vendredi 12 août 2016

Sondage: 60% des Belges pensent qu’il y a trop de migrants

Mais contrairement aux autres pays européens, une très large majorité de la population belge reste favorable à l’ouverture des frontières.

Le Soir


Les Belges sont nettement moins tolérants que leurs voisins européens à l’égard des migrants, selon les résultats d’une étude Ipsos. L’institut de sondage a demandé à 16.040 personnes issues de vingt-deux pays, dont neuf européens, s’ils considéraient qu’il y a trop de migrants dans leur pays. La moyenne de réponses positives sur l’ensemble des sondés atteint 49 %. Avec un taux de 60 % de « oui », la Belgique arrive en cinquième position des pays les moins ouverts, derrière la Turquie (85 %), l’Italie, l’Afrique du Sud et la Russie, mais bien loin devant la Pologne (33 %). Le sondage Ipsos révèle que seul un Belge sur dix pense que l’immigration a des effets positifs contre 20 % pour les autres pays.
Mais d’autres chiffres de l’étude tempèrent l’image d’un Belge fermé aux autres. Contrairement aux autres pays européens, une très large majorité de la population reste favorable à l’ouverture des frontières. Il y a par contre un sujet qui met d’accord deux Européens sur trois : ils ne pensent pas que « l’Union européenne a bien réagi à la crise des réfugiés ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BRISER LA RELATION PARASITIQUE ENTRE LE TERRORISME, LES MÉDIAS ET LES POLITICIENS,

La perception du grand public est directement proportionnelle au matraquage médiatique que subissent les citoyen-consommateurs  « médiaphages ». Difficile d’échapper au bombardement médiatique permanent   que nous subissons tous à moins de nous écarter du monde de la toile comme on s’isolerait dans un couvent.
« Le journaliste se retrouve souvent pris entre deux objectifs potentiellement opposés : informer et vendre. »
« Un autre journalisme pourrait partir dans une autre direction, et décider de toujours figurer en première page une bonne nouvelle, qui met de bonne humeur. »  Cet autre journalisme est paradoxalement boudé par le lectorat.   Car « en tant que consommateurs d’information, nous réclamons plus que juste des faits : nous réclamons des émotions fortes. » « Il faut toujours que la première page, le titre, la vignette, poussent l’internaute à cliquer, poussent l’acheteur à prendre le journal parmi les autres chez le libraire. »
« Ce que nous voyons dans les médias et, d’une certaine manière, c’est ce que nous demandons des médias. »
« La responsabilité de l’Etat, c’est aussi de ne pas tomber dans le piège de la surmédiatisation, et de rester capable de répartir ses ressources en fonction de la gravité des besoins. »
« Nous ne pouvons pas continuer à laisser le terrorisme guider nos vies. Pour cela, il faut un effort commun. »
Pour être « capables de prendre du recul », « nous devons briser la relation parasitique qui s’est créée entre le terrorisme, les médias et les politiciens, en particulier d’extrême droite, qui s’opposent mais profitent mutuellement les uns des autres.
« La peur fait vendre et le peur met à genoux. »
« Ma plus grande peur, ce n’est pas d’attendre le prochain attentat, mais c’est de nous voir, suite à ces attentats, rejeter tout ce qui a rendu cette paix et cette prospérité possibles. »
La vraie "guerre contre le terrorisme". C’est une guerre contre nous-mêmes ». C’est dur à entendre mis sans doute irréfutable.
MG


NOUS PARLONS TROP DES ATTENTATS
CONTRIBUTION EXTERNE  La Libre Belgique

Une opinion d'Adrien Foucart, blogueur.
Des histoires qui, en temps normal, ne sortiraient pas de la presse locale, comme l’attaque au couteau de Londres, font désormais les gros titres internationaux bien avant que l’on ait la moindre indication d’un lien avec le terrorisme.
Dans notre monde surinformé, la pile de nouvelles locales ou mondiales dans laquelle les journaux peuvent venir piocher leur butin est devenue gigantesque. Pour choisir ce qui, dans cette pile, est digne d’être publié, le journaliste se retrouve souvent pris entre deux objectifs potentiellement opposés : informer et vendre.
Informer veut dire, au-delà du fait de simplement "publier des choses vraies" et de "vérifier ses sources" (ce que tous les journaux n’arrivent pas toujours à faire), dessiner une image aussi juste que possible du monde et de l’actualité. Pour ce faire, il faut que la fréquence avec laquelle on rapporte certains types d’événements et l’importance relative qu’on leur accorde reflètent la réalité.
Imaginons qu’un journal décide de prendre la décision éditoriale particulière de rapporter en première page toutes les attaques mortelles commises par des vaches sur des humains. Régulièrement, un gros titre annoncerait : "Roger, fermier, 57 ans, mort piétiné", avec une photo un peu floue de la tête bovine de la coupable sous un éclairage sinistre. Un lecteur régulier de ce journal finirait certainement par regarder les vaches différemment, et par faire un détour s’il en croise une sur un chemin de randonnée. Un autre journal pourrait partir dans une autre direction, et décider de toujours figurer en première page une bonne nouvelle, qui met de bonne humeur. Ces deux journaux pourraient certainement être, dans les deux cas, entièrement factuels. Ils donneront cependant une image fort différente de notre monde.
Un autre point commun de ces deux journaux hypothétiques : ils ne se vendraient pas. En tant que consommateurs d’information, nous réclamons plus que juste des faits : nous réclamons des émotions fortes. Nous cliquons sur les titres et les images qui parlent à nos instincts primaires. La peur, le sexe, la colère. Derrière, dans les articles, on trouvera peut-être du journalisme de qualité, de la mise en contexte, des informations rationnelles. Mais il faut toujours que la première page, le titre, la vignette, poussent l’internaute à cliquer, poussent l’acheteur à prendre le journal parmi les autres chez le libraire.
PERCEPTION AMPLIFIÉE
Tout cela pour en arriver à 2016. 2016, l’année catastrophique. 2016, l’année des attentats, l’année de la terreur, l’année du chaos mondial.
C’est ce que nous voyons dans les médias et, d’une certaine manière, c’est ce que nous demandons des médias. Bien entendu, les médias ne les inventent pas, ces attentats. Ils ont bien lieu, et ils sont en augmentation ces dernières années. Mais les médias amplifient notre perception du problème. Des histoires qui, en temps normal, ne sortiraient pas de la presse locale, comme l’attaque au couteau de Londres, font maintenant les gros titres internationaux bien avant que l’on ait la moindre indication d’un lien avec le terrorisme. Et les journaux ne manqueront pas de dire que ce lien n’est qu’une "hypothèse parmi d’autres". Ils ne manqueront pas non plus, s’il s’avère par la suite qu’il s’agit bien d’un acte isolé pour des raisons complètement apolitiques, de le signaler. Mais le mal est fait : tous les jours, ou presque, nous voyons un titre parlant d’un possible attentat.
NOTRE SEULE PRIORITÉ ?
Garantir la sécurité des citoyens face aux attaques terroristes est une responsabilité importante de l’Etat. C’est, aussi, une impossibilité. La sécurité absolue n’existe pas. L’acte terroriste est imprévisible, peut être improvisé, peut frapper n’importe qui, n’importe où, n’importe quand : c’est ce qui le rend si terrifiant. La responsabilité de l’Etat, c’est aussi de ne pas tomber dans le piège de la surmédiatisation, et de rester capable de répartir ses ressources en fonction de la gravité des besoins.
Ce n’est pas parce que les journaux parlent sans cesse de terrorisme que le terrorisme doit être notre unique préoccupation. La protection directe contre les attentats n’est ni plus urgente ni plus importante, que l’éducation, la lutte contre le réchauffement climatique, la sécurité routière, ou la recherche contre le cancer. Depuis les attentats de Paris, il semble parfois que la lutte contre le terrorisme est devenue notre seule priorité. Nous sommes dans l’état d’urgence, dans "l’alerte niveau 3". Nous donnons toujours plus de pouvoirs aux services de police, nous mettons toujours plus de militaires dans les rues. Ces mesures n’ont pas empêché que d’autres attentats aient lieu.
UN EFFORT COMMUN
Nous ne pouvons pas continuer à laisser le terrorisme guider nos vies. Pour cela, il faut un effort commun. De la part des médias : résister à la tentation des clics facilement gagnés en sautant sur chaque fait divers pour le transformer en possible attentat. De la part des politiciens : être capables de prendre du recul, et de reconnaître que l’état d’urgence ne peut pas être éternellement prolongé. De la part de chacun d’entre nous, aussi : nous devons accepter le fait que des problèmes complexes nécessitent des solutions complexes, et que ces solutions prendront du temps. Nous devons être capables de reconnaître lorsqu’un politicien ou un journal joue sur nos peurs et notre colère pour son intérêt personnel, à coup de grandes généralisations et de propositions simplistes. Nous devons briser l’espèce de relation parasitique qui s’est créée entre le terrorisme, les médias et les politiciens, en particulier d’extrême droite, qui s’opposent mais profitent mutuellement les uns des autres.
Sous la pression des médias qui ont bien compris que la peur vend, on tend à oublier que, dans l’ensemble, nous vivons dans un monde qui rarement dans toute son histoire n’est aussi bien allé. Nous sommes choqués par les attentats parce qu’ils viennent secouer en Europe une période de paix et de prospérité sans précédent. Ma plus grande peur, ce n’est pas d’attendre le prochain attentat, mais c’est de nous voir, suite à ces attentats, rejeter tout ce qui a rendu cette paix et cette prospérité possibles. Au lieu de chercher à l’améliorer, au lieu de lutter contre les inégalités et de protéger notre environnement, de nous voir céder aux discours populistes faciles.
C’est là que se trouve la vraie "guerre contre le terrorisme". C’est une guerre contre nous-mêmes, contre nos instincts primaires, contre notre soif de revanche. Une guerre pour continuer à tendre vers une société plus juste, plus équitable, une société où chacun est doté de la liberté de poursuivre ses aspirations. Et cette guerre, on ne la gagnera pas avec des soldats.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BLACK OUT

La meilleure manière de couper l’herbe sous les pieds du djihadisme serait de cesser de parler d’eux. Exact, mais c’est vite dit. Même DiverCity ne parle plus que de ça. A tort ? Sans doute à moins  que ce mouvement ne soit au centre d’un ouragan qui menace d’emporter rien moins que la démocratie en occident.  Ne pas céder à la peur, faire front.
« Aucun ennemi ne cède jamais face à quelqu’un qui a peur. »
« La peur est la principale alliée des dictatures, domestiques ou politiques. Apprendre à ne pas avoir peur n’est pas simple. »
« Ne pas avoir peur de sa peur n’entraîne pas nécessairement l’adoption d’une attitude absurde. »
« Ce n’est pas foncer, sabre au clair, vers les mitrailleuses ennemies. » « C’est chercher les meilleurs moyens pour les rendre inopérantes. Par l’éducation, la force et l’éthique. »
L’éthique certes mais pas une éthique religieuse assujettie au commandement divin (est bien ce qui sied au bon plaisir divin) mais une éthique autonome fondée sur l’autonomie de la conscience du sujet-citoyen.
MG


NE PAS AVOIR PEUR DE LA PEUR


Jacques Attali | Publié dans Sociologie - 8 août 2016
La réaction des dirigeants politiques face au terrorisme confine parfois au pathétique, voire au ridicule.
Ainsi, interdire une manifestation sous prétexte qu’on n’est pas certain de pouvoir protéger ceux qui y assisteront est une décision absurde, motivée par la seule peur de voir sa responsabilité engagée.
A ce compte-là, il faudrait fermer, immédiatement et pour toujours, tous les cafés, tous les cinémas, tous les théâtres, toutes les salles de concerts, tous les stades, tous les restaurants. Et, plus généralement, tous les lieux publics qu’on n’aura jamais les moyens de surveiller totalement.
Et la réaction de l’opinion à cette attitude des hommes politiques est plus pathétique encore : au lieu de se révolter contre un renoncement qui l’infantilise, au lieu d’exiger d’être consulté, le public approuve lâchement, prenant ainsi acte que sa propre sécurité n’est pas son affaire, mais celle des élus, ce qui consacre son inexistence. La solution à la peur n’est jamais d’y céder.
C’est toujours de se donner les moyens de la rendre injustifiée. Pour cela, il est obligatoire d’affronter le danger, les yeux dans les yeux, en cherchant calme ment une manière appropriée de le réduire.
Par exemple, je suis convaincu qu’en mobilisant tous les acteurs de la Grande Braderie de Lille – commerçants, policiers, exposants, élus, visiteurs et habitants – on aurait pu trouver un consensus pour prendre le risque de la maintenir.
Un risque face à un danger qui, de toute façon, existera : très concrètement, qui empêchera un terroriste de faire un carnage dans un bus lillois le week-end où aurait dû avoir lieu la Braderie?
Cette annulation rejoint l’attitude absurde de la plupart des dirigeants politiques à l’égard du principe de précaution. Conçu, à juste titre, pour rendre impossible toute expérimentation pouvant avoir une conséquence irréversible sur la nature et sur l’homme, il est appliqué aujourd’hui à tort et à travers, pour interdire toute action qui engagerait la responsabilité, même mineure, d’un élu.
Vivre est risqué.
Seul être enfermé dans un tombeau ne l’est plus. Nous condamnons à mort notre société en obéissant à la peur. Elle nous conduira d’abord à la lâcheté, à la claustration, puis à la collaboration avec ceux qu’on devrait combattre. Aucun ennemi ne cède jamais face à quelqu’un qui a peur.
Tous ceux qui, un jour, se sont trouvés confrontés à une menace brutale, concrète, le savent bien. La peur est la principale alliée des dictatures, domestiques ou politiques. Apprendre à ne pas avoir peur n’est pas simple. Il faut, pour y parvenir, comprendre que la crainte conduit immanquablement à la matérialisation de ce qu’on redoute le plus, puis assumer sa peur, s’avouer qu’elle est naturelle. Et ne pas lui céder.
Ne pas avoir peur de la peur.
Ainsi, défendre la nature n’exige pas de la craindre, mais d’oser la comprendre. Protéger la société ne réclame pas de céder à ceux qui la combattent, mais de les affronter avec fermeté. Face à un péril, on a le choix entre la collaboration et la mobilisation générale. Entre la peur et la lucidité. Ne pas avoir peur de sa peur n’entraîne pas nécessairement l’adoption d’une attitude absurde.
Ce n’est pas foncer, sabre au clair, vers les mitrailleuses ennemies. C’est chercher les meilleurs moyens pour les rendre inopérantes. Par l’éducation, la force et l’éthique.
Et par l’usage audacieux de bien des mots que la peur interdit de prononcer.
La réaction des dirigeants politiques face au terrorisme confine parfois au pathétique, voire au ridicule.
Ainsi, interdire une manifestation sous prétexte qu’on n’est pas certain de pouvoir protéger ceux qui y assisteront est une décision absurde, motivée par la seule peur de voir sa responsabilité engagée.
A ce compte-là, il faudrait fermer, immédiatement et pour toujours, tous les cafés, tous les cinémas, tous les théâtres, toutes les salles de concerts, tous les stades, tous les restaurants. Et, plus généralement, tous les lieux publics qu’on n’aura jamais les moyens de surveiller totalement.
Et la réaction de l’opinion à cette attitude des hommes politiques est plus pathétique encore : au lieu de se révolter contre un renoncement qui l’infantilise, au lieu d’exiger d’être consulté, le public approuve lâchement, prenant ainsi acte que sa propre sécurité n’est pas son affaire, mais celle des élus, ce qui consacre son inexistence. La solution à la peur n’est jamais d’y céder.
C’est toujours de se donner les moyens de la rendre injustifiée. Pour cela, il est obligatoire d’affronter le danger, les yeux dans les yeux, en cherchant calme ment une manière appropriée de le réduire.
Par exemple, je suis convaincu qu’en mobilisant tous les acteurs de la Grande Braderie de Lille – commerçants, policiers, exposants, élus, visiteurs et habitants – on aurait pu trouver un consensus pour prendre le risque de la maintenir.
Un risque face à un danger qui, de toute façon, existera : très concrètement, qui empêchera un terroriste de faire un carnage dans un bus lillois le week-end où aurait dû avoir lieu la Braderie?
Cette annulation rejoint l’attitude absurde de la plupart des dirigeants politiques à l’égard du principe de précaution. Conçu, à juste titre, pour rendre impossible toute expérimentation pouvant avoir une conséquence irréversible sur la nature et sur l’homme, il est appliqué aujourd’hui à tort et à travers, pour interdire toute action qui engagerait la responsabilité, même mineure, d’un élu.
Vivre est risqué.
Seul être enfermé dans un tombeau ne l’est plus. Nous condamnons à mort notre société en obéissant à la peur. Elle nous conduira d’abord à la lâcheté, à la claustration, puis à la collaboration avec ceux qu’on devrait combattre. Aucun ennemi ne cède jamais face à quelqu’un qui a peur.
Tous ceux qui, un jour, se sont trouvés confrontés à une menace brutale, concrète, le savent bien. La peur est la principale alliée des dictatures, domestiques ou politiques. Apprendre à ne pas avoir peur n’est pas simple. Il faut, pour y parvenir, comprendre que la crainte conduit immanquablement à la matérialisation de ce qu’on redoute le plus, puis assumer sa peur, s’avouer qu’elle est naturelle. Et ne pas lui céder.
Ne pas avoir peur de la peur.
Ainsi, défendre la nature n’exige pas de la craindre, mais d’oser la comprendre. Protéger la société ne réclame pas de céder à ceux qui la combattent, mais de les affronter avec fermeté. Face à un péril, on a le choix entre la collaboration et la mobilisation générale. Entre la peur et la lucidité. Ne pas avoir peur de sa peur n’entraîne pas nécessairement l’adoption d’une attitude absurde.
Ce n’est pas foncer, sabre au clair, vers les mitrailleuses ennemies. C’est chercher les meilleurs moyens pour les rendre inopérantes. Par l’éducation, la force et l’éthique. Et par l’usage audacieux de bien des mots que la peur interdit de prononcer.

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