lundi 20 juin 2016

Verhofstadt propose d'utiliser le Brexit pour faire avancer l'UE

BELGA
La Libre


Quel que soit le résultat du référendum sur l'avenir des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, cette dernière ne pourra se passer d'une convention qui réglera aussi d'autres sujets fondamentaux pour son intégration, a affirmé dimanche le chef de groupe des libéraux au parlement européen, Guy Verhofstadt.
"Que ce soit oui ou non, on ne peut pas continuer comme ces trente dernières années, avec une Grande-Bretagne qui a un pied dedans, un autre dehors", a déclaré M. Verhofstadt dans l'émission Les Décodeurs (RTBF) ainsi qu'au Zevende Dag (VRT).
L'accord avec le Premier ministre britannique David Cameron crée certes un statut spécial pour le Royaume-Uni qui devient ainsi une sorte de "membre associé" de l'UE, comme les pères fondateurs de l'Europe Paul-Henry Spaak ou Jacques Delors l'avaient imaginé, relève l'ancien Premier ministre belge.
Mais pour M. Verhofstadt, ce débat doit surtout être l'occasion de lancer avec le Parlement européen une convention qui réglera d'autres enjeux majeurs de l'Union comme la gouvernance de la zone euro, la communauté de défense ou les politiques de migration et d'asile.
"Utilisons, abusons de ce Brexit, de cette affaire britannique, pour faire des pas en avant dans une Europe plus efficace et intégrée", a affirmé M. Verhofstadt. Il juge qu'actuellement, l'Union se réduit à une confédération d'Etats-Nations où les règles de l'unanimité génèrent des prises de décision trop lentes et des mesures trop faibles.
A ses yeux, un "Brexit" serait "catastrophique" pour le Royaume-Uni et les trois économies voisines que sont l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique. Mais il le serait davantage encore d'un point de vue géopolitique, en présentant une Europe divisée face à la Russie de Vladimir Poutine ou aux terroristes.
Quant à la campagne sur le référendum britannique, elle est "brutale". "C'est devenu une bataille très rude non pas sur l'Europe, mais sur l'immigration. On ne parle plus du projet européen et des avantages de l'Union", a-t-il déploré. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PLUS D’EUROPE ET MOINS DE NATIONALISME 

« Guy Verhofstadt concède que certaines critiques des eurosceptiques ne sont pas tout à fait erronées, mais la conclusion qu'ils en tirent n'est pas la bonne selon lui. "Ça ne doit pas être un recul vers le nationalisme et le populisme, mais une réforme en profondeur de l'Union européenne", notamment avec un groupe de pays d'accord pour avancer vers plus d'intégration (Benelux, France, Allemagne, Italie, Espagne, etc). »
Guy Verhofstadt, l’infatigable, l’inoxydable député européen de signature libérale que les Britanniques ont éloigné de la présidence, poussé par un ressort inouï, sort à nouveau de sa boîte avec sa coiffure à la diable. Et de faire un tabac médiatique à la VRT.
« Les incertitudes fondamentales qui touchent actuellement l’union européenne ne découlent pas uniquement de la possibilité réelle de perdre la Grande-Bretagne en cours de route et, pourquoi pas d’autres pays dans la foulée. Les dirigeants des nations européennes semblent en effet toujours plus résolus à reprendre les pouvoirs trop facilement concédés à Bruxelles pour prétendument mieux protéger leurs compatriotes » Dany Cohn-Bendit dans la préface du « mal européen » de Guy Verhofstadt un livre qui entend « réactiver notre imaginaire politique »
EXTRAITS :
« Notre marché et notre monnaie  sont en grande partie uniques, mais notre politique ne l’est pas. Le point négatif de la prise de décision politique concerne toujours les États-nations. Mais puisque certains Etats, l’Allemagne en tête, jurent par l’orthodoxie et que d’autres, comme la France et l’Italie, veulent baisser la garde, il ne se passe finalement rien. Les citoyens sont tenus à l’écart et commencent à jouer massivement la carte des partis nationalistes et anti européens. » p.25
« Inévitablement surgit l’image d’une civilisation en déclin. » p. 29
« Le penseur et démographe français Alfred Sauvy craignait que l’Europe ne devienne une société de personnes âgées qui habitent dans de vieilles maisons et ruminent de vieilles idées. Pouvons-nous encore sauver cette Europe fatiguée qui dépérit ? Pouvons-nous encore nous réinventer ? »p. 30
« Celui qui veut se faire une place dans le monde moderne doit commencer par créer une unité. Les pays qui sont nos concurrents ne sont plus des États-nations du XIXe siècle, mais de grandes puissances continentales auxquelles nous devront tenir tête. L’unité implique une seule société politique et une seule défense. Ce n’est qu’ainsi que le nain Europe pourra de nouveau jouer un rôle majeur sur la scène internationale. » p.84
« Le projet européen avait initialement pour objectif de guérir une fois pour toutes les Européens de la pathologie nationaliste. Le nationalisme, même dans ses formes radicales, est en train de regagner du terrain » p. 86
« Il est illusoire de penser qu’une identité nationale peut nous protéger des dangers qui hantent le monde. » p. 95
« Contrairement à ce qu’affirme la vision réductionniste de l’identité prônée par les nationalistes, les hommes ne font pas qu’hériter de leurs caractéristiques et de leur personnalité, il les créent les façonnent également en grande partie. Dans le monde moderne, les êtres humains et toujours, et de plus en plus, sont leur propre artisan » p. 67
« L’identité peut également être à l’origine d’un comportement conformiste à l’extrême, qui ne laisse plus aucune place à la pensée critique » p. 98
« La jeune génération dans quel État membre qu’elle vive, croit en l’Europe, elle ne se laisse pas emprisonner dans le carcan de leur prétendue identité nationale et ne se laisse pas arrêter par les frontières nationales. Elle sait que l’avenir de l’Europe et celui de l’union européenne sera post national ou ne sera pas. P. 100
« La zone euro ne pourra fonctionner convenablement que lorsque nous aurons construit une union économique et politique, en plus de l’union monétaire, avec tout ce que cela implique : un gouvernement, un trésor public, un contrôle démocratique des décisions prises à la majorité. » p. 301 « Cela implique 1 nouveau transfert de souveraineté au profit d’institutions démocratiques et représentatives au niveau européen. À défaut le risque de sombrer encore plus profondément est bien présent » p. 302
« Une monnaie intégrée requiert une économie intégrée. »p. 341
« La mondialisation ronge implacablement notre souveraineté nationale. Qu’il s’agisse de la crise bancaire, du réchauffement climatique, de la fraude internationale ou de la criminalité organisée, nous ne pouvons que constater que seul l’échelon européen est en mesure d’apporter une réponse efficace à tous ces problèmes. Ce qui implique que nous devons oser faire le choix des institutions européennes plus fortes et d’un État fédéral européen. » p. 379
« L’Europe est gravement malade » p.409
« Même si nous partageons largement une culture et une histoire commune, nous ne parvenons pas à jouer collectif en tant que groupement de 28 nations » p. 410
« La majeure partie des électeurs, aussi bien de gauche que de droite, en a assez de l’union actuelle, une union qui ne fonctionne pas de manière satisfaisante, mais ils ne veulent en aucun cas jeter par-dessus bord le projet européen. L’Européen moyen veut une union profondément réformée : une union plus efficace, démocratique étendue et transparente. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une vision et d’hommes et de femmes d’État qui prennent les choses en main, qui trouvent leur inspiration dans un projet de grande envergure englobant tout le continent. » p.412
« Comment être plus fort dans un monde en mutation constante ? Nous ne devons pas nous laisser guider par le parti pris ou la peur, mais par notre volonté de jouer encore un rôle significatif dans le monde de demain une Europe fédérale est la seule option » p.413
Le volontarisme politique et européaniste  de Guy Verhofstadt est sidérant. L’évolution politique de l’ex Baby Thatcher ne l’est pas moins. Cela force le respect. Son livre roboratif est dédié au socialiste Pul Henri Spaak et préfacé par un écolo. Il faut le faire.
MG



LES NATIONALISMES CONTRE LA NATION 

Jean Daniel l’Obs

Le retour à l'idée de Nation et la réflexion sur ce concept se fraient un chemin depuis quelques années, à vrai dire depuis la fin de la guerre d'Algérie. Rappelons que, pour ce qui nous concerne, nous n'avons cessé d'alerter l'opinion sur la nécessité "de ne pas abandonner la Nation aux nationalistes".
C'était notre formule. Nous l'avons développée chaque fois que l'on pouvait observer une évolution de la droite vers l'extrême droite et, d'autre part, au centre et à gauche un débat non dépourvu d'anxiété sur la définition de la Nation et l'opportunité de la défendre. Ceux-là mêmes qui combattaient le racisme avec le plus de sincérité en arrivaient à trouver suspectes les enquêtes trop fréquentes à leurs yeux sur son émergence.
Il y a eu l'Europe, bien sûr, dont le rêve transnational pouvait compenser le patriotisme. Il y eut les révolutions populaires d'Islam, qui tentaient de s'enraciner dans les nations hospitalières. Il y a eu toutes les difficultés de la mixité, du brassage et du mélange ; il y a eu enfin les ambitions compétitives des grandes puissances aux dépens des nationalismes dans les pays de moyenne envergure. Tout cela explique, résume, conduit à la compréhension, mais il reste que tout finit par déboucher sur un nationalisme exacerbé quand il devient religieux et nihiliste quand il se veut mystique.
CONFUSIONS IDÉOLOGIQUES
Depuis la réapparition du terrorisme de masse et avec les cinquante morts d'Orlando en Floride, les partisans d'un refus total de l'immigration vont voir leur audience augmenter aux Etats-Unis bien sûr et chez nous en France dans les contextes électoraux. Il se trouve des militants ou des partis dont le programme contient tout simplement "non à l'immigration". C'est le cas du Front national, qui, sur ce point et dans ce domaine, ne se préoccupe plus de nuancer ou d'atténuer ses prises de position. Ce "non à l'immigration, c'est une date, c'est un programme, c'est une menace.
Depuis qu'il croit à son avenir politique prochain, le Front National a transformé la présentation de son programme. Il avait fait un saut peu remarqué en choisissant de préférer l'anti-islamisme à l'antisémitisme. Ce à quoi on dit qu'un certain nombre de juifs de France n'ont pas été insensibles.
Dans une telle perspective, on peut redouter des confusions idéologiques sans précédent. Si, comme le dit l'un des penseurs de Marine Le Pen, Florian Philippot, les héros de la Nation, selon ses vœux, ne doivent pas reculer au contraire devant la proclamation du respect dû au général de Gaulle, à Jaurès et même à Léon Blum, alors ces nouveaux utopistes peuvent très bien rêver de supprimer la droite et la gauche, et toutes les raisons qui avaient animé les combats populaires depuis la Révolution.
LA PAIX IMPOSSIBLE
J'ai parlé d'un contexte électoral, mais il faut préciser à quel point la dimension de ce contexte est internationale. Tout cela se déroule au moment où l'on reparle de l'éventualité d'un retour à la guerre froide entre les puissances auxiliaires de la Russie et des Etats-Unis. Sans parler des turbulences entre la Russie et la Turquie, et sans oublier ce qu'il y avait de plus inattendu, à savoir le  rapprochment entre la Russie et Israël.
Le Premier ministre de ce dernier pays, Benyamin Netanyahou, est l'objet d'une enquête judiciaire au moment où sa diplomatie débouche sur des éclats singuliers. Cela dit, ce qui se passe en Israël ainsi que la résignation générale à l'impossibilité d'une paix avec les Palestiniens devraient préoccuper gravement les amis du petit Etat hébreu, lorsque le député de gauche Amir Peretz se permet d'accuser le Premier ministre Netanyahou d'être à l'origine de la recrudescence  du terrorisme, cela devrait faire réfléchir, et peut-être aussi faire réagir.
DIEU N'EST PAS UNE EXCUSE
Maintenant, faisons le point : la Nation n'est elle-même à nos yeux que lorsqu'elle est hostile au nationalisme. Et comme celui des nationalismes qui s'est avéré le plus dément, c'est bien sûr le nationalisme religieux, c'est ce qui me rend si attentif à la ligne politique inaugurée par le pape François.
Partout où il se rend, on ne peut pas et on ne doit pas se servir de Dieu comme excuse, prétexte ou loi de la propagation de la mort. Jamais que je sache l'Eglise catholique romaine et apostolique n'était allée aussi loin, jamais elle n'avait autant mérité d'être aussi universellement écoutée.
Jean Daniel 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’EUROPE COMME  MEILLEUR ANTIDOTE CONTRE LE RETOUR DES NATIONLISMES 

Tout est dit, au lecteur de tirer ses propres conclusions, en toute autonomie.


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