dimanche 27 novembre 2016

Après Fidel, Raul Castro affronte une nouvelle génération de cyber-dissidents


Le Soir
Avec les Castro l’opposition n’a pas sa place à Cuba. Et internet offre un nouveau champ de bataille de la liberté d’expression. 


• La communauté cubaine à Miami célèbre l’annonce de la mort de Fidel Castro © Reporters/Abaca
Main de fer de Fidel ou gant de velours de Raul, avec les Castro l’opposition n’a pas sa place à Cuba, où, à l’ombre d’une Église catholique revenue en grâce, fleurit une nouvelle génération de dissidents, avec internet pour champ de bataille de la liberté d’expression.
Derrière la célèbre Yoani Sanchez, les blogueurs ont pour noms Claudia, Orlando, Reinaldo, Miriam ou Yamil. Pratiquement inconnus dans leur propre pays, ils comptent sur le développement d’internet pour faire entendre leur voix, dans un pays où il ne fait généralement pas bon être différent.
FIDEL IMPITOYABLE AVEC LES « TRAÎTRES »
Car Fidel s’est toujours montré impitoyable avec les «  traîtres  », les «  mercenaires » et autres «  apatrides  » et «  parasites  », souvent sanctionnés par de lourdes peines de prison puis poussés à l’exil.
«  La dissidence tant vantée ou la supposée opposition à Cuba n’existe que dans les esprits échauffés de la mafia cubano-américaine et des bureaucrates de la Maison Blanche  », clamait Fidel Castro en juillet 2005 en assurant que la dissidence « n’avancerait pas d’un millimètre de plus  ».
Il l’avait prouvé en déclenchant en mars 2003 une des pires rafles d’opposants de son histoire. A l’issue de procès expéditifs, 75 dissidents sont condamnés à des peines de six à 28 ans de prison. Paradoxalement, alors qu’il avait longtemps tenu le rôle de «  dur  » au sein du régime, c’est son frère Raul qui, depuis qu’il a pris le pouvoir en 2006, va vider les prisons.
Les 52 derniers prisonniers du groupe des 75 du «  printemps noir  » ont finalement tous été libérés grâce à un accord historique conclu à l’été 2010 avec l’Église catholique. Et en janvier 2015 Cuba a achevé la libération «  humanitaire  » de 53 autres détenus dans le cadre de son rapprochement avec Washington, qui considérait ces prisonniers comme des prisonniers politiques.
PROFITER DE LA NOUVELLE LOI
Inconnus à Cuba, sans soutien populaire, harcelés par une répression de basse intensité mais omniprésente, les dissidents, historiques ou jeunes blogueurs, ont bénéficié en 2013 de la nouvelle loi dispensant d’autorisation préalable les candidats au voyage à l’étranger.
Pratiquement tous en ont profité pour sortir de Cuba et prêcher à l’étranger leur dénonciation du régime communiste, avant de revenir à Cuba où leur liberté d’expression reste circonscrite à un internet auquel la grande majorité des Cubains n’a pas accès.
Mais même sur internet, la riposte a été lancée, avec des blogueurs gouvernementaux qui occupent le terrain face aux opposants et à une nouvelle presse en ligne indépendante, mais modérée, qui défie le monopole étatique des médias.
Depuis des décennies, les frères Castro ont accusé les dissidents d’être «  des mercenaires  » à la solde des États-Unis. Mais depuis l’annonce du rapprochement avec le voisin nord-américain, le président Raul Castro les désigne plus sobrement comme « quelques centaines d’individus qui reçoivent argent, instructions et oxygène de l’extérieur ».

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN TYRAN AUX ALLURES DÉBONNAIRES DE ROBIN DES BOIS
« Dans le destin de la société intellectuelle, sans doute italienne, espagnole et allemande, mais surtout française, le rôle de Fidel Castro a été symboliquement plus important, même de manière plus brève, que celui de Mao »(…) « Il restait "la Révolution", un mot obsessionnel que l’on allait entendre, lire et représenter à chaque instant au point d’impatienter des écrivains comme Roland Barthes ou des philosophes comme Althusser. »(…) « La déception a commencé à être angoissante avec la persécution des homosexuels et l’incarcération du poète Ernesto Padilla qui avait de nombreuses amitiés à Paris » Jean Daniel
Il persistait cependant  encore en Europe et même en Belgique quelques rares fidèles de Fidel. Volontiers ils faisaient le pèlerinage à La Havane, visitaient les bars délabrés pour s’y gorger dans  la fumée des cigares de musique cubaine, de rhum servi à la mode d’Hemingway et se faisaient conduire dans des taxis Chevrolet des années cinquante. Certains en ramenaient des bérets couleur olive arborant l’étoile rouge qu’ils exhibent lors des marches de protestation dans les rues de Bruxelles. Et voici que ces ultimes fidèles ouvrent les yeux sur le vrai visage du tyran et ses velléités de nabab croupissant dans la solitude d’un îlot éloigné de le Havane. Protégé des regards indiscrets  il s’y vautrait dans un luxe digne de Trump ou d’Erdogan.  Voici donc venu pour ceux-là  le moment de la chute finale.
MG


FIDEL CASTRO OU LA CHUTE DES GRANDES ESPÉRANCES


 
Le Premier ministre cubain Fidel Castro lors de sa rencontre avec les sénateurs américains Javits et Pell à La Havane, le 29 septembre 1974. (CHARLES TASNADI/AP/AP/SIPA)
Jean Daniel Obs
Le "Lider Maximo" avait suscité l'espoir. C'était avant la répression et le "grand matin des dissidents".
Dans le destin de la société intellectuelle, sans doute italienne, espagnole et allemande, mais surtout française, le rôle de Fidel Castro a été symboliquement plus important, même de manière plus brève, que celui de Mao. Le mythe révolutionnaire incarné par le "Lider Maximo" de la Sierra Maestra a été d’abord celui d’un anti-américanisme qui, en dépit de la modeste taille de l’île de Cuba, a mis en échec toutes les tentatives de complot ou d’assassinat. Mais surtout, comme me le dira John F. Kennedy, Cuba avait la réputation d’être le "bordel" des Etats-Unis. Kennedy disait qu’il aurait été volontiers castriste si le leader cubain ne s’était laissé encanailler, corrompre puis asservir par l’union Soviétique au moment où celle-ci mettait en péril nucléaire la paix du monde.
C’est un fait que pendant quelques années nous avons assisté à la chute de la grande espérance marxiste révolutionnaire et aux révélations de ce qu’on appellera plus tard "le grand matin des dissidents", comme Elena Bonner ou Leonid Plioutch.
Je me souviens des conversations que nous avions aux débuts du "Nouvel observateur" sur "le besoin du communisme" (je crois que le mot est de Castoriadis). Nous n’en avions pas toujours conscience, mais à la réflexion il s’agissait de sauver l’idéal communiste et l’idéologie marxiste soudain immergés dans la barbarie totalitaire.
UNE REPRESSION ANGOISSANTE
On se réfugiait alors avec gravité vers Mao mais avec une allégresse lyrique imprégnée d’espérance vers Castro, d’autant que pendant toute une époque Fidel n’était absolument pas tenté par l’inféodation ni au marxisme ni au communisme. Il restait "la Révolution", un mot obsessionnel que l’on allait entendre, lire et représenter à chaque instant au point d’impatienter des écrivains comme Roland Barthes ou des philosophes comme Althusser.
La déception a commencé à être angoissante avec la persécution des homosexuels et l’incarcération du poète Ernesto Padilla qui avait de nombreuses amitiés à Paris. On restait encore plus ou moins fidèle au Che Guevara devenu une star, qui nourrissait de rêves les jeunes aventuriers de la pensée marxiste.
Et puis Fidel Castro, après des accords justifiés par la crainte de l’Union soviétique, a permis au gouvernement russe l’installation de missiles à Cuba. Ce fut, on le sait, la plus grande menace du 20e siècle qui avait déjà vécu deux grandes guerres. Mais c’était la guerre froide, c’est à dire l’éventualité d’une guerre totale avec la bombe atomique. Kennedy a été littéralement obsédé, et courageux dira De Gaulle, par la volonté d’expulser les russes et leur missiles qu’ils avaient installés à quelques kilomètres de Washington. C’est cette question qui va dominer l’entretien que Kennedy m’avait accordé un mois avant d’être assassiné tandis que je déjeunais avec Fidel.
Jean Daniel 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
Quand Napoléon est mort, Talleyrand a déclaré : "C'est une nouvelle, ce n'est plus un événement."
On peut dire aujourd'hui la même chose de Castro.


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