et que cette perception provient sans doute des expériences négatives de certains d’entre nous ou de nos enfants, dans nos contacts avec l’institution scolaire, avec certains professeurs, avec des choix qui nous ont été imposés ou à nos enfants, avec des formations qui ont manqué dans nos parcours ou qui se sont révélés inadaptées et qui ont encore un impact sur notre vie aujourd’hui.
Nous avons aussi l’impression que malgré tous les efforts entrepris et les réformes adoptées, peu de choses ont réellement changé. Les mêmes insatisfactions demeurent, les mêmes besoins de changement, mais avec davantage d’urgence. »

LES PRINCIPES QUI DEVRAIENT GUIDER TOUTE RÉFORME
Les citoyens sont convaincus qu’un certain nombre de principes devraient nécessairement être intégrés dans toute initiative qui viserait à réformer l’enseignement pour lui permettre de relever les défis du 21è siècle.
- L'élève doit être le principal destinataire des mesures qui sont prises pour réformer l'enseignement. Ce qui pourrait sembler être une évidence n'est cependant pas la réalité des élèves d'aujourd'hui.
- L’enjeu prioritaire est la nécessité d'amener tous les enfants à posséder les apprentissages de base. C’est une urgence sociale. Le caractère inégalitaire et inéquitable de l'école est tel qu’un certain nombre de jeunes sortent aujourd’hui de l’enseignement en étant quasiment des analphabètes fonctionnels. Les citoyens doivent davantage se mobiliser pour changer l’école.
- La lutte contre les inégalités doit être au cœur du Pacte pour un enseignement d’excellence.
- Pour faire bouger les lignes, les textes ne suffisent pas. Lors des discussions menées avec les personnes-ressources, il est apparu à plusieurs reprises (aux citoyens) qu'un certain nombre de mesures ont été votées mais ne sont pas appliquées ou sont appliquées très différemment d'un établissement scolaire à l'autre. Il faut de vraies règles non négociables et appliquées de la même façon partout.
- Il faut rompre avec la culture de l'échec qui imprègne beaucoup de pratiques pédagogiques actuelles. L'école doit apprendre à valoriser le potentiel des élèves par des méthodes d’évaluation qui attestent leur maîtrise plutôt que de pointer leur échec.
- Toute réforme de l'enseignement doit stimuler une plus grande participation des élèves.
- L'enseignement doit bénéficier de plus de moyens ou en tout cas mieux utiliser les moyens dont il dispose pour pouvoir relever les défis du 21è siècle. Il est surtout essentiel d'affecter plus de moyens là où ils permettront de faire la différence par rapport aux manquements actuels : à l'école maternelle et primaire, dans la diffusion des méthodes pédagogiques qui permettront de travailler effectivement de manière plus individualisée avec chaque enfant et, ainsi, de prévenir l'échec. Des efforts doivent également être consentis pour réduire la taille des classes et améliorer l’équipement (numérique).

Quelques propositions fortes :

POTENTIEL
- Aujourd’hui, un certain nombre de jeunes sortent du système scolaire sans même avoir acquis les apprentissages de base. S’attaquer à ce désastre, qui touche surtout des jeunes de milieux précarisés, est une urgence absolue.
- L’idée d’un instrument qui suit l’élève tout au long de sa scolarité et qui rend compte de ses progrès (réalisés ou encore à faire) apparaît à cet égard comme une piste intéressante.

REDOUBLEMENT
- Le panel citoyen remet en question le principe du redoublement, dont l’efficacité n’est pas prouvée par des études et par des comparaisons internationales. Le redoublement est toujours vécu comme stigmatisant par l’élève et nuit à l’estime de soi, ce qui compromet ses apprentissages ultérieurs.
- Il faut trouver des systèmes qui permettent à chaque élève d’avancer à son rythme.
- L'école doit mettre en place un ambitieux système de détection et de prévention de l’échec. Le soutien scolaire et la remédiation doivent être accessibles, et même rendus obligatoires en cas de problème, dès le plus jeune âge.
- L’accent doit être mis sur des solutions individualisées ou en petits groupes, adaptées aux besoins de chaque élève et qui l’impliquent autant que possible dans ses apprentissages. Letutorat peut être, entre autres, une formule intéressante
- Tout cela doit contribuer à changer l’image de la remédiation, qui ne doit plus être associée à l’échec mais qui doit devenir un moment comme un autre dans tout processus d’apprentissage.

EVALUATION
- Celle-ci doit avant tout servir à guider l'élève dans sa progression et pas à le mettre (publiquement) en échec. On oublie aussi que l’évaluation est en grande partie destinée à l’enseignant lui-même.
- « Nous avons découvert au cours du processus que la seule obligation légale était d’évaluer les compétences acquises à l’issue de chaque cycle de deux ans ! Nous nous interrogeons donc sur ce qui pousse les écoles à évaluer si fréquemment les performances des élèves (et sur l’intérêt d’adopter des décrets qui restent lettre morte…) »
- Evaluer, ce n'est pas sanctionner.

ORIENTATION
- Aujourd’hui, l’orientation est très souvent négative.
- Le jeune est généralement mal informé des réalités de certaines filières et professions et est dès lors peu impliqué dans son orientation.
- Ceci touche notamment les jeunes issus de l’immigration ou de milieux précarisés: la tendance à les orienter de préférence vers des métiers manuels reste très présente.
- L’orientation ne devrait intervenir qu’à l’issue d'un tronc commun suivi par tous les élèves jusqu'à 15 ou 16 ans. Ce tronc commun doit permettre aux jeunes de découvrir un large éventail de matières et d’activités.
- Les élèves doivent pouvoir se familiariser avec différents lieux d’expérience professionnelleet aller "sur le terrain".
- Il faut cesser de reléguer trop vite dans l’enseignement spécialisé des élèves que les professeurs n’arrivent pas à gérer.

LE ROLE DES PROFESSEURS
- Il faut réduire le clivage entre le statut de l’enseignant avant et après la nomination. D’une part, le jeune enseignant temporaire a le droit d’être nommé dans un délai raisonnable ; d’autre part, il faut mettre en place un système qui permet des évaluations effectives des enseignants nommés, sans protection excessive.
- Durant les premières années de leur entrée en fonction, les jeunes enseignants doivent pouvoir bénéficier d’un accompagnement ou d’un coaching assuré par un collègue plus expérimenté.
- La formation initiale doit mettre l’accent sur le travail en équipe, les démarches collectives, le partage de responsabilités et l’échange d’expériences.

METHODES
- L’enseignement reste en grande partie marqué par des outils et des pratiques pédagogiques en décalage avec l'évolution de la société.
- L’enseignement frontal reste la règle, avec une transmission unilatérale du savoir et une séparation rigide entre la théorie et la pratique. Il y a peu de transversalité dans les apprentissages et les matières : chaque cours est nettement distinct des autres.
- L’école doit privilégier des méthodes plus vivantes, (inter)actives et participatives, qui confrontent les élèves à des situations pratiques : expérimentations, recherches, stages… Elle peut intégrer pour cela certaines pratiques de pédagogies dites alternatives.

CITOYENNETE
- La future éducation à la citoyenneté ne doit pas être envisagée comme un cours classique, mais plutôt comme une opportunité de vivre des valeurs telles la démocratie, la tolérance, le respect de soi et des autres. Elle doit être conçue de manière participative et transversale.

NUMERIQUE
- Un enseignement en phase avec le monde qui l’entoure doit incontestablement s’ouvrir au numérique. Le numérique doit être conçu comme un outil pédagogique complémentaire par rapport aux méthodes d’apprentissage classiques et ne peut pas devenir un objectif en soi. Des compétences fondamentales, comme la capacité d’écrire à la main, doivent être préservées.

MULTILINGUISME
- L'apprentissage des langues devrait être central dans le Pacte parce qu'elles constituent un enjeu clé pour l'avenir, en Wallonie comme à Bruxelles.
- Il est particulièrement incompréhensible que les élèves de l’enseignement professionneln’aient plus de cours de langue. Il semble essentiel de réintroduire l’apprentissage des langues dans les filières professionnelles. C'est un atout évident dans la recherche d’un emploi et un moyen de s’ouvrir à d’autres cultures.
- Il serait temps de donner un cadre législatif clair et cohérent à l'enseignement en immersion.
- Le recours à des méthodes d’apprentissage plus actives, vivantes et ludiques est tout particulièrement une nécessité dans le domaine des langues.

Et les citoyens de conclure :

« Madame la Ministre,
L’élève est une personne plurielle et l’enseignement doit servir à donner du sens aux différents aspects de cette personne, à aider l’élève à trouver ses talents. Si le Pacte d’excellence veut réellement aller dans ce sens, il faudra qu’il arrive à rompre avec l’actuelle culture de l’échec et qu’il réussisse à bousculer les rôles des différents acteurs trop souvent figés dans les habitudes, qu’il impulse une révolution des mentalités et des pratiques tant chez les élèves, que chez les professionnels de l’éducation et chez les parents. C’est une question de volonté politique et d’ambition. »

Contact
Contact presse:
Jean-Paul Collette
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