mercredi 23 novembre 2016

Pacte d’excellence: vers la fusion de l’enseignement technique et professionnel


Eric Burgraff Le Soir


Marie-Martine Schyns, ministre de l’Education, annonce au «Soir» la création d’une filière unique dans le qualifiant. 


Sur la maternelle, Marie-Martine Schyns veut «tendre vers une obligation de fréquentation». © Le Soir 

Le pacte d’excellence de l’enseignement francophone arrive dans sa phase finale. Lancé à l’été 2014, il atterrira d’ici quelques semaines. « C’est plutôt un décollage », défend Marie-Martine Schyns, ministre de l’Education dans son interview au Soir.
L’humaniste tranche d’ores et déjà certaines des questions abordées par les groupes de travail qui ont planché sur la grande réforme. Et donne ses priorités : « L’aide aux directeurs, l’investissement dans l’enseignement maternel, le retour aux savoirs et la création d’une filière unique dans l’enseignement qualifiant. » Sur ce dernier point, elle précise : « Les filières technique et professionnelle disparaîtront au bénéfice d’une filière unique orientée “qualifiant », annonce-t-elle. Par le biais de stages, d’une immersion et de l’alternance, «  un lien progressif sera fait avec le monde de l’entreprise ».
Sur la maternelle, Marie-Martine Schyns veut « tendre vers une obligation de fréquentation ». Tout en pointant une difficulté : seul le fédéral peut abaisser l’âge de l’obligation scolaire. Elle a donc envisagé une alternative, « un décret qui rendrait obligatoire la fréquentation d’un minimum de demi-journées en maternelle pour valider une inscription en première primaire. » 


FRANÇOISE BERTIEAUX (MR): "LE PS ET LES SYNDICATS ONT MIS LA MAIN SUR LE PACTE D'EXCELLENCE"
BOSCO D'OTREPPE  La Libre Belgique


La cheffe de groupe MR au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Françoise Bertieaux, le précise d’entrée de jeu : elle considère le travail réalisé par les acteurs du Pacte comme étant "remarquable". Mais cela l’inquiète encore plus pour la suite, ajoute-t-elle dans la foulée, "tant je n’ai pas l’impression que le gouvernement se donne les moyens de respecter le travail réalisé".
DES ERREURS MÉTHODOLOGIQUES
Ce qui tracasse avant tout la libérale, c’est l’analyse qu’elle fait du budget 2017 de la Fédération. "Ce budget prévoit 465 millions d’euros de dépenses nouvelles , explique-t-elle . Or, parmi celles-ci, seuls 21 millions sont destinés au Pacte. C’est un montant ridicule au vu des besoins qu’occasionnera une bonne mise en œuvre de ce Pacte. D’autant que ces millions risquent d’être alloués en partie à une agence de communication qui devra orchestrer la publicité du Pacte."
Mais la parlementaire va encore plus loin dans ses critiques et pointe la méthodologie employée par le gouvernement.
"Si l’on veut assurer la réussite de la réforme, il faut d’abord impliquer les acteurs en leur offrant plus d’autonomie, plus de responsabilités, et en assurant une vraie contractualisation avec eux en fonction des objectifs fixés. Le bureau d’études McKinsey est le premier à dire qu’il s’agit là d’une condition indispensable à toute réforme réussie. Je souhaite que le gouvernement soit plus proactif pour assurer ce mode de gouvernance avant toute chose. Le deuxième élément qui sera indispensable à la réussite du Pacte est de revoir en priorité la formation initiale des enseignants. Or, force est de constater que l’on n’avance pas en la matière, et que Jean-Claude Marcourt, le ministre socialiste en charge du dossier, tourne en rond. Comment voulez-vous par exemple que l’on favorise les remédiations, si l’on n’a pas formé les profs en la matière ? Enfin, je souhaite que l’on avance dans l’ordre et que l’on mette la priorité sur les mesures qui concernent le maternel et le fondamental, avant de penser au secondaire. Ce n’est pas le cas actuellement."
GARDER LES MAINS LIBRES
P our Françoise Bertieaux, une des grandes qualités du Pacte est de proposer une réforme globale et systémique. " Mais le gouvernement ne nous rassure pas. Il ne travaille pas dans l’ordre et j’ai même l’impression que le PS va utiliser le Pacte pour faire avancer une ou deux mesures symboliques. Regardez le tronc commun : on veut l’imposer sans l’avoir préparé. Or, il s’agit d’une mesure idéologique souhaitée depuis des années par le PS. J’observe d’ailleurs que ce dernier parle au nom du Pacte et a repris la main sur les 21 millions qui lui seront consacrés. Les syndicats ont pu par ailleurs faire en sorte que McKinsey ne soit pas présent à Waterloo. Tout cela m’inquiète. Je répète donc que jamais nous ne signerons le programme du PS et que si l’esprit du Pacte est trahi, nous nous sentirons très libres de ne pas nous y lier.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FAIRE REVENIR LA CONFIANCE MAIS COMMENT ?

« Le moteur de la réussite du Pacte pour un enseignement d’excellence sera la confiance accordée au terrain. » Anne François, conseillère psychopédagogique
« Si nos gouvernants ne prennent pas les mesures indispensables pour recréer cette confiance à tous les étages du système éducatif, le Pacte pour un enseignement d’excellence restera lettre morte. Notre système éducatif y survivra-t-il ? »
Il n’est pas indifférent d’imaginer qu’il n’y arrivera peut-être  pas.
« J’ai l’impression que le PS va utiliser le Pacte pour faire avancer une ou deux mesures symboliques. Regardez le tronc commun : on veut l’imposer sans l’avoir préparé. Or, il s’agit d’une mesure idéologique souhaitée depuis des années par le PS. » F. Bertiaux
A l’évidence, l’’enseignement est un sujet politique particulièrement sensible sur le plan idéologique. La guerre scolaire se poursuit depuis 1959 (pacte scolaire) sous d’autres formes et les alliances ne sont plus les mêmes que du temps du pacte scolaire : désormais le CDH et le Ps roulent pour la même cause.
Mais comment donc réussir malgré tout le pari du Pacte visant à  offrir à chacun des élèves selon ses besoins un enseignement d’excellence ?
Il s’agit selon Bertiaux de « revoir en priorité la formation initiale des enseignants. Comment voulez-vous par exemple que l’on favorise les remédiations, si l’on n’a pas formé les profs en la matière ?
Le décret “Missions” voté en 1997 avait de nobles intentions : “Promouvoir la confiance en soi, le développement de chacun des élèves ; les amener à s’approprier les savoirs et les compétences les rendant aptes à prendre une place active dans la vie sociale […] les préparer à être des citoyens responsables […] assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale”.
Toutefois, cet important décret reste aujourd’hui, dans de nombreuses écoles, au stade de généreuses intentions non concrétisées. L’inflation de décrets est absolument insupportable et « n’incite guère les acteurs de l’Ecole à changer leurs pratiques de terrain”. » (Anne François) « L’avenir du nouveau Pacte se jouera dans les cours de ré création, dans les salles de professeurs, sur les trottoirs devant les écoles, dans chacune des classes et dans les bureaux des directions d’école pas dans les cabinets ministériels, dans les enceintes parlementaires ni sur les plateaux de télévision. »
La confiance peut revenir à condition de « créer des places en quantité, d’instaurer la qualité et la diversité dans toute la Fédération Wallonie Bruxelles et particulièrement à Bruxelles de la maternelle à l’enseignement supérieur ; d’accorder aux directions d’école l’autonomie suffisante leur permettant de déployer leur projet d’école au bénéfice de chaque élève inscrit dans leur établissement est aussi urgent. De remodeler en profondeur le récent décret Titres et Fonctions sera un premier signal à leur intention et à celle des enseignants.
C’est dans chaque classe et avec chaque élève que sera tissé l’enseignement d’excellence. Les parents, blessés par dix années de décrets inscription inefficaces, sont en attente de retrouver leur responsabilité parentale de partenaires éducatifs avec l’école choisie en fonction des besoins de chacun de leurs enfants. Privés de cette confiance, ils sont nombreux à opter pour l’école à domicile, l’école privée. »
Cette dernière observation est symptomatique d’un changement radical d’attitude et de stratégie des parents les plus engagés. Ceux-ci cherchent à éviter par tous les moyens que leurs enfants ne fréquentent les écoles de l’entité Wallobrux. A Bruxelles cela se traduit par une fuite vers l’enseignement flamand qui scolarise plus de 20% des enfants bruxellois.   Il serait temps de sortir l’école des tenailles d’acier du politique. C’est ce qu’ont compris les Finlandais dont l’enseignement qui est organisé par les municipalités bénéficie d’un indice de confiance extrêmement élevé.
MG

LE PACTE D’EXCELLENCE ÉCHOUERA SI LA CONFIANCE NE REVIENT PAS 
Anne François, conseillère psychopédagogique in La Libre Belgique

A l’école, les acteurs de terrain n’ont pas confiance dans les réformes successives qui leur sont imposées. Toute décision doit être construite avec et par les équipes du terrain. C’est dans chaque classe que sera tissé l’enseignement d’excellence. L e moteur de la réussite du Pacte pour un enseignement d’excellence sera la confiance accordée au terrain.
Quelles sont les leçons à tirer, après un siècle d’instruction obligatoire en Belgique(1) ? Comment réussir le pari du Pacte ? Offrir à chacun des élèves selon ses besoins un enseignement d’excellence ?
L’instauration, en 1914, de l’instruction obligatoire jusque 14 ans a permis une alphabétisation rapide. En 1947, les statistiques officielles indiquaient que 97 % des miliciens étaient capables de signer et de lire quelques lignes dans un journal. La signature, en 1958, du pacte scolaire a mis sous le boisseau une guerre scolaire qui perdure encore. Le choc provoqué, en mars 2015, par l’arrêt de la Cour constitutionnelle actant le caractère engagé du cours de morale laï que en témoigne. Ça saigne encore sous le pansement du pacte de 58.
L’enseignement rénové s’est largement généralisé depuis 1979. Quarante ans plus tard, des effets pervers sont encore de mise. La sociologue Anne Van Haecht écrit : “Le privilège que son idéologie [du rénové] assignait à l’enseignement général a conduit à la transformation des filières techniques et surtout professionnelles en filières de relégation” (2). Est-ce un paradoxe qu’un des axes thématiques du Pacte d’excellence s’intitule “réformer et revaloriser l’enseignement qualifiant” ?
Le slogan “tous bilingues en 2001” clamé par une ministre de l’Enseignement en 1996 ne peut que, vingt ans plus tard, faire sourire. De généreuses intentions non concrétisées
Le décret “Missions” voté en 1997 a de nobles intentions : “Promouvoir la confiance en soi, le développement de chacun des élèves ; les amener à s’approprier les savoirs et les compétences les rendant aptes à prendre une place active dans la vie sociale […] les préparer à être des citoyens responsables […] assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale”.
Mais cet important décret reste aujourd’hui, dans de nombreuses écoles, au stade de généreuses intentions non concrétisées : conseil de participation, cycle cinq huit, évaluation formative, pédagogie différenciée…
Le Contrat pour l’école est une tentative inaboutie de réponse élaborée en 2006 face aux consternants résultats de la Communauté française aux épreuves Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves, NdlR).
Le décret inscription, accélérateur de la crise de confiance entre parents et responsables politiques, est une partie de cette réponse. L’inflation de décrets et circulaires devint galopante. Les réformes successives du premier degré qui le rendent incompréhensibles pour non-initiés sans en assurer son efficacité en est un exemple !
Le Conseil de l’éducation et de la formation (3) constate en 2015 : “Si le Contrat pour l’école a été à l’origine de différents décrets, ceux-ci n’ont pas automatiquement amené les acteurs de l’Ecole à changer leurs pratiques de terrain”. ll recommande “que l’autorité publique analyse les freins qui empêchent les mesures de sortir leurs effets et organise le changement en créant les conditions nécessaires à son appropriation par les acteurs”.
Les acteurs de terrain n’ont pas confiance Alors, quels sont ces freins à lever par le Pacte d’excellence pour initier le changement ?

Le frein principal, le seul traité ici, est le manque de confiance des acteurs de terrain envers ces réformes successives s’imposant à eux. L’avenir du nouveau Pacte se jouera dans les cours de ré création, dans les salles de professeurs, sur les trottoirs devant les écoles, dans chacune des classes et dans les bureaux des directions d’école pas dans les cabinets ministériels, dans les enceintes parlementaires ni sur les plateaux de télévision.
Répondre à la hausse démographique en créant des places en quantité, qualité et diversité suffisante dans toute la Fédération Wallonie Bruxelles et particulièrement à Bruxelles de la maternelle à l’enseignement supérieur, est une première urgence.
Accorder aux directions d’école l’autonomie suffisante leur permettant de déployer leur projet d’école au bénéfice de chaque élève inscrit dans leur établissement est aussi urgent.
Remodeler en profondeur le récent décret Titres et Fonctions sera un premier signal à leur intention et à celle des enseignants.
Toute décision de changements structurels (prolongation du tronc commun, suppression du redoublement, mise en place des aménagements raisonnables), doit être construite avec et par les équipes du terrain afin qu’elles puissent y adhérer et modifier leurs pratiques avec les moyens logistiques, humains et matériels requis.
C’est dans chaque classe et avec chaque élève que sera tissé l’enseignement d’excellence. Les parents, blessés par dix années de décrets inscription inefficaces, sont en attente de retrouver leur responsabilité parentale de partenaires éducatifs avec l’école choisie en fonction des besoins de chacun de leurs enfants. Privés de cette confiance, ils sont nombreux à opter pour l’école à domicile, l’école privée.

Prémices d’un enseignement à deux vitesses, signe de la dualisation sociale a contrario de l’objectif de l’enseignement pour tous et l’égalité d’accès ?
La confiance est à retisser entre les élèves et l’école qui, malgré son caractère obligatoire, est un réel cadeau. La confiance rebâtie entre les familles et l’institution est le socle de la réussite scolaire. Pascal Duquenne, Mousta Largo ou encore la fratrie Borlée sont des exemples qui montrent, qu’ensemble, familles et écoles peuvent relever le défi d’une excellence éducative avec des enfants aux profils bien différents. Si nos gouvernants ne prennent pas le temps et les mesures indispensables pour recréer cette confiance à tous les étages du système éducatif, le Pacte pour un enseignement d’excellence restera lettre morte. Notre système éducatif y survivra-t-il ?
(1) La loi Poullet sur l’instruction obligatoire votée en 1914, appliquée dès 1919.
(2)Anne Van Haecht, “L’enseignement rénové avant, après”, Cahiers bruxellois 2015/1.
(3)CEF avis 127, 27 mars 2015.


LA DÉPUTÉE MOUREAUX VEUT DES COURS D’HISTOIRE EN FONCTION DE L’ORIGINE DE L’ÉLÈVE
Belga Le Soir

La ministre Schyns n’est pas opposée à cette proposition.


• © Belga
La députée bruxelloise Catherine Moureaux (PS) propose d’adapter une partie du cursus d’histoire de l’enseignement secondaire en fonction de l’origine de l’élève, écrivent les titres Sudpresse mercredi. La ministre francophone de l’Enseignement Marie-Martine Schyns (CDH) se dit ouverte à cette motion.
« Notre volonté, c’est qu’au terme de ses études, chaque étudiant du secondaire ait au minimum été confronté à l’histoire de la colonisation et de la décolonisation au Congo. Mais aussi à celle d’un autre pays ’à la carte’, en fonction du public scolaire », explique Catherine Moureaux.
La ministre Schyns ne s’y oppose pas, mais attend la conclusion des travaux sur le Pacte d’excellence avant de se lancer dans ce processus. Des acteurs de terrain soulignent néanmoins les difficultés pratiques qu’engendrerait cette réforme, expliquant qu’actuellement, l’enseignement de certains thèmes comme la Shoah ou l’évolution ne va pas sans poser de problèmes dans certains établissements.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
POLITIQUE ET ENSEIGNEMENT FONT MAUVAIS MÉNAGE

On prend de plus en plus conscience que les dysfonctionnements scolaires en Communauté française sont induits principalement par des ingérences politiques permanentes.
L’enseignement n’est-il pas une matière trop sérieuse que pour être confiée à la seule responsabilité des hommes et des femmes politiques ?
« Notre volonté, c’est qu’au terme de ses études, chaque étudiant du secondaire ait au minimum été confronté à l’histoire de la colonisation et de la décolonisation au Congo. Mais aussi à celle d’un autre pays ’à la carte’, en fonction du public scolaire », explique Catherine Moureaux. « Notre volonté ? » Notre bon plaisir ? Voici donc le dernier caprice politique socialiste, un brûlot diffusé dans la presse par la fille de l’emblématique bourgmestre de Molenbeek dans le dessein de séduire un électorat issu de l’immigration.
On aimerait que l’école soit non pas un instrument de manipulation et d’asservissement politique et idéologique mais bien au contraire le lieu de l’émancipation et de l’autonomisation de citoyens libres dans leur tête et armés d’un solide esprit critique.
MG 



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