lundi 10 octobre 2016

Femme? Un sexe qui vote, cher Donald

le Soir
 PAR BÉATRICE DELVAUX

Image pour le résultat associé aux actualités

Si Hillary Clinton devient la première présidente des États-Unis, elle le devra moins au vote captif des femmes, qu’à leur rejet de son concurrent.
Si Hillary Clinton devient la première présidente des États-Unis, elle le devra moins au vote captif des femmes, qu’à leur rejet de son concurrent.
Donald Trump croyait tellement que son « authenticité » lui bétonnait la voie royale vers la popularité, qu’il en a oublié que les femmes ne sont pas que des «  chattes  » (sic) à agripper, mais aussi des citoyennes qui votent. Et voilà un candidat à la présidentielle qui risque de se rendre compte que, même quand on est une star, « elles » ne vous laissent pas toujours faire, et que non cher Donald, on ne peut pas faire avec elles tout ce qu’on veut.
Trump avait pourtant une carte à jouer sur ce terrain. Pas sur base de ses propres atouts : son passé de mâle à la libido primaire risquait de lui nuire. Mais sa rivale n’avait pas non plus de quoi se garantir l’électorat féminin. Hillary Clinton n’incarne ainsi pas aujourd’hui, auprès de la gent féminine, l’équivalent symbolique d’Obama à l’époque, auprès des minorités.
Membre clé de l’establishment politique et d’un système Clinton rompu aux jeux de pouvoir et d’argent, Hillary n’est ainsi pas devenue en cours de campagne, une égérie féministe portée vers la Maison-Blanche comme un trophée de portée mondiale de l’émancipation des sexes.
Mais comment des propos vieux de dix ans entre « hommes qui savent pourquoi » suscitent-ils tant de désapprobation ? Personne ne pouvait en effet douter que Trump, l’homme qui évoque les «  grosses nulles  » face caméra, soit un habitué de propos de macho lambda. Mais voilà, l’impunité n’existe visiblement pas dans ces matières.
Confrontées à un certain degré de cynisme, les femmes, – comme les «  choses mexicaines », autre cible trumpienne –, sortent à un moment de la soumission à laquelle certains les destinent, et disent stop. Cette rébellion est revendiquée aujourd’hui notamment par les stars républicaines Carly Fiorina et Condoleezza Rice, au nom du respect qu’on doit à des êtres qui ne sont pas que des sexes à «  baiser  » (sic), mais des cerveaux à convaincre.
Attaquer Bill Clinton sur ce registre sexuel pour se défendre ne fait qu’aggraver la situation d’un Trump qui transforme définitivement la campagne pour la présidence en caniveau.
Ô ironie   ? Se pourrait-il donc qu’un candidat à la présidence des Etats-Unis contribue à rappeler des principes fondamentaux à force non de les pratiquer mais de les bafouer ?


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
RÉSILIANTE HILLARY

Certes, Béatrice  Delvaux ne se trompe pas d’analyse. Mais elle réagit en féministe européenneet pas en yankee macho. Imperturbable, Hillary Clinton s’est défendue en brillante avocate avec la même élégance et la même efficacité que maitre Mayence dans le procès Westphael. DonaldTrump lui a même reconnu de la pugnacité.
Est-ce à dire qu’il a mordu la poussière ? Sûrement pas. L’homme est d’une mauvaise fois hallucinante.  Il ment sur tout et traite Hillary de menteuse en précisant que, « lui Président », il l’enverrait volontiers derrière les verrous pour avoir détruit des mails qu’il juge compromettants.
Cela dit, son poujadisme à l’américaine, son reaganisme au carré devraient plaire à l’électorat blanc frustré et malmené par les années Obama même s’il heurte, à l’évidence, l’intelligentsia républicaine qui se détourne de lui. Il y a du Sarkozy, même du Berlusconi dans son style.  Sauf qu’il incarne aussi quelque chose qui fait penser à la morgue churchillienne, la subtilité rhétorique du bouledogue en moins.  L’homme est grand, massif, roublard et agressif comme un condottière florentin, un histrion mussolinien, un American staff à la mâchoire d’acier. Hillary a montré, une fois de plus, qu’elle ne le craint pas, qu’elle le méprise au contraire sans le dénigrer pour autant avec ce sourire carnassier à la Laurette Onkelinx qui le rend fou de rage.
En me recouchant après une nuit blanche, je me suis demandé quelle eût été l’issue d’un débat Trump-Obama, Donald-Bill, voire même Trump-Kennedy.
Franchement, je ne pense pas qu’ils auraient mieux tenu face à cet animal politique, tellement agressif et, au fond, si peu politique.
Certes, Hillary a remporté cette deuxième manche de catch médiatique et elle ne manquera pas de gagner le troisième, j’en suis persuadé.
Mais cette femme de fer, infiniment plus subtile que la robuste Maggy Thatcher, sera-telle la prochaine Présidente de la plus puissante nation du monde ? Franchement j’en doute et cela me consterne.
Mais, répétons-le, en politique c’est toujours l’imprévisible qui se produit.  Personne ne peut prédire l’issue de ce pugilat. Ce qui est certain c’est que Mrs. Clinton est vraiment une maîtresse femme.
MG


Aucun commentaire: