dimanche 19 juin 2016

Jo Cox, l'incarnation de l'espoir européen

Le Vif ,  Opinions


Hommage à Jo Cox © REUTERS 


Jacques De Decker 

Secrétaire perpétuel à l'Académie royale de langue et littérature
L'Europe a sa martyre. Une femme jeune, mère de deux petites filles, militante des causes les plus généreuses, est tombée sous les balles d'un forcené, incapable de traduire son message autrement que par le langage odieux et stupide de la violence. C'est presque une allégorie. Non : c'en est une!

Notre culture est faite d'images sacrificielles de cette dimension. L'Europe, privée de signes forts depuis sa création, timorée devant le langage sublimé de la culture, qui n'a pas voulu d'hymne officiel ni de drapeau digne de ce nom, qui s'est calfeutrée dans le langage déshumanisé du calcul et de la "communication", se trouve dotée, à quelques jours d'un tirage au sort qui aurait pu l'amoindrir et déforcer, d'un symbole, d'une légende , d'un mythe.
L'opposition n'aurait pu être plus évidente. L'idéal devant le repli, l'espoir devant la lâcheté, l'intelligence, osons-le dire, devant la connerie. On a scrupule à user d'un vocabulaire aussi indigne, mais c'est l'époque qui nous y force, époque où la hauteur de vue a mauvaise presse, où la générosité est suspecte de calculs cachés, où le cynisme l'emporte sur l'idéal. Jo Cox, à travers tout ce que l'on apprend d'elle, représente cette génération montante qui est celle de notre futur : femme, elle incarne des valeurs de confiance envers les prochaines générations, ce dont les enfants qu'elle mis au monde témoignent ; intellectuelle, elle s'entend à traduire dans le réel le savoir que lui a transmis l'université ; dans la force de l'âge, elle sait qu'elle peut encore avoir une emprise sur l'avenir, et elle l'a exprimé à haute et intelligible voix. Car nous devrons désormais parler d'elle au passé.
Si la société convulsive où nous nous débattons a de l'avenir, si l'utopie dont elle a besoin pour survivre trouve à se concrétiser vraiment, c'est à des êtres de sa qualité qu'elle le doit. Des Jo Cox, il y en a des quantités incroyables en Europe, des femmes sorties de leur servitude ancestrale et qui, dès qu'elles disposent d'un levier, s'en servent pour faire avancer les valeurs de paix, de tolérance, d'ouverture, de confiance qui leur sont consubstantielles.
JO COX: L'ESPOIR EUROPÉEN A DÉSORMAIS SON INCARNATION. L'HISTOIRE S'ÉCRIT AINSI, HÉLAS : D'UNE ENCRE ROUGE
Elle est morte au champ d'honneur, l'expression n'a jamais été aussi pertinente. Son sacrifice est réel, ce n'est pas celui de fanatiques nihilistes et suicidaires dont le mental ignore que nous n'avons qu'un seul monde et qu'il s'agit de le laisser en meilleur état que celui où nous l'avons trouvé. Ses petites se trouvent privées d'une mère dont elles n'osaient penser qu'elle serait un jour une héroïne, son compagnon est amputé d'une moitié qu'il devra désormais partager avec ceux qui la célébreront sans frontières. L'espoir européen a désormais son incarnation. L'Histoire s'écrit ainsi, hélas : d'une encre rouge.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE NATIONALISME A TUÉ À BOUT PORTANT
« Le nationalisme c’est la guerre » disait Mitterrand, il ne se trompait pas.
Le nationalisme envahit les stades de France peuplés de supporters exaltés dont certains se transforment en hooligans enragés, comme ceux venus d’Angleterre ou de Russie pour faire le coup de poing et la peau à quiconque se dresse sur leur chemin. A chaque victoire de leur équipe nationale, les supporters fanatisés se déversent dans les villes en klaxonnant à tue-tête, grimés, drapés dans les couleurs nationales, imbibés de bière et de morgue imbécile. L’Euro du foot, grimace nationaliste, est la négation même de l’esprit Européen. Que ne consacrons nous pas une partie de cette débauche populiste à financer une super équipe de foot européenne ?   
C’est dans ce climat de surexcitation chauvine que se produisit le meurtre crapuleux de la franche députée anglaise tombée sous les balles et le couteau d’un forcené enragé par son propre aveuglément.
"Mort aux traîtres, liberté pour le Royaume-Uni", a lancé le lâche meurtrier devant ses juges. "On traverse une période trouble au Royaume-Uni, comme si la haine avait été libérée. Jo Cox a toujours combattu ces forces obscures" commente Alice Poole, 40 ans, l'une des nombreuses anonymes à rendre hommage à la députée travailliste, fervente avocate des droits des réfugiés, qui s'était fortement engagée dans la campagne pour défendre le maintien du Royaume-Uni dans l'UE.
C’est l’allégorie du nationaliste au front de taureau  poignardant la nymphe Europe, fille d’Agénor, mère de Minos enlevée mythiquement par un taureau blanc nommé Zeus.
C’est la négation du mythe d’Europe, la nymphe au regard large. 

BYE BYE BRITAIN
« Que les Anglais quittent donc l’Europe s’ils la détestent à ce point. » Lance Paul De Grauwe, une voix qui compte dans le monde économique.  Il vit à Londres et enseigne depuis quatre ans à la London School of Economics  "Il y  tant de haine au Royaume Uni. Les médias et une large frange de l’élite sont farouchement hostiles à l’unification européenne ». Selon lui, cette haine de l’Europe ne faiblira pas, quelle que soit l’issue du referendum. L’ambition des Anglais « c’est de reconquérir le plus de souveraineté possible au bénéfice de Westminster et u détriment de Bruxelles. Dat zal niet stoppen".
Le pire des scénarios serait, selon ce libéral social, que le Royaume Uni ne quitte pas l’Europe. " car si cela se produit, les Britanniques poursuivront leur stratégie de sape  depuis le cœur de l’Europe, mieux vaudrait donc qu’ils sortent d’Europe une fois pour toutes »
Pour De Grauwe les Britanniques sont un cheval de Troie résolu à empêcher coûte que coûte la création d’une confédération européenne. Plus on s’enfonce dans la crise, plus les peuples d’Europe répugneront à former une opinion publique européenne prémisse à la naissance de ce peuple européen qui n’existe toujours pas soixante après la signature du traité de Rome acte de naissance de la Communauté Européenne. Là est le plus grand défi.
MG   

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