vendredi 1 juillet 2016

Non aux écoles usines, oui aux écoles à taille humaine


Philippe Heneaux, AG des Professeurs de l’AR Jean Absil; François Saint Lager, président de l’APARJA (l’Association des Parents de l’Athénée Royal Jean Absil). Au nom des parents, professeurs, éducateurs, élèves, du personnel administratif et ouvrier de l’Athénée royal Jean Absil.
Le Soir
Le personnel, des parents d’élèves et des élèves de l’Athénée Royal Jean Absil d’Etterbeek, en Région bruxelloise, adressent une lettre ouverte à la ministre de l’Enseignement, Marie-Martine Schyns. Ils refusent de voir leur école surpeuplée, conséquence, dénoncent-ils d’une politique globale « sans vision » et « court-termiste ».

Madame la Ministre,
L’enseignement et l’éducation constituent le terreau fertile de notre société.
Malheureusement, la politique appliquée depuis des années conduit à son épuisement progressif. A l’Athénée royal Jean Absil d’Etterbeek, parents, professeurs, éducateurs, élèves, personnel administratif et ouvrier, nous avons décidé de réagir face à cette politique des écoles usines qui nous est imposée, pour défendre un modèle d’enseignement à taille humaine et où chacun aurait sa place.
Vous le savez, la situation de l’enseignement à Bruxelles est particulièrement préoccupante. Outre un niveau d’inégalités parmi les plus élevés, la capitale connaît depuis 15 ans une forte croissance démographique et, suite au décret « inscription », de nombreuses familles se retrouvent à chaque rentrée dans l’angoisse que leurs enfants ne trouvent pas de place dans une école. Cette situation demanderait des solutions structurelles. Pourtant chaque année, votre ministère gonfle artificiellement et dans la précipitation le nombre de places dans les écoles, au détriment de la qualité de l’enseignement et de la sécurité des élèves. En surpeuplant les écoles les plus demandées et en laissant dépérir celles qui sont en difficulté, vous contribuez à amplifier l’action du marché scolaire qui détériore la qualité de l’enseignement. Notre école, qui a longtemps été épargnée, devient à son tour victime des politiques absurdes et sans vision à long terme.
En effet, après Monsieur Demotte, ce fut au tour de Madame Milquet de nous contraindre à organiser une classe supplémentaire en première année, en urgence et à titre « exceptionnel » selon elle, avec en contrepartie, les moyens nécessaires à l’encadrement et à la sécurité de ces nouveaux élèves. Malheureusement ses promesses ne furent pas tenues : sur 200.000 € de budget promis pour rénover 5.000 m² d’espace datant des années 60, rien ne fut versé et seulement 150 m² (l’équivalent de deux classes) furent rafraîchis superficiellement.
SITUATION INTENABLE
Et la situation se répète cette année, via une nouvelle « injonction » de votre ministère. Rendez-vous compte, Madame la Ministre : nous étions 800 il y a 10 ans, nous sommes 1.200 aujourd’hui, et à ce rythme, nous serons bientôt 1.500, alors que les infrastructures n’ont pas changé depuis et sont saturées ! Jusqu’à présent, nous avons relevé le défi. Mais vos injonctions rendent la situation de plus en plus intenable. Permettez-nous de vous réexpliquer pourquoi.
Avant tout, ce sont le bien-être et la sécurité des enfants qui sont menacés. La surpopulation dans les couloirs et les préaux provoque des mouvements de foule à chaque sonnerie, générant stress et agressivité. La majorité des élèves sont contraints de manger leurs tartines assis par terre, dans les recoins de couloirs ou sur des marches d’escaliers, pendant que d’autres attendent dans des files interminables pour pouvoir bénéficier d’une des 96 places du réfectoire des repas chauds. Les enfants n’ont aucun répit pendant les pauses. Le stress, le vacarme et la foule font désormais partie du décor. Et la situation vécue au quotidien par les élèves blessés ou à mobilité réduite est infernale.
Madame la Ministre, quelles seront à votre avis les conséquences en cas d’incendie ?
PROJET PÉDAGOGIQUE EN PÉRIL
Vous mettez également en péril la qualité du projet pédagogique de l’école. Si l’Athénée est aujourd’hui fortement sollicité, c’est notamment parce que nous avons toujours voulu intégrer les élèves dans une structure mixte où on tient compte des spécificités de chacun. Les éducateurs et l’équipe pédagogique n’ont plus la possibilité de suivre les élèves trop nombreux et de connaître les situations difficiles qu’ils vivent parfois à la maison. Il y a de moins en moins de place pour l’accompagnement et la prévention, alors que la promiscuité a rendu la violence inévitable. Certaines heures d’étude ne peuvent plus être assurées dans une ambiance propice au travail, les cours de sciences ou de sport ne peuvent plus toujours être donnés dans des locaux adéquats, et le nombre d’élèves voulant assister aux remédiations est tellement élevé que ces dernières sont devenues inefficaces. Et conséquence terrible : les cas d’exclusion, qui étaient exceptionnels auparavant, ont sensiblement augmenté. 
DE LOURDES CHARGES DE TRAVAIL
Madame la Ministre avec vos injonctions, c’est toute une vision d’un enseignement de qualité et centré sur l’humain que vous détruisez. Mais ce sont aussi les conditions de travail pour l’ensemble du personnel de l’école qui se dégradent. Le personnel d’entretien s’épuise à maintenir la propreté des sanitaires, des classes et des communs. L’augmentation de la charge de travail du personnel de cuisine (3 services en 1 heure) a multiplié la fréquence des accidents du travail et autres maladies chroniques. La centaine de professeurs que compte l’école doit se partager un réfectoire de 34 places ainsi que 3 toilettes.
Cette lettre ouverte, qui suit plusieurs interpellations (carte blanche de l’Association des Parents en janvier, motion du syndicat enseignant majoritaire CGSP, etc.), est l’expression d’un front large et uni autour de l’Athénée. Elle sera suivie d’autres actions très concrètes dès la rentrée prochaine, si vous maintenez vos injonctions nuisant à l’intérêt général et refusez de revenir à la situation de 8 classes ouvertes en 1re année.
A quoi bon annoncer la mise en place de grands « pactes » ambitieux, alors que sur le terrain, les besoins élémentaires d’un enseignement de qualité ne sont pas satisfaits et qu’il n’y a tout simplement pas assez d’écoles de proximité à Bruxelles ? Pourquoi surpeupler des écoles au risque qu’elles deviennent défaillantes alors que paradoxalement d’autres qui ont été délaissées n’affichent pas complet et s’exposent à des pertes d’emploi et de moyens ? Vous devez faire preuve de courage politique en luttant contre les logiques d’austérité qui abandonnent ce service public au marché scolaire, profondément injuste et inefficace. Allez-vous, Madame la Ministre, succomber à la tentation électoraliste et à la vision à court terme, ou allez-vous vous montrer à la hauteur de vos ambitions pour l’intérêt général ? 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PACTE D’EXCELLENCE, MAIS BESOINS ÉLÉMENTAIRES D’UN ENSEIGNEMENT DE QUALITÉ NON SATISFAITS 

L’athénée Absil ne dépend ni du réseau libre ni du réseau communal public mais bien du réseau officiel de la Communauté française, désormais appelé Wallobrux dont elle est le fleuron à Bruxelles.
La patronne de ce réseau c’est précisément la Ministre de l’Education, la frêle  M.M.Schyns laquelle, c’est chose connue, a fait toute sa carrière d’élève et d’ensignante dans le libre catholique dont elle est un pur produit. C’est dire si elle se préoccupe du sort de cette école publique qui a tellement de succès que son effectif a quasiment doublé en quelques années.
La guerre scolaire bat son plein mais de la manière la plus sournoise, la plus insidieuse.
Le pacte d’excellence n’est qu’un artifice médiatique pour cacher la réalité du pacte méphistophélique conclu entre Elio Di Rupo et le CDH pour obtenir l’allégeance absolue du parti fondé par Joëlle Milquet. Le PS n’a pas vendu son âme au CDH mais beaucoup plus grave, celle des centaines de milliers d’élèves qui peuplent nos écoles publiques. C’est ce qui a entraîné l’abandon des écoles et singulièrement des écoles publiques au CDH qui les combat avec le dernier acharnement.
Cette carte blanche admirablement torchée et argumentée est un cri d’alarme, un pavé dans la marre dont les vagues n’éclabousseront personne et seront aussitôt oubliées par toutes celles et tous ceux qui partent aujourd’hui en vacances.
Il serait temps que les laïcs lèvent la tête et se dressent contre les mauvais coups assenés au réseau public dont ils sont les défenseurs patentés. On le dit depuis des années, les églises sont vides mais les écoles cathos refusent du monde en adoptant un profil catho bas, le plus bas possible. On parle à raison de marketing et de marché scolaire. On parle aussi des difficultés de Wllobrux à financer un enseignement onéreux, dispendieux, peu efficace et terriblement inégalitaire. Nous plaidons pour un réseau public, municipal, comme en Finlande.
Il ne faut pas que le cri de l’équipe d’Absil demeure un simple coup de gueule dans le désert. Personnellement je suis fier d’être un pur produit de l’enseignement public où j’ai enseigné et dont j’ai dirigé plusieurs écoles. En disant cela, en le clamant haut et fort, j’ai l’impression d’être un dinosaure radotant. 
Cette carte blanche émanant de la base me donne espoir. Elle montre que si les politiques détournent le regard de notre enseignement public, la base en revanche réagit. Il serait temps que les enseignants et les chefs d’établissement prennent le pouvoir dans les écoles car ils sont les derniers défenseurs de nos valeurs tellement décriées et attaquées de toute part. Il est urgent que les enseignants exigent la participation. Il ne faut pas que la démocratie survive, il faut qu’elle vive et c’est là une manière de lui donner chair et cela fait sens.
MG
 


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