samedi 10 septembre 2016

Le ministre Bellot veut un "budget mobilité" pour remplacer les voitures de société

La Libre
ENTRETIEN DE MATHIEU COLLEYN


On assiste à une "croissance constante de la demande en mobilité et de la saturation du réseau routier" et la Belgique "perd des investissements à cause de cela". François Bellot, ministre MR en charge de la Mobilité, fait sa rentrée en réaffirmant "sa" méthode : les ministres fédéraux et régionaux doivent se mettre autour de la même table pour fixer "une stratégie audacieuse à 30 ans". Il s’agira notamment d’attirer un maximum de navetteurs automobilistes vers le rail. Cependant, les chemins de fer attendent toujours leurs contrats de gestion et leurs plans d’investissement. CEO sur le départ, Jo Cornu fustige les lenteurs de la SNCB. Bellot précise ses ambitions.
OÙ EN EST LE PLAN STRATÉGIQUE DE VOTRE PRÉDÉCESSEUR, JACQUELINE GALANT ?
Je le poursuis mais j’ai renforcé l’axe de la concertation avec les Régions. C’est indispensable. Dans les grandes agglomérations, par exemple, où le réseau ferré est une alternative au transport par route et au transport public existant.
BRUXELLES RÉCLAME DEPUIS LONGTEMPS UNE MEILLEURE DESSERTE DE SES GARES…
Il y a 31 gares à Bruxelles. Nous devons créer ce produit en termes de marketing et de signalétique. Nous allons fournir aux usagers un outil d’aide à la décision, une application smartphone qui en temps réel renseignera sur les bouchons, la disponibilité des parkings, les horaires des trains… On y intégrera les données de Coyote et des opérateurs de téléphonie. Grâce à ce type d’outil hyper-dynamique, les Pays-Bas sont parvenus à réduire la taille des bouchons de 19 % en trois ans.
LES GARES URBAINES SOUFFRENT D’UN PROBLÈME DE FRÉQUENCES. AU SUD DE BRUXELLES PAR EXEMPLE…
Il va y avoir des fréquences supplémentaires en fonction de la demande. Vous évoquez Uccle, bientôt les voyageurs pourront s’arrêter en gare de Moensberg pour changer de ligne. Afin de rejoindre Schuman sans passer par le Midi. Dans l’esprit des gens, le train, c’est les longues distances mais dans les agglomérations, c’est une opportunité puissante et qui sera mise en avant.
VOUS CHANGEZ DONC LE FUSIL D’ÉPAULE DU GOUVERNEMENT QUI SEMBLAIT SURTOUT TABLER SUR LE TRANSPORT DE MASSES ENTRE LES VILLES…
En ce qui concerne le transport à plus longue distance, tout va être centré sur l’offre à la clientèle. Les grandes gares, c’est fini. Le plan de transport de 2017 devra répondre aux demandes des Régions et des communes. En ce qui concerne le RER, il y a des endroits ou on va pouvoir ajouter quelques trains dès 2017.
LES CONTRATS DE GESTIONS D’INFRABEL ET DE LA SNCB SONT OBSOLÈTES DEPUIS 2012, ON NE VOIT TOUJOURS RIEN VENIR.
Nous avons donné les orientations, nous attendons les analyses d’Infrabel pour les contrats de gestion et les investissements. La SNCB a quasiment fini mais Infrabel n’a pas encore fini. C’est en cours de finalisation.
VOUS AVEZ ANNONCÉ UN MILLIARD D’INVESTISSEMENT ? SERA-CE SUFFISANT POUR BOUCLER LE RER WALLON ?
Pour le RER, il faut 800 millions d’aujourd’hui. Vu les délais urbanistiques, je dirais un milliard. Il faut 280 millions pour finir la ligne 161, 250 millions pour la ligne 124. Il y a 120 millions dans le fonds RER pour la Wallonie, 50 millions viendront du parking de Louvain-la-Neuve et il y a les 200 millions de préfinancements de la Région wallonne. Il manque donc une centaine de millions que nous irons chercher dans le milliard dont j’ai parlé. En 2023, on pourra mettre un train tous les quarts d’heure sur la ligne 161 et toutes les demi-heures sur la 124.
INFRABEL EST D’ACCORD DE S’ENDETTER ? L’ENDETTEMENT EST LA BÊTE NOIRE DU CEO LUC LALLEMAND.
Entre présenter un beau bilan financier et offrir un excellent service, j’ai fait mon choix. J’attends des résultats d’une entreprise qui vient d’investir 8 milliards.
VA-T-ON FERMER DES GARES ET DES LIGNES ?
Il n’est pas question de fermer des lignes. Des gares vont fermer, oui, mais tous les arrêts seront maintenus grâce à l’automatisation de la ticketerie. Nous aiderons les communes à rendre les arrêts attractifs.
DANS L’OPTIQUE DE DÉTOURNER LES NAVETTEURS DE LA VOITURE, SOUHAITEZ-VOUS RÉFORMER LE RÉGIME DES VOITURES DE SOCIÉTÉ ?
Nous avons lancé l’étude de ce qu’on appelle le "budget mobilité" qui tiendra compte de l’intérêt des entreprises, des travailleurs et de l’Etat. Il faut plus de flexibilité, en faveur par exemple du vélo électrique. C’est à l’étude.
LA FLANDRE ET BRUXELLES PLAIDENT POUR UNE TAXATION AU KILOMÈTRE ALORS QUE LA WALLONIE FREINE. QUELLE EST VOTRE POSITION ?
Pour moi, la taxe kilométrique existe déjà avec les accises sur le carburant. J’habite dans une zone rurale où il n’y a pas d’alternative à la voiture. Si on fait une taxe linéaire, il sera impossible de travailler dans ces zones. Il faut être très prudent et ne pas taxer une deuxième fois des gens qui doivent beaucoup se déplacer.
ET LE SERVICE MINIMUM PRÉVU PAR L’ACCORD DE GOUVERNEMENT ?
Il y a quatre scénarios étudiés avec les syndicats. Pour fin décembre, ils doivent nous dire s’ils souhaitent l’application d’un de ces quatre scénarios. S’ils ne choisissent pas la méthode concertée, le gouvernement prendra ses responsabilités.
SURVOL : DES SOLUTIONS DANS QUATRE MOIS
"Il y a une rupture de confiance complète entre tous les acteurs, un manque de coordination et un emballement judiciaire… on ne trouvera jamais une solution dans un tribunal." Le ministre François Bellot assure venir avec un plan concerté avant les élections communales dans le dossier du survol de Bruxelles. Comment réussir ?"A l’aide d’une concertation positive." "Il faut que les résultats de notre action soient démontrés, affirme-t-il.
"Depuis le moratoire, il y a moins de bruit, c’est objectivé par une étude de l’université de Gand. Mais il y a toujours du bruit. On a consacré plus de deux mois pour identifier les éléments pertinents du dossier."Belgocontrol joue-t-il avec les normes de vent au détriment de Bruxelles ? "Des instructions ont été données, nous attendons que Belgocontrol les exécute, indique François Bellot.
"Nous avons demandé à Belgocontrol d’acheter un radar qui mesure le vent en altitude ainsi qu’un nouveau dispositif qui intégrera toutes les contraintes. Le spectre des contrôleurs aériens (leur marges de manœuvre, NdlR) va diminuer. L’analyse est bien avancée; j’ai rencontré tout le monde, les bourgmestres, les ministres, les associations de riverains, les gestionnaires de l’aéroport, les acteurs économiques. J’arrive avec une méthode en rupture avec ce qui se faisait précédemment. Des mesures comme l’allongement de la piste 25L et l’interdiction de certains avions seront présentées dans trois ou quatre mois. Il s’agit d’une vision à 10-15 ans qui sera présentée à tous les acteurs qui seront chacun placés devant leurs responsabilités. Je comprends l’impatience des riverains mais, nous, décideurs, devons faire un effort d’explication, de transparence et faire participer les gens à la prise de décision."


COMMENTAIRE DE DIVERCTY
LA COMPETENCE APRÈS LA PÉTULANCE 

"Sa" méthode : les ministres fédéraux et régionaux doivent se mettre autour de la même table pour fixer "une stratégie audacieuse à 30 ans". Il s’agira notamment d’attirer un maximum de navetteurs automobilistes vers le rail »
Bravissimo !

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