dimanche 27 novembre 2016

Découvrez le carnet scolaire du cancre Fillon



Le dossier scolaire du lycéen François Fillon circule sur le net depuis 2005. Celui-ci prouve que tout cancre n’est pas perdu.
Par Augustin Scalbert.  L’Obs

(De nos archives) Fin 2004 début 2005, François Fillon est ministre de l’Education nationale, et la loi qu’il entend faire voter provoque un mouvement lycéen. A cette occasion, le dossier scolaire de François Fillon commence à circuler, car alors qu’il envisageait de renforcer la place du contrôle continu, ses bulletins montrent des notes très moyennes tout au long de l’année... Ceux de la classe de première se retrouvent même sur Internet en 2008.
On découvre alors que, lycéen au tournant des années 70, François Fillonétait un cancre. Il ne s’en est d’ailleurs jamais caché. Du genre doué, mais paresseux. Et, surtout, rebelle à l’autorité.
Un riverain a fait parvenir les bulletins à Rue89. Nous ne résistons pas à en publier quelques extraits ci-dessous – sachant que contrairement à d’autres lycéens, l’actuel Premier ministre de la France n’a jamais été accusé de tricherie par ses professeurs.
Pour nos jeunes lecteurs, ces extraits doivent avoir valeur d’édification : ils prouvent que tout cancre n’est pas perdu, et peut se racheter jusqu’à devenir chef de gouvernement. Même s’il s’est fait renvoyer deux fois.
IL LANCE UNE AMPOULE LACRYMOGÈNE DANS LA CLASSE
Avant d’arriver au lycée jésuite Sainte-Croix du Mans, le futur Premier ministre était collégien à l’Institution Saint-Michel-des-Perrais, à quatre kilomètres de Cérans-Foulletourte, où il a grandi et où son père était notaire.
Dans sa biographie « François Fillon, le secret et l’ambition » parue en 2007 aux éditions du Moment, la journaliste Christine Kelly raconte pourquoi l’élève Fillon s’est fait renvoyer trois jours de son collège :
« Lors d’un devoir écrit, il emporte un jour avec lui une ampoule lacrymogène qu’il lâche dans la classe en pleine composition. Tous les élèves doivent alors évacuer d’urgence. François est sévèrement réprimandé. »
A l’époque, Fillon a encore de très bonnes notes, surtout en histoire-géo : Christine Kelly cite un de ses professeurs de troisième, qui dit que « c’est un élève modèle ». « Enfant précoce, François apprend avec une facilité déconcertante », ajoute la journaliste.
« MOINS DE DISSIPATION, PLUS DE MODESTIE »
Au lycée, ça se gâte. Aîné de sa famille, « François est un adolescent révolté », écrit sa biographe :
« Il se rebelle contre tout, contre l’école et contre ses parents. [...] Epris de liberté, François n’accepte pas facilement les remarques. Il n’aime pas non plus les critiques. »
Les bulletins parvenus à Rue89 confirment cette impression. Voici son premier, au début de sa seconde. On remarque que même le professeur de sa meilleure matière, l’histoire, estime qu’il ne travaille pas :
« Ensemble convenable. Doit pouvoir faire un élève sûr, s’il veut s’en donner la peine. »

Plus tard, en « appréciations générales » du premier trimestre de sa première (en section littéraire), on lit « moins de dissipation, plus de courage au travail, plus de modestie : le mélange serait meilleur, plus efficace ».

Appréciations sur François Fillon en classe de première, premier trimestre.
C’est le trimestre suivant, au printemps 1971, que François Fillon se fait renvoyer pour la seconde fois. Christine Kelly débute sa biographie du Premier ministre par cet épisode plutôt croquignolet.
EN TÊTE D’UNE MANIF CONTRE LA PROF D’ANGLAIS
Dans la cour de Sainte-Croix, les élèves manifestent pour réclamer le départ d’une professeur d’anglais, qu’ils jugent incompétente :
« “Démission !”, “Démission”, lit-on sur leurs banderoles improvisées. [...] En tête de cortège, un lycéen aux cheveux noirs, arrivé l’année précédente dans l’établissement, un certain François Fillon. Il est réputé pour être turbulent et insolent. »
Fillon est viré illico du lycée. Mais la manif continue, cette fois aux cris de « Libérez Fillon ! ». Le préfet de discipline finit par céder, en disant « Fillon est un bon garçon, soit, mais n’en faisons pas un martyr ».
Triomphant, le lycéen rebelle réintègre l’établissement. Mais le futur époux d’une Galloise ne progressera pas en anglais, alors que son niveau était « passable » en seconde. Avant la manifestation, sa prof disait : « Pourrait réussir avec un minimum d’efforts. » Après, c’est : « Niveau très insuffisant, aucun travail. » Puis, pour terminer l’année : « Aucun travail ; résultats alarmants. »
A la fin de sa première, en appréciations générales, François Fillon récolte un blâme (le pire niveau possible après « félicitations », « encouragements » et « avertissement »). Il passe tout de même en terminale, avec une appréciation très inquiète du directeur :
« Admis en classe supérieure, de justesse. En continuant ainsi, François est sûr d’un échec. »

Mais en terminale, les appréciations de Fillon sont de pire en pire, et pas seulement en anglais (il n’a plus le même professeur). Sauf en histoire-géo, il échoue partout, parce qu’il ne travaille pas.
En sport, les appréciations sont déplorables depuis la seconde, et les expressions du professeur de l’époque font sourire : sur un bulletin, il dit que François Fillon « manque de virilité »... Aujourd’hui, on dirait sans doute « tonicité ».
EN TERMINALE, « ÇA DEVIENT DANGEREUX »
Voici le bulletin du deuxième trimestre de terminale, qui se termine par une cinglante appréciation du directeur. C’est le relevé le plus salé de l’année, excepté le « bon travail » en histoire-géo : « Faible, bavard » en maths, « très faible » en anglais, « pourrait bien faire s’il participait davantage » en espagnol...

Mais François Fillon obtiendra tout de même son bac.
Un temps, il envisagera d’être journaliste, puis fera du droit jusqu’en troisième cycle, avant de rentrer dans le cabinet ministériel de Joël Le Theule, d’être élu député à 27 ans, et de faire la carrière que l’on sait. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CHURCHILL AUSSI, DIT-ON, ÉTAIT UN CANCRE… 
 
« Winston travaillait à l'école selon son bon plaisir et seulement dans les matières  les matières qu'il aimait. Le statut de cancre lui fut discerné avec les « honneurs » !
Il n'aimait pas l'école avec ses impératifs. Garnement rude, dissipé, insupportable, lamentable, bagarreur, crétin tels sont les qualificatifs de ce personnage, que rien ne prédispose au destin à venir. En juillet 1888, Henry Davidson, son maître d'internat dit de lui : « Il est si régulier dans son irrégularité que je ne sais vraiment que faire. »
A 9 ans, il dévore des classiques comme L'Île aux trésors, à 11 les romans d'aventure d'Haggard. Winston est doté d'une habileté, d'une dextérité et d'un mental exceptionnels, mais il cultive le principe du travail pour le plaisir.
Aussi, dès lors qu'on le force, il ne fait rien.
En dépit de sa petite taille - il ne mesure qu'1 mètre 66 - il gagne en 1889 le championnat de natation par équipe, à 17 ans des championnats d'escrime. Il met à mal ses adversaires, plus grands et plus expérimentés. Il apprend à monter à cheval sans selle, sans étrier, sans rênes. Il monte et descend d'un cheval au trot et devient en quelques semaines l'un des meilleurs cavalier de la fameuse Sandhurst royal military academy.

Winston Churchill possède un sens de la rhétorique doublé d'une empathie exceptionnelle, sa capacité à fédérer autant qu'à mobiliser autour de lui indique un talent interpersonnel remarquable. Ses qualités de pédagogue lui seront d'une formidable utilité pour se « faire comprendre » auprès des différents publics auxquels il s'adressera.
Son sens remarquable de la répartie, la puissance de ses discours forcent l’admiration.
Sa capacité de résilience, son extraordinaire confiance en lui, sa capacité à capitaliser les leçons issues de l'expérience, sa capacité à décider promptement sont autant d'indicateurs d'un talent intrapersonnel indéniable.
Son sens de l'observation des signaux faibles en fait un fin stratège. Il lui faudra maîtriser son impatience et ses élans d'énergie légendaires.
Enfin, sa mémoire, cultivée et entraînée avec discipline au quotidien, lui permet d'accumuler des milliers d'informations utiles qu'il mobilise avec une aisance indécente. Il fait taire pour l'éternité, les prédictions « qu'on » avait posé sur lui sans nuance dans son enfance.
Mémoire exceptionnelle (car travaillée sans relâche), pédagogie, sens du discours, empathie, sens des situations, sens du mouvement, perception du temps, qualités d'écriture issues de l'expérience, maîtrise de soi, capacité à décider promptement, telles sont les facultés de leader qu'a travaillé sans relâche dès sa plus jeune enfance Winston Churchill. » (Focus RH)
Fillon serait-il un Churchill au petit pied? Ses fans de droite en sont persuadés. Reste à savoir ce qu’en penseront les Français. 


« C'ÉTAIT DES CANCRES ! »
Hubert Prolongeau Le Point

« Je déteste mon enfance », avait-il coutume de dire. Quelle part ont eu ses mauvaises notes dans cette détestation ? Affublé d'une répétitrice, nul en chant, en gymnastique, en physique, médiocre en mathématiques, il obtient avec peine le certificat d'études et est refusé aux portes du lycée Condorcet. Alors il jette tout, renonce au baccalauréat et choisit sa voie royale, celle de la vie et de ses pièges. Il a été cancre ? Tant pis : il sera trafiquant, écrivain, ministre, génie. André Malraux était né. Combien sont-ils à avoir marqué leur époque et à avoir pourtant, enfant, peiné comme des malheureux face aux contraintes de l'école ? Honoré de Balzac est expulsé du collège à 14 ans, Jean Cocteau rate quatre fois le bac, le père de Winston Churchill lui écrit que « ses résultats scolaires sont une insulte à l'intelligence », François Truffaut court les rues et rate l'examen d'entrée en sixième, John Lennon échoue à son A-level et, dit un de ses bulletins, « passe son temps à inventer des remarques spirituelles ». Gustave Flaubert est turbulent et mauvais élève, Albert Einstein est lent et peine à apprendre par coeur... Jusqu'à Charlemagne, qui, avant d'inventer l'école, ne réussit à y maîtriser à peu près que « le francisque des Ripuaires », et à Louis XIV, qui fait s'arracher les cheveux à son précepteur, le digne abbé Hardouin de Péréfixe, qu'il baptisait « Préfixe » (« Encyclopédie des cancres », Jean-Bernard Pouy, Gallimard). Aujourd'hui aussi, beaucoup d'écrivains, de journalistes, d'acteurs, d'industriels ont ainsi rejeté une école qui le leur rendait bien. Il est devenu de bon ton de mettre en avant ces premières défaillances qui, par contraste, font d'autant mieux briller le lustre actuel. Ainsi Michel Drucker a-t-il baptisé son autobiographie « Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? » (Robert Laffont), et Antoine Riboud la sienne « Le dernier de la classe » (Grasset). Sous-entendu : regardez comme j'ai bien fait mentir les prédictions. Et qui ne se souvient de ce cliché des souvenirs d'enfance qui, de Pagnol à Sabatier en passant par Cavanna, fait de la déchéance scolaire une délicieuse péripétie ? Aujourd'hui pourtant, Daniel Pennac, avec « Chagrin d'école » (Gallimard), l'un des succès du moment, vient de remettre en avant la souffrance que sont aussi pour le cancre ces débuts de vie dans la médiocrité.
Philippe Bouvard passera trois fois le bac, puis arrivera au tout jeune CFJ, Centre de formation des journalistes. Là, quand il y a un article à faire, il en écrit quatre versions et les vend à ses camarades moins talentueux mais plus fortunés, ce qui lui vaudra une nouvelle expulsion. Il s'épuisera en petits boulots (vendeur d'encyclopédies, de lunettes chez Lissac...) avant de pouvoir débuter au Figaro , où un coup d'éclat lui mettra le pied à l'étrier.
« N'avoir aucun diplôme m'a gêné culturellement. Aujourd'hui encore, je vis entouré de dictionnaires et d'encyclopédies. »

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