mardi 26 juillet 2016

Comment caractériser ce qui relève du terrorisme?


ANAÏS ROBERT (ST.) La Libre Belgique 

 
Terrorisme. C’est un mot que chacun associe à des images d’horreur et de chaos. S’il n’existe pas de doute sur le caractère terroriste des attentats de Paris ou de Bruxelles, pour d’autres événements l’incertitude demeure alors que désormais, chaque action violente, voire contestataire semble être désignée comme "terroriste". L’assassinat de la députée travailliste Jo Cox ? Du "terrorisme d’extrême droite". Les "zadistes" protestant contre le projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes en France ? Des "terroristes verts". L’attaque contre la boîte de nuit, fréquentée par des homosexuels à Orlando, aux Etats-Unis ? Du "terrorisme islamique" – ce que n’a pas démontré l’enquête- Et qu’en est-il de la fusillade commise hier, dans un centre commercial de Munich ?
L’assimilation de toute action violente et meurtrière au terrorisme est parfois trop hâtive, car la notion même de terrorisme est loin de faire l’unanimité. "Selon une phrase célèbre : ‘Le terroriste de l’un est le combattant de la liberté de l’autre’", rappelle François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques, basé à Paris. Dès lors comment caractériser ce qui relève du terrorisme ?
UN TERME SUBJECTIF ET INSTRUMENTALISÉ
Même les Nations unies ne parviennent pas à s’accorder sur une définition. La tentative la plus convaincante de l’Onu reste la résolution de février 2000 qui stipule que le terrorisme désigne tous "les actes criminels conçus ou calculés pour provoquer, avec des objectifs politiques, un état de terreur dans l’opinion…" Une définition très large et qui esquisse à peine la dimension politique de l’acte pour se concentrer sur les crimes, constate Gilles Ferragu, maître de conférence à Sciences-Po Paris.
Chercher à définir le terrorisme, c’est se heurter à une impasse. "Au sein même de l’Onu, Israël et les pays arabes s’opposent sur ce qu’est le terrorisme", rappelle Gilles Ferragu. Le terme est sujet à l’instrumentalisation et son sens varie en fonction du contexte géopolitique. L’exemple des Kurdes est éloquent : ils sont les alliés des Etats-Unis et des Etats européens dans la lutte contre l’organisation Etat islamique (EI ou Daech). Les premiers soutiennent les seconds qui sont considérés comme des terroristes pour la Turquie qui les combat.
Chaque Etat envisage donc le terrorisme en fonction de ses intérêts particuliers. Après les attentats du World Trade Center de New York, le 11 septembre 2001, la France et l’Espagne ont profité du contexte pour durcir leur législation antiterroriste… contre l’organisation indépendantiste basque ETA, souligne l’historienne Jenny Raflik de l’Université de Cergy-Pontoise. Le terme est donc hautement subjectif. "C’est une forme d’arme rhétorique, une manière de qualifier l’adversaire pour le priver de toute légitimité", complète Gilles Ferragu. Les résistants lors de la Seconde Guerre mondiale, Nelson Mandela, tous ont été qualifiés de terroristes pour les discréditer.
Le terrorisme serait-il un objet politique non identifié car non identifiable ? François-Bernard Huyghe est plus définitif. "Le terrorisme n’existe pas", assène-t-il. Il est vrai que le terme, apparu au XIXe siècle, découle du qualificatif "terroriste". Utilisé pour évoquer la période de la Terreur lors de la Révolution française, il fut d’abord associé à une politique de repression menée par l’Etat avant, au fil du temps, de désigner ce qui se retourne contre lui. Le chercheur préfère donc parler de stratégies ou d’actes terroristes.
La "méthode terroriste", elle, est une réalité et répond à des critères précis : elle est motivée par un but politique; elle s’appuie sur une propagation de la terreur à travers des tueries et surtout, leur publicité, rouage essentiel de la mécanique. "Un acte terroriste sans média n’est qu’un crime", souligne Gilles Ferragu. La cible première est l’opinion publique car "l ’objectif est de terroriser une partie de la population et d’en séduire une autre" d’après Jenny Raflik. Il faut tuer (si possible beaucoup), certes, mais il importe surtout de le faire savoir. Un impératif qu’exprimait ainsi le philosophe Raymond Aron : est terroriste "toute action dont l’effet psychologique est largement supérieur à ses effets physiques".
Lorsque, après les attentats de janvier 2015, les Français clament qu’il y a eu "12 morts et 65 millions de blessés", ils témoignent de l’effet de l’action terroriste.
LA REVENDICATION
L’ultravisibilité d’une action terroriste va de pair avec la revendication. Le terroriste tue pour une cause, au nom d’une idéologie ou d’une religion. Il ne se considère d’ailleurs pas comme un assassin, mais comme un "soldat", un "guérillero", un "héros".
Comme l’indique l’organisation Etat islamique (EI) dans ses communiqués, ceux qui commettent des actes en son nom répondent à un appel. C’est la volonté politique derrière l’acte qui permet de marquer la frontière entre le crime de haine, à l’instar de l’attentat d’Orlando commis… dans une boîte de nuit fréquentée par des homosexuels, et l’acte terroriste.
Mais qui prend encore en compte cette distinction ? La rapidité avec laquelle l’attaque de Nice, le 14 juillet, a été qualifiée de terroriste révèle l puissance médiatique de l’organisation Etat islamique. Comme Gilles Ferragu le déplore, "elle est parvenue à instaurer un climat à partir duquel tout crime de masse peut être assimilé à du terrorisme. Nous sommes tombés dans le piège des organisations terroristes qui consiste à avoir peur de la peur elle-même".
En ce contexte de menace terroriste permanente, s’emparer de ce terme sans réflexion, c’est céder à la terreur.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"UN ACTE TERRORISTE SANS MÉDIA N’EST QU’UN CRIME",
« L’ÉDUCATION – UN TRAVAIL DE LONGUE HALEINE » 
 
En somme les deux leviers médias et enseignement sont gauchis pour ne pas dire tordus. Les médias focalisent volontiers sur le sensationnel hormis quelques éditorialistes de haut vol parmi lesquelles Béatrice occupe une place de choix : toujours elle va à l’essentiel : « un monde en proie à la barbarie a plus que jamais besoin d’un leader américain qui sert les valeurs de la démocratie. »
Le second levier, à savoir l’enseignement, l’école primaire en particulier est de plus en confiée à Bruxelles à des institutrices issues de sixième ou septième professionnelle (il y a des exceptions) pas extraordinairement douées ou motivées pour une profession choisie souvent par défaut.  La plupart d’entre elles n’habitent pas la capitale et « navettent » deux fois par jour de leur lointaine province vers Bruxelles. Elles arrivent stressées à l’école après une grosse heure perdue dans les files et après avoir conduit leurs propres enfants à l’école en voiture. Vers quatre heures elles reprennent la route, vont cueillir leur progéniture et s’en vont faire les courses pour le repas  qu’elles lancent tout en jetant  un regard sur les devoirs de leurs mômes. Leur mari rentre éreinté par une heure de files au moins  et une journée difficile au bureau. Il allume  la télé et s’impatiente parce que le repas tarde à être servi.
Elle couche les petits et se met au travail sur la table de la salle à manger tandis que son cher époux regarde le foot ou une série débile. C’est alors qu’elle ouvre son cartable, vérifie les cahiers de ses élèves et prépare son journal de classe pour le lendemain.  Caricature ? A peine !
Etait-ce différent autrefois ? Sans doute. Les fils et les filles des travailleurs des villes et des campagnes à qui l’accès à l’université était barré optaient pour l’école normale d’instituteurs et institutrices. C’était un choix positif et réfléchi, dicté le plus souvent par une vocation profonde. Ils étaient pour la plupart d’une grande efficacité et les plus motivés enseignaient avant tout l’esprit critique à leurs élèves. Car c’est bien cela qu’il convient d’inculquer très jeunes à tous les gamins et pas seulement aux candidats potentiels au jihad. C’est selon nous le noeud du problème. Si on veut préserver notre style de vie et surtout nos libertés, il est essentiel d’investir dans l’école. Le pacte d’excellence est une farce dont nos descendants sont les dindons. En abandonnant le ministère de l’éducation au CDH par souci stratégique, Elio Di Rupo a commis une faute politique grave qui se payera cash à moyen terme. Car en effet, l’éducation-le meilleur des investissements- est un travail de longue haleine.
MG 


QUEL LEADER CONTRE LA BARBARIE TERRORISTE?
PAR BÉATRICE DELVAUX
La violence d’habitude réservée aux autres continents s’introduit en Europe. Comment y réagir ? L’édito de Béatrice Delvaux.

La barbarie est de retour. Elle frappe désormais à répétition, ne laissant pas huit jours entre deux fusillades, deux explosions ou deux attentats. Ce vendredi soir, une fusillade dans un centre commercial à Munich a fermé les métros et aligné les corps. Alors qu’il y a une semaine à peine, un homme au volant d’un camion fou, broyait des corps. Et puis cet autre qui, dans un train, attaquait ses voisins à la hache. Et il y a quatre mois, ces jeunes gens qui se faisaient exploser en plein Bruxelles, après ceux du Bataclan, après ceux de Charlie Hebdo, après, après…
L’Europe, territoire soudain menacé, miné par la cruauté, la brutalité, victime potentielle de ces atrocités qu’elle croyait réservée aux autres, Libye, Syrie, Israël, Irak, Afghanistan, Mali… La violence pour les autres ? Ce n’était pas un désir mais le sentiment que sur notre continent, imbibé de l’esprit des Lumières, et surtout des leçons tirées de l’histoire passée et récente, nous étions protégés de ces violences à l’état pur, de cette volonté délibérée de tirer, éradiquées à la fois par notre degré de civilisation mais aussi de sécurité.
BRIDER LES RÉACTIONS EN MIROIR
Comment se prémunir contre la barbarie des autres ? Comment juguler les pulsions à leur tour barbares, nourries par l’extrême droite, la haine, les simplismes, qui pourraient saisir nos démocraties et ses citoyens, répondant alors au mal par le mal ? C’est ce que nous avons essayé de comprendre en interrogeant une vingtaine d’experts.
Ils citent notamment l’éducation – un travail de longue haleine –, ils citent aussi – à plus court terme – l’émergence d’un leadership. Enfin, ils espèrent, ils exhortent plus qu’ils ne citent. L’un des experts épingle ainsi le drame du déclin de la social-démocratie qui laisse les couches populaires à l’abandon, sans interlocuteurs autres que les populistes, les extrémistes, tous ceux qui ne font que répondre aux folies meurtrières de Daesh, par une autre forme barbarie, dans une surenchère extrêmement périlleuse.
Mais d’où viendra-t-il ce leadership démocratique, qui peut reconstruire des alliances autour de projets progressistes ? Nos experts ne le voient pas émerger d’Europe. Mais la véritable peur aujourd’hui que nous commençons à nourrir est qu’il ne vienne pas non plus des Etats-Unis. Voire, pire, que ce soit un « barbare » qui gagne ce scrutin, ce Donald Trump ignorant, xénophobe, égocentrique qui veut jeter les étrangers dehors, bâtir des murs entre le monde et les Etats-unis et flatte les instincts de la haine, de la détestation, de l’égoïsme.
«  Ce serait un désastre global si Mr Trump devenait président des Etats-Unis  », écrivait à raison le Financial Times après sa désignation comme candidat du parti Républicain. Car un monde en proie à la barbarie a plus que jamais besoin d’un leader américain qui sert les valeurs de la démocratie.

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