dimanche 2 octobre 2016

Deutsche Bank : la fuite des «hedge funds» provoque un vent de panique


Par Herve Rousseau 

L’inquiétude grimpe d’un cran sur l’avenir de la première banque allemande. Un certain nombre de fonds spéculatifs qui réalisent certaines de leurs opérations par son intermédiaire auraient commencé à quitter le navire.
La Deutsche Bank dévisse encore ce matin à la Bourse de Francfort. Le titre chute de plus de 7% à l’ouverture dans des volumes très importants. Depuis le début de l’année, il a désormais perdu plus de 50% de sa valeur, dont un peu plus de 20% sur les dernières semaines. Tout est parti d’une dépêche publiée dans la soirée de jeudi qui a provoqué un vent de panique à Wall Street. Selon l’agence Bloomberg, plusieurs «hedge funds», qui passent habituellement par la banque allemande pour réaliser certaines de leurs opérations, auraient commencé à transférer leurs positions et à retirer les liquidités qu’ils lui avaient confiées.
À Wall Street, le titre de la Deutsche Bank a aussitôt plongé de près de 7%. Bloomberg affirmait hier au soir que les fonds américains Millennium Partners et Capula Investment, ainsi que le fonds britannique Rokos Capital Management et sept autres entités, ont retiré une partie de leurs avoirs auprès de Deutsche Bank. De son côté, Deutsche Bank a indiqué que de tels mouvements étaient habituels et qu’elle avait enregistré en parallèle des entrées d’argent de la part d’autres gros investisseurs. «Une grande majorité des clients de nos activités de courtage continuent de nous faire confiance», a ajouté la banque.
La chute des actions Deutsche Bank cotées à New York a entraîné dans son sillage l’ensemble du secteur bancaire à Wall Street hier au soir avec Goldman Sachs (-2,75%), Citigroup (-2,28%), Bank of America (-1,43%), JPMorgan (-1,59%) et Morgan Stanley (-2,30%). Le vent mauvais se propage en Europe ce matin. À Paris , le CAC 40 perd plus de 2%, emporté par Société générale (-4,5%), Crédit Agricole (-4,3%) ou BNP Paribas (-4,4%).
Un signal très négatif
L’enjeu est considérable. Pour le Fonds monétaire international (FMI), la Deutsche Bank est la banque la plus susceptible au monde de causer des dommages, par effet domino, en cas de faillite.
La fuite des hedge funds est perçue comme un signal très négatif. En effet, les investisseurs sont particulièrement inquiets de l’exposition de Deutsche Bank dans les produits dérivés, des instruments financiers utilisés pour couvrir les risques liés à la spéculation. Cette exposition était évaluée à 46.000 milliards de dollars (soit plus de treize fois le PIB de l’Allemagne), dont 20 milliards d’engagements fermes, dans les comptes 2015. Si Deutsche Bank était en grande difficulté, il serait difficile de la renflouer, ce qui conduirait à une contagion dans le système financier allemand et, par la suite, dans le système financier mondial.
La capitalisation boursière de la Deutsche Bank s’est effondrée à environ 14 milliards d’euros ce matin (environ 15,7 milliards de dollars), soit juste un peu plus quel’amende (14 milliards de dollars soit 12,5 milliards d’euros) que lui réclament les autorités américaines pour solder un litige immobilier remontant à la crise des subprimes. La banque rejette pour l’instant l’hypothèse d’une augmentation de capital pour se renflouer et récuse les spéculations affirmant qu’elle a besoin d’un plan de sauvetage public.
(Avec Reuters, AFP)


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TOO BIG TO FAIL ?

« Les marchés boursiers sont extrêmement nerveux, car pour eux, sans solution rapide, le scénario de la Deutsche Bank pourrait faire penser à celui de Lehman Brothers. Angela Merkel a fait savoir par interviews interposées que son gouvernement ne ferait rien pour aider la Deutsche Bank. Bref, que le contribuable allemand ne paierait pas pour recapitaliser la première banque allemande, qui est aussi l'une des douze plus grandes du monde.
« Si la Deutsche Bank devait s'effondrer, c'est l'équivalent du PIB mondial qui partirait en fumée ! »
Autrement dit le capitalisme financier risque bien de devoir affronter la crise la plus aigüe de son histoire. On lira donc avec la plus grande attention l’analyse  de Amid Faljaoui.


'LA FAILLITE DE DEUTSCHE BANK PROVOQUERAIT À COUP SÛR UN KRACH MONDIAL'
Le Vif
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Depuis quelques jours, les marchés boursiers européens sont très nerveux. Les actions bancaires en ont d'ailleurs fait les frais en piquant du nez. Déjà qu'elles n'étaient pas au mieux de leur forme, voilà qu'une décision d'Angela Merkel les fait plonger dans le rouge vif !


/ © istock
En effet, En clair, la Deutsche Bank devra se débrouiller toute seule pour trouver une solution à tous ses problèmes financiers, dont le dernier consiste à négocier avec la justice américaine qui lui a infligé une amende historique de 12,5 milliards d'euros pour son rôle dans la crise des subprimes !
Même si l'on sait bien que Deutsche Bank ne fera pas faillite, pour la simple et bonne raison qu'elle est considérée comme une banque systémique - systémique veut dire que sa culbute entraînerait la culbute d'autres établissements et qu'il n'est donc pas question de laisser cette banque boire la tasse. Mais ça c'est pour l'issue finale. En attendant d'y voir plus clair, les marchés boursiers sont extrêmement nerveux, car pour eux, sans solution rapide, le scénario de la Deutsche Bank pourrait faire penser à celui de Lehman Brothers.
Si la Deutsche Bank devait s'effondrer, c'est l'équivalent du PIB mondial qui partirait en fumée !
Les commentaires et analyses vont bon train et rappellent que Deutsche Bank, c'est des pertes de 6,8 milliards d'euros et une capitalisation boursière qui a fondu de moitié depuis le début de cette année. D'ailleurs, pour une glissade, c'est une sacrée glissade boursière, vu que le cours de l'action Deutsche Bank est revenu au niveau de l'année 1983, avant la création de l'euro ! Et pour couronner le tout, la Deutsche Bank, c'est aussi nous dit-on un peu plus de 72.000 milliards de produits dérivés que Warren Buffet, l'investisseur le plus riche au monde, a déjà qualifiés "d'armes de destruction financière massive".
En résumé, la Bourse est inquiète, car si Deutsche Bank devait s'effondrer, c'est l'équivalent du PIB mondial qui partirait en fumée et la certitude d'avoir un krach financier mondial. Le pire, c'est que tous ces chiffres sont connus de longue date, y compris du FMI, mais voilà, aujourd'hui, ils sont livrés en pâture au grand public.
Bien entendu, on sait qu'au final le gouvernement allemand et la BCE ne pourront pas laisser filer cette banque vers la faillite, mais comme le disait l'analyste américain Jim Rickards, ce n'est pas parce qu'une banque ne peut pas faire faillite que son action ne peut pas chuter de 90% ou plus. Le même Jim Rickards prédit à ses lecteurs que l'action Deutsche Bank pourrait tomber à zéro le lundi 3 octobre 2016... Dans son cas, c'est aussi pour promettre aux lecteurs de sa lettre d'information de réaliser une juteuse opération financière. Qu'il soit réaliste ou pas, mais voilà le genre de scénario qui explique pourquoi la Bourse est nerveuse en ce moment.

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