vendredi 23 septembre 2016

Non, les migrants ne sont pas un fardeau !


Par Marc Mézard, Physicien 

 
Une Syrienne et sa fille, à leur arrivée à Lesbos, en Grèce, le 18 juin 2015. Photo Louisa Gouliamaki. AFP

C’est parce que l’extrême droite a réussi à imposer l’idée que l’immigration était un problème que les migrants sont rejetés par les Européens. Et si l’on changeait d’angle et qu’on y voyait plutôt une force ?
Non, les migrants ne sont pas un fardeau !
L’arrivée massive de migrants s’impose comme l’une des questions majeures dans l’Europe des années à venir. Les journaux s’affolent, les compteurs explosent, les bureaux d’études s’inquiètent : cette année, le nombre de migrants traversant la Méditerranée pour rejoindre l’Europe pourrait même atteindre le chiffre de 100 000. Cent mille personnes qui arrivent sur un territoire peuplé de 500 millions d’habitants… Et ce serait un problème que d’accueillir une personne pour 5000 habitants, dans l’Europe d’aujourd’hui ?
Si nous percevons cette question comme un problème, c’est parce que nous sommes aveuglés par les thèses des partis d’extrême droite. Depuis plusieurs décennies, ils ont réussi à instiller dans tous les esprits - y compris hélas dans ceux des hommes politiques de tous bords aveuglés par l’enjeu de court terme de la prochaine élection - une vision faussée des migrants, nourrie par la peur.
Que s’est-il donc passé au cours des trois dernières décennies pour que notre regard change à ce point ? Avons-nous oublié la mobilisation pour les boat people et la démarche conjointe, en juin 1979, des philosophes Sartre et Aron, réconciliés autour de cet enjeu, lorsqu’ils vinrent demander au président Giscard d’Estaing un accueil décent pour les réfugiés du Vietnam ?
Certes, la situation économique a bien changé depuis les années 70, et la montée du chômage de masse a contribué à alimenter la peur de l’immigration. Pourtant, craindre ainsi l’arrivée des migrants, c’est ignorer que, dans les sociétés modernes, les ressources ne sont pas un gâteau à partager, mais qu’elles sont bien plutôt créées par les hommes, à partir de leurs propres idées, de leurs propres inventions, de leurs propres besoins : les terres d’immigration sont bien souvent des terres d’avenir - que l’on songe à la Californie.
Non, les migrants ne viennent pas nous envahir, ni manger notre pain, ni prendre notre travail, ni piller nos ressources. Ce sont des êtres humains dignes, extraordinairement courageux, qui ont dû abandonner leur pays d’origine, face à la situation désespérée qui y a été créée par la guerre ; ce sont donc très majoritairement des hommes et des femmes confiants dans nos démocraties, et des adversaires résolus de ces obscurantistes qui, chez eux, alimentent les conflits qui les font fuir. De plus, à l’instar des précédentes générations de migrants qui ont enrichi notre pays au cours des siècles précédents, ils représentent, pour l’Europe de 2050, un immense potentiel d’idées, de volontés, d’énergies et de ressources. Est-il besoin de rappeler le nom de tous ces immigrés qui ont construit la France d’aujourd’hui et dont la liste prendrait des volumes ? On y trouve des scientifiques comme Marie Curie, Georges Charpak, Alexandre Grothendieck, des écrivains tels que Samuel Beckett ou Milan Kundera, des artistes comme Pablo Picasso ou Marc Chagall, sans parler des chefs d’industrie, des sportifs, des hommes politiques, et tous ceux qui, sans faire la une des journaux, ont su créer leur propre territoire d’insertion.
Les chercheurs le savent bien : face à une question difficile, c’est bien souvent grâce à une modification radicale de l’angle d’approche que commence à naître une voie vers la solution. Ainsi, modifier le regard que nous portons sur ces migrants, et considérer qu’ils ne sont pas unfardeau à subir ou à partager, mais bien plutôt une force pour l’Europe, tel me semble être le point de départ indispensable aujourd’hui. Alors, seulement, pourra être initiée la complexe mise en place de structures d’accueil pour ces hommes et ces femmes, en leur faisant confiance, en les laissant travailler et s’organiser. C’est en éliminant cette vision faussée sur l’immigration - tel un poison qui a pénétré à notre insu au cœur des pays européens - que nous ouvrirons un futur à nos sociétés. Ainsi peut-être parviendrons-nous alors à leur donner à nouveau un sens et redeviendrons-nous également un peu plus humains. Il y a urgence. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DIABOLISATION OU ANGELISME ? 

Pardon lecteur de radoter en remettant en permanence
les mêmes 45 tours usés mais…
« Un professeur de la loi se leva et dit à Jésus pour le mettre à l'épreuve: «Maître, que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle?»
«Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba entre les mains de brigands qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s'en allèrent en le laissant à moitié mort.
Un prêtre qui, par hasard, descendait par le même chemin vit cet homme et passa à distance. De même aussi un Lévite arriva à cet endroit; il le vit et passa à distance.
Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui et fut rempli de compassion lorsqu'il le vit.
Il s'approcha et banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, [à son départ,] il sortit deux pièces d'argent, les donna à l'aubergiste et dit: 'Prends soin de lui, et ce que tu dépenseras en plus, je te le rendrai à mon retour.'
Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands?»
«C'est celui qui a agi avec bonté envers lui», répondit le professeur de la loi. Jésus lui dit [donc]: «Va agir de la même manière, toi aussi.»
Tout est dit jusqu’à la fin des temps. Sauf peut-être ceci : le prêtre qui détourne les yeux est un religieux, le lévite qui éloigne son regard est une espèce d’officiant religieux  chanteur. Et le Samaritain ? Pour les Juifs de l’époque, les Samaritains étaient des moins que rien. Apparemment selon Jésus il n’en serait rien rien. Tout, toujours est paradoxe avec lui : les premiers seront les derniers etc. Et avec nous ?
Quel rapport avec cet article? Mais voyons…La diabolisation du migrant est aussi insensée que sa béatification. Il faut raison garder. Surtout il faut raison utiliser.  La population européenne est en déclin démographique et culturel. Elle a besoin de sang neuf pour se revigorer et les immigrés qui laissent tout derrière eux sont gens de caractère et de volonté. Mais il faut -ce qu’on a trop négligé- les encadrer, leurs apprendre la langue et les valeurs du pays d’accueil sans gommer l’héritage du pays d’origine qu’ils trainent dans leur maigre bagage.  On ne saurait accueillir tout le monde et ceci n’est pas faux même si un Sarko le dit et le répète. Rocard idole de la gauche française l’avait dit avant lui.  Le plus gros défaut de l’Europe, et Dieu sait si elle en a, c’est de ne pas avoir de politique d’immigration et d’accueil commune, cohérente, ferme mais humaine. Il ne s’agit pas d’accueillir des criminels, des voyous ou des terroristes. Valls l’a rappelé, Sarko et lui sont issus tous deux de l’immigration et tant d’autres dans une infinité de domaines. Cela dit, il y a beaucoup de descendants d‘immigrés dans les prisons et la criminalité en général.  On ne saurait le nier ni le banaliser. L’enseignement a des torts mais il n’a pas tout faux. L’encadrement a manqué et continue à faire défaut. Le laxisme et la nonchalance des Européens a souvent dépassé les bornes. Merkel a dit « on y arrivera » mais n’ a jamais expliqué comment y arriver. C’est ce qu’on peut et doit lui/ nous reprocher. La colonisation fut un échec des soi-disant peuples civilisés ; l’accueil migratoire en est un autre. Est-ce une fatalité? Sûrement pas. C’est une faillite pédagogique de la part du monde politique. Au politique de se ressaisir et de proposer un plan d’attaque. On attend les propositions du Parlement et de la Commission européenne.
MG

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