samedi 6 août 2016

Tareq Oubrou, imam de Bordeaux:


"Je ne suis pas un syndicaliste prêt à défendre n'importe quel musulman"
Propos recueillis par
Daniel Bernard Mrianne
Pourquoi Tareq Oubrou, l’imam de Bordeaux, est-il devenu la référence musulmane d’Alain Juppé ? Pourquoi de si nombreux responsables politiques le montrent-ils en exemple d’un islam de France idéal, qui trouve dans le Coran les raisons de se fondre dans la République ? Pourquoi, s’il est aussi parfait, son audience est-elle si faible au sein des musulmans de France, qui lui préfèrent d’autres personnalités et d’autres discours ? Il répond à ces questions pour "Marianne".

L'imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, se considère comme un "catalyseur de paix"
MARIANNE : DEPUIS QUELQUES MOIS, VOUS ÊTES L'IMAM FÉTICHE DES RESPONSABLES POLITIQUES. EN QUOI UN THÉOLOGIEN D'ORIGINE MAROCAINE PEUT-IL AIDER À RÉPARER LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE?
Tareq Oubrou : Je suis un Français, engagé au service de sa Nation. La France, c'est un projet, et le modèle républicain, un fondement philosophique auquel peut adhérer un Marocain de naissance, qui pratique l'islam et qui a choisi de s'établir ici depuis presque 20 ans. Rappeler chacun à ses origines enferme les individus dans une identité virtuelle. Citoyen et théologien, je travaille sur la sécularisation de l'islam. En tant qu'imam, je suis un catalyseur de paix. Aux musulmans comme aux non-musulmans, j'explique la complexité d'une spiritualité qui s'exprime de manière différente en fonction des époques et des modèles politiques.

"EN TANT QU'IMAM, JE SUIS UN CATALYSEUR DE PAIX"
VOUS LISEZ LE CORAN COMME UN LIVRE QUI PRÊCHE L'AMOUR, LA PAIX ET MÊME L'ÉGALITÉ DES SEXES, MAIS, HIC ET NUNC, CERTAINS FRANÇAIS TROUVENT DANS L'ISLAM LA JUSTIFICATION DU TERRORISME...
Le tueur de Nice a-t-il consulté le Coran avant d'écraser 84 personnes, lui qui a été vu ivre mort pendant le ramadan ? Les musulmans sont traversés par des frustrations sociales et culturelles communes à tous les citoyens. Penser que le Coran légitime la violence, ce serait trop simple. La foi ne peut s'épanouir dans la violence. Le rôle que je me suis assigné est de donner de l'islam une identité ouverte, pour un avenir meilleur, et de trouver la fréquence communicationnelle pour diffuser cette lecture.

VOTRE MÈRE ENSEIGNAIT LE FRANÇAIS ET, VOUS, LA FOI. POUR LA RÉPUBLIQUE, NÉANMOINS, FAUT-IL PLUS D'ÉCOLES ET DE PROFESSEURS OU PLUS DE MOSQUÉES ET D'IMAMS ?
Depuis les années 70, "le monde est furieusement religieux", selon la formule de Peter Berger. La France, qui était le pays le plus sécularisé d'un continent plus sécularisé que tous les autres, n'est pas épargnée par ce mouvement. Pour moi, c'est un danger, car ce retour de la religion se dispense de la médiation des institutions religieuses. La religion peut donner un équilibre personnel, mais porte également des germes de conflit. Le rôle des docteurs de la foi est donner les clés pour sortir de la religion. Pas favoriser l'évanouissement de la foi, naturellement, ni même séparer les églises et l'Etat, car cette tâche relève du politique. Mais séparer les ordres, le spirituel et le temporel. La laïcité à la française est une forme de sécularisation possible. En Inde ou dans le monde anglo-saxon, il en existe d'autres. Ce qui importe, c'est que le besoin de spiritualité ne soit pas instrumentalisé par des forces politiques ou économiques, à l'instar de Daesh.
LES PRÊCHEURS QUI ONT LA COTE SUR YOUTUBE ONT UNE LECTURE D'AFFIRMATION IDENTITAIRE OPPOSÉE À LA VÔTRE. MALGRÉ LES FAIBLES TIRAGES DE VOS LIVRES, VOUS AFFIRMEZ POURTANT EXPRIMER UN POINT DE VUE MAJORITAIRE...
Les minorités agissantes dirigent le monde, c'est connu. Ce sont elles qui font le buzz, parce qu'elles jouent de l'émotion, mais dans la pratique, la majorité des musulmans vivent la foi dans leur cœur et pratiquent un islam invisible. Moi, je ne suis pas un syndicaliste, prêt à défendre n'importe quel musulman. Je ne suis pas un politique, qui cherche à faire chauffer les foules. Mon rôle est de calmer, de calmer les musulmans et aussi les non-musulmans de notre pays. Par exemple, ce n'est pas l'islamophobie qui m'intéresse, ce sont les causes de l'islamophobie.

SALAFISME, EXTRÊMISME, LA DOUBLE RADICALISATION EST LÀ. Y A-T-IL UNE MARCHE ARRIÈRE ?
Les politiques doivent tirer les leçons des effets du communautarisme. Certaines politiques ont isolé les musulmans des autres citoyens, comme s'ils étaient en transit sur le territoire français, pour en faire des clientèles électorales. Faut-il être aveugle pour persister dans cette voie alors que l'immigration d'origine musulmane se sent déjà en marge, scolairement, économiquement, géographiquement, et ressent les frustrations de toutes sortes ? Quant à l'islam, il doit trouver les voies d'une refondation théologique, car la mondialisation et aux progrès technologiques ébranlent ses fidèles comme tous les autres humains. De cette fièvre sociétale qui le dépasse, il se trouve que l'islam peut être un facteur aggravant. Il est d'autant plus crucial et urgent que nous, les docteurs de la foi, concevions une religion qui permette aux musulmans de se situer dans le monde nouveau.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"Je suis un Français, engagé au service de sa Nation. La France, c'est un projet, et le modèle républicain, un fondement philosophique auquel peut adhérer un Marocain de naissance, qui pratique l'islam et qui a choisi de s'établir ici depuis presque 20 ans.
Je travaille sur la sécularisation de l'islam.
je suis un catalyseur de paix.
Aux musulmans comme aux non-musulmans, j'explique la complexité d'une spiritualité qui s'exprime de manière différente en fonction des époques et des modèles politiques.
Penser que le Coran légitime la violence, ce serait trop simple. La foi ne peut s'épanouir dans la violence. Le rôle que je me suis assigné est de donner de l'islam une identité ouverte, pour un avenir meilleur, et de trouver la fréquence communicationnelle pour diffuser cette lecture.
La France, qui était le pays le plus sécularisé d'un continent plus sécularisé que tous les autres, n'est pas épargnée par ce mouvement. Pour moi, c'est un danger, car ce retour de la religion se dispense de la médiation des institutions religieuses. La religion peut donner un équilibre personnel, mais porte également des germes de conflit.
Ce qui importe, c'est que le besoin de spiritualité ne soit pas instrumentalisé par des forces politiques ou économiques, à l'instar de Daesh.
LES PRÊCHEURS QUI ONT LA COTE SUR YOUTUBE ONT UNE LECTURE D'AFFIRMATION IDENTITAIRE OPPOSÉE À LA VÔTRE. MALGRÉ LES FAIBLES TIRAGES DE VOS LIVRES, VOUS AFFIRMEZ POURTANT EXPRIMER UN POINT DE VUE MAJORITAIRE...
Les minorités agissantes dirigent le monde, c'est connu.

Les politiques doivent tirer les leçons des effets du communautarisme. Certaines politiques ont isolé les musulmans des autres citoyens, comme s'ils étaient en transit sur le territoire français, pour en faire des clientèles électorales.
Quant à l'islam, il doit trouver les voies d'une refondation théologique, car la mondialisation et aux progrès technologiques ébranlent ses fidèles comme tous les autres humains. "

 
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«IL N'EST D'IMAM QUE LA RAISON, NOTRE GUIDE DE JOUR COMME DE NUIT»,
 écrivait au XIe siècle le philosophe syrien Abou Ala al-Maari.


CHEVÈNEMENT ET ISLAM DE FRANCE: L'ABSURDITÉ DES CRITIQUES 

L’annonce de la possible nomination de Jean-Pierre Chevènement à la tête de la Fondation de l’islam de France a donné lieu à une levée de boucliers dont l’argumentation laisse pantois.
1 – Passons rapidement sur la première série d’arguments, portant sur son  âge ( 77 ans ) qui serait trop avancé ; il s’agit là d’une triste spécificité française, fondée sur le postulat assez infantile selon lequel « les hommes jeunes seraient porteurs d’idées neuves, et les hommes âgés d’idées dépassées », qui explique sans doute en partie le fait que la France soit le pays développé dans lequel le chômage des plus de 50 ans soit le plus élevé ; que l’on songe un instant aux bouleversements qu’ont apporté, dans la politique américaine, la récente candidature à la présidentielle de Bernie Sanders ( 74 ans), ou, encore plus spectaculaire, ceux qu’a apportés à la religion catholique le concile Vatican II convoqué par le pape Jean XXIII à l’âge de …82 ans ; à l’opposé, un homme politique jeune, tel que Macron, n’est porteur que des idées les plus archi- rebattues de l’économie libérale et d’un blairisme depuis longtemps dépassé.
Dans le même ordre des idées toutes faites, citons celle de Laurence Rossignol de nommer à la tête de cette institution une femme musulmane, qui serait nécessairement le symbole d’un islam ouvert et progressiste… comme s’il manquait des femmes musulmanes intégristes, voire islamistes ! Ah, le beau symbole que constituerait, à la tête de cette institution, une femme en burqâ dont nous ne connaîtrons jamais que le nom et les yeux ! À l’inverse, passons  sur les chances de réussite à ce poste d’une « musulmane athée »( ?), donc apostasique, telle que Jeannette Bougrab…

2- Mais l’essentiel des reproches faits à la nomination de Jean-Pierre Chevènement à ce poste tient au fait qu’il ne soit pas musulman, ou de « culture musulmane »( ?) : il s’agit là d’une grave incompréhension du rôle de cette Fondation pour l’islam de France, et aussi du concept de laïcité ; rien d’étonnant à ce que celui qui les développe le plus soit le démocrate-chrétien François Bayrou, pour qui les frontières entre politique et religion restent apparemment floues.
Cette Fondation a pour but de rendre l’islam de France financièrement (donc politiquement) plus indépendant des pays musulmans étrangers, en s’assurant que les financements dont il a besoin pour construire des édifices religieux et former des imams français soient bien d’origine privée, et non publique ; y nommer un musulman, quel qu’il soit, entraînerait aussitôt son rejet par les courants de pensée auxquels il n’appartiendrait pas, et le blocage de l’institution – ce qui est le cas depuis sa fondation en 2005.
La personnalité nommée à sa tête doit donc réunir les 3 conditions suivantes :
-être un laïc intransigeant (une espèce de plus en plus rare dans le personnel politique français…), garantissant l’absence de dérive vers un financement par l’État français, comme le suggérait Manuel Valls ;
-jouir d’un grand respect dans les pays musulmans pour ses prises de position politiques constantes dans le passé ( deux guerres du Golfe, ouverture  de l’Europe sur les pays de la Méditerranée, etc.), et y disposer d’importants réseaux de relations ;
-et, surtout, ne pas être musulman, ce qui garantirait sa neutralité dans les multiples affrontements  théologiques qui caractérisent cette religion.
Une fois ce portrait-robot réalisé, on voit mal quel autre personnalité que Chevènement pourrait y correspondre…


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