lundi 14 novembre 2016

Theo Francken: "Cette crise de réfugiés n'est qu'un début"


Le Vif
Source: Knack
Le Secrétaire d'Etat Theo Francken (N-VA) est l'un des membres du gouvernement moins importants, mais sa compétence "Asile et Migration" a plus de poids politique que les trois quarts des portefeuilles ministériels. Il a accordé un entretien à nos confrères de Knack.


© Belga
Il revient notamment sur son refus de délivrer un visa à une famille syrienne coincée à Alep. Condamné à payer une astreinte de 4000 euros par jour de retard dans la délivrance du visa, Theo Francken a fait appel de la décision du tribunal de première instance qui l'a annulée.
"Pour être tout à fait clair, je n'ai rien refusé, je n'ai rien ignoré. Je respecte toujours la séparation des pouvoirs. J'ai simplement fait appel de la décision du juge, et c'est mon bon droit. C'est même mon devoir de citoyen. L'avocate de la famille syrienne prétend que c'est une affaire unique, mais c'est inexact : il y a des dizaines de familles, en Syrie, et ailleurs dans le monde, qui se trouvent dans une situation semblable. Et contrairement à ce que suggèrent plusieurs médias, ça ne change rien qu'il y ait une famille belge prête à les accueillir", explique-t-il à Knack.
PRESQUE PLUS DE NOYÉS DANS LA MER ÉGÉE
Interrogé sur l'accord sur les migrants conclu avec la Turquie, Francken souligne qu'il estime toujours que c'est un acte particulièrement humain "vu que depuis il n'y a presque plus eu de noyés dans la Mer Égée. Pour lui, il faut limiter l'asile aux cas exceptionnels, "ce qui est beaucoup plus juste et beaucoup plus sûr".
Pour lui, la crise de réfugiés actuelle n'est qu'un début. "Si on regarde le développement climatique, la désertification de l'Afrique, les guerres et les conflits partout dans le monde, on ne peut que constater que la pression sur les frontières extérieures de l'Union européenne ne fera qu'augmenter. Cette crise n'est qu'un début".
PAYS DE COCAGNE
Aussi propose-t-il de conclure un grand accord entre l'UE et tous les pays autour de la Méditerranée et s'il le faut, au-delà. "Nous devons faire comprendre aux réfugiés que prendre un bateau n'offre aucune garantie à un séjour en Europe", déclare-t-il. Il affirme qu'il ne s'agit pas de leur faire peur, mais d'éviter de prendre des mesures qui donneraient à la Belgique "la réputation d'un pays de Cocagne".
"À moment donné, huit mille Irakiens ont demandé asile. Ils pensaient vraiment qu'on leur donnerait deux mille euros, une belle voiture et un appartement, et qu'ensuite ils pourraient faire venir leurs familles. Cette illusion leur a été vendue par les passeurs et circulait aussi sur la Toile. En réalité, ils se sont retrouvés dans une caserne au Limbourg ou en Flandre-Occidentale. Mais ils n'avaient évidemment pas payé les passeurs pour ça et donc leur déception s'est répandue comme une traînée de poudre sur internet : 'Vous ne devez pas venir, car ce n'est vraiment rien ici", raconte le Secrétaire d'État, qui ajoute que grâce à cette approche l'afflux de réfugiés en Belgique n'avait jamais été aussi bas en huit ans.
Theo Francken, qui figure parmi les dix politiques les plus populaires de Wallonie, explique que cette popularité le conforte dans son opinion que beaucoup de Wallons et de Bruxellois francophones veulent se débarrasser de la camisole de force idéologique du PS. "Quand j'ouvre mes e-mails, je constate que dans les Maisons du Peuple on parle une langue proche de la mienne".
Francken s'exprime également sur le sentiment d'insécurité éprouvé par certains face aux demandeurs d'asile. "Il n'y a pratiquement pas de réfugiés reconnus ou de demandeurs d'asile impliqués dans les vols à la tire et les vols à l'étalage, ce qui ne signifie pas qu'il n'y a pas de problèmes. Il y a pas mal d'incidents dans les centres d'asile, et particulièrement entre les Afghans et les Irakiens. Ces deux nationalités sont responsables des trois quarts des bagarres. J'ai été pensionnaire: je sais donc que quand beaucoup de jeunes vivent ensemble, il y a parfois de démêlés. Mais nous manions une ligne rouge : à la moindre atteinte de l'intégrité physique de nos personnes de Fedasil, nous intervenons durement", raconte-t-il.


SELON JAMBON, «3.000 À 5.000 DJIHADISTES POURRAIENT REVENIR EN EUROPE»
Le ministre de l’Intérieur a évoqué la sécurité de la Belgique, un an après les attentats parisiens.


• Le ministre de l’Intérieur met en garde contre les « returnees » © Photo News
Invité sur le plateau de l’émission « À votre avis » sur la Une, Jan Jambon a évoqué la sécurité en Belgique, un an après les attentats meurtriers de Paris. Selon le ministre de l’Intérieur, certains djihadistes belges qui se trouvent actuellement en Syrie, pourraient revenir en Belgique : «  117 personnes sont revenues. La moitié de ceux-là sont emprisonnés, et les autres sont placés sous surveillance  », détaille Jambon.
LES SERVICES DE RENSEIGNEMENTS PRÊTS
Concernant ceux qui pourraient éventuellement revenir en Belgique, le ministre de l’Intérieur prévient : soit les combattants belges resteront à Raqqa et Mossoul pour aider Daesh – actuellement sous pression –, soit l’organisation terroriste les renverra dans leur pays d’origine : «  Et pas seulement les 200 Belges, mais les 3.000 à 5.000 Européens qui se trouvent là-bas  ». Jambon se veut toutefois rassurant, expliquant que «  les services de renseignements sont en train de suivre cela  » mais estime que si «  cette vague arrive  », la Belgique doit être prête.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ILS SONT DETERMINÉS À NOUS FAIRE PEUR

Si on résume : selon Francken, on doit s’attendre à une nouvelle vague de réfugiés mais il saura se montrer inflexible et selon Jambon un retour massif de djihadistes est programmé mais la Belgique sera prête à leur faire l’accueil qui convient. On n’attend plus que, cerise sur le gâteau, le mot de Bart De Wever. Mais ce dernier  se fait très discret depuis la défaillance des députés inséparables. 
Au fond leur discours rejoint celui de Sarko : «Quand 58 millions d'électeurs expriment leur souffrance, elle doit être respectée. Quand ils disent que l'industrie s'en va, il faut les entendre. Quand ils disent que l'immigration, il y en a trop, il faut les entendre. Car ils pourraient le dire ici».
Pour Nicolas Sarkozy comme pour eux, l'élection américaine doit servir d'électrochoc.
Après la victoire de Trump, Eric Van Rompuy dénonce, à juste titre, le populisme de la N-VA : «En 2014, la N-VA a été le grand vainqueur des élections sur base d’un programme dirigé contre les autres (les francophones, les syndicats, les étrangers) Et de dénoncer, comme nous le faisons, « Un coup populiste » porté dans chaque dossier.
Bart De Wever dit-il « s’efforce dans chaque interview de «maintenir la tension avec les Wallons». «Il tient aussi un «double langage» en matière d’asile et de migration. »
On ne saurait mieux analyser.
MG

Aucun commentaire: