samedi 3 décembre 2016

Les enseignants sont appelés à se former sur leur temps de loisirs


Le Soir
C’est fait, le Pacte d’excellence est sur les rails. En dehors des grandes réformes, il regorge de mesures techniques ou symboliques.


• Le temps de formation des professeurs est actuellement limité à trois jours par an, on va, demain, passer à quatre, cinq ou six jours, en fonction des besoins. © Roger Milutin - Le Soir
Trois cent vingt-six pages. Le «  Pacte pour un enseignement d’excellence  » – à tout le moins sa version validée jeudi par les porteurs du projet – vaut son pesant de papier. Et d’idées. Et de solutions multiples à un problème complexe.
Le Pacte parie notamment sur la formation continuée des maîtres et professeurs en liaison avec les impératifs de l’école. On parle ici de formations collectives obligatoires (les fameuses « journées pédagogiques ») et de formations individuelles (souvent sur base volontaire). On parle surtout de deux changements de taille : alors que le temps où l’enseignant retourne à l’école est actuellement limité à trois jours par an, on va, demain, passer à quatre, cinq ou six jours (en fonction des besoins). On va surtout demander aux enseignants de suivre ces formations supplémentaires en dehors du temps de présence obligatoire en classe (le week-end, le soir, durant les congés scolaires…).
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
N’AYEZ PAS PEUR
Que les enseignants qui hurlent déjà leur colère dans les salles de profs chauffées à blanc par ce pacte qui, au vrai, leur déclare la guerre: on ne touchera pas à leurs sacro saintes vacances.  Leurs syndicats, défenseurs de leurs droits zakis, ne le permettront pas.
Les syndicats enseignants sont, osons le dire, la force archaïque qui depuis des décennies maintient l’école dans un esprit de conservatisme affligeant. On leur doit les derniers décrets qui bouleversent la vie des écoles : les décrets sur les titres et fonctions qui apportent un supplément de raideur à une école qui ne brille pas vraiment par la souplesse.
Un ami directeur d’école me confia un jour qu’il suffirait, selon lui, de deux mesures simples pour régénérer l’enseignement : la suppression des photocopieuses dans les établissements scolaires et surtout  l’abrogation des nominations définitives des enseignants. Il n’avait pas tout à fait tort. Cette dernière peut transformer du jour au lendemain un maître créatif et enthousiaste en un barbon râleur et contestataire.
Ne tombons pas dans la caricature : il doit y demeurer encore dans les écoles quelques exemplaires de ces profils de profs éveilleurs qui consacrent tous leurs loisirs à la lecture pour enrichir leur culture et peaufiner leurs cours et surtout leur profil de maître cultivés et d’éducateurs. Elève, j’en ai connu plusieurs dont les habitations étaient envahies de rayonnages pour « garager » leurs livres. Ils nous sidéraient par  leur savoir et leur savoir-être surtout. Nous les admirions autant que nous les respections. Ils n’étaient pas forcément  de subtils pédagogues mais c’étaient des intellectuels  qui avaient de la hauteur, de l’indépendance d’esprit et ils nous inculquaient l’esprit critique. « On n'enseigne pas ce que l'on sait, on enseigne ce que l'on est » Jean Jaurès.
MG
L’ÉDUCATION, UN ACTE DE FOI EN L’AUTONOMIE ET EN LA RAISON (1910)
Janvier 1910. Jaurès intervient plusieurs fois à la Chambre, notamment sur la question de la laïcité et de l’enseignement. Aussitôt publiées sous le titre « Pour la laïque », ces interventions figurent parmi les textes les plus célèbres de Jaurès. Ici, un extrait sur les liens entre éducation, autonomie et raison.
Messieurs, on n’enseigne pas ce que l’on veut ; je dirai même que l’on n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir : on n’enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est. J’accepte une parole qui a été dite tout à l’heure, c’est que l’éducation est, en un sens, une génération.
Je n’entends point par là que l’éducateur s’efforcera de transmettre, d’imposer à l’esprit des enfants ou des jeunes gens telle ou telle formule, telle ou telle doctrine précise.
L’éducateur qui prétendrait ainsi façonner celui qu’il élève, ne ferait de lui qu’un esprit serf. Et le jour où les socialistes pourraient fonder des écoles, je considère que le devoir de l’instituteur serait, si je puis ainsi dire, de ne pas prononcer devant les enfants le mot même de socialisme.
S’il est socialiste, s’il l’est vraiment, c’est que la liberté de sa pensée appliquée à une information exacte et étendue l’a conduit au socialisme. Et les seuls chemins par où il y puisse conduire des enfants ou des jeunes gens, ce serait de leur apprendre la même liberté de réflexion et de leur soumettre la même information étendue.
Messieurs, il en est de même d’une nation et il serait puéril à un grand peuple d’essayer d’inculquer, aux esprits, à l’esprit de l’enfance, selon l’ombre fuyante des événements ou les vicissitudes d’un gouvernement d’un jour, telle ou telle formule passagère. Mais, il reste vrai que l’éducateur, quand il enseigne, communique nécessairement à ceux qui l’écoutent, non pas telle ou telle formule particulière et passagère, mais les principes essentiels de sa liberté et de sa vie.
Eh bien ! messieurs, il en est des nations comme des individus et lorsqu’une nation moderne fonde des écoles populaires, elle n’y peut enseigner que les principes mêmes selon lesquels les grandes sociétés modernes sont constituées. Or, sur quels principes, depuis la Révolution surtout, reposent les sociétés politiques modernes, sur quels principes repose particulièrement la France, dont ce fut le péril, on l’a dit souvent, mais dont c’est la grandeur d’avoir par son esprit logique et intrépide poussé jusqu’aux conséquences extrêmes l’idée même de la Révolution ? L’idée, le principe de vie qui est dans les sociétés modernes, qui se manifeste dans toutes leurs institutions, c’est l’acte de foi dans l’efficacité morale et sociale de la raison, dans la valeur de la personne humaine raisonnable et éducable.
[...]
L’exercice de la souveraineté, l’exercice de la puissance politique dans les nations modernes n’est subordonné à aucune formule dogmatique de l’ordre religieux ou métaphysique. Il suffit qu’il y ait des citoyens, il suffit qu’il y ait des êtres majeurs ayant leur liberté, leur personnalité et désireux de mettre en oeuvre ce droit pour que la nation moderne dise : Voilà la source unique et profonde de la souveraineté.
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