jeudi 30 juin 2016

Une Parisienne parie sur Molenbeek, appréciant l'"ouverture d'esprit" de Bruxelles

LAMFALUSSY CHRISTOPHE  La Libre Belgique

Hanna Bonnier a ouvert un restaurant deux mois avant les attentats de Paris. Près du canal. 

I

Ils ne se sont jamais croisés, pourtant, ces deux Parisiens ont une histoire en commun : tous les deux ont jeté l’ancre par hasard à Molenbeek, la désormais célèbre commune de Bruxelles. Mais si Alexandre Laumonier a quitté en février le quartier pour installer sa maison d’édition à Jette, fatigué de voir aux portes des écoles des "femmes voilées" et "des barbus prosélytes", Hanna Bonnier a choisi elle de s’y installer durablement en ouvrant l’un des restaurants les plus en vogue du bas de la ville.
Molenbeek est à l’image de Bruxelles : une commune complexe, avec des miniquartiers, des anciennes maisons ouvrières où l’on vend des hijabs et où on boit le thé, des jeunes Flamands à la recherche de loyers décents, le nouveau Millennium Iconoclast Museum of Art (Mima) et une zone d’appartements de luxe le long du canal, où un penthouse deux chambres est proposé à la vente à 650 000 euros.
"Pas de doute, cette partie de Molenbeek est en voie de boboïsation", assure Hanna Bonnier, une Française de 27 ans qui a fondé "Le Phare du Kanaal" au Quai des charbonnages. "La semaine dernière, juste ici derrière, rue de l’Avenir, on vient d’inaugurer un marché bio. Plein de jeunes arrivent ici. Les loyers sont abordables."
Hanna Bonnier est une ancienne stagiaire de la Commission européenne, spécialisée dans la prévention des conflits internationaux. En mars 2014, elle décidait de tout larguer. "J’avais besoin de concret dans mon travail", dit-elle. "La prévention des conflits, c’est passionnant. Mais je voulais créer quelque chose. Après un tour d’Europe, je me suis rendu compte que Bruxelles manquait d’un lieu où les jeunes Européens pouvaient tisser des liens."
DE DÉPÔT DE TISSU À "CO-WORKING CAFÉ"
D’où l’idée de créer un "co-working café", un espace qui combine un restaurant au rez-de-chaussée, ouvert jusqu’à 20 heures, et un espace de travail pour les jeunes entrepreneurs. Le projet a reçu le soutien financier de la région bruxelloise, via les fonds européens du Feder.
Hanna Bonnier est tombée par hasard sur cet ancien dépôt de tissus, qui donne sur le canal. Le coup de foudre a été immédiat. Mais le timing d’ouverture fut désastreux, en septembre 2015. Deux mois plus tard, les journalistes étrangers défilaient pour lui demander son avis sur cette commune considérée comme un "nid de djihadistes".
Cela ne l’a pas découragée. Cette fille d’un architecte et d’une psychologue a grandi dans le 18e arrondissement de Paris, du côté de la Porte de la Chapelle. Un quartier à la mauvaise réputation, mais où elle s’est épanouie. "J’étais la seule blonde en classe", sourit-elle.
"Paris est ma ville", dit-elle. "Mais on y est vite dans un microcosme. À Bruxelles, j’apprécie l’ouverture d’esprit et la mixité."
Aujourd’hui, son restaurant fait soixante couverts à midi et le personnel parle anglais. La clientèle est pour plus de la moitié néerlandophone. La bourgmestre de Molenbeek ainsi que les travailleurs sociaux viennent y casser la croûte. Certains habitants de la communauté belgo-marocaine refusent d’y mettre les pieds car on y vend de l’alcool, mais d’autres sont venus pour assister à l’inauguration d’une exposition de photos.
Hanna Bonnier est sans enfants et veut maintenant emménager dans le quartier.
"FEMMES EN BURQA ET SINISTRES BARBUS"
Alexandre Laumonier a, lui, une vue beaucoup moins rose de Molenbeek. Pendant huit ans, il a vécu près de la rue des Quatre Vents où Salah Abdeslam a finalement été capturé. Cet anthropologue français, fondateur de la maison d’édition Zones sensibles, avait expliqué aux lecteurs du "Monde" en novembre que "Molenbeek saint Jean n’est pas un ghetto".
Mais il a décidé en février dernier de déménager à Jette. Le déclic a été l’inscription de son fils à l’école. "Il était temps de quitter Molenbeek. Je n’avais aucune envie qu’il croise tous les jours ces femmes qui viennent chercher leurs enfants en burqa ou ces sinistres barbus prosélytes qui arpentent les rues. Il y a aussi des femmes voilées à Jette, mais il n’y a pas que cela", dit-il. "Il était temps d’aller vers un autre lieu où, dans la rue, on vous fait moins sentir, par le regard, que vous n’êtes qu’un mécréant", ajoute-t-il au "Monde" le 10 juin.
Un avis qu’Hanna Bonnier ne partage pas. Depuis les attentats de Bruxelles, dit-elle, "les gens redoublent d’efforts pour être sympa, pour dire ce n’est pas dangereux pour moi". 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TASSE DE THE ? 

Molenbeek isn’t everybody’s cup of tea.
Une Parisienne en est tombée amoureuse. Tout arrive.
Cette hirondelle annonce-telle un printemps molenbeekois ?



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