lundi 12 septembre 2016

Arrestation d'un journaliste influent en Turquie : le Nobel Orhan Pamuk proteste

"Désormais, en Turquie, la liberté de pensée a vécu", déclare l'écrivain turc au "Point", après l'arrestation du célèbre journaliste Ahmet Altan et du frère de ce dernier.
LE POINT.FR, AVEC AFP


"Je suis en colère et très déçu de ce que mon pays est devenu", déplore l'écrivain turc Orhan Pamuk, Prix Nobel de littérature en 2006. © REA/ Samuel ARANDA

L'écrivain turc Orhan Pamuk, Prix Nobel de littérature en 2006, a dénoncé ce dimanche l'arrestation d'un journaliste influent en Turquie. « Je condamne et me sens envahi de honte à l'annonce du placement en garde à vue d'Ahmet Altan et de Mehmet Altan, a déclaré Orhan Pamuk au Point*. Tous ceux qui ont un tant soit peu critiqué le gouvernement sont mis en prison sous un quelconque prétexte, sur la base de sentiments de revanche et de défaite, qui n'ont pas grand-chose à voir avec le droit.
Désormais, en Turquie, la liberté de pensée a vécu. Un État reposant sur la peur se met très rapidement en place et nous nous éloignons à grands pas de la démocratie. Tout comme Asli Erdogan, Nazli Ilicak, Nuriye Akman, Necmiye Alpay et Sahin Alpay, Ahmet et Mehmet Altan sont des écrivains dont on écoute la parole avec intérêt, ils sont connus et appréciés dans toute la Turquie.
Il faut très vite relâcher ces femmes et ces hommes de lettres et, si l'on envisage de les poursuivre en justice, il n'est pas nécessaire de les retenir en garde à vue. Je suis en colère et très déçu de ce que mon pays est devenu. Vous pouvez être certains que toutes ces mesures iniques et cruelles ne feront que desservir la Turquie au niveau mondial. »
ARRÊTÉS SAMEDI
Orhan Pamuk, déjà critique du président Recep Tayyip Erdogan avant le coup d'État manqué de juillet, ne s'était encore pas exprimé publiquement sur la vague de purges sans précédent engagée par Ankara. L'agence de presse progouvernementale Anadolu avait annoncé samedi l'arrestation à l'aube d'Ahmet Altan, figure incontournable du journalisme en Turquie, et de son frère Mehmet, dans le cadre de l'enquête sur le coup d'État manqué attribué au prédicateur Fethullah Gülen. Selon le journal Hürriyet, ils devront répondre de propos tenus la veille du putsch sur la chaîne de télévision Can Erzincan TV (jugée güleniste et fermée), au cours d'une émission animée par la très médiatique Nazli Ilicak (incarcérée depuis fin juillet).
* Message traduit du turc par Timour Muhidine


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas communiste.
Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas social-démocrate.
Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas syndicaliste.
Lorsqu’ils sont venus me chercher,
il ne restait plus personne
pour protester. »
Martin Niemöller

Le pasteur Martin Niemöller à La Haye en 1952
Fils du pasteur luthérien Heinrich Niemöller et de sa femme Paula née Müller, il est élevé dans un milieu conservateur.
Quelques mois après le début de la Première Guerre mondiale, il rejoint la flotte sous-marine en 1915 et sert sur plusieurs sous-marins où il est formé à bord du U-3. Il est ensuite affecté en février 1916à bord du U-73 en tant que second officier, sous le commandement de Gustav Sieß. À partir de janvier 1917 il sert à bord du U-39 commandé par Walter Forstmann. Ce sous-marin coule 35 navires, la Kaiserliche Marine pratiquant alors la guerre sous-marine à outrance. Il écrit dans ses mémoires, après avoir assisté au torpillage d'un navire de transport :
« CE 25 JANVIER 1917 A MARQUE UN POINT DE NON-RETOUR DANS MA VIE, CAR IL M'A OUVERT LES YEUX SUR L'IMPOSSIBILITE ABSOLUE D'UN UNIVERS MORAL. »
Le 15 juin 1918, il obtient son propre commandement avec le UC-67, et coule avec ce sous-marin trois navires alliés.
Après la guerre pour laquelle il a été décoré, il devient brièvement agriculteur et s'oriente finalement vers la théologie protestante de 1919 à 1923. Il est ordonné en 1924 et devient pasteur à Dahlem en 1931.
Au moment de la montée en puissance du pouvoir nazi, qui noyaute peu à peu l'Église allemande, le pasteur Martin Niemöller, pourtant partisan du régime hitlérien et ancien commandant des Corps francs, appelle les pasteurs hostiles aux mesures antisémites à s'unir au sein d'une nouvelle organisation, le « Pfarrernotbund », la « Ligue d'urgence des pasteurs », qui respecterait les principes de tolérance énoncés par la Bible et la profession de foi réformatrice. Cet appel a un grand écho : à la fin de l'année 1933, 6 000 pasteurs, soit plus d'un tiers des ecclésiastiques protestants, ont rejoint ce groupe dissident.
La « Ligue d'urgence des pasteurs », soutenue par des protestants à l'étranger, adresse au synode une lettre de protestation contre les mesures d'exclusion et de persécution prises envers les Juifs et envers les pasteurs refusant d'obéir aux nazis. Malgré les protestations, Martin Niemöller est déchu de ses fonctions de pasteur et mis prématurément à la retraite au début du mois de novembre 1933. Mais la grande majorité des croyants de sa paroisse décide de lui rester fidèle, et il peut ainsi continuer à prêcher et à assumer ses fonctions de pasteur.
Niemöller est arrêté en 1937 et envoyé au camp de Sachsenhausen. Il est ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau.

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