samedi 31 décembre 2016

"Le melting-pot ethnique américain n'est qu'une illusion"

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La Libre Belgique
"C'est comme si le mur de Trump avait déjà été construit il y a des années". Un Belge qui réside aux États-Unis dénonce l'idéalisation du melting-pot ethnique américain.

Les Américains aiment à croire que leur société est un véritable melting-pot, où les différents groupes ethniques vivent ensemble en harmonie. Le New York libéral serait l'exemple à suivre.
Or, ces dernières années, nous sommes régulièrement alarmés par les violences policières contre les noirs et les manifestations menées sous la bannière de Black Lives Matter. La victoire électorale surprenante de Donald Trump et son message anti-immigration ont laissé de profondes cicatrices. Et ces derniers temps, le nombre de crimes motivés par la haine a fortement augmenté.
Un nombre élevé de New-Yorkais condamnent le projet de Trump de fermer hermétiquement la frontière mexicaine en construisant un mur. Les idées du futur Leader of the Free World sont souvent qualifiées de populisme raciste. Mais comment vivent ces New-Yorkais libéraux ?
Je vis aux États-Unis depuis plus de dix-huit ans et moi aussi j'ai cru longtemps à l'image idéale du melting-pot américain. Entre-temps, j'ai compris.
NOTRE TYPE DE GENS
Nous sommes au coeur de Manhattan, dans le grand hall de Grand Central sur la 42erue. C'est l'une des plus belles gares ferroviaires au monde, équipée d'air conditionné en été et de chauffage en hiver.
La gare abrite un nombre élevé de restaurants et de boutiques, et il est prouvé que les gens dépensent plus quand la température est agréable. Les trains arrivent en permanence de Westchester County, une des régions les plus fortunées du pays. J'y habite aussi, avec ma femme, mes deux filles et trois chats. Eh oui, nous avons aussi un énorme barbecue dans le jardin, car c'est ce qui se fait ici. À Rome, fais comme les Romains.
Nous ne vivons pas dans la partie la plus chère de Westchester, mais tout de même. Notre quartier est spacieux, avec de grandes maisons construites dans des jardins verdoyants. Les écureuils y sautent de branche en branche. Un filet de basket devant la maison, une balançoire accrochée à la branche d'un vieux chêne, deux ou trois voitures devant la porte. Et puis ces barbecues obligatoires. La vie y est agréable, mais ce n'est pas un melting-pot. Il y a en tout et pour tout un seul homme noir dans le quartier, à mon avis un médecin pensionné.
Tous les matins, je prends le train pour Grand Central, car je travaille comme avocat pour une grande banque de Park Avenue à Midtown. Tous les jours, mon train est rempli de navetteurs qui partent travailler dans leurs bureaux à Manhattan.
Par hasard, je croise quelques connaissances: un confrère avocat, un psychiatre et un banquier. Je dépose mon New York Times et regarde discrètement autour de moi. Il y a plus de quatre-vingts personnes dans mon wagon, dont la majorité est composée d'hommes blancs âgés de 30 à 60 ans. Il y a quelques personnes d'origine asiatique. Je vois aussi deux messieurs noirs.
Je réalise qu'ici non plus, le 'taux de melting-pot' n'est pas élevé. Quelles en sont les raisons ?
SÉGRÉGATION
Beaucoup de villes à Westchester County, comme Scarsdale ou Chappaqua (où vivent les Clinton), sont aisées. Vous pouvez même dire riches.
D'après CNN Money, le revenu familial moyen à Scarsdale est supérieur à 275.000 dollars par an. Le prix moyen d'une maison s'élève à environ 1,2 million de dollars, et il faut payer plus de 30.000 dollars d'impôt scolaire. Sans parler des écoles privées qui coûtent entre 20.000 et 40.000 dollars par enfant. Ce sont d'excellentes écoles, mais elles sont uniquement accessibles aux enfants qui ont la chance d'habiter un district scolaire aussi cher. Il n'y a d'ailleurs pas d'examen d'admission: l'adresse des parents suffit. Vous pouvez d'ailleurs imaginer quel genre de parents habitent là-bas: médecins, avocats, banquiers, diplomates, expatriés de multinationales, entrepreneurs à succès (et leurs héritiers).
Les données démographiques ne mentent pas. À l'école secondaire de Chappaqua et Scarsdale, seul 1% des élèves sont noirs. Heureusement, nous vivons dans un district scolaire un peu plus mixte (comprenez: moins cher).
À New York City, la situation est comparable. La majorité des enfants blancs y est concentrée dans seulement 7% des écoles. La majorité des enfants asiatiques fréquente même seulement 6% de toutes les écoles. L'inverse est vrai aussi: seuls 5% des écoliers noirs vont dans une école où les étudiants blancs sont en majorité.
Ainsi, certaines écoles sont presque tout à fait blanches, d'autres à très grande majorité noires ou latinos. Cette donnée entraîne aussi des situations bizarres sur le marché immobilier, où les prix des maisons dans les districts blancs sont souvent beaucoup plus élevés que dans les districts scolaires noirs ou latinos voisins.
Il n'est évidemment pas impossible de déménager pour un meilleur district scolaire (donc plus cher), ce qui fait que le système n'est pas raciste en soi. La plupart des gens qui vivent dans les enclaves blanches ne soutiennent certainement pas Trump. Si vous avez suffisamment d'argent, vous y êtes les bienvenus, quelle que soit votre couleur de peau. Ces dernières années, le pourcentage d'étudiants asiatiques dans les écoles de Chappaqua et Scarsdale n'a cessé d'augmenter.
Or, du point de vue de l'élève, il est impossible d'entrer dans une de ces écoles chères si vous avez la malchance que vos parents habitent dans le South Bronx, un quartier très pauvre. Même si vous êtes brillant.
En pratique, les écoles séparées entraînent aussi des milieux séparés, tant ceux des enfants que ceux des parents. En pratique, il est donc très difficile de se faire des amis en dehors de son district scolaire.
LE MUR
Si les rues de New York City ressemblent bel et bien à un melting-pot, celui-ci n'est qu'une illusion. La séparation entre districts scolaires bon marché et très chers, ainsi que l'existence d'écoles privées hors de prix, contribuent à la séparation entre pauvres et riches.
Et comme beaucoup de noirs et de latinos appartiennent aux groupes de population les plus pauvres, les contrastes économiques entraînent également une ségrégation ethnique et raciale de fait. Une conclusion surprenante, surtout que les électeurs new-yorkais votent majoritairement libéral de gauche.
C'est comme si le mur de Trump avait déjà été construit il y a des années.
Pour des raisons professionnelles, l'auteur souhaite rester anonyme et a écrit ce texte sous le pseudonyme de Jack Kappelhof. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« C'EST COMME SI LE MUR DE TRUMP AVAIT DÉJÀ ÉTÉ CONSTRUIT IL Y A DES ANNÉES. »
« LES ÉCOLES SÉPARÉES ENTRAÎNENT AUSSI DES MILIEUX SÉPARÉS » 

Cet article impressionnant mérite d’être lu et relu à tête reposée.
Et surtout qu’on aille pas s’imaginer que le situation soit différente en Europe. Prenons par exemple le cas de Bruxelles. Lors d’un colloque sur l’avenir de la Région Capitale, , Sir Peter Hall, géographe anglais distingué décédé depuis a lancé ceci :
“ La ségrégation de caractère social et spatial gagne du terrain en Angleterre. ”  Et d’ajouter : “ La seule manière de relever ce défi consiste à accroître la mixité scolaire, ce qui de fait signifie restreindre le choix d’école pour les parents de la classe moyenne soucieux d’envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles ”.
Cette question, qui divise depuis le décret inscription, en pose une autre. Le déterminisme social est-il aussi prégnant que certains le croient ? Est-il si facile de déterminer ce qui fait ou non une bonne école ? Pourquoi une école en D+ serait-elle, forcément, une mauvaise école ?
Et surtout, quelle serait, désormais la spécificité de l’école publique en tant que « service public » ?

Ne serait-il pas temps qu’on précise clairement ce qui relève désormais spécifiquement du service public de l’enseignement et ce qui relève d’autre part des enseignements confessionnels autrement dit privés ?
La Constitution garantit la liberté d’enseignement. Elle garantit aussi l’égalité entre les élèves, les parents, et les écoles. Elle précise que le législateur peut tenir compte de ‘différences objectives’ entre les écoles. Et la cour constitutionnelle a qualifié le libre de service public fonctionnel.
Qu’est-ce à dire ? Que la Cour reconnaît que des personnes morales de droit privé exercent des missions identiques à celles des pouvoirs publics.
C’est sidérant, mais surtout, c’est inconciliable. Le Libre défend à fond l’égalité, l’officiel peine à valoriser ses ‘différences objectives’.
Certains se demandent aujourd’hui s’il ne faudrait pas revenir au vieux principe ‘à l’école publique, l’argent public, et forcément : à l’école privée, l’argent privé’ ?
Mais quel parti oserait aujourd’hui défendre une telle idée.
Le monde politique aurait-il capitulé en rase campagne ?
Il a surtout construit, à force de compromis boiteux, un système hypercomplexe et pas très cohérent, pas très efficient non plus.
Bruxelles n’aurait-il pas besoin d'un enseignement spécifiquement bruxellois, plutôt que ce double machin piloté de Flandre et de Wallonie par les communautés flamande et française ?  On le sait l’enseignement francophone est piloté, organisé et financé par la Communauté française dite Wallobrux qui est exsangue. Wallobrux a tout misé sur la réussite du pacte d’excellence. « Si le pacte échoue », écrit Pierre Bouillon dans le soir du 27 septembre, « l’école va sombrer dans le désarroi en armant pour de bon les courants régionalistes… »

Faut-il avoir peur de la régionalisation ? La régionalisation permettrait de mieux harmoniser les compétences enseignement d’une part et emploi formation de l’autre. L’enseignement à Bruxelles et en Wallonie ce n’est franchement pas la même chose. Rappelons à toutes fins inutiles que l’une des caractéristiques assurant le succès de l’enseignement finlandais, c’est qu’il est organisé sur une base municipale. Un bon modèle pour Bruxelles ? Certes on peut l’imaginer.
MG


ÉTATS-UNIS : QUELS ENJEUX DERRIÈRE LA LOI QUI PROTÈGE LES ATHÉES ?
• Par Juliette Mickiewicz Marianne 



Alors que son mandat s'achève, le président américain vient d'entériner une modification de loi sur la liberté de religion à l'international, qui inclut dorénavant les athées comme groupe à protéger au même titre que les différents groupes religieux.
C'est aux États-Unis, le pays dont la devise officielle n'est autre que «In God we trust» («En Dieu nous croyons»), qu'une décision historique vient d'être prise par Barack Obama: celle de modifier une loi datant de 1998 concernant la protection des croyants dans le monde. Elle prévoit désormais également la reconnaissance et la protection des personnes athées.
«La liberté de croyance, de conscience et de religion protège les croyances aussi bien théistes que non théistes et le droit à ne pas professer et ne pas pratiquer de religion» précise le nouveau texte. La loi condamne désormais le fait de «viser des non-théistes, humanistes et athées en raison de leurs croyances». Les principaux amendements votés, s'ils sont valables pour le continent américain, ont également pour objectif de permettre aux États-Unis d'exercer une pression diplomatique sur des groupes étrangers qui ne sont pas des États souverains (comme Daech mais aussi Boko Haram) mais aussi de renforcer le suivi des prisonniers religieux dans le monde.

UNE FORME DE «DIPLOMATIE MORALE»
Pourquoi une telle décision de Barack Obama? «Car il termine la dernière ligne droite de sa présidence et il sait que son bilan est très mitigé, notamment en politique étrangère, ce qui est d'autant plus difficile qu'il a eu le prix Nobel de la paix dès le début de son premier mandat. C'est une forme de diplomatie morale que certains, en dehors des États-Unis, verront comme une forme d'impérialisme hérité du wilsonisme», explique Lauric Henneton, maître de conférence à l'université de Versailles Saint-Quentin et auteur de l'«Histoire religieuse des États-Unis» (Flammarion, 2012).
S'il est lui-même croyant, que ses discours se terminent immanquablement par «Dieu protège l'Amérique» et que l'on y trouve d'innombrables références aux valeurs chrétiennes, Barack Obama n'est pas indifférent à la question de l'athéisme - c'est parmi cette population qu'il avait recueilli le plus de suffrages lors des deux élections qu'il a remportées - s'efforçant même depuis le début de son premier mandat à les inclure au même titre que les croyants dans ses prises de parole publiques. Lors de son discours d'investiture en 2009, il avait marqué les esprits en devenant le premier président à évoquer les athées américains en déclarant: «Nous sommes une nation de chrétiens, de musulmans, de juifs, d'hindous et de non-croyants».
UNE AVANCÉE HISTORIQUE
Todd Stiefel, millionnaire et membre de la Coalition laïque, a déclaré dans un entretien à Libération que la cause athée serait «le prochain grand mouvement pour les droits civiques aux États-Unis», après celui des années 60 qui concernait les Noirs, puis les femmes et enfin les homosexuels. Car aux États-Unis, les non-croyants sont mal perçus: selon un sondage Gallup, à peine 45% des Américains seraient prêts à voter pour un candidat à la présidentielle qui serait athée, soit même moins que pour un candidat musulman! 

«L'ATHÉISME A LONGTEMPS ÉTÉ CONSIDÉRÉ COMME UNE FORME DE DÉVIANCE MORALE ET POLITIQUE».
Lauric Henneton.
Selon Lauric Henneton, aux États-Unis, «l'athéisme a longtemps été considéré comme une forme de déviance à la fois morale et politique. Politique parce qu'il était notamment le propre des marxistes donc des communistes, donc des ennemis de l'intérieur et de l'extérieur pendant la Guerre froide, mais aussi déviance morale dans la mesure où une majorité d'Américains considèrent toujours que la foi conditionne le sens moral, que l'on a besoin d'être croyant pour faire la part du Bien et du Mal». D'autant plus qu'outre-Atlantique, contrairement à l'Europe où l'athéisme est souvent lié à une indifférence vis-à-vis de la pratique religieuse, «on assiste à un athéisme militant», ajoute Lauric Henneton, ce qui renforce les antagonismes.
● L'ATHÉE AMÉRICAIN VICTIME DE DISCRIMINATIONS
Les athées américains, s'ils ne représentent que 3% de la population, ont vu leur proportion doubler entre 2007 et 2014. Ils sont surreprésentés chez les jeunes, notamment les moins de 30 ans, et on peut s'attendre à ce que leur nombre continue de croître. Mais l'athéisme, aux États-Unis, n'est pas toujours bien perçu: «C'est l'association à l'ennemi soviétique qui a contribué à diaboliser l'athéisme». Et les exemples de cette discrimination - qui engendrent de plus en plus de procès - ne sont pas rares. Dans le domaine politique d'abord, «c'est toujours le lien entre foi et sens moral qui pousse à la fois les électeurs à se détourner des candidats soupçonnés de ne pas être très marqués par les principes religieux, de même que les candidats peu religieux n'osent pas se présenter», explique Lauric Henneton.
LES ATHÉES AMÉRICAINS ONT VU LEUR PROPORTION DOUBLER ENTRE 2007 ET 2014.
Un sénateur américain de Californie qui avait déclaré être «agnostique» avait été soumis à de multiples critiques il y a quelques années. Et le prochain président Donald Trump, lors de son investiture le 20 janvier prochain, devra jurer comme ses prédécesseurs sur la Bible et le texte officiel du serment officiel qu'il prononcera comporte la phrase «So help me God» («Que Dieu me vienne en aide»).
En 2014, un sergent de l'armée de l'air américaine qui a refusé de prêter serment devant Dieu s'était vu menacé de renvoi s'il n'acceptait pas de prêter serment sous la formule «que Dieu me protège», lors de sa demande de réengagement. Et ce alors que l'article VI de la Constitution des États-Unis précise qu'«aucune profession de foi religieuse ne sera exigée comme condition d'aptitude aux fonctions ou charges publiques sous l'autorité des États-Unis». Certaines organisations privées, dont la plus célèbre est Boy Scouts of America, n'autorise pas les membres non-croyants. Pourtant, elles bénéficient largement de l'argent du contribuable via des aides publiques, des pratiques régulièrement dénoncées par certaines associations athées.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES FONDEMENTS DE LA MORALE 

La cause athée serait «le prochain grand mouvement pour les droits civiques aux États-Unis Il n’est décidément pas bon d’être athée au pays de Trump et Obama. »
« Une majorité d'Américains considèrent toujours que la foi conditionne le sens moral, que l'on a besoin d'être croyant pour faire la part du Bien et du Mal»
C’est en Europe que l’athéisme a sans doute le plus progressé au cours des sept dernières décennies. Toutefois, la mécréance y est devenue la cible favorite des radicaux salafistes. Voilà qui n’est guère rassurant pour toutes celles et tous ceux qui fondent leur morale non pas sur une quelconque référence transcendante et religieuse et dogmatique mais sur le seul amour du bien. 
MG




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