mardi 5 juillet 2016

L’éducation, remède pour contrer la menace terroriste ?

La Libre
CONTRIBUTION EXTERNE

Une opinion de Jacques Liesenborghs, enseignant retraité et ancien sénateur Ecolo.

Face aux attaques terroristes, l’éducation fait sans doute partie des remèdes. Mais elle ne doit pas se limiter aux jeunes des "quartiers", pour former les acteurs de la société de demain.
Arthur Ghins a récemment signé ici même une "Opinion" à laquelle on a envie de souscrire sans réserve tant il propose des réflexions pertinentes sur l’importance de l’éducation. Dans son enthousiasme, il va jusqu’à écrire : " Seule l’éducation pourra endiguer le flux de radicalisation." C’est oublier bien d’autres facteurs. C’est aussi oublier que les grands criminels nazis étaient presque tous très éduqués et cultivés !
C’est aussi prendre le risque de faire peser tout le poids de la responsabilité des actes criminels perpétrés par de jeunes "barbares" sur les seules épaules de leurs éducateurs, parents, enseignants, travailleurs sociaux des "quartiers". Chacun doit bien sûr s’interroger en conscience. Mais les nombreuses analyses rappellent, si besoin, l’extrême complexité des causes et la diversité des profils des jeunes impliqués.
Ghins écrit à juste titre : "La violence qu’exerce notre société se cristallise dans le mépris tacite vis-à-vis de ceux qui n’ont pas su se hisser au rang des critères qu’elle valorise", et il ajoute : "Peut-être la véritable question, au-delà de celles des motivations morbides de certains individus, est celle de ce que nous avons à offrir comme société, afin d’empêcher que de telles motivations puissent émerger. Les relations de dédain mutuel s’installent en l’absence d’un projet commun auquel tous puissent réellement s’identifier."
Mais alors pourquoi réserver et limiter les propositions éducatives aux seuls jeunes des "quartiers" ? Pourquoi illustrer cet article d’un dessin caricatural où on voit un éducateur "bien de chez nous" tendre la main à un jeune "bien basané" qui abandonne sa ceinture d’explosifs ? Je suis de ceux qui réclament depuis bien longtemps que les conditions de l’éducation dans les zones prioritaires soient profondément repensées. Mais je suis aussi persuadé que pour désamorcer le "piège du mépris", il faudrait travailler autrement dans toutes les écoles et dans tous les secteurs de l’éducation. Y compris en formation d’adultes et dans les médias.
Car les innombrables réactions suscitées par les crimes horribles de quelques djihadistes ont de quoi faire réfléchir. Elles révèlent d’abord un potentiel exceptionnel de résilience et de refus de la haine chez un nombre impressionnant de nos compatriotes de toutes origines. Outre les nombreuses manifestations de solidarité, il y a les témoignages bouleversants de parents et de proches des victimes qui appellent à refuser les amalgames et à creuser toujours davantage les chemins de la rencontre de l’autre. Le fruit de belles éducations.
Mais, parfois issus des mêmes écoles, des mêmes quartiers cossus, quels flots d’invectives, de stéréotypes, d’appels à la haine ne découvre-t-on pas sur les réseaux dits sociaux, sur des sites soi-disant régulés, autour des tables des cafés, dans les trains… Des milliers de gens qui savent comment il aurait fallu faire et comment il faut punir, exclure, se protéger !
Alors, mille fois "oui" à une éducation profondément repensée. Dans tous les quartiers, dans toutes les écoles, dans toutes les familles. En commençant par donner la première place et surtout un temps considérable à l’échange, à l’écoute, à la découverte des valeurs partagées par les grandes civilisations et religions. A se nourrir et à s’émerveiller de tout ce qui nous réunit et constitue notre humanité commune. Et, dans la foulée, à l’organisation d’une vie quotidienne en cohérence avec ces valeurs. Avec, en priorité, la chasse à toutes les formes de violence. Les cours de citoyenneté et autres n’arrangeront rien si le système scolaire continue à hiérarchiser, classer, exclure.
Un des passages obligés : la remise en cause "radicale" (osons l’écrire) de la priorité donnée à l’utilitarisme scolaire qui consacre des disciplines "reines" (et rentables) et des "suppléments d’âmes" bien sympathiques… On en viendrait alors à poser d’une façon nouvelle la question "Qu’est-ce qu’une bonne école ?". A envisager l’avenir de nos enfants et petits-enfants sous un angle neuf. Pas d’abord avec l’obsession du diplôme et de la lutte des places. Mais sachant qu’ils sont appelés à devenir les acteurs d’une société profondément cosmopolite et métissée, à se demander "Quelle éducation pour qu’ils y vivent heureux et solidaires ?"


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"QU’EST-CE QU’UNE BONNE ÉCOLE ?" 

En somme il n’y pas de question plus importante que celle-là. Une jeune maman schaerbeekoise, mère d’un garçon vif et surdoué sur le plan psychomoteur opta de bonne foi pour le modèle 5/8 d’inspiration Freinet. Tentative modérément concluante Elle tenta ensuite pour son fiston une école au projet plus classique où il fut refusé car domicilié trop loin de l’établissement. De guerre lasse elle fit son enquête et eut vent de l’existence d’une école originale à visage humain à Ixelles, elle s’y rendit, fut reçue dans un vaste bâtiment plus que centenaire  (hautes fenêtres et classes lumineuses) par un jeune directeur original et attentif. C’est quoi un bon directeur ? Un bon administratif ? un bon animateur ? C’est rarement les deux. L’enfant bénéficia d’une titulaire généreuse et compétente. C’est quoi une bonne enseignante ?  Difficile à décortiquer mais nous savons tous d’instinct ce qu’est une médiocre pédagogue. Pacte d’excellence ? Allons donc, chacune et chacun devinons ce qu’est l’excellence, ps besoin d’un pacte poudre aux yeux pour cela.
« Je suis aussi persuadé que pour désamorcer le "piège du mépris", il faudrait travailler autrement dans toutes les écoles et dans tous les secteurs de l’éducation. Y compris en formation d’adultes et dans les médias. »
Une phrase à encadrer d’un liseron rouge. Il y a à peu près cinquante ans qu’on le dit, qu’on le répète,  vainement.
« Un potentiel exceptionnel de résilience et de refus de la haine chez un nombre impressionnant de nos compatriotes de toutes origines. Outre les nombreuses manifestations de solidarité, il y a les témoignages bouleversants de parents et de proches des victimes qui appellent à refuser les amalgames et à creuser toujours davantage les chemins de la rencontre de l’autre. Le fruit de belles éducations. »
Admirable en effet et tellement touchant. On ne l’a pas assez souligné, preuve que l’éducation scolaire et l’éducation tout court est loin d’être l’échec qu’on dit quelquefois.
« Alors, mille fois "oui" à une éducation profondément repensée. Dans tous les quartiers, dans toutes les écoles, dans toutes les familles. En commençant par donner la première place et surtout un temps considérable à l’échange, à l’écoute, à la découverte des valeurs partagées par les grandes civilisations et religions. A se nourrir et à s’émerveiller de tout ce qui nous réunit et constitue notre humanité commune. Et, dans la foulée, à l’organisation d’une vie quotidienne en cohérence avec ces valeurs. Avec, en priorité, la chasse à toutes les formes de violence. »
Emouvant, bouleversant et tellement vrai.
Lire, relire et méditer humblement.
MG
  

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