samedi 12 novembre 2016

USA 2016: est-ce la faute du politiquement correct?



Une opinion de Marie Thibaut de Maisières, Editrice et auteure chez ZebraBook. . 
La Libre 




C'EST LE "PARLER VRAI" DE TRUMP QUI A PLU. ASSISTE-T-ON AU GRAND RETOUR DE LA PAROLE DÉCOMPLEXÉE?

Ils ont choisi un homme blanc ouvertement raciste et sexiste. Sans expérience. Pro-armes et anti-avortement. Que voulez-vous que je vous dise ? L’Amérique a parlé. J’en suis déprimée mais, plutôt que disséquer les chiffres pour prouver que c’est le système qui veut ça, pas les gens, et ressentir du mépris pour l’Amérique profonde, je me pose une question : est-ce la faute du politiquement correct ? La question est totalement valable en Europe aussi, vu le clivage grandissant entre les politiques, les médias et "les petites gens" (je suis polémiste sur Bel RTL : beaucoup des SMS que nous recevons arrachent les yeux des bobos comme moi).
Il est clair que ce qui a plu chez Trump c’est son "parler vrai", sa vulgarité assumée, son attitude de mâle alpha méprisant du discours "formaté/respectueux" (selon l’endroit où on se positionne) ambiant. Personnellement, j’aime le politiquement correct. Je suis heureuse de vivre dans un monde où il est mal vu de hurler à une femme politique "Eh, bobonne, retourne dans ta cuisine !" Je suis contente aussi qu’il soit interdit de dire que "les Noirs sont criminogènes". Enfin ça, c’était avant, parce que maintenant on peut être élu président des Etats-Unis en ayant dit que "les Mexicains sont des violeurs" et ayant affirmé que quand on est un homme connu "on peut attraper les femmes par la chatte".
Est-ce que le politiquement correct a rendu les (petits) hommes blancs - et certaines de leurs femmes aussi, visiblement - pleins de haine ? Avant, ils étaient les gagnants (symboliques) et, maintenant, ils doivent partager leur pouvoir avec les bonnes femmes et les immigrés. L’enfer. Et en plus, on les empêche de s’exprimer.
Mon amie Brigitte, femme brillante d’une autre génération, me dit : "Le politiquement correct n’est que la formatisation de la pensée collective. C’est la fin de la réflexion individuelle." Je ne suis pas d’accord avec elle. Il y a toujours eu formatisation de la pensée collective. Sauf qu’avant, elle se faisait aux dépens des femmes et des minorités.
Ensuite, le politiquement correct empêche de s’exprimer, pas de réfléchir… Et c’est d’ailleurs bien cela le problème : le politiquement correct n’a pas véritablement convaincu car les systèmes scolaires et les dirigeants politiques ne sont pas à la hauteur des défis du futur, il a juste empêché les gens de dire des choses mais il n’a pas changé les situations réelles. On n’a plus le droit de dire que les immigrés sont criminogènes, mais comme on n’a pas pu résoudre les inégalités, la violence des quartiers, les prisons en sont toujours remplies. Bref, que faut-il faire ?
Lutter contre les populismes en accentuant le politiquement correct ? Ce qui augmentera encore les frustrations ? Laisser les populismes s’exprimer et retourner à une époque décomplexée où le petit mâle alpha blanc était le roi ?
Je vous laisse maître de la réponse. Moi, je m’en vais chercher une ou un Justin Trudeau (ou autre inspiration positive) pour la Belgique.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA FAÇON ACCEPTABLE DE S’EXPRIMER ACTUELLEMENT. 

Le politiquement correct désigne selon wikipedia, pour la dénoncer, « une attitude véhiculée par les politiques et les médias, qui consiste à adoucir excessivement ou changer des formulations qui pourraient heurter un public catégoriel, en particulier en matière d'ethnies, de cultures, de religions, de sexes, d'infirmités, de classes sociales ou de préférences sexuelles.
Les locutions et mots considérés comme offensants ou péjoratifs sont remplacés par d'autres considérés comme neutres et non offensants. Le langage politiquement correct utilise abondamment l'euphémisme, les périphrases, les circonlocutions, voire les créations de mots et locutions nouvelles.
Cette expression est apparue vers la fin du XXe siècle pour qualifier la rectitude politique, c'est-à-dire la façon acceptable de s’exprimer actuellement. Le qualificatif est utilisé soit pour promouvoir cette rectitude politique, soit pour la tourner en dérision.
Si la promotion de pratiques qualifiées aujourd'hui de politiquement correctes (pratiques qui relèvent en fait d’une forme de contrôle social sur les expressions du langage) est certainement ancienne, la nouveauté du concept est de désigner explicitement ce contrôle, de le revendiquer comme légitime, et même d'intégrer en son sein une pseudo-contestation ; toute contestation réelle étant immédiatement écartée. »
Il s’agit donc bien d’une attitude d’autocontrôle, d’autocensure diront certains, de ne pas  froisser, de ne pas offenser l’autre dans sa différence afin d’éviter de faire sentir à l’autre une quelconque différence comme une infériorité une discrimination de nature à l’exclure du groupe majoritaire. Les mots qui pourraient être ressentis comme offensant ou péjoratifs sont remplacés par d’autres ce qui entraîne un recours permanent à l’euphémisme, à la périphrase, à la circonlocution. Il fait des sourds des malentendants, des aveugles des malvoyants, des femmes d’ouvrages des techniciennes de surfaces, des noirs des gens de couleur, des handicapés des personnes à mobilité réduite etc.
Au vrai, il s’agit d’un tout nouveau langage qui renvoie aux oubliettes tout un vocabulaire ringard, machiste, qualifié de beauf qui pourtant continue à avoir cours au café du commerce. Ce langage est celui qui distingue le parler politique de Bart De Wever (N-VA) de celui de Philippe Dewinter (V. Belang), de Marine Le Pen de celui de son père.
Eole a enfermé les vents mauvais dans une outre que les compagnons d’Ulysse ont décachetée par curiosité, Pandore a laissé s’échapper les maux  d’une amphore qui lui fut confiée et Trump a plongé à pleines brassées dans les oubliettes du vocabulaire interdit. En cela il a donné à beaucoup le signal qu’ils attendaient depuis longtemps pour renouer avec le langage mâle des bistrots et celui des dialogues de Michel Audiard des années soixante.  Peut-on désormais tout dire et le dire n’importe comment ?
Le peuple d’extrême-droite en est persuadé et il se lâche tandis que le peuple de gauche se montre choqué. Il suffit de consulter les forums de lecteurs sur les sites des grands quotidiens pour se rendre compte que les forumeurs se lâchent comme jamais. Et oui, on assiste « au grand retour de la parole décomplexée ». « Il est clair que ce qui a plu chez Trump c’est son "parler vrai", sa vulgarité assumée, son attitude de mâle alpha méprisant du discours "formaté/respectueux »
Il est bien certain que ceci n’est pas vraiment de nature à favoriser le dialogue interculturel, bien au contraire.
MG 


POLITIQUEMENT CORRECT À LA PÉPINIÈRE THÉÂTRE : NOTRE CRITIQUE
Publié le 3 septembre 2016 Par Marine S.

Salomé Lelouch présente, à La Pépinière Théâtre Politiquement correct, pièce qu'elle a écrite et qu'elle met en scène. De quoi signifier que l'année sera bien placée sous le signe de la politique.
Une bobo de gauche peut-elle tomber amoureuse d'un militant du Front National ? Voici ce qui pourrait résumer, en quelques mots, la pièce  Politiquement correct, nouvelle création de Salomé Lelouch présentée à la Pépinière Théâtre et dont la grand première se tenait hier soir, le vendredi 2 septembre 2016.
Mado est professeure d'histoire dans un lycée parisien, Alexandre est avocat. Parce qu'ils n'avaient plus de batterie, ils ont demandé au garçon de café de charger leur téléphone. En leur rendant, il s'est trompé. Mado est parti avec le portable d'Alexandre et vice versa. Ils accordent alors un rendez-vous pour s'échanger les portables, le soir du premier tour des élections présidentielles d'avril 2017. En prenant un verre, ils décident de ne pas parler de politique... Et l'amour les surprend en plein vol, entre un thé et une bière.
Ne pas parler politique a un premier rencard (qui n'en était pas vraiment un) peut sembler une bonne idée : pourquoi se prendre la tête tout de suite ? Mais finalement, quand on y pense bien, a-t-on vraiment envie de tomber amoureux de quelqu'un dont les idées politiques sont aux opposés des nôtres ? C'est la claque que se prend Mado, quand elle découvre, avec stupeur, que l'homme qu'elle fréquente depuis une semaine, plus qu'être partisan du Front National, milite pour eux et possède même une place non négligeable dans l'équipe de campagne. Soutenue par une amie marxiste / féministe, Mado fera face à Alexandre, lui même soutenu par un ami, véritable cliché des électeurs FN, pas raciste "parce qu'il a un ami noir", pas misogyne mais qui ne se refuse jamais une petite blague dégradante et déplacée.
La pièce pousse jusqu'au bout son raisonnement, imaginant un funeste destin au couple comme à la politique française.

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