dimanche 14 août 2016

La ministre Schyns veut remettre de l'ordre dans l'enseignement à domicile


Le Vif
Source: Belga
Jusqu'il y a peu, un parent pouvait recourir à l'enseignement à domicile pour son enfant sans devoir se justifier, pour autant qu'il le signale au Service général du contrôle de l'exercice scolaire. 


"Il ne parait pas juste que certaines catégories d'étudiants payent pour d'autres". © Image Globe 

La ministre de l'Enseignement obligatoire Marie-Martine Schyns a décidé de serrer la vis. De plus en plus d'enfants sont scolarisés à la maison, rapportent les éditions de Sudpresse vendredi.
Selon le cabinet de la ministre, l'actuel décret ne permet pas de refuser l'enseignement à domicile. Or Mme Schyns entend "mettre le plus de garde-fous possibles pour éviter les dérives". Un décret est en cours d'adoption. Selon les chiffres de l'Administration générale de l'enseignement, il y avait 909 élèves scolarisés à la maison pour l'année 2015-2016, contre 829 en 2014-2015 et à peine 502 huit ans plus tôt.
L'ASBL Eleves constate que de plus en plus de parents optent pour l'enseignement à domicile parce que le système éducatif traditionnel ne correspond plus à leurs attentes. Elle épingle notamment le harcèlement scolaire.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA MEILLEURE ET LA PIRE DES CHOSES 

Il serait intéressant d’avoir le profil des enfants scolarisés à domicile. A première vue il doit s’agir d’enfants de milieux très favorisés culturellement dont la mère ne travaille pas  et qui ont besoin de dégager beaucoup de temps pour des activités sportives ou culturelles (un instrument, par exemple).
Il semblerait que cet enseignement soit particulièrement performant et bien organisé. Mais il coûte cher à la Communauté et présente un caractère élitaire que supporte mal la classe politique au pouvoir.
En bonne logique, il devrait pourtant  se révéler moins onéreux, la notion de « classe scolaire » n’ayant plus de raison d’être, il faut en effet beaucoup moins d’enseignants pour l’organiser. Cet enseignement a l’inconvénient de ne pas socialiser les enfants mais le grand avantage de les rendre autonomes dans l’apprentissage qui, paradoxalement peut-être individualisé par le coach qui suit l’enfant virtuellement, pas physiquement. L’enquête menée par la FAPEO est tout à fait intéressante. La voici, bonne lecture.
MG

L’ÉCOLE À LA MAISON : PAS À LA PORTÉE DE TOUS ! Cécile Van Honst  (FAPEO)
« L’avantage de faire l’école à la maison, c’est de pouvoir avoir d’autres ouvertures sur des choses beaucoup plus personnelles que chacun a en soi, et qu’il faut développer. Pour certaines personnes, les études sont toutes naturelles et ne posent pas de problèmes, mais d’autres s’y retrouvent beaucoup moins parce qu’ils ont autre chose en eux. L’école à la maison est un très bon moyen pour éviter les problèmes de scolarité. Chacun va à son rythme, suivant ses moyens, apprend l’essentiel scolaire et peut regarder ailleurs. Il se fera alors une personne entière, originale, éclatée parce qu’elle fera ce qu’elle aime ! »
DURANT L’ANNÉE SCOLAIRE 2013-2014, EN FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES, 885 FAMILLES ont fait le choix d’instruire leur enfant à la maison. Nous avons rencontré certaines de ces familles adeptes de l’IEF (instruction en famille) et nous les avons questionnées sur les raisons de ce choix, sur la manière dont elles faisaient l’école à la maison, sur le temps et l’investissement que cela leur demandait… Dans cette analyse, nous tenterons de dresser un portrait de ces familles qui ont choisi de ne pas suivre la norme et de ne pas mettre leur enfant à l’école.
INTRODUCTION En Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), c’est l’instruction qui est obligatoire et non l’école. De nombreux enfants sont instruits en dehors d’un établissement scolaire reconnu ou subventionné par la FWB. Certains parents ont fait le choix d’instruire leurs enfants chez eux, en famille.
D’autres suivent des cours à distance2. D’autres encore suivent des cours à domicile ou à l’hôpital, en raison d’une maladie ou d’une invalidité. Ce ne sont pas moins de 1.634 enfants  qui n’ont pas suivi un enseignement « classique » dans nos écoles pour l’année scolaire 2013-2014.
Quatre cent quatre-vingt-deux de ceux-ci sont inscrits dans une école privée (non subventionnée et non organisée par la FWB), 267 résident en Belgique mais sont scolarisés dans des pays voisins, 885 enfants suivent des cours à la maison, donnés par leur parent ou une tierce personne (soit une hausse de 170 enfants en un an)4.
Si, proportionnellement à l’ensemble de la population scolaire, le nombre de 885 enfants peut paraitre peu élevé, il n’en reste pas moins interpellant ! Pourquoi ces familles choisissentelles l’enseignement à la maison ? La famille réussit-elle là où l’école échoue ? Ces parents ne font-ils plus confiance à l’école ? Qu’apporte « l’école à la maison » de plus que « l’école à l’école » ? Qui sont ces parents ? En tant que représentant les associations de parents de l’Enseignement officiel, soit bien ancrés dans l’institution « école », cette problématique nous intriguait. Nous avons tenté de comprendre cette réalité en rencontrant un groupe de sept mamans pratiquant « l’école à la maison »
Ces enfants qui apprennent en famille le font en grande majorité avec leur mère (n’exerçant pas d’autre profession ou ayant une certaine flexibilité horaire). Ce qui rassemble ces familles, selon elles, « c’est l’envie de transmettre à leurs enfants un apprentissage plus large que les matières scolaires : un apprentissage de la vie »… Mais qu’est-ce qui pousse ces familles à refuser d’adhérer au projet de notre enseignement ?

Pour consulter l’interview : Van Honsté C., « L’école à domicile : l’apprentissage idéal ? », Trialogue, n°73, 2014, p. 20-21. 4 

 
L’ENSEIGNEMENT À LA MAISON : UNE ALTERNATIVE À L’ÉCOLE « Je suis enseignante, et je pensais que l’école était obligatoire. Puis mon fils m’a demandé : « Tiens au fait, c’est obligatoire l’école » ? » 6 En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’école n’est pas obligatoire, c’est l’instruction qui l’est. Le droit à l’instruction est un droit fondamental, inscrit dans notre Constitution à l’article 247 et dans la Déclaration des droits de l’enfant à l’article 288. « Le mineur est soumis à l’obligation scolaire pendant une période de douze années »9, de ses 6 à 18 ans, mais l’obligation scolaire peut être satisfaite hors du cadre… de l’école.
L’instruction en famille : une possibilité en FWB École à la maison, enseignement à domicile, instruction en famille (IEF), « non sco » (nonscolarisés), l’enseignement à distance (EAD), homeschooling, unschooling, home education… Les termes sont nombreux pour caractériser cette pratique de l’enseignement à la maison. Pour notre part, nous parlerons d’ « IEF »10 (acronyme largement répandu dans la littérature) ou d’ « école à la maison » (désignation utilisée par les mamans que nous avons rencontrées). Notons que l’enseignement à distance (EAD) n’est pas de l’IEF en tant que tel. Il peut être un support à l’instruction en famille, mais l’EAD ne concerne pas uniquement les enfants en âge de l’obligation scolaire (ex : des adultes peuvent suivre des modules de cours à distance). Par ailleurs, cette expression « école à la maison » est sous certains aspects trop restrictive, car l’école à la maison ne se déroule pas seulement « à la maison ». Plus largement, elle se déroule en bibliothèque, au musée, par la rencontre, au magasin, dans la vie de tous les jours… Les enfants qui sont instruits en famille soit n’ont jamais été scolarisés, soit ont été « retirés » de l’école. Ils peuvent suivre des cours par correspondance, des pédagogies particulières, suivre des manuels scolaires, suivre un enseignement et apprentissage beaucoup plus large
L’expression « enseignement à domicile » implique qu’il y a un enseignant et un [apprenant] et que ça se passe à la maison. Or, les enfants (qu’ils soient scolarisés ou pas) apprennent aussi de manière autonome (parfois exclusivement) et aussi ailleurs qu’à la maison (musées, rencontres, voyages…) » (IEF Belgique francophone, http://iefbe.site40.net/).  et libre (« on laisse au vécu quotidien le soin de faire acquérir à l’enfant par lui-même diverses connaissances »11)… Les réalités et modalités de l’IEF varient énormément selon les situations. L’IEF soumise à certaines contraintes Les parents peuvent choisir de ne pas inscrire leur enfant dans un établissement scolaire, mais ils ont l’obligation de l’instruire et doivent remettre à l’administration une déclaration d’enseignement à domicile. Pour contrôler et mettre un « cadre » à cet enseignement à la maison, des inspections sont réalisées dans les familles IEF. « Le Gouvernement s’assure que l’enseignement dispensé est d'un niveau équivalent à celui dispensé en Communauté française, qu’il (…) ne prône pas des valeurs qui sont manifestement incompatibles avec la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales »
Il est prévu dans la loi qu’après deux contrôles « négatifs », si l’inspection constate un niveau d’étude « insuffisant », les parents doivent inscrire leur enfant dans un établissement scolaire. On attribue à chaque famille un « inspecteur responsable », qui sera son référent. Une commission de l’enseignement à domicile tranchera de la réussite ou de l’échec de l’examen.
« Non, le CEB, personne n’est obligé de l’avoir. Il n’y a aucun diplôme qui soit obligatoire. Si vous n’avez pas de diplôme dans la vie, vous n’avez pas de diplôme, c’est tout. Si l’on veut que l’enfant ait son CEB, on inscrit son enfant pour le CEB, c’est tout. »
LA RÉALITÉ DE CES FAMILLES Pourquoi ce choix ? Faire l’école à la maison est un choix, un choix marginal et décalé par rapport à la norme (l’école). La gamme des raisons possibles à l’IEF est très large, allant d’une modalité pratique (lorsque la famille décide de faire un grand voyage par exemple), à un refus total du système tel qu’il fonctionne actuellement. Certains recherchent une pédagogie différente, mais l’offre éducative est peu diversifiée et seule une poignée d’écoles en FWB offrent une pédagogie active. D’autres souhaitent passer plus de temps avec leur(s) enfant(s). D’autres encore estiment que l’école n’offre pas de solution aux difficultés de leurs enfants (enfants HP, dyslexiques, ayant des troubles de l’attention, etc
(…)Une enquête réalisée sur 203 familles au Québec, sur les raisons du choix de l’école à la maison, nous donne des pistes : « pour l’ensemble des participants, les principaux facteurs à la base de ce choix sont un désir de poursuivre un projet éducatif familial, une objection aux modes d’organisation du système scolaire, une volonté d’offrir de l’enrichissement et un souci du développement socioaffectif des enfants »
Des raisons moins fréquentes se retrouvent également : raisons religieuses, activités des parents, maladie de l’enfant, accessibilité des écoles, etc.
Chez les familles que nous avons rencontrées, trois raisons principales émergeaient : une « obligation » de faire l’IEF pour cause d’un voyage, un rejet clair de l’école dans sa forme actuelle, et éviter à l’enfant un environnement scolaire violent et maltraitant.
Cette famille avait « retiré » ses enfants de l’école pour faire un voyage. Au retour de celui-ci, ils n’ont pas souhaité réinscrire leurs enfants à l’école et ont continué l’expérience de l’école à la maison. Ils considèrent que ce choix fait partie d’un ensemble de valeurs auxquelles ils adhèrent, comme faisant partie d’une vision plus large du monde et de la société. Ce choix contraint par les circonstances de la vie (voyage) ne s’est retrouvé que chez une famille rencontrée. Chez les autres, il était surtout question d’un rejet de l’école d’aujourd’hui, d’une vision du monde qui était en contradiction avec l’institution scolaire.
UNE ÉCOLE À LAQUELLE ILS NE CROIENT PAS « Si une grande partie des parents ne mettent pas ou plus leur enfant à l'école, dans un premier temps c'est pour des raisons "contre l'école", bien rapidement, elles développent les plaisirs à vivre au quotidien avec leurs enfants en respectant leurs rythmes et en organisant régulièrement des rencontres et des sorties avec d'autres familles. SERAIT-ON FACE À UN NOUVEAU MODE DE VIE SOCIALE ? » Ces parents se disent volontiers « contre l’école », et se sentent parfois « obligés » (au départ) de retirer leur enfant de cette institution à laquelle ils ne croient pas (ou plus).
(…) « Si au départ la décision de faire l’école à la maison a été prise par choix négatif, forcée par un système qui ne convient pas du tout à notre enfant, finalement, de fil en aiguille et d’expériences en expériences, c’est devenu un réel choix ! Un réel choix de vie, un choix politique de dire : « non, je n’inscris plus mes enfants dans un système qui perpétue des valeurs auxquelles je n’adhère pas du tout ! » » Ce n’est pas nécessairement les enseignants qu’ils rejettent, c’est surtout l’institution elle-même : elle n’a pas de sens pour eux, ne correspond pas à leurs attentes… L’école ne répond pas non plus, selon ces familles, à tous les besoins d’apprentissage et d’éducation de l’enfant. C’est pour développer « le reste », au-delà des apprentissages scolaires, pour développer « les autres aspects d’une personnalité et d’une intelligence ». Par exemple, apprendre à l’enfant à se débrouiller dans une certaine situation, à s’adapter, à faire des courses, à être autonome, à comprendre ses limites, à se connaître et écouter ses besoins, etc. C’est surtout « considérer l’être dans son entièreté ». Ils considèrent que l’éducation et les apprentissages scolaires sont leur rôle de parents, et ne souhaitent pas « déléguer » cette responsabilité à des personnes tierces (comme des enseignants).
« L’école m’a fait croire que c’était essentiel qu’eux [les professeurs] transmettent ça. Donc, je leur ai laissé prendre mon rôle de mère, et à mon mari son rôle de mari. » Pour ces parents, c’est l’école tout entière qu’il faudrait réformer pour placer réellement l’enfant au centre et être à son écoute. « Il faudrait refaire tout le système ». ILS TROUVENT L’ÉCOLE TROP RIGIDE, TROP CONSERVATRICE ET DIRECTIVE ENVERS LES ENFANTS.
Une école violente et maltraitante Enfin, une troisième raison de faire l’instruction en famille se dégage. Certains enfants auraient vécu un véritable malaise à l’école, voire des mauvais traitements et, par souci pour leur santé et leur bien-être, les parents ont décidé de les éloigner et de les préserver de cet environnement. Une maman, par exemple, avait retiré son enfant de l’école en raison d’une « enseignante maltraitante », qui instaurait un climat difficile dans sa classe. Ces parents se sentent capables d’instaurer un climat de confiance, sécurisant et bienveillant. « Nous, on a commencé l’école à la maison parce que mon fils s’est fait harceler moralement par son enseignante en première maternelle. Il en a développé une dépression et une phobie scolaire. » Il ne s’agit pas ici d’une liste exhaustive des raisons de faire l’école à la maison, les entretiens recueillis n’étant pas en nombre suffisant. Précisons aussi que les logiques menant une famille à faire l’IEF sont complexes et les raisons s’articulent entre elles.
CONCRÈTEMENT, COMMENT ÇA SE PASSE ? Tout comme on retrouve un panel de raisons de faire l’IEF, on retrouve un panel de manières et modalités de la pratiquer. « Il y a plein de façons de faire l’école à la maison ». Les enfants peuvent apprendre seuls, ou en groupe (regroupés par âge ou par activité). Certains parents tentent de recréer un « climat de classe », avec des horaires fixes, des manuels scolaires, une structure assez rigide, etc. « Chez nous, c’est assez cadré, mon mari le souhaitait vraiment… Les manuels scolaires m’aidaient à avoir des repères, des objectifs, une espèce de vue d’ensemble de ce qu’il faudrait avoir travaillé à la fin de l’année. » D’autres, à l’opposé, laissent l’enfant en totale liberté. C’est l’enfant qui est au centre des apprentissages. Le cadre est assez souple, on fait de nombreuses sorties, des jeux.
ON LE LAISSE APPRENDRE À ÊTRE AUTONOME ET À DEVENIR ACTEUR DE SES APPRENTISSAGES. « Si c’était pour recommencer l’école… mais à la maison, on ne l’aurait pas fait ! » La pression sociale sur leurs épaules Ces familles s’écartent de la norme, ne font pas ce que font la majorité des parents, en amenant chaque matin leurs enfants à l’école. Ils ne vivent pas non plus les périodes de tension des examens, les bulletins, les réunions avec les professeurs, les fancy-fairs, les vacances… « Nous, on a eu des problèmes aux fêtes de Noël… - « Et alors, tes examens, ça c’est bien passé ? » - Mais enfin, ils savent qu’on fait l’école à la maison et qu’il n’y a pas d’examen ! Ça mettait l’enfant en difficulté ! » Le poids du regard des autres n’est pas évident. « Le regard de l’extérieur n’est pas forcément facile ». Leurs familles ne comprennent pas toujours ce choix de vie. Ils se sentent jugés, voire marginalisés… Les parents disent aussi culpabiliser « je me demandais si j’étais dans le bon… », parce qu’ils « sortent un peu de la norme ». Une maman nous explique les regards jugeant lorsqu’elle fait les courses en semaine avec son enfant. Les gens demandent si l’enfant est malade, pourquoi il n’est pas à l’école… « Ce n’est pas évident d’affronter le regard des autres sur soi ». Ces parents développent également un discours assez moralisateur – voire culpabilisant – sur les autres parents. Ceux qui mettent leur enfant à l’école, mais qui « râlent sur l’école »… « Mince, mais ils ont le choix ! C’est facile de reprocher tout à l’école, mais on est responsables : - « Oui, mais l’instit’ elle a fait ça et ça… » - « Oui, mais tu es à la maison. Regarde : tu as le choix de prendre tes enfants. »
Ils se réunissent également sur des « blogs », sites Internet, pour des journées entre IEF, des visites de musées, des activités en dehors… Ils se regroupent entre eux, s’entourent d’un réseau de personnes qui suivent les mêmes idées et valeurs. Ils s’organisent dans des réseaux sociaux qui rassemblent des personnes qui vivent la même forme de marginalité.
DES PARENTS-PROFESSEURS ? En FWB, toutes les familles pratiquent l’école à la maison ! « Chaque famille, y compris celle d’enfants scolarisés traditionnellement, pratique l’IEF sans même en avoir conscience. La « culture familiale » est le départ de l’instruction en famille »
En imitant ses parents, en dialoguant avec eux, par le jeu, la communication, l’enfant va apprendre toute une série de compétences : LANGAGE, SAVOIR-ÊTRE, SAVOIR-FAIRE, MARCHER, ANALYSER, ACQUÉRIR UN ESPRIT CRITIQUE, CUISINER, FAIRE DU VÉLO, RÉSOUDRE UN PROBLÈME, UTILISER INTERNET…
L’école n’a certainement pas le monopole de l’éducation. Dans l’IEF, les parents estiment que c’est à eux d’instruire leurs enfants et d’assurer le rôle de « professeur », de modèle. Mais même dans l’enseignement « traditionnel », les parents assurent leur mission d’éducation et doivent parfois se transformer en professeur après l’école: réciter les leçons, faire les devoirs avec l’enfant, lui réexpliquer des matières…
FAIRE L’ÉCOLE À LA MAISON POSE LA QUESTION DU RÔLE DES PARENTS DANS LA SCOLARITÉ : QUELLES LIMITES, QUELLES REPRÉSENTATIONS DU RÔLE DE PARENTS ? La question mérite d’être soulevée.… L’investissement des parents : la conciliation des temps sociaux Suivre la scolarité de son enfant, lorsqu’il va à l’école, prend énormément de temps pour les parents et demande un investissement considérable. Loin des stéréotypes de « parents démissionnaires », une précédente étude de la FAPEO, nous montrait déjà à quel point la scolarité des enfants pèse dans les temps familiaux
Les parents doivent en permanence concilier leurs différents « temps sociaux » : emploi, famille, loisirs, scolarité des enfants, vie sociale… La question se pose différemment pour les parents pratiquant l’IEF.
En effet, la majorité des mères rencontrées n’ont pas d’activité professionnelle. Elles vivent en couple, avec un mari ayant des revenus suffisants pour subvenir aux besoins financiers.
Ce sont des familles relativement aisées. Bien que nous ne prétendons pas à une quelconque représentativité de ces familles, la question de la stabilité financière est évidente. Une seule des mères rencontrées a une activité professionnelle, mais comme indépendante avec un horaire flexible. Elle peut alors gérer son temps de travail comme elle le souhaite, pour pouvoir passer du temps avec ses enfants. Sans garderie pour les petits, sans école pour les plus grands, les enfants sont « surveillés » en permanence par les parents (ou d’autres personnes de l’entourage). Cela demande une assez grande flexibilité et disponibilité. Un énorme investissement également, puisqu’ils doivent en permanence « instruire » leurs enfants. Selon ces mamans, pourtant, cela ne leur demande à elles ou à l’enfant, que peu d’investissement : « On voit que le temps dans une classe, le temps où l’enfant apprend réellement, est considérablement réduit ! En fonction des enfants, ce peut être un quart d’heure ou une heure par jour. C’est suffisant : un quart d’heure et une heure de travail scolaire, structuré et figé. » C’est par les contacts réguliers et les interactions que l’enfant structure son langage. En classe, un professeur s’occupe de 20 à 25 élèves, à l’école à la maison, c’est un enfant pour plusieurs adultes. Selon ces mamans, cela lui donne un grand avantage, surtout vis-à-vis de la structuration du langage. « Par rapport à un enfant [en classe] qui peut, sur une journée ou une semaine à l’école, ne jamais se sentir impliqué. À qui on n’a peut-être adressé la parole qu’une seule fois de toute la journée… » C’est peut-être ici sans compter les interactions avec les camarades de classe et l’ensemble des enfants de l’école. LES BÉNÉFICES DE LA SOCIALISATION PAR LES PAIRS (notamment en termes d’incorporation des règles de la vie sociale) sont certainement à rappeler. Les compétences des parents Et puis, tous les parents ont-ils les capacités pour être « profs » ? Le métier d’instituteur et de professeur s’acquiert par des études supérieures, et demande un lourd investissement. Sommes-nous réellement tous capables d’enseigner ? Si un parent plus instruit peine déjà à suivre les devoirs des enfants, que dire des personnes plus fragilisées, ne maîtrisant pas la langue ou les codes de l’école ? Qu’en est-il des compétences pédagogiques de tout un chacun ? « Il y a des gens qui ne veulent pas faire l’école à la maison, ils s’en sentent incapables… Du coup, ils le sont probablement. » La question des compétences pédagogiques, mais aussi des savoirs, capacités à faire comprendre les choses et à les comprendre soi-même est importante. Si ces familles sont persuadées de leur capacité à enseigner à la maison, voyant les résultats sur l’enfant (pris 12 dans sa globalité : bien-être, esprit critique, autonomie), nous ne pouvons-nous empêcher de penser que, d’abord, être convaincu de sa compétence à instruire ne signifie pas nécessairement qu’on l’ait. Ensuite, avoir la compétence à instruire ses enfants n’est pas donné à tous les parents. Ce qui revient à dire que l’instruction à domicile est sans doute l’apanage de parents qui possèdent des ressources scolaires et intellectuelles suffisantes. CE QU’ON PERÇOIT AU DÉPART COMME UN MOUVEMENT MARGINAL, SE RÉVÈLE FINALEMENT UN LUXE RÉSERVÉ À UNE ÉLITE.
CONCLUSION Puisque notre pays octroie la liberté de choix des parents et une obligation de scolarité (et non d’inscription dans une école), certains parents ont choisi de faire l’école à la maison. Quand on les rencontre, cela fait d’abord rêver : serait-ce l’école idéale qui avance au rythme des enfants, qui laisse une part juste aux apprentissages pour leur laisser le temps de découvrir le monde, de s’épanouir ? Et puis, nous sommes d’accord avec ces parents sur un certain nombre de points : le système scolaire en Fédération Wallonie-Bruxelles ne fonctionne pas toujours bien, la différenciation dans les apprentissages, c’est pas encore au point, des enfants souffrent de la violence à l’école… Pourtant… Dans cette analyse, nous avons voulu restituer tels quels les dires de ces parents. Mais tout discours est subjectif : les parents pratiquant l’IEF ont un regard positif sur ce qu’ils pratiquent, évaluent positivement le progrès de leurs enfants… parce qu’ils doivent justifier leur choix de vie à la marge des normes dominantes. Ils anticipent la critique et construisent un discours idéaliste qui légitime leur choix. De plus, ce discours très valorisant doit se lire dans l’interaction qu’ils ont eue avec l’enquêtrice, représentant la FAPEO. Il leur fallait sans doute nous convaincre de l’intérêt de l’IEF, car notre fédération travaille avec cet enseignement « traditionnel » qu’ils rejettent, et pour les parents de cet enseignement. À ce propos, que faire alors pour tous ces parents, déçus par l’école, qui n’ont pas d’autre choix que de scolariser leurs enfants dans un établissement scolaire (emploi du temps, travail, compétences, ressources financières, etc.) ? Et puis, comment évaluer l’efficacité de l’enseignement à domicile ? Que deviennent ces enfants IEF après l’obligation scolaire ? Comment se déroule leur intégration sociale, et sur le marché du travail ? Qu’en est-il de leurs compétences sociales à vivre ensemble, à apprendre avec d’autres personnes, à s’adapter aux codes de la vie en société ? On le voit, le tableau est plus nuancé que ce qu’il n’y paraît à première vue.
PRÔNANT UN ENSEIGNEMENT PUBLIC DE QUALITÉ, CE CHOIX POUR L’IEF INTERPELLE LA FAPEO. Pour ces parents, il faudrait refaire tout le système scolaire pour combler leurs attentes. Ils ont un avis tranché sur l’école, qu’ils rejettent en bloc. Mais comment changer un système en le désertant ? C’est évidemment une démarche qui se situe à mille lieues de la participation parentale telle que nous la prônons à la FAPEO : investir l’école pour rentrer dans une alliance éducative dans l’intérêt de tous les enfants. Selon nous, c’est dans l’école qu’il convient de résoudre ses problèmes, c’est à l’école de s’adapter – enfin – aux besoins et réalités d’aujourd’hui, c’est à l’école que reviennent les missions d’émancipation sociale et d’instruction. Dans le discours de ces parents IEF, nous avons surtout retrouvé une vision très individualiste de l’enseignement : il aurait fallu une école adaptée à leur enfant ou plutôt conforme au projet éducatif idéal qu’ils avaient pour leur enfant. Ces parents n’enseignent qu’à leur propre enfant, ils recherchent un environnement d’apprentissage parfait pour lui… Ce mode d’instruction individualiste existe finalement en marge des valeurs de collectivité, de partage et d’égalité… Nous continuons à miser sur les capacités de l’école à émanciper les jeunes, à servir d’ascenseur social, d’ouverture d’esprit, d’apprentissage du vivre ensemble et des solidarités. Les professeurs sont formés pour instruire nos jeunes, il faut pouvoir leur faire confiance… Pourquoi ? Parce que c’est le seul système d’instruction qui s’adresse à tous les enfants.

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