lundi 1 août 2016

Qu’en est-il du terrorisme?

Jacques Attali

Va-t-il détruire nos âmes et nos démocraties, en nous poussant à la vengeance absurde et à la renonciation à tous nos principes ? Ou bien peut-on imaginer que la réponse qu’on lui donnera aidera nos sociétés, et chacun de nous, à résoudre de grands problèmes trop longtemps négligés ?
Si nos sociétés savent entendre ce que dit cette vague de folie, si elles gardent leur sang-froid face à cette guerre mondiale disséminée, elles en tireront cinq conclusions très positives pour leur avenir :
1. Consacrer beaucoup plus de moyens à notre sécurité. En augmentant sensiblement les budgets concernés (défense, police et justice), en favorisant le développement des entreprises du secteur, en mobilisant la nation tout entière, de la réserve à la garde nationale, de l’école à l’entreprise, dans cette prise de conscience et cette volonté de se battre pour nos valeurs.
2. Mettre en commun, entre tous les pays de l’UE, des moyens nouveaux, financés par des ressour¬ces européennes nouvelles, pour assurer la défense de nos frontières et gérer les flux de migrants, qui n’en sont qu’à leurs débuts. Le projet européen retrouvera ainsi, enfin, un sens éminemment rationnel et politique.
3. Mettre enfin en place une politique massive pour l’emploi des jeunes, en particulier ceux n’ayant pas reçu de formation professionnalisante. On sait très bien quoi faire, avec peu de moyens, pour que chaque jeune puisse avoir sa chance de se réaliser dans la société, et y être utile.
4. Mettre en place, dans notre système éducatif, les éléments nécessaires au réveil du désir de vivre ensemble, de l’enseignement de la laïcité à celui des religions. Tout cela redonnera sens à l’idée d’appartenance à une communauté nationale.
5. Favoriser, dans le monde associatif et social, toutes les associations cultuelles et culturelles, sportives et artistiques, rapprochant les Français dans des projets communs.
Une telle politique aurait non seulement un impact très positif sur notre sécurité, mais aussi sur la croissance, l’emploi et la joie de vivre ensemble. Cela fait longtemps qu’elle est possible et néces¬saire.
On se prend à rêver que, devant des événements aussi tragiques que les attentats, une classe politique enfin lucide et courageuse décide, au cœur de l’été, de se rassembler, de mettre de côté les petites rivalités pour oser lancer, dès septembre prochain, un tel programme d’union nationale.
Sans pression externe, les hommes politiques français ne le feront pas : ils sont tout aussi in¬ca¬pables de s’unir pour mettre en place un tel program¬me que d’élaborer des programmes diffé¬rents pour la prochaine élection présidentielle. Si le pays le veut, il lui faudra l’imposer. On ne peut imaginer plus important devoir de vacances.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
Liberté, Egalité, Fraternité que nos enfants vont devoir s’approprier et respecter.

Si, de fait, le politique ne prend pas vigoureusement les choses en mains en France et en Europe, nous sommes voués à vivre un début de chaos qui risque de déboucher sur l’effondrement de la démocratie. Marine Le Pen, Geert Wilders, Victor Orbaen piétinent d’impatience pour monter aux barricades. Ils sont prêts à prendre du service aux prochaines élections. Car voici revenu un temps infect, celui de la montée des périls en Europe et aux frontières de l’ancien continent.
Seul le pape argentin semble avoir pris la pleine mesure des orages qui s’accumulent sur la tête d’une jeunesse alanguie et lobotomisée par les conforts d’une société cynique qui, obsédée par le profit à court terme les pousse à la surconsommation de loisirs de pacotille.
Curieusement un maire communiste, un maire communiste lui emboite le pas. Effet Don Camillo ?
« L’hommage à la mémoire de Jacques Hamel, le seul me dit sa famille éprouvée ce matin même, que nous devons retenir, nous vivants; c’est l’impérieuse nécessité de dire et de faire ce qui est bon et bienveillant pour l’autre en fraternité. »
MG


DISCOURS DU MAIRE LORS DE L'HOMMAGE À JACQUES HAMEL


Grande émotion parmi les milliers de personnes rassemblées hier soir au parc Gagarine à Saint-Étienne-du-Rouvray pour rendre hommage à Jacques Hamel, prêtre auxiliaire de la paroisse, assassiné mardi 26 juillet. Voici le discours prononcé par le maire.
«L’assassinat de Jacques Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, les traumatismes sans nom subis par Sœurs Danièle, Huguette, Hélène, les époux Coponet, à ses côtés dans ses derniers moments, nous réunissent en hommage.
L’émotion immense en réaction à cet acte ignoble ne se tarira pas, ni ici, à Saint-Étienne-du-Rouvray, ni au-delà.
L’église de Jacques Hamel, l’église de notre ville, notre ville, sont devenus la représentation d’un monde meurtri dans un vertigineux et tragique écrasement de la réalité internationale, et ce à nos pieds, sous nos yeux, dans le sang.
Seul un profond silence ne peut qu’accompagner ces moments. Mais ce silence est assourdissant, de ce qui seul survit, la parole couchée sur nos registres, les témoignages murmurés dans les rues, sur les places, et ainsi Jacques Hamel est là avec les Stéphanais ici et leurs paroles et leurs actes vont chercher à se conjuguer : la conviction de devoir dire et faire ce qui est bon et bienveillant pour l’autre, en fraternité.
« L’hommage à la mémoire de Jacques Hamel, le seul me dit sa famille éprouvée ce matin même, que nous devons retenir, nous vivants; c’est l’impérieuse nécessité de dire et de faire ce qui est bon et bienveillant pour l’autre en fraternité. Je demande à tous les adultes de s’y préparer dans la réflexion »
L’état de droit que notre peuple citoyen s’est donné est l’outil de notre république.
Cet état de droit est un état des devoirs que chacun d’entre nous doit veiller à respecter.
Je veux à cet instant vous emmener vers les semaines d’après. Celles que nous allons vivre, dans la confusion des sentiments et des idées.
Très bientôt, nos enfants vont rentrer à l’école. C’est de notre responsabilité collective que dans ce contexte, nous nous assignons le devoir de fraternité. Avec l’épreuve que nous traversons, cette étape est cruciale et concrète pour nous reconstruire dans notre quotidien.
Je demande à tous les adultes de s’y préparer dans la réflexion. Nos enfants vont entrer dans leur nouveau cycle d’éducation, de culture, de citoyenneté.
Seules des paroles et des actes de paix au quotidien aideront à la sérénité et à la cohésion des familles d’ici et d’ailleurs et éclaireront le sens de notre devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité que nos enfants vont devoir s’approprier et respecter.
C’est la lettre de mission que je nous donne.
Je crois, j’ai l’intime conviction, qu’elle serait celle de Jacques Hamel.
Quel que soit l’égarement, puis la déshumanisation de quelques enfants d’ici et d’ailleurs.
Je tiens à vous remercier Toutes et Tous, à remercier tous ceux qui entourent et apaisent les Stéphanais.
Nous sommes au Travail, Jacques Hamel, aussi longtemps qu’il le faudra pour être les derniers à pleurer.»

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