lundi 26 décembre 2016

Eve, victime de la misogynie


ISABELLE MONNART  La Libre Belgique


Marek Halter clôt le cycle des femmes dans les religions monothéistes.
Marie, Khadija, Sarah, Tsippora, Lilah : pendant quinze ans, l’écrivain Marek Halter a vécu entouré de femmes. Et pour clore le cycle qu’il a consacré à toutes ces figures des trois grandes religions monothéistes, il s’est attaqué à la plus emblématiques d’entre elles, peut-être : Eve. "Parce que tout commence là", sourit celui qui se définit comme un conteur, pas comme un historien. "La misogynie qui a marqué les trois grandes religions monothéistes et, par là, toute l’humanité, vient de là. Adam et Eve, on sait où ils vivaient, sur le plan géographique : entre le Tigre et l’Euphrate, dit la Bible. C’est là où on s’entre-tue aujourd’hui : l’Irak, la Syrie, Alep", poursuit Marek Halter. "Bref, ce couple est là, dans le jardin. D’abord, on apprend que les scientifiques ne contredisent pas la Bible : il y avait des êtres vivants avant eux. La Bible les appelle ‘Les bêtes des champs’. Ils étaient comme des hommes, mais avaient des pulsions animales. Ils ne connaissaient pas encore la différence entre le bien et le mal. Voyant à quoi cela aboutit, Dieu commence, avec Adam et Eve, à écrire l’histoire de l’humain. Il met face à eux deux arbres interdits : l’arbre de la vie - dont on ne parle plus, ensuite - et l’arbre de la connaissance. Ils font l’amour - on le suppose, ils ont deux enfants. Que fait l’homme après l’amour ? Il s’endort. La femme ? Elle pense."
TRANSGRESSER POUR APPRENDRE
"Et elle voit face à elle cette bibliothèque de milliers de livres, mais on lui dit qu’elle n’a pas le droit de les lire. Alors elle transgresse. C’est la première leçon : pour apprendre, il faut donner quelque chose de soi. Elle mange le fruit de l’arbre de la connaissance, et comme elle est généreuse, elle réveille son mec et lui dit: ‘Mange aussi’. Là commence l’histoire. Comme ça continue mal, la faute originelle lui revient. C’est le meilleur bouc émissaire. Les hommes qui ont écrit les commentaires, et les commentaires sur les commentaires - ça a duré pendant des siècles - en ont profité pour affirmer leur prédominance dans la société. Ils ont marginalisé la femme : dans le meilleur des cas, elle s’occupe des enfants; dans le pire, de la cuisine.’
DANS LES YEUX DE NAHAMMA
Disposant de peu de documents sur cette femme qui n’est pas de chair et de sang, Marek Halter a donc choisi la voie du roman. "Je prends des personnages mythiques qui ont été inventés par quelqu’un, peut-être à partir de faits réels, peut-être pas, explique-t-il. Par contre, ce que nous savons, c’est l’espace, qui est bien déterminé. Et l’histoire de cet espace. Nous savons qui y vivait, comment cela se passait il y a une dizaine de milliers d’années; qui a commencé à construire les premières villes. Je pars du principe que ce qu’il y a d’universel, ce n’est pas la nature, mais l’humain. Je me suis dit qu’Eve pourrait être une de ces femmes que j’ai connues, dans ses réactions face à son type, face à ses enfants, face à ceux qui viennent l’interroger. Ce livre, c’est aussi le regard d’un homme d’aujourd’hui sur ces écrits millénaires."
Du reste, l’auteur a fait le choix de raconter l’histoire d’Eve au travers d’une autre femme, Nahamma. Et ce pour des raisons idéologiques et pratiques. "Sur Eve, on a très peu de choses. Même sur le plan mythique. Le Coran résume ça à une phrase : Adam a pris Eve. C’est fini, liquidé. Chez les chrétiens, il y a beaucoup plus : Saint-Augustin a écrit des pages et des pages sur cette femme, la première pécheresse, etc. Lui était vraiment misogyne. Chez les juifs, il y a beaucoup de commentaires dans le Talmud. Mais ce n’est pas suffisant pour écrire un livre. Je me suis dit que j’allais aller vers le résultat de toute cette affaire, Nahamma, la Nouvelle Eve, qui se marie avec Noé et qui, sur l’arche, va survivre au déluge et donner vie à une nouvelle humanité. Et je l’ai mise face à face avec son ancêtre. Quelques millénaires les séparent, mais à l’époque, on vivait deux, trois mille ans. On connaît l’histoire, les violences engendrées par toute cette affaire, le jardin d’Eden et le fait d’en avoir été chassé… Nahamma pose des questions, elle veut savoir ce qui s’est passé. Ça me permettait de dire des choses sur une période extrêmement violente, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la nôtre, et de faire languir le lecteur pour arriver à, enfin, se retrouver face à celle dont on parle pendant trois cents pages."
DES NOMS QUI FONT VOYAGER
Epoque méconnue, filiations compliquées, patronymes étranges sont, par ailleurs, autant d’éléments qui, dans un premier temps, peuvent compliquer la lecture. Sans prétendre connaître le moyen infaillible de ne pas laisser son lecteur sur le bord de la route, Marek Halter a, au fil du temps, éprouvé sa technique et son mode narratif. "J’écris d’abord à la main et je dicte ensuite à mon assistante, Sophie. Quand je vois qu’à un moment donné, elle cesse de taper parce qu’elle est perdue, j’arrête. Je relis et je change. Si je n’arrive pas à capter son attention, c’est que quelque chose ne va pas. Pour les noms, je me suis posé la question… Il y a une flopée de noms un peu bizarres, dépaysants. Ce qui n’est pas mauvais, parce que d’un seul coup, grâce aux noms et aux sons, vous plongez dans un autre monde qui peut vous capter. Et puis, au bout de vingt pages, on s’habitue. Les quatre ou cinq noms essentiels, on les a et on a envie de savoir ce qui va se passer."
Marek Halter, "Eve", Robert Laffont, 347pp., env. 15 euros


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« CE QU’IL Y A D’UNIVERSEL, CE N’EST PAS LA NATURE, MAIS L’HUMAIN. »

« Ce livre, c’est le regard d’un homme d’aujourd’hui sur ces écrits millénaires."
Je n’ai pas lu Marek Halter mais cet article m’incite à découvrir son dernier livre qui interroge un personnage biblique de tout premier ordre. Revisiter les textes bibliques, évangéliques, coraniques, les soumettre inlassablement à nos questions inquiètes, entrer en dialogue avec eux c’est l’exact contraire de la démarche fondamentaliste qui consiste à tout gober à la lettre dans une posture d’obéissance « radicale »,  cadavérique. Comme on aimerait que des penseurs musulmans osent se colleter ainsi avec des personnages coraniques tels que Adam, Abraham, Joseph, mais aussi Iblis, Job, Jonas, Aicha, Fatima et tant d’autres. Le temps de Noël et de l’an neuf doivent nous inciter à nous e nous éloigner du dictat du veau d’or capitaliste et de l’obsession des cadeaux à offrir et à recevoir. Il ne saurait être de cadeaux authentiques en dehors de l’éthique.
Qui n’a pas entendu Ali Daddy se déchaîner et solliciter toutes les ressources de son verbe fleuri pour raconter à sa manière drôle, pénétrante, percutante, incisive les heures et les malheurs de Joseph et ses frères félons ne saurait comprendre vraiment ce qu’est l’ « Agir bellement » qui est au cœur de l’éthique coranique. 
Il en va ainsi des Evangiles et des doutes de l’apôtre Pierre, du dilemme de Ponce Pilate, de la générosité de Marie Madeleine et surtout de l’éthique du bon Samaritain, ce manant, ce moins que rien, ce sans grade qui fait le bien pour l’amour du bien.
« Ce qu’il y a d’universel, ce n’est pas la nature mais l’humain ». Ce qu’il y a de divin, ce n’est pas la transcendance mais l’immanence de l’humain.
Ce qui m’a toujours fasciné dans la « théologie » si originale de Pierre de Locht, chanoine malgré lui, c’est sa vision de Jésus plus humain qu’humain ; « humain trop humain » pour paraphraser Nietzsche.  
MG

JÉSUS ÉTAIT-IL MARIÉ ?
Olivier Rogeau Vif/L'Express

Les textes indiquent que Simon-Pierre et d'autres disciples ont une épouse. Mais pour Jésus, pas la moindre trace de mariage. Comment expliquer qu'un Juif pieux comme lui soit resté, à plus de 30 ans, célibataire ?

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