lundi 10 octobre 2016

Tombeau pour une disparue: l’hommage de Pierre Mertens à Véronique Pirotton


Pierre Mertens
Le Soir
La carte blanche de l’écrivain belge.

Comme à Ostende
Et comm’partout
Quand sur la ville
Tombe la pluie
Et qu’on s’demande
Si c’est utile
Et puis surtout
Si ça vaut l’coup
Si ça vaut l’coup
D’vivre sa vie !…
Léo Ferré
«  Comme à Ostende  »
Longtemps, je n’ai pas compris pourquoi on évoquait la mort comme une « disparition ». Mon père m’a raconté qu’étant enfant, je disais que si l’on pensait très fort aux morts, ils ne disparaîtraient jamais.
Depuis peu, depuis très peu, je comprends mieux, hélas, la métaphore. On apprend à tout âge.
La mort violente d’une femme que j’ai bien connue naguère, n’a suscité d’abord qu’un silence assourdissant. Il n’y en avait que pour celui qui partageait sa vie, et sa chambre d’hôtel, à Ostende, le jour du « drame ». Il s’agissait de respecter et de rappeler à bon droit la présomption d’innocence dont il devait bénéficier. Pour avoir longtemps enseigné la protection des Droits de l’Homme, à l’Université Libre de Bruxelles, j’ai toujours accordé à ce principe toute son importance. C’est tellement précieux, la liberté et l’honneur d’un homme lorsqu’il doit se disculper de ce dont on est prêt à le suspecter de plus grave. Mais le droit de l’Homme le plus important, cela reste encore le droit à la vie (ce qui interdit, comme on sait, l’application de la peine de mort), et ce droit-là, bizarrement, semble retenir moins l’attention du commun… des mortels !
On connaît l’issue du procès : acquittement au bénéfice du doute. Eh bien voilà : la messe est dite... Provisoirement ? Allez savoir...
Or, cette femme dont je parle, je me porte garant qu’elle pensait avoir plus de futur que de passé. Et un fils, dont elle entendait assurer le propre avenir. Et on la soupçonnait lourdement d’avoir voulu, brutalement, mettre fin à tout cela, ou de se mettre en danger de tout perdre. En d’autres termes, on ne la présumait pas « innocente », indemne du « crime » d’avoir voulu mettre un terme à sa destinée.
Car elle en avait une de destinée, ô combien prometteuse, de cela aussi je suis prêt à répondre pour elle.
Tout le monde, du reste, s’accordait à la reconnaître « brillante », mais d’aucuns ajoutaient : « complexe et – surtout – fragile  ». Comme si c’était un vice, ou une perversion. Et que le terme serait devenu péjoratif. Nous vivons à une époque où on nous apprend à nous méfier des personnes fragiles. De quoi ne seraient-elles pas capables ? De quel dérapage ?
Les victimes ne sont plus à la mode, de nos jours. Toute une littérature très prisée leur préfère des gens sans histoire, voire de beaux monstres, tellement plus passionnants à analyser, n’est-il pas vrai ?
Véronique – car tel était son nom – et je n’ai jamais, à l’instar de certains, voulu l’appeler «  Véro  », comme si l’on s’entendait déjà à la raccourcir, avait fait un parcours affectif plutôt calamiteux… Elle qui aimait tant la vie, j’y insiste, la vie ne semble pas lui avoir rendu jamais durablement son amour. Etrange fatwa que celle qui semblait la cibler depuis « belle lurette »… Mais pourtant, jusqu’à tout récemment, elle rebondissait toujours. Elle ne nommait pas d’autres responsables qu’elle-même du répétitif gâchis, mais elle accordait trop facilement sa confiance à des mirages. Son honneur, plusieurs fois perdu, elle réussissait la plupart du temps à le reconquérir. Aux antipodes des narcissico-carriéristes, elle nourrissait une seule et belle ambition. Un jour où, par boutade, je lui demandai si elle avait vu le film de Kieslowski La double vie de Véronique, elle me répondit que, quant à elle, elle aspirait seulement à une vie simple et heureuse… Je lui assurai que ce n’était pas là une illégitime revendication. On sait ce qu’il en est advenu et comme elle s’est, plus d’une fois, précipitée vers sa perte. Seule.
Car elle ne bénéficia, quant à elle, d’aucun réseau, d’aucune confrérie, d’aucune garde rapprochée pour assurer sa protection contre les divers avatars de cette sorte de malédiction qui la rejoignait toujours (et qu’il lui arrivait d’évoquer sans ressentiment, mais avec un humour triste…)
Là où elle repose (?) désormais, il ne lui est plus loisible de répondre à l’opprobre dont on l’a quelquefois couverte.
Les absents ont toujours tort, n’est-ce pas ? A fortiori certain(e)s mort(e)s. Mais n’assure-t-on pas aussi, que ce sont souvent les meilleur(e)s qui s’en vont ?
Faisons en sorte qu’il n’y ait pas de deuxième (ou de troisième) mort de Véronique Pirotton. Ne tournons pas la page. Ne faisons pas – trop vite – notre deuil.
Il n’est pas de vérité que judiciaire.
Je me rappelle que, sauf erreur, Sainte Véronique fut celle qui épongea le front du Christ, tandis qu’il était à l’agonie. Comment rêver, comment croire, que l’autre Véronique pût avoir droit, dans les mêmes circonstances, à pareil de geste de compassion ?


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CHAPEAU BAS

Tandis  que Bernard Westphael et son sauveur, le brillant pénaliste  Mayence,cèdent au triomphalisme, que déjà,"victimes d'un lynchage médiatique", ils s’apprêtent à trainer certains medias devant les tribunaux,Pierre Mertens rend un magnifique hommage à la victime.
MG


ME UYTTENDAELE MANDATÉ POUR DÉFENDRE LES INTÉRÊTS DE WESPHAEL FACE À CERTAINS MÉDIAS
LE VIF

Source: Belga
Bernard Wesphael a mandaté l'avocat Marc Uyttendaele pour défendre ses intérêts dans une série de procédures visant les "médias qui n'ont respecté aucune forme de déontologie et ont craché sur la présomption d'innocence", affirme-t-il dans un entretien publié samedi par L'Echo.

 
Marc Uyttendaele © BELGA

"M. Wesphael m'a mandaté pour défendre ses intérêts contre certains organes de presse qui ont bafoué la présomption d'innocence durant son procès", a assuré Me Uyttendaele, ajoutant que son client avait été "victime d'un lynchage médiatique", sans préciser le nom des médias visés.
D'après M. Wesphael, "dans une démocratie, on ne peut pas laisser des choses pareilles. Ca a failli me coûter la vie au début de mon incarcération quand j'ai vu un titre m'accusant d'assassin", explique-t-il dans les colonnes de l'Echo.
Le dossier doit maintenant être instruit.

Aucun commentaire: