lundi 26 septembre 2016

Le centre de la RDC s'enfonce dans la violence


© Xinhua


Le Vif
De nombreuses personnes ont été tuées jeudi et vendredi dans des troubles à Kananga, dans le centre de la République démocratique du Congo, où des partisans d'un chef coutumier tué en août par les forces de l'ordre ont attaqué l'aéroport, selon des sources concordantes.


"Il y a eu du grabuge à Kananga, mais le calme est revenu en fin d'après-midi", a assuré à l'AFP Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais.
Selon des bilans contradictoires compilés par l'AFP, les heurts ont fait au moins dix morts et peut-être plusieurs dizaines.
"Nous avons enregistré sept morts du côté de l'armée et 40 dans les rangs des assaillants, miliciens du chef Kamwena Nsapu", a déclaré sous le couvert de l'anonymat un membre du cabinet du gouverneur de la province du Kasaï-Central, dont Kananga est la capitale.
Interrogé sur ce bilan de plusieurs dizaines de morts, M. Mende a déclaré: "Le calme est revenu, peut-être à ce prix-là". "Nous sommes en réunion d'évaluation" pour faire toute la lumière sur cette affaire, a-t-il ajouté.
Selon une source militaire occidentale, "il y a eu certainement plus de dix morts", mais "on est en dessous de vingt".
La situation est restée confuse toute la journée à Kananga et l'enchaînement des événements était difficile à retracer depuis les premiers affrontements de la veille.
Néanmoins, selon des sources concordantes, les rebelles ont réussi à prendre le contrôle de l'aéroport. M. Mende a indiqué qu'une hôtesse de la compagnie aérienne publique nationale Congo Airways avait été tuée.
Le porte-parole du gouvernement a assuré que les forces loyalistes avait repris le contrôle de l'aéroport, en bordure de quartiers habités dans l'ouest de la ville.
Deux journalistes et un responsable d'ONG locaux joints par téléphone de Kinshasa ont affirmé le contraire, précisant que les soldats encerclaient l'aéroport mais n'étaient pas parvenus à y reprendre pied.
Le doute persistait pour la source militaire occidentale, selon qui "l'aéroport serait sous le contrôle de l'armée", mais celle-ci ne semblerait pas contrôler tous les quartiers alentour.
Selon cette source, des renforts de l'armée dépêchés par voie terrestre étaient attendus dans la ville mais on ne pouvait dire avec précision quand ils arriveraient compte tenu de l'état "catastrophique" des routes de la région, dépourvue d'infrastructures de base comme pratiquement tout le reste du pays.
Les sources locales jointes par l'AFP craignaient une reprise des affrontements samedi dès l'aube.
Médecin dans la force de l'âge, le chef de la tribu Kamwena Nsapu - dont on ignore l'état-civil exact - a été tué dans une opération de police en août.
Revenu dans le pays en avril après avoir habité un certain temps en Afrique du Sud, selon les informations disponibles, il a commencé à contester le pouvoir central et ses représentants locaux (gouverneur provincial, forces de police...)
A la suite de ce qu'il a présenté comme le viol de sa femme et la désacralisation de ses attributs tribaux par des "Rwandais" (éléments rwandophones de l'armée régulière originaires de l'Est de la RDC), le chef Kamwena Nsapu a lancé un appel à l'insurrection et à la "libération du Congo" dans un appel audio qui lui est attribué et qui circule sur les réseaux sociaux.
Dans la tradition luba (l'ethnie du chef Kamwena Nsapu), le viol d'une femme n'implique pas forcément un acte sexuel mais le fait de toucher une femme mariée, qui plus est à un chef.
Selon les sources interrogées par l'AFP à Kananga, un fort sentiment "anti-rwandais" s'exprimait en ville depuis 48 heures.
L'aéroport de Kananga est pratiquement le seul moyen de désenclaver un ville et une région extrêmement reculée du pays.
Kananga est une ville historiquement rebelle au Congo. Dans les premiers jours de l'indépendance du pays en 1960, la ville, qui s'appelait alors Luluabourg, avait été la capitale d'une éphémère République kasaïenne. 


REYNDERS RÉCLAME UNE ENQUÊTE INDÉPENDANTE SUR LES VIOLENCES AU CONGO
Le Vif
Source: Belga 

© Belga Image 

Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a réitéré vendredi sa "profonde préoccupation à l'égard du climat de violence en République Démocratique du Congo" et exhorté tous les acteurs à ne pas faire usage de violence. Il a rappelé la responsabilité première des forces de sécurité pour maintenir l'ordre public de manière proportionnée.

Face à la gravité des faits qui se sont produits cette semaine, il a par ailleurs appelé au lancement sans délai d'une enquête indépendante. "La Belgique demande à ce que la responsabilité individuelle des personnes impliquées dans les faits de cette semaine soit examinée", a-t-il indiqué vendredi par voie de communiqué.
Pour le ministre des Affaires étrangères, une solution à la crise ne peut être trouvée que "de manière pacifique, par un dialogue réellement inclusif et dans le respect de la Constitution". La Constitution congolaise interdit à M. Kabila, au pouvoir depuis 2001, de se représenter. Son mandat expire le 19 décembre mais le chef de l'Etat ne semble pas vouloir quitter son poste alors que le scrutin présidentiel apparaît désormais impossible à organiser dans les temps.
En Flandre, des voix se font entendre en faveur d'une plus grande fermeté de la Belgique à l'égard du régime du président Kabila. Aux yeux de la N-VA, parti de la coalition fédérale, la Belgique doit adopter un discours clair: le temps du président Kabila est révolu et celui-ci ne peut briguer un troisième mandat. "L'appel initial au calme et à la retenue du gouvernement belge est compréhensible: nous ne voulons pas mettre en danger nos propres concitoyens au Congo. Mais cela ne doit pas nous empêcher d'avoir une position claire: la République démocratique du Congo a droit à un avenir sans Kabila", a déclaré le député Peter Luyckx dans un communiqué.
L'organisation flamande 11.11.11 demande au chef de la diplomatie belge d'en faire plus. L'enquête doit être menée par des rapporteurs spéciaux du Conseil des droits de l'homme des Nations-Unies, réclame-t-elle. La Belgique doit également s'engager en faveur de sanctions individuelles prises par l'Union européenne contre les auteurs de la répression. Le 20 juillet, le parlement fédéral a voté une résolution pressant la RDC d'organiser des élections dans le respect de sa Constitution.
Le texte demande au gouvernement de geler l'aide bilatérale directe au Congo si la date des élections prévue par la Constitution n'est pas respectée. Le parlement envisage des sanctions ciblées (interdictions d'entrée sur le territoire et gels d'avoirs) à l'encontre d'auteurs de violences et de violations des droits de l'homme.
Il demande au gouvernement de plaider pour de telles initiatives sur la scène européenne et internationale, sans exclure la Belgique puisqu'il est précisé, au terme d'un compromis entre majorité et opposition, que le gouvernement ne doit "pas hésiter à instaurer lui-même de telles sanctions". Un député de l'opposition avait alors fait remarquer que des hauts responsables congolais possédaient des avoirs en Belgique.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NO COMMENT
Le Congo s’embrase et la NVA s’en mêle…Reynders, notre ministre des affaires étrangères, semble très mal pris dans cette affaire qui ne tardera pas à faire de gros titres dans les médias.  Colette Braeckman explique pourquoi et comment «  le Congo est dans l’impasse ».
« Plus que jamais s’impose la nécessité de renforcer la médiation. La Belgique pourrait-elle proposer ses bons offices ? »


ET POURQUOI PAS UNE AIDE BELGE À LA MÉDIATION?
Le carnetde Colette Braeckman, Le Soir

Recueillement ? Crainte de nouvelles violences ? Divergences et incertitudes …Alors que le dialogue national, censé résoudre la crise politique aurait dû se terminer en cette fin de semaine, le Congo est dans l’impasse : l’Eglise catholique a annoncé qu’elle suspendait sa participation, estimant qu’il serait plus judicieux de rechercher un consensus plus large. De son côté, Vital Kamerhe, co-modérateur du dialogue pour le compte d’une partie de l’opposition, a également préconisé de reporter la poursuite des travaux, espérant toujours convaincre les deux grands absents, Etienne Tshisekedi et Moïse Katumbi, de rejoindre les négociateurs actuels. On en est loin : l’ancien gouverneur du Katanga, qui n’a toujours pas regagné son pays, a lancé un appel tous azimuts afin que soit établie une commission d’enquête internationale qui établirait, de manière indiscutable, les faits et les responsabilités dans les violences meurtrières du début de la semaine. Exprimant sa « profonde préoccupation », Didier Reynders ne dit pas autre chose : au vu de la « gravité des faits », il a demandé que « soit examinée la responsabilité des personnes impliquées. » Il est évident que de nombreuses questions subsistent : outre le nombre exact de morts et de blessés, on ignore qui a donné à la garde républicaine l’ordre d’intervenir en ouvrant le feu, tout comme on se demande à qui obéissaient les casseurs qui ont dépassé les partis politiques….
Plus que jamais s’impose la nécessité de renforcer la médiation. La Belgique pourrait-elle proposer ses bons offices ? Alors que le torchon brûle entre Kinshasa et l’émissaire américain Thomas Periello, comme avec François Hollande depuis sa condamnation unilatérale des autorités congolaises, le ministre Didier Reynders a toujours observé une position aussi ferme qu’équilibrée : il a rencontré le président Kabila à maintes reprises, mais aussi accueilli à Genval la vaste rencontre de l’opposition où Tshisekedi fut choisi comme chef de file…
En marge des travaux de l’Assemblée générale de l’ONU, le ministre reconnaît qu’il a multiplié les contacts, avec tous les « envoyés spéciaux » dans les Grands Lacs mais aussi avec de nombreux chefs d’Etat africains dont les présidents Kagame et Museveni « Je n’ai pratiquement parlé que du Congo » reconnaît Didier Reynders qui n’a cependant pas été informé de la présence du président Kabila aux Etats Unis. Le ministre estime lui aussi qu’il faut « fixer une nouvelle date pour les élections et l’entourer d’un maximum de garanties » et, auparavant, « élargir le dialogue à des personnalités comme Etienne Tshisekedi et Moïse Katumbi ». Si elle devait proposer ses bons offices, la Belgique, devra cependant veiller à ne pas heurter les susceptibilités régionales : «c’est l’Union africaine qui doit rester en première ligne » rappelle Didier Reynders qui pose cependant un préalable à toute initiative : « le Bureau des Droits de l’homme de l’ONU doit pouvoir avoir accès à tous les sites, à toutes les informations, être à même de déterminer toutes les responsabilités… »


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