dimanche 27 novembre 2016

Fillon, son château, son tracteur, son cheval: comment ruiner son image dans "Paris-Match"


Publié le 29-08-2013 par l’OBS


Par Bruno Roger-Petit
Editorialiste invité
François Fillon voulait se montrer sous un jour rassurant mais livre un plan com' ringard, dépassé et contreproductif en s'exposant dans la presse people, selon notre chroniqueur Bruno-Roger Petit.


UNE SÉRIE DE CLICHÉS

(…)Tout est dit trois photos : celle qui ouvre le long reportage consacré aux vacances présentées comme studieuses de François Fillon, où on le voit prenant la pose devant sa gentilhommière, en compagnie de son épouse et de ses enfants, celle qui le montre caressant son cheval et celle le montrant aux commandes d'un tracteur.

Le tout se veut apaisant et rassurant, mais c'est l'effet contraire qui est produit, cette série de clichés est en vérité excluante et violente.

La photo de famille, devant le château familial, évoque ces châtelains de Germinal, qui se gobergent en famille tandis que les mineurs se tuent au travail pour leur bonne fortune. Les vêtements, les attitudes, les poses, les polos Lacoste, les mocassins d'été, les bermudas chics, la petite table pour le thé servi dehors... Tout trahit l'habitus du bourgeois français tel qu'il s'est forgé au tournant du 19e et du 20e siècle et qui a su se préserver jusqu'à la Manif pour tous de 2013.
Ceux qui ont pensé cette photo, consciemment ou inconsciemment, coupent François Fillon d'une immense majorité du peuple de France. Dans la France pré-1789 de 2013, le château ne protège plus. Le château énerve. Le château irrite. Le château est un signe de domination de classe par reproduction d'elle-même.
Ceux qui ont pensé cette photo ont oublié toutes les classes populaires, surtout celles qui votent FN parce qu'elles ne supportent plus l'UMP, considérée par elles comme une organisation de riches pour les riches par les riches. Cette photo ne peut que séduire, éventuellement, ce tiers de l'électorat français qui se reconnait dans cette France-là, une France d'avant, tellement enviable en 1969, mais elle ne peut porter au-delà de cette nostalgie mortifère.


LE CHEVAL ET LE TRACTEUR

C'est en ce sens qu'elle est excluante, donc violente, parce ce qu'elle incarne révèle une façon de vivre qui est aujourd'hui non seulement dépassée, mais aussi inaccessible, voire interdite à l'immense majorité des Français. Même le bling-bling Nicolas Sarkozy s'est toujours gardé d'exhiber l'intérieur de la villa de son épouse au Cap Nègre. C'est dire la mesure de la faute.

LE RESTE EST À L'AVENANT.

La photo avec le cheval, qui est là pour signifier que François Fillon aime les animaux avec une légende où il est question du soutien constant que lui apporte sa fidèle épouse, Pénélope. "Mais le cheval, est-ce que nous lui demandons son avis quand nous lui montons sur le dos ?", comme le disait Etienne Dorsay.

Le cheval, n'est-il pas, par essence, l'accessoire animal de la bourgeoisie française la plus huppée ? Le cheval est-il à la portée de tous ? Non. Le cheval n'est ni chien, ni chat. Le cheval ce n'est pas le compagnon de dizaines de millions de Français. Le cheval n'est pas le petit ami de tous les jours. Le cheval n'est pas un animal de proximité. Le cheval est un animal de luxe. Le cheval est un signe extérieur de richesse. Le cheval aussi, comme le château, est excluant et violent.

Le tracteur enfin. Ce bon vieux tracteur Renault avec lequel, nous dit-on, François Fillon se charge de l'entretien des terres agricoles de sa propriété sarthoise, ce tracteur, représentation de ce que son conducteur est un homme de la terre, donc un homme de labeur et de devoir, en prise avec les éléments, la réalité, la vie... Ce tracteur est-il la marque de l'authenticité ? Non. Cent fois non. Mille fois non.

Le tracteur, on le sent, on le sait, le tracteur fait partie du plan com', c'est une image que l'on vu cent fois, mille fois, avec Pompidou, avec Bayrou... Le tracteur, le travail de la terre, l'image ne trompe plus personne depuis belle lurette... C'est comme Louis XVI et ses serrures. Rien n'est plus insupportable au peuple, en période de crise, de disette, que les loisirs des puissants mimant le travail du peuple. À l'instar du château et du cheval, le tracteur, rassurant et apaisant, se révèle lui aussi excluant et violent.

(…)  A force de répéter à François Fillon qu'il est le Pompidou des années 2013, le voilà qui nous livre une communication qui aurait été d'une modernité effrénée en... 1969...

En s'exhibant ainsi, Fillon se montre réellement tel qu'il est, dans son essence politique. Et cette exhibition dévoile un responsable politique emblématique d'une classe, de sa domination, de sa reproduction, un archaïsme politique tel que l'on est bien en droit de se demander si il est adapté à la France d'aujourd'hui, sa diversité, sa multiculturalité et ses communautés.

Les enfants sages joliment habillés, la façade du château en arrière plan, les animaux de compagnie à proximité, la lumière de l'été en fin d'après-midi... La droite libérale et bourgeoise dans son éternité... Est-ce vraiment conforme à la réalité de la France de 2013 ? 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VICTOIRE DE L’ANTI SARKO

Victoire de la droite radicale, catho et BCBG qui s’est raidie contre une présidence brouillonne et peu inspirée. « L'homme que l'on n'attendait pas a forgé son ambition dans la durée. En trente-cinq ans, il a tout connu, les humiliations et les victoires. François Fillon ne se pensait pas programmé à la naissance pour s'attaquer au plus haut sommet de l'État. » (Le Figaro). 
Si son programme a convaincu les électeurs de droite, « il comporte toutefois plusieurs mesures floues de même que certaines fragilités, voire quelques  ambiguïtés, ce qui le rend difficilement réalisables en l’état. » (Le Monde). Ses adversaires  de gauche et du FN ne manqueront pas de l’attaquer à boulets rouges.
Le plus dur reste donc à faire : convaincre les Français de se rallier à sa cause.
Tout a été dit ou presque sur cet homme de caractère qui rappelle Georges Pompidou et pas seulement par l’épaisseur des sourcils. On connaît désormais  son programme en forme de remède de cheval qui annonce, comme le dit Marine, une grosse casse sociale.
Il risque fort de laminer une gauche éclatée sans véritable leader  hormis Jean Luc Mélenchon autre homme de conviction qui, très sûr de lui, se sent pousser des ailes.  Les choses vont se décanter assez vite d’ici la primaire de gauche et tout peut se brouiller avant  le scrutin de mai 2017.  On ignore encore si Hollande se présentera. Lui aussi, apparemment.
MG








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