mardi 11 octobre 2016

Débat présidentiel US : Trump attaque, Clinton sourit

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 Trump a choisi d'attaquer Hillary Clinton bille en tête lors du deuxième débat. Il a sauvé les meubles, sous les yeux d'une Hillary Clinton plus confiante que jamais.
 Philippe Boulet-Gercourt
L'OBS

Ils auraient tellement aimé pouvoir lui dire : "You're fired !" "Tu es viré, ta campagne a implosé en vol, laisse Mike Pence prendre les manettes de l'avion". Il ne leur a même pas laissé ce plaisir. Donald Trump a suffisamment assuré, dimanche soir, pour ne pas pouvoir être lâché par tous les Républicains à moins d'un mois de l'élection. Beaucoup s'attendaient à un "disjonctage" en direct, après le fameux audio où il se vantait d"attraper par "la chatte" les femmes, y compris mariées, qu'il voulait conquérir. Il a traversé le trou d'air sans perdre les commandes de l'avion, sous les yeux d'une Hillary Clinton visiblement satisfaite de sa soirée.
CE QU'IL FAUT RETENIR DU DEUXIÈME DÉBAT ENTRE TRUMP ET CLINTON
Excuses, service minimum
Tout a commencé par… rien. Pas de poignée de mains, contrairement à l'usage. Trump avait la tête des mauvais jours, reniflant constamment pendant le débat (tiens, tiens...) et bien décidé à jouer les pitbulls pour faire oublier l'enregistrement. Il était clair qu'il n'avait aucune intention de se traîner sur les genoux et demander pardon au peuple américain pour ses propos.
Sa réponse, sur le sujet ? Primo, "il s'agit de propos de vestiaires", pas de harcèlement sexuel réel; deuxio (en trois réponses dans la même minute) : "J'ai le plus grand respect pour les femmes, personne n'a plus de respect pour les femmes que moi", "j'ai un énorme respect pour les femmes" et "les femmes me respectent"… Pour faire bonne mesure, il a embrayé aussi sec sur l'Etat islamique "médiéval" qui "décapite les gens" et qu'il va démolir". Hors sujet ? Pas qu'un peu, et l'on aimerait qu'une seule femme ayant changé d'opinion sur les manières de Trump dimanche soir veuille bien se signaler.
Mais justement. Tout était dans cette réponse : un morceau de viande rouge jeté à sa base, genre "je ne m'excuse pas, je cogne", et non une tentative d'élargir son électorat. Tout au long de la soirée, Trump a cogné, cogné, parlant de Hillary Clinton en usant d'un "elle" méprisant et affirmant à deux reprises qu'elle devrait être en prison. Emails, Benghazi, Bill prédateur sexuel (il a été plus bref que prévu sur ce point, le terrain était sans doute trop glissant), Trump a coché toutes les cases qui excitent sa base et s'en est presque bien sorti pendant la seconde moitié du débat, même s'il n'a probablement convaincu aucun électeur indécis.
Il s'est bien gardé d'interrompre la candidate, à la différence du premier débat, et a fait mouche en se moquant de Hillary se comparant à Abraham Lincoln, alors que ce dernier était "Abe l'honnête homme". Il a lourdement insisté sur les 30-années-pendant-lesquelles-Hillary-était-au-pouvoir-et-n'a-rien accompli, l'une des rares lignes d'attaque qui avaient bien marché lors du premier débat. Mais Clinton était préparée et a riposté en détaillant tout ce qu'elle avait accompli pendant ces "au moins" trois décennies.
Contre Trump jusqu'au bout
Le plus intéressant a été la stratégie de Hillary Clinton, confiante et souriante (mais juste ce qu'il faut) tout au long du débat. Plutôt que de chercher la mise à mort, ce qu'elle aurait pu faire après la réponse nulle de Trump à propos de l'enregistrement audio, elle a décidé de garder sa poudre au sec et de le laisser vivant, juste ce qu'il fallait.
Elle n'a aucun intérêt à ce que Trump abandonne prématurément, il est bien plus logique de le laisser s'empêtrer en dénonçant les positions de son colistier Mike Pence sur la Syrie, d'enfoncer le clou en reprenant les propos les plus outranciers dans des spots télé, de mettre un peu plus en difficulté les leaders républicains (Paul Ryan et Mitch McConnel) qui le soutiennent et espérer rafler une majorité au Sénat, voire - qui sait ? - à la Chambre des Représentants.
Ce faisant, elle crée une situation impossible pour les Républicains : la base "dure" de Trump continue de le soutenir massivement et lui-même, qui excluait avant le débat de se retirer, sera certainement encouragé par sa performance d'hier soir. Autrement dit, le divorce est impossible à prononcer, même si Trump déverse par ailleurs un torrent d'insultes sur Twitter à l'adresse de tous les "traîtres" et "hypocrites" du parti qui l'ont lâché. L'union est scellée, elle sera pour le meilleur et pour le pire…
Clinton sait tout cela et, pour cette raison précise, elle ne voulait pas d'un K.O. dimanche soir. Trop tôt. Ce sera peut-être pour le dernier débat, le 19 octobre.
Philippe Boulet-Gercourt


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
HILLARY EST UNE BATTANTE

Remarquable analyse que celle-ci.
L’image de la corrida fait mouche, évidemment. Il faut fatiguer le taureau et pas lui donner le coup de grâce trop tôt, le laisser faire du dégât à son image d’abord, à son parti et surtout aux idées « réganiennes » qu’il défend avec rage et une rare  brutalité.
Pour ma part j’observe avec admiration le ballet de robe d’une avocate surdouée, style Perry Mason,  briguant un cinquième mandat (deux de Bill et deux de Barack) au service de la cause « clintonienne ».
Maître Hilary Clinton se sachant mal aimée entend faire la démonstration à l’Amérique rivée sur sa télé de sa supériorité intellectuelle sur la bête Trump. C’est en effet sa meilleure, sa seule carte peut-être, et elle la joue brillamment. Si elle devait quand même l’emporter-ce qui n’est vraiment pas encore acquis- elle le devrait à son immense talent argumentatif et à son caractère de fer, sa formidable résilience. Serait-elle la seule Américaine capable de tenir tête à l’hercule de foire Trump ? Il veut la plaquer au sol à la manière d’un catcheur brusque, elle esquive les coups et utilise la force de l’adversaire pour le faire trébucher, en habile judoka
Même Donald le reconnaît, Hillary est une battante.
MG

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