mercredi 7 décembre 2016

Le renoncement de François Hollande ou le signe d'une crise aiguë de la politique française


Par Maxime Tandonnet Figaro


FIGAROVOX/CHRONIQUE - Le renoncement de François Hollande n'est-il que l'échec d'un homme ? Pour Maxime Tandonnet, il s'agit peut-être davantage encore de la manifestation d'un présidentialisme à la française qui est malade.


Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, haut-fonctionnaire, Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l'exercice de l'État pour le FigaroVox. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République (éd. Perrin, 2013) et Au coeur du Volcan, carnet de l'Élysée (éd. Flammarion, 2014). Découvrez également ses chroniques sur son blog.

(…)ET SI LA CHUTE DE FRANÇOIS HOLLANDE N'ÉTAIT QUE L'EXPRESSION ULTIME D'UN MALAISE POLITIQUE FRANÇAIS INFINIMENT PLUS PROFOND ?
Il est une question que nul aujourd'hui ne semble avoir envie de se poser: Et si la chute de François Hollande n'était que l'expression ultime d'un malaise politique français infiniment plus profond? Sans entrer dans une logique d'excuse ou de complaisance à son égard, nous assistons quand même, autour de cet événement qu'est l'annonce de sa non-candidature, à un sidérant ballet de personnalités en tout genre, qui paraissent obnubilées par l'idée de prendre sa place. Il est reproché au président, à travers sa logorrhée auprès de journalistes, d'avoir voulu se mettre en scène. Mais ce à quoi nous assistons par ailleurs, autour de lui, ressemble bel et bien à une fuite généralisée dans la démence narcissique. La vie politique se résume désormais, de A à Z, à une grande explosion de vanité de la part d'une multitude de personnages qui n'ont rien prouvé de plus que lui, et qui s'enivrent du rêve élyséen.

L'IDÉE MÊME DU GOUVERNEMENT DE LA FRANCE POUR LE BIEN COMMUN PREND UNE CONNOTATION CHIMÉRIQUE.
Dès lors que l'obsession de soi-même devient l'alpha et l'oméga de la vie publique, le sens de l'intérêt général devient un sujet secondaire. L'idée même du gouvernement de la France pour le bien commun prend une connotation chimérique. La politique devient un grand exercice de posture, de communication, de spectacle et de culte du moi. Dans cet état d'esprit, il est utopique d'attendre des dirigeants obsédés par «leur trace dans l'histoire» qu'ils placent l'intérêt général au centre de leurs préoccupations.

LE PRÉSIDENTIALISME À LA FRANÇAISE EST BEL ET BIEN MALADE.
Etrangement, le sujet n'intéresse personne. Pourtant, le présidentialisme à la française est bel et bien malade. Il faut bien voir que depuis Georges Pompidou, la cote de confiance des chefs de l'Etat connaît une érosion constante, jusqu'à atteindre un plancher. Aujourd'hui en France, toute la vie publique nationale et médiatisée se confond avec le visage et la voix d'un homme: l'occupant de l'Élysée. Le culte médiatique de la personnalité présidentielle atteint des dimensions vertigineuses, digne de la Corée du Nord. Mais dès lors que le chef de l'Etat ne dispose pas d'une baguette magique pour régler tous les problèmes, sa magnificence bascule en peu de temps dans l'extrême impopularité. Le prestige présidentiel tourne au lynchage collectif d'un bouc émissaire national. D'où la fuite en avant dans la parole et le néant narcissique, jusqu'à sa chute finale.
La victoire de François Fillon aux présidentielles est le signe d'une prise de conscience de l'électorat «de la droite et du centre» de cette dérive. Le choix d'un homme d'apparence simple, discrète et modeste, est révélateur d'une envie de sobriété et d'efficacité à la tête de l'Etat.
Encore faut-il que, s'il était élu en mai 2017, le nouveau président tire toute les conséquences de la crise politique française et qu'il sache renouer avec les fondements mêmes de la République: un président qui fixe le cap, dans une relative discrétion personnelle, un Premier ministre qui gouverne dans le seul intérêt général, sans ambition présidentielle, des ministres qui pensent à diriger le pays plutôt qu'à leur destin individuel, un Parlement qui légifère et contrôle le Gouvernement. Est-ce trop en demander?

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VIÈME RÉPUBLIQUE ?

C'est la VIe République, que réclament Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg, Bastien François, François Bayrou etc
Mais qu'est-elle exactement?
Quelques principes communs prévalent:
1 - METTRE FIN À LA «TOUR D'IVOIRE PRÉSIDENTIELLE».  Pour les partisans de la VIe République, la sur-présidentialisation du système politique, la  «monarchie présidentielle», augmente la bipolarisation du système et entrave la recherche du consensus politique.
2 - RENDRE AU GOUVERNEMENT TOUT SON POUVOIR EXÉCUTIF.  Les défenseurs de la VIe République veulent que le gouvernement ait davantage de manœuvre d'exécutions.
3 - METTRE EN PLACE UN «RÉGIME PARLEMENTAIRE».  Mélenchon entend donc défendre «le régime parlementaire et restaurer la balance des pouvoir». Pour les partisans de la VIe République, le Parlement doit opérer un contrôle permanent du gouvernement, avec des moyens renforcés.
4 - SE DOTER DE REPRÉSENTANTS PLUS REPRÉSENTATIFS. Le Parlement doit exprimer les voix plurielles des citoyens. Plusieurs pistes sont avancées: l'introduction de la proportionnelle dans le mode de scrutin législatif, la mise en place du mandat unique... etc..
5 - S'APPUYER SUR LA PARTICIPATION CITOYENNE. «Nous voulons renforcer et amplifier la souverainenté directe du peuple», est-il écrit dans «L'Humain d'abord» (Front de Gauche).
6 –INSTAURER DAVANTAGE DE TRANSPARENCE.  Arnaud Montebourg, proposait notamment dès 2012 «la création d'une Agence indépendante du gouvernement, données.gov, chargée de mettre en ligne la totalité des informations des administrations publiques y compris celles relatives aux dépenses publiques, non couvertes par le secret lié aux intérêts de la défense nationale, la diplomatie, les enquêtes judiciaires, la vie privée».
Ce n’est évidemment pas l’avis de la droite gaulliste fidèle aux principes  et à la constitution imaginée par le Général de Gaulle.
Sans doute cette question fondamentale surgira-t-elle au cœur de la campagne présidentielle de 2017.



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