dimanche 24 juillet 2016

Bruxelles doit repenser la cité

Le Vif
Carte blanche

Groupe du vendredi
Forum composé de jeunes provenant de divers horizons qui prennent du temps pour la réflexion et le débat
Par Laurent Hanseeuw, membre du Groupe du Vendredi, Bruxellois de naissance, de coeur et au quotidien. Il écrit cette colonne en son nom.


Ces derniers mois n'ont pas été tendres pour Bruxelles. Outre l'horreur des attentats, elle est conspuée de toute part, en Belgique et en Europe, comme le symbole de dysfonctionnements politiques et étatiques. Son nom semble avoir été dérobé pour illustrer les maux démocratiques de nos sociétés au dépend de la ville dont elle est le patronyme. 

© IMAGEGLOBE
 
Pour les bruxellois comme moi, c'est une réalité assez désagréable à laquelle nous sommes confrontée. Des journalistes français aux périodiques américains, en passant par les belges et européens de passage plus ou moins long dans la ville, les reproches pleuvent sur la cité. Nos réactions spontanées, et parfois justifiées, sont de discréditer ces critiques en pointant, au choix, leur absence de connaissance totale de la réalité bruxelloise, la responsabilité d'autres niveaux de pouvoirs ou encore l'absence de moyens dont souffre la capitale dans le cadre institutionnel belge. Tout cela est sans doute vrai. Mais cela n'enlève pas que Bruxelles et les bruxellois ont accepté une déliquescence progressive et coupable de la gestion de la cité. Il nous faut y remédier et cela passe avant tout par une conscience des failles bruxelloises.
BRUXELLES CONNAIT UN NOMBRE CROISSANT D'HABITANTS MAIS UN NOMBRE DÉCROISSANT DE CITOYENS. Cette affirmation gratuite peut être vue sous plusieurs angles. La première est le comportement incivique dont nous faisons collectivement preuve. Bruxelles-propreté pourrait sans doute augmenter son niveau de services mais ce ne sont évidemment pas les éboueurs qui jettent les déchets dans la rue. Bruxelles est sale, il faut être aveugle pour ne pas s'en rendre compte. Le fait que seul un journaliste français ose l'écrire révèle bien l'étendu du déni. La propreté de la ville n'est d'ailleurs pas la seule matière dans lequel notre incivilité collective s'exprime.
Bien entendu, les grandes villes sont propices à ce manque de conscience individuelle du bien commun. Mais Bruxelles semble en représenter la quintessence. Un problème aussi complexe n'a pas une seule explication. Néanmoins, un élément sous-estimé est, au-delà de la croissance démographique, surtout le renouvellement constant de sa population. Depuis des décennies, Bruxelles connaît un départ massif de ses habitants "historiques", par dizaine de milliers vers les deux autres régions du pays. SUR LES DIX DERNIÈRES ANNÉES SEULEMENT, UN TIERS DES HABITANTS DE LA CAPITALE L'ONT QUITTÉE. Qu'ils aient été remplacé par d'autres ne changent pas le fait que Bruxelles a été et est rejetée massivement par les Bruxellois.
BIEN PLUS QUE LA CAPITALE DE LA BELGIQUE OU DE L'EUROPE, BRUXELLES EST DEVENUE LA CAPITALE DU NOMADISME.
En comptant les mouvements vers l'étranger, chaque année, sept pourcent de la population bruxelloise quitte la ville. Cela signifie qu'actuellement, un habitant de Bruxelles reste en moyenne un peu plus de quinze ans dans la capitale. Vu qu'il reste tout de même une frange sédentaire, la moyenne est sans doute bien plus basse pour les autres. Or, il est plus difficile de fabriquer des citoyens avec des personnes de passage. Un locataire se sent logiquement moins concerné par la pérennité de son habitat que le (co-)propriétaire-occupant des lieux.
Cette réalité s'illustre d'ailleurs par la participation - et donc la représentativité - démocratique. Moins de six cent mille habitants sont inscrits sur les listes et quelques quatre-cent soixante mille habitants seulement ont émis un bulletin valable aux dernières élections, soit quarante pourcent de la population, contre près de deux-tiers dans le reste du pays. Les francophones ont beau jeu de railler le peu de représentativité des parlementaires bruxellois néerlandophones mais ils les rattrapent dans une certaine forme d'illégitimité démocratique. Les européens, si prompts à critiquer la mauvaise gestion de leur ville d'accueil, ne sont que quinze mille à s'être inscrits pour voter. En matière de responsabilité citoyenne, on repassera. ON N'OSE PAS IMAGINER LA REPRÉSENTATIVITÉ DU PARLEMENT BRUXELLOIS EN CAS D'ABANDON DU VOTE OBLIGATOIRE POUR LES BELGES...
Les Bruxellois de souche ont, ces quarante dernières années, voté massivement avec leurs pieds. Bien sûr, il s'agit partiellement de préférences légitimes, ou d'une culture belge atavique présentant certains problèmes avec le phénomène urbain. Mais le manque total d'attention porté à cette migration interne par les édiles politiques de la ville est inquiétant au vu du résultat visible sur le vivre-ensemble. Répéter que le logement est trop cher à Bruxelles est tout de même un peu court et relève de la paresse intellectuelle. A-t-on seulement une information factuelle et objective sur ces départs ? Contourner le problème en APPELANT À PRÉLEVER L'IMPOSITION SUR LE LIEU DE TRAVAIL EN S'ABSTENANT BIEN DE PROPOSER LE DROIT DE VOTE Y ATTENANT (pas de taxation sans représentation disent les anglo-saxons) est une belle illustration de cette fatuité. Bruxelles a besoin d'argent, certes. Mais on a aussi besoin d'un miroir.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE REMPLACEMENT ?  
 
C’est le concept clé de Renaud Camus, le « fellow traveller » du FN. Un personnage fort peu recommandable.
Le remplacement, c’est son obsession et c’est celle du FN évidemment. Or, si je lis bien ce papier, c’est exactement de cela qu’il serait question à Bruxelles : « du  renouvellement constant de la  population bruxelloise » (…). Depuis des décennies, Bruxelles connaît un départ massif de ses habitants "historiques", par dizaine de milliers vers les deux autres régions du pays. Sur les dix dernières années seulement, un tiers des habitants de la capitale l'ont quittée.
Qu'ils aient été « remplacés » par d'autres ne change pas le fait que Bruxelles a été et est rejetée massivement par les Bruxellois. Bien plus que la capitale de la Belgique ou de l'Europe, Bruxelles est devenue la capitale du nomadisme  « Les Bruxellois de souche ont, ces quarante dernières années, voté massivement avec leurs pieds »
Bruxelles connait un nombre croissant d'habitants mais un nombre décroissant de citoyens. Sur les dix dernières années seulement, un tiers des habitants de la capitale l'ont quittée. »
Certains reviennent, des jeunes et aussi pas mal de Flamands, s’installent « provisoirement» avant de repartir, le plus souvent quand leur aîné entre en âge de rejoindre l’enseignement secondaire.
Motif ? Le plus souvent le problème délicat du choix d’école et la grande réticence à voir leurs enfants  contraints à partager la classe d’enfants du même âge issus de l’immigration :crainte du faible niveau d’exigence des écoles et des enseignantes crainte en somme d’une promiscuité sociale et culturelle.
« Bruxelles a besoin d'argent, certes. Mais on a aussi besoin d'un miroir. »
D’un  miroir, pourquoi pas, mais pas d’un rétroviseur. C’est d’un bien mauvais miroir que ce sert Laurent Hanseeuw qui parle en son nom personnel mais à l’évidence sous le contrôle de ses amis du groupe du vendredi.

Le vieux Eric Corijn et ses amis de Brussels Studies qui sont d’une autre trempe que leurs jeunes amis passéistes (une collection de jeunes cadres brillants du Vendredi) nous invitent à construire la ville en regardant vers l’avenir.
Selon Corijn, la cohésion sociale deviendra de ce que les habitants-citoyens imaginent comme devenir commun et non pas d’une vision passéiste, historique « camusienne » par rapport à une identité historique qui s’évapore : Bossemans repose au cimetière de Molenbeek, Coppenolle à celui de Saint Gilles et Bruxelles ne brussellera plus jamais comme du temps des grands-parents de Jacques Brel.
A première vue ces vendredisiens distingués  ressemblent plus à des passéistes  renfrognés qu’à des visionnaires téméraires. Dommage.
MG 


QUI ?
Le Groupe du Vendredi vise à apporter des idées pour la société en interaction avec celle-ci, dans tous ses aspects et composantes. Il est soutenu par la Fondation Roi Baudouin.
Par le biais d’analyses et d’études stratégiques, le groupe veut enrichir le débat public et politique d’idées nouvelles mais réalistes. Ce groupe représente un forum unique, composé de jeunes prometteurs provenant de divers horizons, qui prendront du temps pour la réflexion et le débat.
Le ‘Groupe du Vendredi’, est un groupe de jeunes talents belges (de 25 à 35 ans) déterminés à améliorer l’état de notre société. Pour ce faire, ils préparent des documents stratégiques sur des défis clés et alimentent le débat d’idées et d’éléments nouveaux.
Chaque document stratégique passe par un long processus de réflexion. Il est d’abord soumis à un panel élargi, également composé d’experts et de praticiens. Ensuite, il est revu et amendé par les membres du groupe et par une sélection de correspondants.   
LE GROUPE DU VENDREDI, UN THINK TANK JEUNE
“Le Soir” publie à partir d’aujourd’hui les résultats du Thermomètre Solidaris – RTBF – Le Soir portant sur la vie des jeunes adultes entre 18 et 30 ans. Les témoignages sont rapatriés sur ce blog pour vous permettre de réagir.
Le premier constat est particulièrement sombre : leur vision de la société et de son avenir s’avère très pessimiste. La méfiance dans le système en général, politique en particulier, est criante. Un chiffre fort: 4% des 18-30 ans font confiance aux partis politiques.
Nous avons décidé de vous présenter une association de jeunes qui s’inscrit à contre-courant de cette tendance: le groupe du vendredi.

Une vingtaine de jeunes engagés dans la vie sociale, économique ou politique de notre pays qui se réunissent pour réfléchir à des solutions inventives pour les défis de demain.» C’est ainsi que se définit le groupe du vendredi, qui existe depuis bientôt deux ans. L’association est composée de jeunes de 25 à 35 ans.
Nous avons rencontré quatre membres de ce groupe pour débattre de différents sujets : logement, travail, enseignement… A la table : Naïm, économiste, Charlotte, étudiante en droit, Brieuc et Laurent, tous deux économistes. Certains sont engagés en politiques, d’autres pas. «Nous sommes pluralistes, on accepte les orientations idéologiques de chacun », commente Brieuc, le président du groupe.
Premier débat : le financement des études supérieures. «Personne n’est d’accord sur ce sujet », entame Charlotte, en riant. « Le groupe, c’est un endroit où on discute des choses. Certaines opinions du groupe sont diffusées dans la presse, ça ne veut pas dire qu’on est tous d’accord. Mais le débat a eu lieu. » Les idées fusent : augmenter le financement de base, mettre en place un système de minerval plus élevé mais différé. Très vite, les restrictions pratiques apparaissent : «En Communauté française, pour avoir des fonds pour le supérieur, il faudrait négocier avec d’autres niveaux de pouvoir puisqu’on fonctionne en enveloppe fermée », remarque Laurent.
La discussion se poursuit sur les pensions, le marché du travail et le logement. Les membres du groupe sont emballés, cherchent la confrontation, se chamaillent gentiment. «On sait que tu es VLD, toi», lance Laurent à son président, le taquinant sur un de ses positionnements.
Bref : ces quelques éléments d’ambiance montrent bien l’esprit collectif du groupe, que nous avons sollicité une nouvelle fois pour un commentaire sur les grands résultats de l’enquête Solidaris. En deux jours, plusieurs membres se sont penchés sur la question et nous ont fourni des notes longues de deux pages.
DE L’ANALYSE, DE LA NIAQUE ET DU CLASH
Attardons-nous sur ce chiffre : 5 % des jeunes pensent que voter permet vraiment de changer les choses. Commentaire du groupe : «Offrir le droit de vote sans une éducation à la citoyenneté c’est un peu comme offrir une voiture sans permis de conduire…»
Testez le groupe du vendredi sur le pessimisme apparemment généralisé des jeunes pointé par Solidaris. Ils vous répondront que le discours serait sans doute différent si on tenait compte de davantage d’indicateurs (l’amélioration de la qualité de l’air, par exemple), que les médias jouent un rôle dans le négativisme ambiant, qu’on oublie qu’on vit dans une société de confort.
Bref : vous trouverez chez eux de l’analyse, de la niaque, du clash, mais pas de bras baissés.

Voici d’autres réactions du groupe sur les rapports des jeunes aux institutions.
Un jeune sur deux pense que l’enseignement ne prépare pas bien au monde du travail
-      Les universités par exemple sont fort déconnectées du monde « réel » en règle générale. Il serait sans doute utile d’étendre les relations entre les instituts de formation et les entreprises/institutions. Cela peut passer notamment par des séminaires de personnalités issues du monde du travail et des stages.
-             Il y a un travail d’information à faire aussi pour les jeunes qui sortent de l’enseignement secondaire. Beaucoup ne sont pas conscients des opportunités potentielles d’emplois qui s’offriront à eux lorsqu’ils sortiront de leurs études supérieures et sont dès lors surpris à la sortie. D’un autre côté, il est évident qu’il n’est pas si facile de se projeter dans le futur à 18 ou 20 ans.
-       Assurer un enseignement de qualité passe aussi par la revalorisation de celui-ci à tous les niveaux et, en particulier, des filières technique et professionnelle.
64% SE DISENT INQUIÉTÉS PAR LE SYSTÈME ÉCONOMIQUE ET FINANCIER
-       C’est le nœud du problème économique aujourd’hui : le manque de confiance généralisé. Celui-ci est malheureusement auto-réalisateur. Il n’y a pas de baguette magique pour restaurer la confiance. Beaucoup a déjà été fait au niveau des autorités budgétaire et monétaire. Il y a encore du chemin à parcourir. Probablement le message d’austérité devrait être plus nettement adouci et, à nouveau, il est nécessaire de faire place à davantage de positivisme, mais ça ne se décrète pas si facilement.
-       Le système financier et les banques en particulier ont des responsabilités extrêmes dans la société. Si une grande entreprise fait faillite, c’est une catastrophe pour les employés et les fournisseurs. Si une grande banque fait faillite, c’est une catastrophe pour le pays, tant les banques sont interconnectées et leur rôle est essentiel au bon fonctionnement de l’économie.
SEUL 11% DES JEUNES CROIENT ENCORE DANS L’ÉCHELLE SOCIALE
-       Le problème est que l’égalité des chances est un mythe, même dans une société aussi redistributrice et dans laquelle l’enseignement est aussi accessible que la nôtre.
-       Il y a sans doute lieu de compenser davantage les « inégalités de base » en offrant un enseignement plus adapté aux besoins d’éducation et de formation de certains pans de la population.


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