jeudi 16 juin 2016

"Dès que quelques pierres volent à Molenbeek, on voit un rejet de notre culture"



Walter Pauli 
Walter Pauli est journaliste au Knack. 



Molenbeek © BELGA




"Orlando est le dernier d'une longue série d'attentats qui donne l'impression à une part grandissante du public occidental qu'il se trouve effectivement au coeur d'un "clash of civilizations', écrit notre confrère de Knack Walter Pauli.


Le massacre épouvantable dans un club gay d'Orlando, aux États-Unis, a relancé le débat sur les rapports prétendument impossibles entre "l'Orient" et "l'Occident", car même si tout indique que l'auteur est un homophobe misogyne et raciste, ce n'est pas un hasard s'il s'est déclaré adepte de l'État islamique. Le califat autoproclamé brûle d'aviver les tensions entre l'Occident et le monde musulman et cet attentat d'un terroriste islamiste y a une nouvelle fois contribué.
Orlando est le dernier d'une longue série d'attentats qui donne l'impression à une part grandissante du public occidental qu'il se trouve effectivement au coeur d'un "clash of civilizations'. Il y a vingt-cinq ans, le politologue américain Samuel Huntington décrivait pour la première fois les contours de ce clash. Dans un article publié par Foreign Affairs, il avait prédit que le premier conflit après la Guerre froide n'aurait pas lieu entre les États-nations, mais entre des cultures et des religions.
En Amérique du Nord et en Europe occidentale, il s'agit surtout d'un choc des idées, même si les nombreux massacres et attentats ont fait de ce "débat politique" la question principale sociétale de cette époque.
Les enjeux sont donc importants, et le jeu est joué de plus en plus durement. Depuis le début de la migration nord-africaine et turque en Belgique au milieu des années 60, il n'y a jamais eu autant de méfiance et même d'hostilité ouverte contre l'islam, non seulement contre les variantes militantes et jihadistes de cette religion, mais aussi contre les pratiques pieuses de musulmans ordinaires.
C'est dans ce climat que le ramadan a commencé. Et même si au début du jeûne islamique, il y a eu beaucoup de voeux de Belges "autochtones" à leurs amis musulmans, il n'était évidemment pas bon qu'on brûle plusieurs combis de police. C'était frappant que ce soit justement dans la Rue des Quatre Vents à Molenbeek que les premiers cocktails Molotov ont pris feu - à l'adresse où Salah Abdeslam a été arrêté. Ces événements renforcent la supposition qu'un certain nombre de musulmans radicalisés veulent prouver absolument que tout bon musulman est un sympathisant de l'EI.
Une part grandissante de "Belges" le croient aisément et s'arment pour contrer toute expansion de l'islam. À peine le ramadan commencé, l'enseignement de la Communauté flamande à Bruxelles a tiré la sonnette d'alarme. Un nombre frappant de très jeunes enfants suivraient le ramadan. Ils ne mangent pas à l'école - ce qui à cet âge-là est très mauvais pour la santé - et ne veulent pas nager - pour éviter d'avaler de l'eau. Aussitôt, le débat a éclaté sur le ramadan : celui-ci est-il bon pour la santé ? Une école a-t-elle le droit de tenir compte de la foi des enfants ? Une entreprise peut-elle accepter que certains employés soient moins en forme pendant le ramadan ?
Mais les troubles à Molenbeek n'étaient que de la petite bière comparée à la violence et aux actes de vandalisme commis par les hooligans en France. Ce genre de scènes choquantes devrait faire réfléchir ceux qui pensent que la culture occidentale est supérieure aux autres. Mais ils n'en font rien. Les bagarreurs et les fauteurs de troubles suscitent l'effroi, mais ils restent "nos" bandits. Mais dès qu'on jette quelques pierres à Molenbeek, on y voit le rejet de notre culture par "les musulmans".
Si cette attitude différente est injuste, elle vit dans une large part de la société et les responsables politiques devraient s'en préoccuper. Se taire n'est plus possible. La droite doit donner une place à l'islam modéré. La gauche doit affermir la lutte contre les musulmans intolérants. Attendre ou détourner le regard ne nous avancera pas d'un iota. Du moins pas à une époque où les images d'Orlando ont marqué les esprits, où les jeunes voient sur leurs smartphones qu'une guerre est en train de s'accomplir. Aujourd'hui, elle fait rage sur les écrans, tout à l'heure peut-être dans leur tête. 

COMMENTAIRE
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« EST-CE L’ISLAM QUI FABRIQUE LES CROYANTS, OU SONT-CE LES CROYANTS QUI FABRIQUENT L’ISLAM? »
« IL FAUT À TOUT PRIX RELANCER LE DÉBAT ET RECONSTRUIRE UN DISCOURS CRITIQUE. » 

La violence  envahit la sphère médiatique. Difficile de l’en extraire. Impossible d’y échapper. Elle est donc dans les têtes avant d’être dans les actes. Internet est comme la langue d’Esope : la meilleure et aussi la pire des choses. Internet est assurément aussi un incubateur de violence pour qui n’a pas été formé à l’esprit critique. La violence des jihadistes est effroyable, celle des hooligans est brutale (celle des « supporters » russes est tout sauf spontanée) celle des syndicalistes de moins en moins contrôlée par les dirigeants syndicaux débordés qui font mine de l’organiser. Toutes résultent d’un puissant sentiment de frustration lequel prend diverses formes mais est à l’origine de tous les passages à l’acte. Comment éradiquer la cause pour éviter la répétition des conséquences ?
En réduisant le chômage ? Certains le pensent. En réformant l’école ? Mission quasiment impossible, sauf en Finlande.  En augmentant les salaires pour stimuler la consommation ? Rien ne prouve que cela marche. En donnant plus de sens à l’existence ? Assurément mais quel sens et par quels moyens ? Le nihilisme apparent de nos sociétés sécularisées crée comme un vide que s’empresse de remplir le populisme comme le radicalisme religieux mais aussi l’hooliganisme à relents nationalistes, les associations de motards violents de type Hell’s Angels, les bandes urbaines et toutes les associations de type mafieux. Les utopies se sont évaporées, jusqu’au rêve européen qui tourne au cauchemar. Qu’offrir au peuple hormis un supplément de prospérité ? Du pain et des jeux ? Ok pour le pain mais quid des jeux ? L’Euro tourne doucement mais sûrement à la bagarre de rues permanente avec des relents de nationalisme primaire. L’occident est apparemment en panne de sens.
MG


DANS LE CORAN, SUR 6300 VERSETS, CINQ CONTIENNENT UN APPEL À TUER»
Alors que les attentats revendiqués par l'Etat islamique continuent à endeuiller
le monde ces derniers mois, voici un entretien avec l'islamologue allemand Reinhard Schulze 

QUELLE EST LA RESPONSABILITÉ DE L’ISLAM DANS LES ABCÈS DE VIOLENCE RELIGIEUSE QUI DÉCHIRENT LE
MOYEN-ORIENT, ET DANS LES ATTAQUES TERRORISTES EN OCCIDENT?
Le Coran, avec ses passages qui invitent à tuer, devrait-il faire l’objet d’une lecture plus distanciée? A ces questions, l’islamologue allemand Reinhard Schulze répond par la profondeur historique. Sans esquiver les problèmes posés par l’actualité, ce professeur à l’Université de Berne montre comment la réflexion critique sur l’islam s’est arrêtée, il y a plus d’un demi-siècle, sous l’étouffoir des Etats, qui ont contraint les intellectuels au silence et laissé le fondamentalisme travailler sans concurrence les populations arabo-musulmanes. A ses yeux il faut à tout prix relancer le débat et reconstruire un discours critique. L’Occident peut aider les intellectuels musulmans, pour autant qu’il ne se laisse pas impressionner par l’islam dévoyé des fanatiques.
LE TEMPS: DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES, MAIS EN PARTICULIER DEPUIS LES
ATTENTATS QUI ONT FRAPPÉ LA FRANCE, LE DÉBAT MONTE SUR LA PART
DE RESPONSABILITÉ DE L’ISLAM DANS LES VIOLENCES.
CERTAINS AFFIRMENT QUE LES TERRORISTES SONT DES NIHILISTES
DÉGUISÉS EN RELIGIEUX, D’AUTRES RÉTORQUENT QUE TOUT DE MÊME,
C’EST AU NOM D’ALLAH QUE LES  TERRORISTES ONT TUÉ…
REINHARD SCHULZE: Pour moi, la question centrale dans tout cela est: est-ce l’islam
qui fabrique les croyants, ou sont-ce les croyants qui fabriquent l’islam? Si l’on tient la première proposition pour vraie, alors il faut doter l’islam de dogmes indestructibles, qui répondront de tous les actes des musulmans. Si c’est la deuxième qui est vraie, ce que je crois bien sûr, alors ce sont les croyants qui doivent en répondre.
L’islam est sous leur responsabilité.
– ALORS EST-CE IMPORTANT SELON VOUS QU’ILS SE DÉMARQUENT
PUBLIQUEMENT DE CES ACTES TERRORISTES?
– Non, pourquoi? Ils n’ont commis aucun crime, ils n’ont pas à se justifier, à se mettre en situation de prévenus au tribunal de l’opinion publique. Mais je le répète, ils ont une responsabilité vis-à-vis de leur religion. On ne peut donc pas accuser la communauté des musulmans des crimes commis par des extrémistes, mais on peut leur demander: qu’est-ce que vous faites avec votre islam? Quelle sorte d’islam avez-vous en vue, quelle est votre vision de l’islam pour le XXIe siècle?
– JUSTEMENT, CERTAINS PHILOSOPHES CRITIQUES, COMME ABDENNOUR
BIDAR DANS SA «LETTRE OUVERTE AU MONDE MUSULMAN», OU
ABDELWAHAB MEDDEB, APPELLENT À UN SURSAUT INTELLECTUEL, À UNE
GRANDE RÉFORME. Y A-T-IL URGENCE DE RÉFORMER L’ISLAM?
– Il y a d’abord urgence de mémoire. Les musulmans doivent se rappeler que jusqu’aux années 1960, il existait dans le monde arabo-musulman un grand débat très libre sur la question de l’historicité de l’islam. Des grands savants comme Amin al-Khûlî, Ahmad Khalafallâh ou d’autres avaient des vues très modernes sur la question.
Ils pensaient que l’islam doit être adapté à son contexte historique et qu’aucune
interprétation n’est valable pour toutes les époques.
– OÙ EN EST-IL, CE DÉBAT?
– Il a été détruit, en premier lieu sous l’influence des Etats – l’Egypte de Nasser,
la Syrie  baassiste, etc., dès la fin des années 50. La grande Université al-Azhar du
Caire a été étatisée en 1961. Du coup, le public musulman a commencé à se recroqueviller, et les savants qui ont voulu poursuivre ce débat ont émigré, notamment à Paris, qui est devenu
pour un temps le centre du débat islamique. Au Caire, à Damas, à Bagdad, il est resté un grand vide.
– QUI A REMPLI CE VIDE?
– En partie le wahhabisme et le puritanisme, qui ont joué le rôle de conscience critique face au monopole étatique sur l’islam. A partir de là, le discours apologétique a pris le pas sur le discours critique, l’éclipsant presque complètement. Plus tard, dans les années 70-80, l’islam a été un moyen pour les populations arabo-musulmanes d’affirmer leur autonomie face à des Etats autoritaires qui voulaient régenter tous les aspects de la vie sociale.
Conséquence de tout cela, l’éducation islamique s’est considérablement appauvrie.
Le vide laissé par les intellectuels a donc été comblé par des penseurs médiocres et une littérature de pacotille.
Cela dit, il ne faut pas non plus idéaliser les grandes heures du débat, déjà menacé à
l’époque par les intégristes: dans les années 50, un Frère musulman radical nommé
Abdelkader Aouda prêchait dans les mosquées qu’il fallait brûler tous les livres islamiques à part le Coran et la tradition prophétique.
– Le Coran contient des passages violents. Cela signifie-t-il que l’islam est violent?
– Le Coran compte quelque 6300 versets au total, dont 300 contiennent des mots tels
que «combattre» ou «tuer». Cinq versets, en tout, sont une injonction à tuer.
La question est de  savoir comment lire le texte.
Dans certains passages du livre du Deutéronome, Dieu invite à tuer.
Pour la majorité des juifs et des chrétiens, il est clair que ces injonctions se réfèrent
à une situation historique et ne sont pas valables au pied de la lettre.
Il en est de même pour la majorité des musulmans vis-à-vis du Coran.
Si le texte devait déterminer les actes des croyants, nous connaîtrions un bain de
sang depuis 1300 ans. Les fondamentalistes, eux, opèrent une relecture du Coran
très éloignée de la tradition islamique.
– QUELLES SONT LES RESSOURCES À DISPOSITION, DANS LE CORAN ET
AILLEURS, POUR LEUR FAIRE BARRAGE?
– On pourrait remonter au IXe siècle et puiser dans des milliers de livres! Les ressources dans le  Coran ne manquent pas non plus. Mais là encore, tout dépend de l’interprétation qu’on en fait.  Prenez une notion dont on parle à tort et à travers dans la presse, le djihad. Qu’est-ce que le djihad?
A l’origine, une partie du culte musulman dont la visée est la reconquête de La Mecque.
Après 630, quand elle est conquise, il n’y a plus besoin de djihad, tout est fini! Au Moyen Age, des juristes musulmans, élaborant une théorie du djihad, avaient précisé qu’il devait être soumis au contrôle du pouvoir d’un régime. Ainsi l’expression n’a presque plus jamais servi… jusqu’au XIXe siècle.
– ET ENSUITE?
– Certains groupes musulmans avaient déjà revivifié le concept du djihad au début et même avant le XIXe siècle dans des contextes très locaux. Mais les historiens anglais, et je les suis presque entièrement sur ce point, affirment que le djihad des temps modernes est une invention allemande.
En 1914, les orientalistes allemands ont revivifié ce concept moribond, en donnant l’impression que c’était important dans l’islam, puis sont allés expliquer au régime ottoman qu’il devait se servir de ce concept auprès des populations colonisées par les Anglais et les Français, afin de mieux les combattre.
– LE DJIHAD EST DONC UN PRODUIT D’IMPORTATION?
– Oui! Mais à partir du XIXe siècle, presque tout a été importé. Les musulmans ont fait évoluer l’islam selon les standards de pensée européens de l’époque.
– AUJOURD’HUI, UN DÉBAT CRITIQUE SUR L’ISLAM EST-IL POSSIBLE EN L’ABSENCE D’AUTORITÉS
RECONNUES, À L’IMAGE D’UN CLERGÉ?
– Il ne faut pas catholiciser l’islam avant de lui faire passer sa réforme! La tradition
islamique, dans son ambiguïté, s’apparente à la philosophie postmoderne, basée sur la pluralité des interprétations. C’est un avantage. L’islam a d’ailleurs connu l’athéisme, mais aussi la caricature du Prophète. Le succès moral de l’islam dépend davantage de la formation des élites et de leur capacité à obtenir un consensus au sein des sociétés musulmanes que d’un cadre intellectuel strict. Le XXe siècle, avec la construction d’un discours homogène sur ce qu’est l’islam, a marqué un tournant. A partir de là, autour des représentations du Prophète, se joue une bataille pour le monopole du discours sur ce qu’est l’islam.
– CETTE AMBIGUÏTÉ N’EST-ELLE PAS PROBLÉMATIQUE LORSQU’ELLE OUVRE LA PORTE À UNE LECTURE
FONDAMENTALISTE DES TEXTES?
– Oui, peut-être que ce flottement est à la fois une chance et un désavantage, car il crée la possibilité d’un fondamentalisme très vaste. Dans le christianisme, en comparaison, les courants radicaux se cantonnent à quelques sectes identifiées, comme celle des évangéliques.
Les courants rigoristes tels que celui des intégristes du XXe siècle se sont formés sous
l’influence de l’approche positiviste, qui ne laisse pas de place au doute et à l’ambiguïté, ainsi que des théories
d’Auguste Comte.
– Y A-T-IL UN FRONT UNI POUR LUTTER CONTRE LE FONDAMENTALISME?
– Oui, ce sont les universitaires, des journalistes et des blogueurs islamiques, tous ceux qui disent que l’éducation – au sens allemand de Bildung, qui implique la construction de la personnalité – est importante pour façonner un discours critique. Un bon nombre, aujourd’hui, estime qu’il faut travailler sur la tradition et pas avec la tradition.
Mais ce n’est pas à l’ordre du jour dans les écoles coraniques.
– INTERNET OFFRE-T-IL DES PISTES POUR ENTAMER CETTE RÉFORME?
– Internet est une malédiction! Il donne l’impression que le savoir ne dépend pas d’un échange, d’un débat, mais qu’il suffit d’avoir lu trois pages pêchées on ne sait où pour affirmer qu’on détient la vérité.
Sans sphère critique, sans contrôle intellectuel, sans justification de ses paroles, on dit tout et n’importe quoi. Et c’est ainsi que l’islam est devenu un fantasme délimité par des dogmes. 
– MAIS TOUT DE MÊME, INTERNET PEUT ÊTRE UN LIEU DE DÉBAT…
– Oui, mais c’est un débat virtuel, qui n’a plus de correspondance dans la vie réelle.
Si l’on ne peut plus corriger un point de vue qui part à la dérive dans l’irréalité, alors on en arrive,dans l’extrême, à l’Etat islamique. Celui-ci, qui prétend revenir aux sources, a créé de toutes pièces un islam qui ne correspond à aucun moment de l’histoire.
– MAIS LA CHARIA, APPLIQUÉE DANS LES RÉGIONS SOUMISES À L’ETAT ISLAMIQUE, N’EST PAS UNE
INVENTION…
– La charia n’est pas la loi islamique! Dans une interview récente, le grand mufti d’Egypte Shawki Allam l’a dit très explicitement devant des journalistes médusés!
En fait, il n’y a pas moyen de définir ce qu’est la charia une fois pour toutes: c’est seulement l’interprétation, par les juristes, de ce qui pourrait être la norme dans une société et une époque données. La charia est un produit intellectuel, pas une loi divine.
– ON EN A UNE TOUT AUTRE IMAGE…
– Evidemment, en Occident, on a une idée très nette de la charia: une sorte de loi du talion complètement rétrograde qui peut vous faire littéralement perdre la tête! Cette idée totalement fausse ravit les islamistes radicaux, bien sûr, eux qui bâtissent un islam imaginaire correspondant parfaitement aux attentes apeurées des Occidentaux.
Entre ces deux fronts, les intellectuels musulmans se retrouvent bien seuls, et ils
manquent de ressources pour lutter contre ce dévoiement total de l’islam. D’où la nécessité d’une académie importante, libérée du contrôle de l’Etat. C’est en ce sens qu’a plaidé Gamal al-Banna en Egypte pour rétablir l’autonomie de l’Université al-Azhar. A ses yeux, et il a raison, c’est le seul moyen de relancer un discours critique et de changer l’image de l’islam.
Mais l’Etat refuse, parce qu’il a peur.
– UNE JUSTICE INDÉPENDANTE EST-ELLE POSSIBLE DANS LE MONDE ISLAMIQUE?
– Bien sûr. Gamal al-Banna dit clairement que l’islam n’a pas pour vocation de créer un système judiciaire.
– LA CHARIA EST-ELLE COMPATIBLE AVEC L’ETAT DE DROIT?
– Encore une fois, la charia n’est que le reflet de l’avis des juristes! Elle peut être à
l’origine de la justification des normes sociales, mais ne peut pas les créer. Est-ce possible par exemple d’abolir la polygamie en Tunisie*, au Caire, voire en Arabie saoudite? Certains juristes musulmans disent  que oui, mais pas tous. L’important, c’est de rouvrir le débat, montrer qu’il existe et le soutenir.
Le soutien et l’apport de compétences intellectuelles libres des Occidentaux sont indispensables.
– EST-IL POSSIBLE D’IMAGINER UNE DÉMOCRATIE ISLAMIQUE?
– Non, tout comme il n’existe pas de démocratie chrétienne, ou de démocratie juive.
La tradition islamique peut en revanche justifier les principes de la démocratie tels que l’Etat de droit, ou une forme de séparation entre l’Etat et la religion.
La laïcité dans sa forme la plus stricte, à la française, est difficile à accepter.
Certains, comme Soheib Bencheikh, le mufti de Marseille, affirment que la société
musulmane peut être laïque, mais pour la majorité des penseurs musulmans, un sécularisme à l’allemande, où le respect de l’Etat de droit s’accompagne d’une sauvegarde de la sphère religieuse, est plus acceptable. Les universités allemandes, par exemple, ont ouvert des
instituts de théologie où prend place un débat critique sur l’islam.
* Précision du 1er février 2015: la polygamie est interdite en Tunisie depuis 1957.
(Ndlr.) 

LA QUESTION DES HOOLIGANS RUSSES TOURNE À L'INCIDENT DIPLOMATIQUE
LE VIF
Source: Afp 

A quelques heures du deuxième match de son équipe, classé à risques à Lille, Moscou a dénoncé mercredi l'arrestation "inadmissible" de 43 de ses supporters la veille, par crainte de violences.
"L'arrestation d'un autobus avec plus de quarante supporters russes par la police est un incident absolument inadmissible", a fustigé le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, devant la Douma (chambre basse du Parlement).
Ces supporters ont été arrêtés mardi à Mandelieu-la-Napoule, à 170 km de Marseille, où de graves violences ont éclaté samedi en marge d'Angleterre-Russie. Ils s'apprêtaient à rejoindre Lille, où Russie-Slovaquie se joue mercredi (15h00).
Ils ont été mis en garde à vue et transférés à Marseille dans l'enquête sur les violences de samedi. Onze d'entre eux ont été remis en liberté et les autres restent en garde à vue à Marseille pour un maximum de 48 heures, a indiqué mercredi une source proche du dossier.
"Les autorités françaises étaient obligées, au moment où elles les ont arrêtés, d'informer l'ambassade ou le consulat général à Marseille. Cela n'a pas été fait", a regretté M. Lavrov, précisant que les diplomates ont appris l'incident par les messages des supporters sur les réseaux sociaux.
Parmi eux, Alexandre Chpryguine, président de l'Association des supporters russes et collaborateur du député ultranationaliste Igor Lebedev, membre du parti d'extrême droite LDPR.
RESPONSABLE SULFUREUX
Chpryguine a multiplié les tweets rageurs mardi pour dénoncer une arrestation injuste. Sa présence parmi les Russes interpellés n'a jamais été confirmée par les autorités françaises.
Cet homme, qui a déjà été vu en compagnie du président russe Vladimir Poutine, a été photographié par le passé en train de faire un salut nazi en compagnie d'un musicien d'un groupe de rock d'extrême droite russe, bien qu'il réfute être un sympathisant nazi.
"Nous avons des indices suffisamment précis sur la participation d'au moins un certain nombre d'entre eux aux violences inacceptables" survenues à Marseille avait déclaré mardi le préfet des Alpes-Maritimes Adolphe Colrat au sujet des individus interpellés mardi.
Les hooligans russes, "extrêmement entraînés" selon les autorités, étaient en première ligne lors des rixes à Marseille samedi, mais aucun n'avait été arrêté, ce qui a valu des critiques aux forces de l'ordre.
Après les violences à Marseille, la France a reproché à la Russie d'avoir laissé ses hooligans les plus durs quitter le pays pour aller à l'Euro.
"Tous ceux qui, de près ou de loin, ont participé à ces violences, à ces combats de rue, doivent être non seulement identifiés mais surtout renvoyés", a insisté mercredi le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll.
Au-delà des relations diplomatiques, la crainte de nouveaux incidents causés par des hooligans à l'Euro reste vive. Le match Russie-Slovaquie à Lille mercredi se déroule la veille d'un Angleterre-pays de Galles, lui aussi sous haute surveillance à Lens, à une trentaine de kilomètres de là.
De premiers heurts, sans blessés, ont eu lieu à Lille dès mardi en fin d'après-midi, avec à la clé sept interpellations. Deux Russes impliqués dans une rixe ont été placés en garde à vue, ainsi qu'un couple d'Ukrainiens pour port d'arme prohibée.
"OREL BUTCHERS"
Sur les images de ces incidents, entre bouteilles de bières et chaises qui volent, on voit encore, comme à Marseille, des hooligans russes arborant le T-shirt des Orel Butchers, groupe affilié au Lokomotiv Moscou, avec une inscription sans équivoque: "Tour de France - Fuck Euro-2016".
"On se battra", a d'ailleurs assuré à l'AFP un supporter russe à la sortie du train mercredi à Lille. "Peut-être aujourd'hui, peut-être aussi après-demain, qui sait? Mais pas dans les stades, c'est pour les tarlouzes. C'est ici que ça se passe", a-t-il menacé.
Lille a été placée sous haute surveillance: la préfecture veut "saturer l'espace urbain de présence policière".
La Russie, pays hôte du Mondial-2018, n'a plus le droit au moindre faux pas de ses supporters. L'UEFA lui a infligé une suspension avec sursis de l'Euro mardi: elle sera disqualifiée au moindre nouvel incident dans un stade impliquant ses supporters.
Disqualifiée, la star portugaise Cristiano Ronaldo l'est dans l'esprit de ses adversaires de mardi soir, les joueurs de l'Islande. "Ses commentaires expliquent pourquoi Messi sera toujours un cran au-dessus de lui", a pesté le défenseur Kari Arnason après le surprenant nul (1-1) décroché par son équipe face au Portugal.
La raison de cette colère? Le triple Ballon d'Or portugais a accusé les Islandais d'avoir "une petite mentalité" et de n'avoir fait que défendre.
Dans le match phare de mercredi, la France, pays hôte, pourra se qualifier si elle bat l'Albanie à Marseille (21h00). 


WAT NU UEFA? RUSSISCHE FANS SCHIETEN VUURPIJL AF NA DOELPUNT
HLN
Bewerkt door: Peter Luysterborg
15/06/16 - 17u41  Bron: SkyNews/20minutes
Ook rellen met Engelse fans in stadscentrum Lille na wedstrijd 

© getty.
EK 2016 Russische voetbalfans hebben tijdens de match tegen Slowakije in Lille een vuurpijl afgeschoten. Dat meldt SkyNews. De Russische supporters waren nochtans gewaarschuwd om zich behoorlijk te gedragen in het stadion.
Een en ander gebeurde nadat het Russische team in de 80ste minuut de aansluitingstreffer had gescoord. Rusland zou de wedstrijd uiteindelijk met 2-1 verliezen.

Gisteren waarschuwde de UEFA Rusland er nog voor dat het land uit het toernooi zou worden gezet indien er nog incidenten in het stadion zouden volgen. Of één vuurpijl volstaat om de Russen uit te sluiten van verdere deelname aan het EK, valt af te wachten. De Russische bondscoach Leonid Slutsky liet er zich alvast weinig aan gelegen. "Ik heb niets gezien", zei Slutsky na de wedstrijd. "Ik was geconcentreerd op wat er op het veld gebeurde, niet in de tribunes."

Intussen lijkt de situatie in het centrum van Lille uit de hand te lopen, zo melden diverse bronnen. Sky bericht dat de oproerpolitie Engelsen achterna zit nadat een enorme knal op straat is gehoord. De agenten zetten daarbij traangas, pepperspray en de wapenstok in. Daarbij viel minstens één gewonde. De incidenten begonnen vlak bij het station Lille-Flandres, waar een geparkeerd voertuig ernstig werd beschadigd. Daarna werd een luide knal gehoord, blijkbaar van een brandbom. Toen ontstond paniek onder de supporters die in alle richtingen begonnen te lopen. Een journalist van het Franse persbureau AFP zag een bebloede man rennen. Een andere persoon, die voor het station op de grond lag, kreeg hartmassage. 

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