mardi 19 juillet 2016


Le Vif
Source: Afp
L'auteur de l'attentat de Nice, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, était jusqu'à il y a quelques mois encore un "dragueur", un "frimeur" adepte de la musculation, violent avec sa femme et non religieux - avant de se radicaliser très vite. 


Le domicile de Mohamed Lahoualej Bouhlel à Nice. © REUTERS 

Le basculement de cet homme de 31 ans né le 31 janvier 1985 à Msaken dans la banlieue de Sousse (est de la Tunisie), est à ce stade de l'enquête difficile à dater précisément. Samedi, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a simplement noté, sur la base de témoignages de personnes placées en garde à vue, qu'il s'était apparemment "radicalisé très rapidement".
Parmi les centaines de personnes interrogées depuis jeudi soir par les enquêteurs, plusieurs ont toutefois évoqué la religiosité du jeune homme, a confié dimanche une source proche du dossier à l'AFP.
Arrivé en France depuis la Tunisie en 2005, il avait régularisé sa situation l'année suivante, et avait épousé une Niçoise franco-tunisienne, avec qui il avait eu trois enfants. Le couple, en instance de divorce, était toujours habillé à l'occidentale, selon tous les témoignages recueillis par l'AFP.
Son père, interrogé en Tunisie par l'AFP, avait perdu depuis longtemps le contact avec ce fils parti en France. Mais lui aussi se rappelle d'un jeune homme qui n'avait "aucun lien avec la religion": "Il ne faisait pas la prière, il ne jeûnait pas, il buvait de l'alcool, il se droguait même".
'JE NE BOIS PAS'
Dans la petite salle de sport qu'il fréquentait à Nice jusqu'à il y a deux ans environ, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a laissé le souvenir d'un "frimeur", un "dragueur" un peu "lourd", rapporte un témoin. Là, le jeune homme avait même pris des cours de salsa, et "venait faire du sport pour faire le beau (...), dessinait son corps pour plaire".
Même type d'échos dans la petite cité périphérique du nord de Nice où il vivait avec son épouse avant leur séparation. Il ne fréquentait pas la mosquée locale, buvait alors des bières, selon les dires de plusieurs membres de "l'Association cultuelle de Nice Nord".
"Il n'est pas soumis à Dieu, je ne l'ai jamais vu à la mosquée", affirme un gardien d'immeuble du quartier "La Planas", des propos corroborés par plusieurs musulmans pratiquants fréquentant la salle de prière locale.
Suite à une altercation violente avec son épouse, cette dernière avait demandé le divorce et Lahouaiej-Bouhlel avait déménagé seul dans un appartement situé dans un quartier populaire de l'est de Nice, il y a au moins 18 mois.
Là, dans le petit immeuble où il résidait, une des rares voisines avec qui il avait noué des contacts a assuré à l'AFP qu'il avait essayé de lui "louer" une boîte aux lettres.
Elle évoque surtout un épisode survenu pendant le récent Euro de football au cours duquel Mohamed Lahouaiej-Bouhlelt lui a assuré qu'il ne buvait pas d'alcool: "J'ai rigolé, je lui ai dit +quoi, tu ne bois pas, tu fais le carême?+, il m'a dit : +non, mais je ne bois pas+".
"IL FAISAIT DES CRISES'
Vendredi, le procureur de Paris avait évoqué un jeune homme "totalement inconnu des services de renseignement" et qui n'était pas signalé pour une quelconque radicalisation.
Le chauffeur-livreur était en revanche connu de la justice pour des faits de menaces, violences, vols et dégradations commis entre 2010 et 2016. En mars, il avait été condamné à Nice à six mois de prison avec sursis pour des violences volontaires après une altercation liée à un accident de la circulation.
Son père, Mohamed Mondher Lahouaiej-Bouhlel, décrit un jeune homme ayant eu entre 2002 et 2004 "des problèmes qui ont provoqué une dépression nerveuse. Il devenait colérique, il criait, il cassait tout ce qui trouvait devant lui".



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ILS IGNORENT TOUT DU CORAN ET DE L’ISLAM 

Voici l’analyse d’ Alain Grignard. Il n’y  rien à ajouter sauf que la plus grande vigilance est de rigueur  et aussi que la plus stricte   sévérité s’impose désormais face à « une génération en révolte par rapport à une société à laquelle elle ne se sent pas ou plus appartenir ».

PEUT-ON COMPARER LES JEUNES QUI PARTENT EN SYRIE AVEC CEUX QUI ONT REJOINT PAR LE PASSÉ DES GROUPES DJIHADISTES, QUE CE SOIT EN AFGHANISTAN OU EN IRAK PAR EXEMPLE ?
Les jeunes qui partent n’ont rien à voir avec ceux que l’on a vus auparavant. Pendant 20 ans, on a eu des islamistes radicaux qui avaient une idée de ce qu’était l’utilisation politique de l’islam. Ils voulaient remplacer des régimes, qu’ils estimaient iniques pour les rempacer par des structures redistributrices et éclairées par Dieu. Ils avaient une certaine connaissance de la religion. La vague des jeunes qui est partie comme un feu de paille ne connaît rien à l’islam, pas plus que leurs "pseudo-émirs" et gourous. Elle n’a que peu de conscience politique. Ce sont des "radicaux islamisés", une génération en révolte par rapport à une société à laquelle elle ne se sent pas ou plus appartenir.
SUR QUEL RESSORT LES RECRUTEURS ONT-ILS PU JOUER ?
Il y a eu un aspect rédempteur. On a dit à ces jeunes : "Avec les méfaits que tu as commis ici, tu vas en prison, on te considère comme un déchet de la société. Mais en réalité, tu n’as fait que te défendre parce que, comme musulman, tu étais exclu d’avance. Tu n’as fait que prendre ce qui t’a toujours été refusé. Si maintenant, tu mets tes "compétences" au service de la cause, tes délits deviennent non seulement légitimes mais aussi rédempteurs."
Alain Grignard in La libre



COMPRENDRE LE PROCESSUS DE RADICALISATION EN MOINS DE 5 MINUTES
Figaro 

Avec l'aide du Centre canadien de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMW), Le Figaro a tenté de retracer le parcours d'un individu radicalisé pour comprendre les mécanismes qui l'ont conduit à la violence.
Comment et pourquoi un individu se radicalise? La question est complexe et interroge de nombreux universitaires et gouvernements. Au Canada, le Centre de prévention à la radicalisation menant à la violence (CPRMW) a élaboré un schéma pour expliquer les mécanismes qui conduisent un individu à se radicaliser. Ce travail découle de plusieurs recherches universitaires et de cas concrets de radicalisation gérés par le centre canadien. C'est à partir de ce schéma que Le Figaro a mis au point cette vidéo. D'une durée de trois minutes, elle décrit le processus de radicalisation, «un cheminement, non linéaire et non prédéterminé»,selon le CPRMV.
Créé en mars 2015 par la ville de Montréal, cet institut est un des rares centres de prevéntion de la radicalisation en Amérique du Nord. Outre un travail de recherches, cette structure a pour mission d'accompagner les individus radicalisés et d'aider leurs proches. Un de ses principaux objectifs: contrer les discours haineux, quel qu'il soit. «40% des personnes que nous traitons sont issues des mouvances d'extrême-gauche ou d'extrême-droite; et les autres sont des extrémistes religieux», nous explique son directeur Herman Deparice-Okomba, qui s'appuie sur une équipe pluridisciplinaire, notamment composée de sociologues, de psychologues et de travailleurs sociaux.
Si le schéma du CPRMW s'applique à toutes les formes d'extrémismes, il reste néanmoins théorique. «On ne se radicalise pas de la même manière à Dakar, à Montréal ou à Paris», prévient le Dr Deparice-Okomba, à l'origine du schéma. «Il faut garder en tête qu'il existe autant de radicalisations que d'individus».

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