mardi 16 août 2016

Pour la presse française, le burkini "fait des vagues"


AFP 


Après celui de Cannes, le maire de Sisco (Haute-Corse) a pris un arrêté interdisant le burkini sur les plages de sa commune, après les incidents violents de samedi. Le burkini "fait des vagues", estime la presse, qui crie à la "provocation".
"Le burkini fait des vagues," ironise Jean-Christophe Ploquin dans La Croix, qui rappelle qu'en France "chacun(e) est libre de choisir son habillement" et que le "burkini a donc droit de cité même s'il ne faut pas être naïf: celles qui le portent défendent souvent une vision communautariste de la vie en société". Et d'ajouter, un brin provocateur qu'une "musulmane peut aussi et c'est tant mieux (!) se baigner en bikini."
Dans La Voix du Nord, Olivier Berger relève le paradoxe de ces arrêtés municipaux interdisant la plage aux femmes "dont la tenue troublerait l'ordre public car non respectueuse +des bonnes moeurs et de la laïcité+" et affirme qu'on "devrait pouvoir se baigner librement en France, dans l'appareil de notre choix. Jusqu'au plus simple!"
"Symbole de l'extrémisme islamiste, ce signe ostentatoire, qui annihile le corps des femmes, est naturellement vécu comme une provocation au pays de Chanel et de Brigitte Bardot", estime Jean-Michel Servant du Midi Libre.
"Burkinis et autres signes extérieurs de fondamentalisme islamique sont perçus comme une provocation inutile dans un pays très traumatisé mais encore disposé à l'apaisement", pense également Pierre Fréhel du Républicain Lorrain.
'Cacher ce burkini que nous ne saurions voir'
Denis Daumin (La Nouvelle République du Centre-Ouest) suggère de "cacher ce burkini que nous ne saurions voir". "La provocation tiendrait, non pas à ce que l'on découvre mais à ce que l'on montre en recouvrant le corps des baigneuses", affirme-t-il.
"C'est la version balnéaire du voile intégral", déplore Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute-Marne. "Il est ridicule d'en demander l'autorisation au motif que le bikini ou les seins nus sont autorisés sur nos plages. Jusqu'à preuve du contraire, le monokini n'est prescrit par aucune religion", s'amuse-t-il.
Pour Dominique Jung (Les Dernières Nouvelles d'Alsace), "la défense du burkini n'a rien à voir avec le libre exercice de la religion."
Dans La République des Pyrénées, Jean-Michel Helvig regrette que les femmes soient "instrumentalisées dans ce combat mené par des intégristes religieux qui, soit dit en passant, ne sont pas gênés, quand il fait chaud, de se promener en bermuda, tongs et polo siglé, au côté de leur compagne suant sous un habillement strict de la tête aux pieds."
De son côte, dans Sud-Ouest, Christophe Lucet trouve que puisque le burkini est "un point de crispation (...) le mieux à faire pour les Français musulmans serait de s'astreindre à une certaine discrétion", comme le leur conseille Jean-Pierre Chevènement.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
COSTUMES DE BAIN

« Va mettre ton costume de bain dans la cabine »  disait la grand- mère de la petite Guislaine, il y a soixante ans sur les plages d’Ostende. Costume de bain ? Je ne comprenais pas. La mère de cette grand-mère avait eu vingt ans à la belle époque… »Simone, va mettre ton costume de bain dans la cabine »
"Symbole de l'extrémisme islamiste, ce signe ostentatoire, qui annihile le corps des femmes, est naturellement vécu comme une provocation au pays de Chanel et de Brigitte Bardot"
"C'est la version balnéaire du voile intégral. Il est ridicule d'en demander l'autorisation au motif que le bikini ou les seins nus sont autorisés sur nos plages. Jusqu'à preuve du contraire, le monokini n'est prescrit par aucune religion",
« Le burkini est "un point de crispation (...) le mieux à faire pour les Français musulmans serait de s'astreindre à une certaine discrétion", comme le leur conseille Jean-Pierre Chevènement. »
Tout ce cirque est savamment orchestré par le fondamentalisme qui ne sait plus quoi inventer pour mettre les Français à cran. Et ça marche. Surtout en corse et grâce aux médias, évidemment.  Non sans humour, le Figaro a sorti de la naphtaline les « costumes de bain » de la belle époque.  On ne parle pas encore de plages pour burkinistes comme d’autres sont réservées aux nudistes. Mais qui sait…Tout change et tellement vite.
MG


VIVENT LES BAINS DE MER ET L'UNIVERSALITÉ DES CALEÇONS
À la plage, la Parisienne doit éviter de se surmener, recommande Le Figaro en 1885
Par Marie-Aude Bonniel



LES ARCHIVES DU FIGARO - La plage est devenue au XIX siècle, le rendez-vous incontournable pour les belles Parisiennes. Le Figaro, nous décrit en 1885, les péripéties qui guettent la femme venue profiter des charmes de la mer.
Vivent les bains de mer! affirme l'écrivain et journaliste Gaston Jollivet, il y a près de 130 ans.
Ce leitmotiv de la haute société se démocratise: le bain de mer devient, en effet, de plus en plus en vogue. Notre journaliste assure même qu'il est «devenu accessible à l'universalité des caleçons»!
À l'origine, les bains de mer sont conçus comme une pratique médicale: «Cela fouette les nerfs des apathiques, cela calme les nerfs de névrosés». Ils deviennent vite source de loisirs.
De nombreux «guides du baigneur» se multiplient. Véritables petites bibles du parfait estivant sur les côtes, on y trouve des informations sur le voyage, les lieux à découvrir, sans oublier le costume de bain! Celui-ci, se compose d'au moins six pièces: un pantalon, une blouse ceinturée, une pelisse, un bonnet, un peignoir et d'une paire de chausson (Le Guide du baigneur de 1851). En jersey ou de laine, «la forme n'a guère variée et la forme n'a rien de seyant. L'accoutrement des bains de mer doit être pratique avant tout, ce qui ne lui permet guère les fantaisies gracieuses» nous rapporte Le Figaro en 1885. La grâce, on ne la retrouve pas non plus lors du rituel du bain féminin. Notre journaliste tente de convaincre la gent masculine que le spectacle du bain féminin n'a rien de charmant: «Elle ruisselle de partout votre divinité. Sous l'affreux bonnet de toile cirée, l'eau filtre des yeux picotés, à travers les sourcils collés... Voilà qui n'est guère amusant à l'oeil...»
LE COSTUME. On a eu beau essayer de toutes les étoffes, la forme n'a guère varié et la forme n'a rien de seyant. L'accoutrement des bains de mer doit être pratique avant tout, ce qui ne lui permet guère les fantaisies gracieuses. Il exige, par exemple, un pantalon, le malheureux! comme si le premier devoir d'un pantalon féminin n'était pas de se laisser dissimuler par l'ampleur d'une jupe.
Le gonflement produit par l'eau de mer crée de ci de là, au gré de ses caprices, des saillies décevantes et des creux non justifiés.
Si encore le dit costume, au sortir de l'eau, avait cette... comment dirai-je? cette sincérité qu'on lui prête. Mais c'est là une réputation usurpée. Le gonflement produit par l'eau de mer crée de ci de là, au gré de ses caprices, des saillies décevantes et des creux non justifiés. Il accuse là où il ne faut pas et il condamne là où il devrait accuser. Tout cela trouble et déconcerte. Pauvres observateurs en vigie, ce farceur d'Océan se moque de vous. Et l'Océan a parfois les femmes pour complices. Elles aussi ont su tirer de leurs bourreaux d'amusantes vengeances. L'année dernière, sur une plage que je ne nommerai pas, plusieurs jeunes gens se signalent entre eux une nouvelle venue qui vient d'entrer dans l'eau en costume de flanelle blanche. En flanelle blanche! Tous les cœurs bondissent. Vous pressentez d'ici les transparences qu'on se promet. Hurrah! Voici la jeune femme qui sort de l'eau... Elle regagne sa cabine sans trop de hâte. Tous les yeux sont fixés sur elle. Ô déception, ô désespoir! Les regards les plus perçants se sont émoussés sur l'impénétrable. La flanelle blanche était doublée à l'intérieur.
[…] Sur plusieurs plages françaises, je ne l'ignore pas, tout se passe correctement. On y a séparé les bains des deux sexes par une distance respectable, au double sens du mot. Généralisons partout ce bon exemple. Protégeons les femmes contre de gênantes obsessions quand bien même, mon Dieu! chez certaines baigneuses la gêne en question se résumerait dans l'appréhension vague de ne pas paraître avec tous les avantages sous les yeux de leurs «flirts».
Par Gaston Jollivet

Aucun commentaire: