mercredi 13 juillet 2016

La montée de l'intolérance aux Etats-Unis mise en lumière par la tuerie de Dallas


Le Vif
Source: Afp
La tuerie de Dallas, où un ancien soldat visait des policiers blancs pour se venger des brutalités des forces de l'ordre contre les Noirs, s'ajoute à une longue série de violences meurtrières qui reflètent, selon des experts, une montée de l'extrémisme et de l'intolérance en Amérique. 


Membres du Ku Klux Klan brandissant le drapeau confédéré, devant le tribunal de Columbia (Caroline du Sud) en juillet 2015. © Reuters 

Tensions raciales, ras-le-bol des élites politiques, et inégalités économiques alimentent une polarisation du pays, affirme le Southern Poverty Law Center (SPLC), qui suit les mouvements racistes et extrémistes aux Etats-Unis.
L'auteur de la tuerie, Micah Johnson, un ancien soldat de 25 ans, soutenait des organisations de défense des Noirs, dont certaines prônent la haine. Johnson a expliqué à la police qu'il était en colère après la mort cette semaine de deux Noirs sous les balles de policiers dans le Minnesota (nord) et en Louisiane (sud).
Le SPLC explique que les groupes qu'il surveille sont des mouvements "séparatistes noirs" opposés à "l'intégration et aux mariages inter-raciaux, et qui veulent des institutions séparées - voire un pays séparé pour les seuls Noirs d'Amérique". Ces organisations sont "généralement très petites mais sont très antisémites, très anti-Blancs et aussi très anti-homosexuels", affirme Mark Potok, un expert du SPLC qui a écrit sur la montée de ces groupes l'an dernier.
Mais ces mouvements diffèrent beaucoup des groupes comme Black Lives Matter ("Les vies des Noirs comptent"), qui a émergé il y a deux ans après la mort de plusieurs Noirs, non armés, sous les balles de policiers souvent blancs. Ils ne sont pas liés à ce mouvement pacifique mais ont bénéficié indirectement de sa popularité, explique M. Potok à l'AFP. "Toute la colère qui s'est exprimée sur la violence de la police contre les Noirs a contribué à la montée de ces groupes noirs extrémistes".
Black Lives Matter s'est donc rapidement distancié de la tuerie de Dallas vendredi, sur sa page Facebook. "L'attaque d'hier est le fruit d'actions perpétrées par un tireur isolé", écrit le mouvement. "Rendre responsable tout un mouvement des actions d'une seule personne est dangereux et irresponsable".

Sur Facebook, Johnson suivait les groupes New Black Panther Party, Nation of Islam et Black Riders Liberation, tous listés par le SPLC comme prônant la haine.
Le New Black Panther Party avait ainsi accusé les juifs des attentats du 11-Septembre et affirme que les Blancs préparent un génocide de tous les non-Blancs, selon le SPLC.
Nation of Islam est aussi connu pour son antisémitisme et sa haine des Blancs.
A BOUT DE NERFS
Le nombre de groupes répertoriés en ligne par le SPLC comme milices, groupes prônant la suprématie de la race blanche, islamistes radicaux, néo-nazis ou d'autres formes d'extrémisme a augmenté de 14% entre 2014 (784) et 2015 (892). Un chiffre qui a doublé par rapport à 1999, quand il y avait 457 de ces groupes aux Etats-Unis. 



Dylan Roof, responsable de la tuerie de Madison, défenseur de la théorie des suprématistes blancs © REUTERS 

Parmi eux le Ku Klux Klan et les groupes séparatistes noirs sont les plus nombreux, représentant respectivement 21% et 20% de tous les groupes prônant la haine.
Les groupes affiliés au KKK sont passés de 72 en 2014 à 190 en 2015. L'an dernier, un jeune défenseur de la race blanche a tué neuf paroissiens noirs dans une église de Charleston, en Caroline du Sud.
A l'autre bout du spectre politique, le nombre de groupes séparatistes noirs est passé de 113 à 180 l'an dernier, quand plusieurs cas de brutalités policières ont ravivé les tensions raciales.
Le président Barack Obama a rappelé que la morts des deux Noirs, dans le Minnesota et en Louisiane, n'étaient pas des cas isolés. "Ils sont symptomatiques de défis plus larges au sein de notre système judiciaire", a-t-il souligné, citant les "disparités raciales".

Les exemples qui mettent à bout les nerfs de l'Amérique abondent.
Jeudi, quand le pays était déjà sous le choc de la mort de ces deux Afro-Américains, le corps d'un jeune Noir pendu à un arbre à Atlanta a suscité beaucoup de réactions. La police a conclu à un suicide. Mais les habitants ont exprimé leur méfiance à l'égard d'une scène qui leur rappelait les lynchages par le KKK il y a plusieurs dizaines d'années.
La campagne présidentielle actuelle, avec les discours anti-immigrés et racistes du candidat républicain Donald Trump, crée aussi "un environnement où l'extrémisme devient plus tolérable", note Scott Simpson, porte-parole de la Leadership Conference on Civil and Human Rights. "Quand les discours de haine deviennent dominants, cela autorise les gens à donner leurs points de vue extrémistes qu'ils n'auraient jamais exprimés publiquement sans cela", explique M. Simpson. Et "cela autorise les gens à cibler des communautés". 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
RADICALISATION 

Nous n’avons aucune compétence pour analyser la vague de radicalisme raciste inquiétante qui balaye les Etats Unis à la fin du mandat du premier président de couleur de l’histoire des States.
Constatons que « La campagne présidentielle actuelle, avec les discours anti-immigrés et racistes du candidat républicain Donald Trump, crée aussi "un environnement où l'extrémisme devient plus tolérable", note Scott Simpson, porte-parole de la Leadership Conference on Civil and Human Rights. "Quand les discours de haine deviennent dominants, cela autorise les gens à donner leurs points de vue extrémistes qu'ils n'auraient jamais exprimés publiquement sans cela", explique M. Simpson. Et "cela autorise les gens à cibler des communautés".
Ceci dit on relève l’existence, à côté de la remontée en popularité du Ku Klux Klan la multiplication  « des mouvements "séparatistes noirs" opposés à "l'intégration et aux mariages inter-raciaux, et qui veulent des institutions séparées - voire un pays séparé pour les seuls Noirs d'Amérique". « Ces organisations sont "généralement très petites mais sont très antisémites, très anti-Blancs et aussi très anti-homosexuels", affirme Mark Potok, un expert du SPLC qui a écrit sur la montée de ces groupes l'an dernier.
"Toute la colère qui s'est exprimée sur la violence de la police contre les Noirs a contribué à la montée de ces groupes noirs extrémistes".
Le nombre de groupes répertoriés en ligne par le SPLC comme milices, groupes prônant la suprématie de la race blanche, islamistes radicaux, néo-nazis ou d'autres formes d'extrémisme a augmenté de 14% entre 2014 (784) et 2015 (892). Un chiffre qui a doublé par rapport à 1999. Les groupes affiliés au KKK sont passés de 72 en 2014 à 190 en 2015. Freud  évoquait dès 1929 le « malaise dans la civilisation. »
« Tout comme Kant, Freud observe que l’homme est à la fois sociable (il ne supporte pas l’isolement) et associable (il n’aime pas les contraintes que la civilisation lui  impose). Freud éclaire ce  paradoxe en rappelant que la civilisation est fondée sur la répression de nos instincts originels. C’est la raison pour laquelle elle suscite le mécontentement, voire l’hostilité :
C’est à Freud qu’il revient donc d’avoir montré en quel sens la civilisation qui, en principe, nous  libère et nous humanise, est en même tant la plus constante et la plus sévère de nos « ennemies ». Affirmation a priori surprenante, car la culture qui nous irrigue de part en part ne  saurait être objectivement notre adversaire ! Mais Freud évoque non pas une réalité effective  mais un vécu, non moins subjectif que familier. Il faut reconnaitre que toute civilisation se fonde  sur une répression originelle de nos instincts vitaux, à savoir l’agressivité et la sexualité – instincts qui tous deux protègent la vie et ont pour but la perpétuation de notre espèce. C’est la  raison pour laquelle nous haïssons souvent la culture, ou la civilisation, car celle-ci constitue  une source constante de contrariétés, de refoulement excessif et de souffrances. A toutes ces  raisons originelles de vouer aux gémonies les impératifs culturels, pour ne pas dire les tortures, que la société nous impose, s’ajoutent des motifs plus conjoncturels. Les progrès techniques,  les mutations profondes et les bouleversements culturels qui concernent aujourd’hui l’humanité  dans son ensemble, amènent nombre d’observateurs à se demander si l’homme est encore le sujet d’un processus dont il était supposé bénéficier. (…)Non seulement donc la civilisation, comme le souligne Freud, parce qu’elle s’édifie « sur  la contrainte et le renoncement aux instincts », nourrit par là même les tendances antisociales et destructrices les plus virulentes. ».
L. Hansen-Love
Professeur agrégée de philosophie, Laurence Hansen-Love a enseigné en terminale et en classes préparatoires littéraires. Aujourd'hui professeur à l'Ipesup, elle est l'auteur de plusieurs manuels de philosophie chez Hatier et Belin..




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