jeudi 6 octobre 2016

La social-démocratie européenne démunie face à la tragédie


Par Alain Duhamel  Libération
Incapable d’inventer un nouveau modèle, boudé par les milieux populistes qui lui préfèrent l’extrême droite, ce modèle vit-il ses dernières heures? 


LA SOCIAL-DÉMOCRATIE EUROPÉENNE DÉMUNIE FACE À LA TRAGÉDIE
La France n’est pas seule. Dans l’Hexagone, la crise de la social-démocratie atteint, certes, des proportions homériques. Le gouvernement et le Président battent des records d’impopularité. Le PS a perdu avec une ponctualité immuable toutes les élections intermédiaires. La présidentielle et les législatives de 2017 s’annoncent comme des Waterloo, sans les charges désespérées de Ney et la bravoure des grenadiers de la garde. Le parti perd sans cesse des militants. Le débat des idées oppose libéraux et nationalistes. Les socialistes n’y assistent plus qu’en spectateurs muets. Pour la social-démocratie française, c’est une traversée du désert qui commence. Sera-t-elle brève, comme de 1993 à 1997, ou bien très longue, comme de 1958 à 1981 ? La social-démocratie est, certes, résiliente mais sa capacité à se réinventer reste à démontrer.
D’autant plus que si elle sombre en France, elle menace de faire naufrage partout en Europe. En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn mène d’un pas résolu le Parti travailliste vers un désastre électoral. Défendant avec conviction les thèses économiques qui avaient débouché sur le fiasco mémorable des années 70, ignorant l’Europe et ressuscitant les vieilles lunes du désarmement nucléaire unilatéral, il devient le croque-mort de la social-démocratie britannique.
En Espagne, après plusieurs échecs, le PSOE se déchire comme jamais. Son chef de file, Pedro Sánchez, vient d’être acculé à la démission. Entre Podemos et la droite de Mariano Rajoy, les sociaux-démocrates ne parviennent même plus à incarner une alternative plausible. En Italie, Matteo Renzi a tenté de moderniser la social-démocratie de la péninsule. Il a pris des risques, il a tenté de passer en force. Il est en train d’échouer et la gauche réformiste italienne ressemble de plus en plus à un archipel confus menacé d’être submergé par les flots.
En Autriche, aux Pays-Bas, en Belgique, les sociaux-démocrates accumulent les défaites. En Allemagne, ils reculent et sont menacés d’être évincés de la «grande coalition» l’an prochain. En Scandinavie, le règne immuable de la social-démocratie n’est plus qu’un souvenir.
La social-démocratie chute lourdement en France mais trébuche et vacille partout en Europe. La question qui se pose est de savoir si le temps de la social-démocratie est passé, si elle n’a été qu’une parenthèse heureuse entre les guerres et les désastres économiques. On l’avait déjà constaté dans les années 30, on le vérifie face à l’enchaînement des crises économiques : la social-démocratie a du mal à affronter les tumultes de l’histoire. Elle semble taillée pour le bonheur de la prospérité et de la paix. Quand le ciel se charge et se fait menaçant, quand les conflits éclatent ou que le désordre économique devient tragique, la social-démocratie européenne tremble et recule en désordre. Cette fois-ci encore, elle semble en panne de solution, comme désarmée face au drame du chômage, de la précarité, du déclassement. Elle a pourtant tenté des répliques différentes selon les pays. Tony Blair, Gerhard Schröder ont pris le risque de réformes économiques hardies et de l’impopularité. Matteo Renzi les imite. La Scandinavie a beaucoup innové en matière sociale. La France, elle, n’a engagé que des demi-mesures. Courage comme prudence ont cependant semblablement mené aux mêmes échecs politiques. La social-démocratie dominait les années 90. Elle plonge et s’abîme depuis le début du XXIe siècle.
Partout en Europe, elle change de base électorale. Dans ses périodes de conquêtes et de victoires, elle rassemblait les classes populaires, ouvrières, celles des employés, des fonctionnaires modestes. Depuis les années 70, elle a nettement progressé parmi les classes moyennes mais elle a fortement régressé dans les classes populaires. Là où elle avait des liens forts avec les syndicats (pas en France), ceux-ci se sont distendus. Ce sont les partis populistes ou d’extrême droite qui désormais attirent les milieux populaires. Le Front national le démontre, le Brexit le confirme. Face aux épreuves sociales, ceux qui sont le plus touchés ou menacés se tournent vers les extrêmes : Podemos ou Beppe Grillo, Syriza ou Mélenchon mais surtout, presque partout, la colère, le ressentiment et la peur précipitent les classes populaires vers les rivages maudits du nationalisme, de la xénophobie et de la démagogie.
La social-démocratie européenne, désemparée face à la tragédie, peine à trouver des réponses. Sa vocation et sa méthode ont toujours été de marier le réalisme économique et le progrès social. Quarante ans de crise ont étouffé le progrès et ont durci le réalisme. Jusqu’à présent, la social-démocratie s’est montrée incapable d’inventer un nouveau modèle ou d’adapter l’ancien.
Alain Duhamel 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ACTE DE DECES  DE LA SOCIAL DEMOCRATIE ?

L’analyse d’ Alain Duhamel est irréfutable : la social-démocratie se meurt, elle  ne renaîtra sans doute pas de sitôt. Elle dominait la République de Weimar après la défaite du Reich en 1918. Elle sera balayée dans les années trente par un avatar très particulier du socialisme, le national-socialisme de Hitler, (la NSDAP, Parti national-socialiste des travailleurs allemands, en allemand : Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, désigné souvent dénommé simplement Parti nazi, un parti politique allemand communément classé à l'extrême droite et rattaché à la famille politique du fascisme).
Partout en Europe le fascisme dresse à nouveau l’oreille. Assistons-nous à une nouvelle montée des périls ? Certains en sont convaincus et l’irrésistible montée de Drumpf aux States ne devrait pas nous rassurer. La vraie question est de savoir que fera demain la gauche : se radicaliser ou s’accrocher au radeau de la social-démocratie ? Mélanchon a viré sa cuti, Hollande semble perdu. Et Di Rupo ? Et Paul Magnette ?   Les socialistes sentent dans leur cou le souffle chaud du PTB, ces communistes d’un autre genre qui leur donnent de l’urticaire.  Di Rupo et Michel se reparlent et Magnette semble vouloir enterrer la hache de guerre. Bart De Wever rêvait de mettre le PS hors jeu en s’alliant au MR. Il semble bien que Paul Magnette rêve désormis d’une alliance future avec ce même MR pour envoyer la NVA dans l’opposition. 
MG

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