jeudi 28 juillet 2016

Gabriel Ringlet: "Daech gagne à chaque fois que nous montons dans le sécuritaire"


RTBF info
Gabriel Ringlet, prêtre et professeur émérite à l'Université catholique de Louvain était l'invité de Matin Prem1ère. Au micro de Robin Cornet, il s'est exprimé sur la prise d'otage à Saint-Etienne-du-Rouvray, lors de laquelle le prête Jacques Hamel a été égorgé. 


"Je n'ai qu'un cœur en guenille et deux mains tendues de brindilles. C'est l'innocence, c'est la pauvreté, ce vieux prêtre de 86 ans, qu'avait-il fait de mal? Ce n'est pas que lui, Daech s'en prend fondamentalement à l'innocence, s'en prend fondamentalement à tout ce qui est ténu. Il ne s'attaque pas particulièrement à la puissance."
"C'est là que nous sommes au cœur de la monstruosité, c'est ce qu'il y a de plus doux et de plus faible qui est rayé de la carte, et donc nous devons absolument nous unir face à ça."
DAECH, UN NON-PRATIQUANT DE L'ISLAM
Les discours tenu par le monde politique français suite à cet événement tragique étaient durs, teintés de références belliqueuses. "Ce que veulent les terroristes, c'est nous séparer, nous diviser, nous déchirer", déclarait hier François Hollande. Hervé Morin, du parti Les Républicains, a lui dit craindre "un embrasement de la société française, une espèce de guerre civile". Une nouvelle guerre des religions? Gabriel Ringlet n'y croit pas.
"D'abord je ne crois pas du tout que Daech soit pratiquant de la religion musulmane. Ils n'y connaissent rien, ils ne connaissent pas le Coran. C'est entièrement instrumentalisé. Et la toute première victime dans tout ça, c'est un musulman, c'est le musulman de la base."
"S'ils veulent faire en sorte que les peuples et les religions s'opposent, c'est possible au nom d'un pouvoir titanesque mais je pense que nous devons résister par le dialogue, par l'accueil. Je suis très fier de voir que dans l'Eglise catholique, autant au somment qu'à la base, il n'y a que des discours pacifiques, en tout cas dans tous les lieux officiels. Dire que le dialogue avec le monde musulman continuera, c'est la seule résistance possible face à cette barbarie."
LA RELIGION QUI PEUT ÊTRE LA MEILLEURE DES CHOSES, PEUT ÊTRE AUSSI EXTRÊMEMENT DANGEREUSE
Les discours religieux ne rejoignent pas ceux du monde politique, le recteur de la mosquée de Lyon ayant déclaré: "C'est à nous de faire le ménage au nom de l'Islam, et c'est le seul moyen que nous avons, c'est la connaissance et le savoir".
"Il est absolument certain que l'Islam et le monde musulman doit s'interroger, doit devenir critique par rapport à lui-même, commente le prêtre. Je pense que si tous ces jeunes qui tuent dans des conditions atroces étaient mieux formés, qu'ils étaient plus critique, ils ne seraient pas instrumentalisés comme ils le sont."
"La religion qui peut être la meilleure des choses, peut être aussi extrêmement dangereuse lorsque l'on est porteur d'une parole forte. Le grand danger; c'est de vouloir imposer cette parole fortement. Plus on adhère à une religion, plus on doit être critique à son égard. Le christianisme ayant dû lui-même beaucoup traverser de chemins terribles pour en arriver à ce regard critique, soyons un petit peu patient, même s'il y a urgence, à l'égard de ceux qui sont en chemin mais qu'il faut absolument encourager."
"ETRE DEVANT DAESH, DÉSARMÉ"
Le sécuritaire n'est pas la solution à cette barbarie, Gabriel Ringlet est persuadé.
"Nous tenons un discours sécuritaire, nous nous donnons l'illusion de lutter contre ce mal, mais au contraire nous l'aggravons fortement. Daech gagne à chaque fois que nous montons dans le sécuritaire. J'ai très peur de cette rhétorique qui fait beaucoup de vent et de bruit. Le dialogue dominant devrait être un appel à la rencontre de l'autre, ce devrait être un appel à un pluralisme dynamique. Le discours guerrier ne conduira à rien sinon à une augmentation de la violence."
"Etre devant Daech désarmé, quitte à être rayé de la carte, fera qu'un jour on pourra éradiquer cette chose terrible."
"J'aimerais que des rabbins, des imams, des prêtres soient formés dans le même état d'esprit, heureux mais critique de leur religion. Pour que ces jeunes ne soient plus dévoyés, il faut un discours critique et ouvert."
UNE SURMÉDIATISATION QUI JOUE LEUR JEU
Ces derniers jours, les médias relatent presque quotidiennement des actualités d'attaque au couteau, d'explosion, d'attentat. Cette médiatisation excessive, conséquence de notre monde ultra-connecté, fait partie de la stratégie de Daech. L'ancien vice-recteur de l'UCL vise l'utopie, "même si je sais que c'est impossible, nous devrions passer sous silence ces événements terribles. Daech n'attend que cela, un théâtre, une scène. Il devrait passer en coulisse, mais comment faire?"


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«  POUR QUE CES JEUNES NE SOIENT PLUS DÉVOYÉS, IL FAUT UN DISCOURS CRITIQUE ET OUVERT. »

C’est un discours difficile et une voie quasiment inhumaine que propose Ringlet, le prêtre-professeur prénommé Gabriel qui donne volontiers dans l’angélisme chrétien.
Au vrai, DiverCity ne dit pas vraiment autre chose :  Je pense que si tous ces jeunes qui tuent dans des conditions atroces étaient mieux formés, qu'ils étaient plus critique, ils ne seraient pas instrumentalisés comme ils le sont."
« Le dialogue dominant devrait être un appel à la rencontre de l'autre, ce devrait être un appel à un pluralisme dynamique. »
C’est un message résolument interculturel et franchement contradictoire avec l’ouverture d’une école secondaire musulmane à Schaerbeek qui va exactement dans le sens inverse.
MG

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