mercredi 3 août 2016

« Croire que réformer l’islam va éradiquer la radicalisation chez les jeunes, c’est se faire des illusions »



LE MONDE 
Par Tareq Oubrou, imam de Bordeaux


Réformer l’islam est nécessaire, abstraction faite du terrorisme qui frappe ¬notre pays. En principe, cette ¬réforme incombe aux religieux, qui doivent être doublement érudits : versés dans les sciences religieuses classiques et dans les sciences contemporaines. Cette réforme religieuse ne part pas de rien. Elle s’inscrit dans une tradition qui remonte au Prophète.
Ce qui est valable pour la ¬réforme de l’interprétation de l’islam est valable, raison de plus, pour l’institution religieuse ¬représentative. Le culte doit être représenté par un consistoire constitué de religieux français avec des conseillers dans différents domaines. Actuellement, la représentation du culte musulman de France est marquée par des considérations liées indirectement aux pays d’origine et constituée d’acteurs associatifs et non pas de religieux.
Se tromper de contexte et d’époque, c’est se tromper d’interprétation et de religiosité. En effet, l’herméneutique fondamentale consiste à interpréter les textes sacrés dans leur contexte d’origine, ce qui permet déjà de relativiser leur charge -sémantique. La deuxième approche, plus concrète, est une herméneutique appliquée. Elle consiste à comprendre et à pratiquer les enseignements scripturaires ici et maintenant.
Pour cela, une bonne interprétation de la condition française est un préalable à celle des textes. etc

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POURQUOI L’ISLAMISME SÉDUIT-IL ?”
Mohamed Sifaoui
3 novembre 2010,


L’ouvrage de Mohamed Sifaoui intitulé Pourquoi l’islamisme séduit-il ? peut être qualifié, sans aucune démagogie, d’œuvre salutaire. En effet, en dix chapitres, l’auteur dresse un portrait sans complaisance de cette idéologie nauséabonde et de ses objectifs, tout en distinguant clairement l’islam — la religion —, de l’islamisme, le courant politique totalitaire.
Selon lui, notre démocratie et nos valeurs sont en dangers : il est donc temps d’ouvrir les yeux, et ce livre nous en donne les clefs. Regrettant que, jusqu’à présent, les seules forces qui se soient opposées vaillamment à l’islamisme proviennent de l’extrême droite, Mohamed Sifaoui, homme de gauche et membre du bureau national de l’association SOS-Racisme, appelle toutes les forces démocratiques à se dresser contre cette menace.
Qu’est-ce que l’islamisme selon M. Sifaoui, et comment séduit-il ?
Pour bien comprendre cette idéologie, il faut d’abord revenir sur les origines des différentes branches qui alimentent les courants islamistes aujourd’hui. L’auteur en dresse un tableau dans une longue première partie complexe mais passionnante. Il révèle que l’islamisme ne doit pas être considéré comme un bloc, mais qu’il est constitué de plusieurs sectes idéologiques ayant vu le jour à différentes époques et en divers endroits. Et il est fréquent qu’elles se combattent entre elles, même si leurs objectifs sont souvent similaires. Citons pour mémoires les plus connues : le wahhabisme, la Confrérie des Frères musulmans ou Al-Qaïda.
M. Sifaoui démontre ensuite que l’islamisme est bel est bien une idéologie politique à visée totalitaire. Cette démonstration est réalisée à partir des grilles de lectures utilisées par les chercheurs occidentaux, notamment Hannah Arendt, pour définir le fascisme, le nazisme et le communisme. Il relève les  points communs de tous ces régimes, comme le culte de la personnalité (nous avons tous en mémoire les portraits de Khomeiny), l’utilisation des masses contre le développement de tout esprit critique des individus, les discours populistes, le rejet de toute liberté d’expression, la haine de la démocratie, le contrôle total de la vie privée, le port de l’uniforme etc. Bien que souvent rivales, ces sectes se retrouvent toutes sur ces points.
Les islamistes utilisent également tous les moyens possibles pour développer leur propagande : les prêches sur les lieux de culte musulmans, les librairies spécialisées, les chaînes de télévision comme Al-Jazira ou Al-Manar, les sites internet à destination des plus jeunes, les manifestations, l’entrisme. De plus, n’ayant pas de clergé structuré, tout individu détenant un certain savoir ou doté d’une certaine aura pourra être considéré comme une « référence théologique ». L’auteur place dans cette catégorie le célèbre Tariq Ramadan qui a fort bien su adapter son discours à un public occidental pour paraître plus modéré, mais dont l’idéologie n’en demeure pas moins dans la lignée des Frères musulmans.
Cette doctrine s’appuie également sur les Occidentaux, qui se trouvent séduits par ce modèle alternatif de société. D’un côté nous trouvons les convertis. Ils seraient entre 50 000 et 100 000 personnes. Certes, tous ne sont heureusement pas appelés à devenir des intégristes. Mais la pauvreté, la recherche identitaire ouvrent notamment les portes vers cette voie. De l’autre côté se trouvent les « idiots utiles » de l’islamisme. Il s’agit principalement des intellectuels — souvent de gauche—, et du monde médiatico-politique qui, bien que normalement opposés par leurs valeurs à ce type de régimes, en viennent à les soutenir et à les défendre.
Un exemple parmi tant d’autres : le journaliste nous rappelle la réprimande adressée par l’animateur Laurent Ruquier lors de son émission On n’est pas couché à Robert Redeker, alors condamné à mort par des islamistes : « il faut écrire de façon moins violente, lorsqu’on ne veut pas avoir des réponses aussi violentes. » Cette phrase révèle à elle seule l’état d’esprit ambiant. Aurait-il tenu le même discours si Robert Redeker avait été condamné à mort par des intégristes catholiques ?
Ces prises de positions trouvent principalement leur origine dans l’opposition systématique de la gauche à la droite, l’anti-américanisme, l’antisionisme ambiant et, ajouterons-nous, dans une mythologie tiers-mondiste liée à un rejet total de l’Occident. Il est également consternant de constater que certains politiciens s’inclinent devant des associations intégristes dans le seul but de récolter quelques voix aux élections et s’assurer ainsi lâchement une éventuelle réélection.
A propos d’élections, l’auteur nous prévient qu’il ne faut pas se leurrer : ce n’est pas parce que certains courants acceptent le jeu démocratique qu’ils sont pour autant démocrates. Dans ces situations, les discours sont généralement lissés et la pratique de la taqiya, qui consiste mentir sur ses objectifs réels, est fortement encouragée. Il faut donc toujours se méfier et se référer aux textes de ces groupuscules pour mieux comprendre leurs objectifs. Ce n’est  qu’une fois au pouvoir qu’ils dévoilent leur véritable visage.
Comment lutter ?
Tout d’abord en relativisant : souvent mis sur le devant de la scène, les islamistes ne sont pas majoritaires au sein des musulmans. Ils constituent probablement moins de 10% de cette communauté religieuse. Ce sont d’ailleurs les musulmans eux-mêmes les premières victimes de ces mouvements. C’est pourquoi il est de leur devoir de moderniser leur religion et de l’adapter avec l’époque actuelle. Ils doivent s’ouvrir sur le monde et ne plus tolérer les lapidations, la misogynie, le voile, les guerres saintes et tout ce qui rappelle des pratiques ou des mentalités d’un autre âge. Ils ne doivent pas tomber dans le panneau du concept piège d’ « islamophobie » qui ne tolèrerait plus aucune critique de cette idéologie et l’enfermerait définitivement dans un dogme inviolable.
Pour les soutenir, la gauche française se doit de prendre part au débat, d’entrer dans l’arène et d’affirmer ses convictions face à l’obscurantisme. Au niveau de l’État, il faut cesser de prendre les intégristes pour des interlocuteurs privilégiés. Enfin, sur le plan international, les démocraties occidentales doivent s’unir et présenter une réponse ferme face à cette menace. Et n’oublions jamais que « si nous n’arrivons pas à écraser l’infâme, c’est lui qui nous écrasera… Tous ! » (p. 255).


La dénonciation des fanatismes - et singulièrement de l'islamisme - doit être sans ambages. La réaffirmation des valeurs universelles doit être d'une clarté éclatante. Nous devons rappeler, entre autres, que la laïcité, la liberté de conscience, le droit au blasphème et tous les éléments constitutifs de la liberté de l'individu sont non négociables.
Pour finir, je dirais la chose suivante : Cela fait plusieurs années que j'interroge le prophète Mahomet (J'utilise l'appellation francophone de celui qu'on appelle aussi محمد Muhammad, Mohamed, Mohammed etc.)...
Bref, pour revenir à Allah et à son prophète Mahomet, je pense la chose suivante et je pense que Allah et Mahomet sont d'accord avec moi (sauf si je n'ai rien compris à l'esprit de la religion musulmane) : S'agissant d'Allah le Très Grand le Tout Miséricordieux le Très Miséricordieux et l'Omniscient, il n'a pas besoin de quelques abrutis se réclamant de Daech ou de quelques hypocrites se réclamant de Tariq Ramadan pour être défendu. En ce qui concerne Mahomet, décrit par le corpus islamique comme étant un prophète protégé par Allah, le même dont je parlais précédemment, je ne vois pas pourquoi il devrait être défendu par une poignée de déséquilibrés et de frustrés, ayant trouvé l'islam comme prétexte pour donner libre court à la haine et à la violence qui les animent.
Toujours est-il, après avoir interrogé Mahomet, il m'a demandé de vous conseiller, avec un gros accent arabe, de faire l'amour, pas la guerre...

PS : s'agissant de ceux qui préfèrent injurier voire menacer. S'agissant des Aliens qui applaudissent des assassins, je dirais simplement que notre victoire est  totale et que leur défaite est cuisante : nous parlons ouvertement, défendons des valeurs,des idées et des principes en signant de notre nom. Nos morts sont célébrés, reconnus et même applaudis alors qu'eux agissent sous pseudonymes, anonymement comme des insectes de nuit, ils tuent cagoulés et lorsqu'ils meurent même leur enterrement est clandestin. Leur vie est misérable et leur mort est honteuse. 


 
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«IL N'EST D'IMAM QUE LA RAISON, NOTRE GUIDE DE JOUR COMME DE NUIT»,
 
écrivait au XIe siècle le philosophe syrien Abou Ala al-Maari.

Mohamed Sifaoui est régulièrement invité sur le plateau de « C’est dans l’air » une émission d’information et d’analyse de haute niveau animée par Calvi.  Ses interventions sont toujours marquées au coin du bon sens.  Son analyse de l’islamisme est interpellante. Elle  mérite qu’on s’y attarde.
Voici donc, pour information, une synthèse de son dernier ouvrage. Selon lui ce n’est pas l’islam de France qu’il convient de réformer mais l’islam tout court. Difficile de réfuter cela.
«Il n'est d'imam que la raison, notre guide de jour comme de nuit», écrivait au XIe siècle le philosophe syrien Abou Ala al-Maari.
MG 


POURQUOI L’ISLAMISME SÉDUIT-IL ?”
Martine Gozlan Marianne
Comment Michel Onfray peut-il affirmer l'absence de Spinoza musulmans ? Notre journaliste Martine Gozlan lui répond.

J'ai découvert avec surprise et tristesse cette affirmation de Michel Onfray dans le numéro 989 de Marianne : «Tant que l'interdiction philosophique sera signifiée d'inscrire le Coran dans sa configuration humaine et historique, un Spinoza musulman ne saurait être possible ou pensable.» La surprise, d'abord : Onfray le philosophe méconnaît curieusement le contexte dans lequel surgit le destin philosophique de Baruch Spinoza.
Né au sein de la communauté juive portugaise d'Amsterdam, le penseur rebelle fut, le 27 juillet 1656, la cible d'un herem, un décret d'excommunication formulé par les rabbins de cette même communauté qui, de toute évidence, ne toléraient pas la prétention du jeune homme à inscrire la Torah «dans sa configuration humaine et historique», pour reprendre l'expression d'Onfray. Ce herem, d'une grande violence, dénonce «des horribles hérésies» et clame notamment : «Qu'il soit maudit le jour, qu'il soit maudit la nuit. Que son nom soit effacé dans ce monde et à tout jamais. Que personne ne demeure sous le même toit que lui et que personne ne lise ses écrits.» Spinoza fut agressé par un homme qui lui porta plusieurs coups de couteau. Il garda ce manteau déchiré comme preuve de la folie religieuse. Autrement dit, la révolte d'un Spinoza ne provenait nullement d'une aptitude du judaïsme à rationaliser ses textes, mais de l'inverse : Spinoza disait non aux rabbins.
ONFRAY N'A-T-IL JAMAIS ENTENDU PARLER DE CETTE PLÉIADE DE REBELLES DRESSÉS D'ÂGE EN ÂGE CONTRE L'OBSCURANTISME ?
Et là, vient ma tristesse : comment Onfray peut-il affirmer l'absence de Spinoza musulmans ? N'a-t-il jamais entendu parler de cette pléiade de rebelles dressés d'âge en âge contre l'obscurantisme ? A Bagdad, au IXe siècle, les philosophes mutazilites - littéralement «ceux qui se sont séparés du dogme» - soutenaient que le Coran n'était pas un texte tombé du ciel et se faisaient les champions du libre-arbitre. «Il n'est d'imam que la raison, notre guide de jour comme de nuit», écrivait au XIe siècle le philosophe syrien Abou Ala al-Maari. Au XIIe siècle, à Cordoue, Ibn Rochd, plus connu sous le nom d'Averroès, inscrivit tout son parcours sous le signe du rationalisme. Traducteur d'Aristote, il fut pourchassé par les fanatiques et on brûla ses livres.
Averroès osait écrire : «Quand certaines femmes ont reçu une excellente instruction et montrent des dispositions remarquables, il n'est pas impossible qu'elles deviennent philosophes ou dirigeantes.» Dans le premier quart du XXe siècle, au Caire, l'écrivain Kacem Amine soumet le Coran à des exégèses féministes dans son essai la Libération de la femme.Il appelle au rejet du voile.
A la même période, toujours au Caire, Ali Abderraziq, théologien et juriste, publie l'Islam et les fondements du pouvoir, où il appelle à une séparation de la mosquée et de l'Etat. On brûle ses livres et il est déchu de ses droits civiques. Dans les années 80, d'autres penseurs se dressent. Saïd al-Ashmawy, avec l'Islamisme contre l'islam, est menacé de mort par les intégristes égyptiens. En 1983, Hussein Amine publie le Livre du musulman désemparé, dans lequel il dénonce tous les archaïsmes. Le Soudanais Mahmoud Taha, qui prône une formidable réforme de la loi islamique, est exécuté à Khartoum, en 1985. Quant au Tunisien Abdelwahab Meddeb, il nous a laissé une œuvre vibrante d'intelligence critique. Des hommes comme nos amis algériens Boualem Sansal et Kamel Daoud, comme le jeune écrivain palestinien athée Waleed al-Husseini, sont les courageux héritiers de ces lumières.
HONNEUR AUX SPINOZA D'ORIENT.

*Martine Gozlan est rédactrice en chef à Marianne et écrivain. Elle a publié, entre autres, le Désir d'islam(Grasset) et les Rebelles d'Allah (L'Archipel).




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