samedi 3 décembre 2016

Pacte d’excellence: art, sport, éveil et... latin au programme


Pierre Bouillon
Le Soir a pu consulter les documents que les auteurs du Pacte d'excellence finalisaient jeudi.


• Les auteurs du pacte d’excellence proposent de généraliser le latin au seuil du secondaire. Reste à savoir sous quelle forme.
Aujourd’hui, les maternelles, les primaires et les deux premières années du secondaire constituent ce qu’on appelle le «  tronc commun. » A partir de la 3e secondaire, les élèves choisissent entre l’enseignement général, le technique et le professionnel. Deux défauts à ce système : le tronc commun propose en réalité un enseignement général ; aussi, on estime que choisir son avenir professionnel en fin de 2e secondaire, c’est un peu tôt. On constate souvent que le choix est souvent irréfléchi ou basé sur des idées fausses de ce que proposent par exemple les métiers techniques.
DEUX AXES
Le Pacte d’excellence propose donc deux axes. Un : on étire le tronc commun jusqu’à la 3e secondaire incluse. Deux : ce tronc commun proposera un enseignement « pluridisciplinaire et polytechnique ». En français, s’il vous plaît ? On proposera, au-delà des branches générales (maths, français, langues, histoire, etc.) davantage d’art, davantage de sport, un éveil aux techniques, etc. Et tout ceci, dès le primaire. Dans le but de bien ouvrir l’éventail (et les yeux de l’élève…), on propose même de généraliser le latin au seuil du secondaire. Sera-ce un vrai cours de 4 h/semaine (avec grammaire et étude de textes) ? Une approche de 2 heures, plus soft ? Une heure de civilisation latine ? Les auteurs du pacte n’ont pas tranché. Ils estiment juste que le latin a sa place dans une formation multidisciplinaire.
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PACTE DE LA PESTULENCE
   
Ce pacte d’excellence n’est ni un pacte (il ne met pas fin à une guerre scolaire mais est de nature, au contraire, à la relancer),  ni une recherche de l’excellence (mais au contraire un machin égalitaire visant à satisfaire un vaste électorat de parents d’élèves sans potentiel et sans ambition).
Autrefois l’enseignement visait, prônait et organisait partout l’homogénéité : homogénéité des classes et ce dès le primaire (une classe A pour les forts ; une classe moins forte pour les moins doués) ; homogénéité  par les filières (un enseignement général assez traditionnel et élitaire fréquenté par les fils et les filles de la classe moyenne et menant directement à l’enseignement universitaire de type court et/ou de type long ; un enseignement technique et professionnel pour tous les autres avec des capillarités sous forme de passerelles de l’un vers l’autre). Par souci de « démocratisation des études » (« démocratinisation » selon l’expression cruelle de  mon ancien Préfet) on a voulu voir dans ce système-  et on n’a pas eu tort- une machine à discriminer sur la base de l’origine sociale. Les Flamands ont appelé cela le « waterval systeem » ou système de la cascade dans lequel, en cas d’échec et de décrochage, l’élève tombait du lac serein du « général » dans la  cataracte du « technique » avant de choir dans les rapides du « professionnel », enfin, pour les moins bien doué ou les plus récalcitrants, dans le néant de la non- qualification. Soyons clairs : la plupart de nos écoles techniques et professionnelles ne sont rien d’autre que des garderies d’élèves, des parkings à ados difficiles que l’on éloigne de la rue pour qu’ils ne tombent pas dans la délinquance et les tentations des petits trafics louches. Pour y tenir le coup nerveusement, les profs les moins aguerris négocient un pacte de non-agression avec leurs élèves : « vous me laissez travailler et je vous promets de lever le pied, d’avoir la pédale légère en termes de matière et d’exigence ». Je caricature ? Oui, mais à peine. En Allemagne ce n’est pas du tout pareil, en Flandre non plus : on a tendance à y « « réhabiliter la salopette » selon l’expression de mon ami Gilles qui fut directeur des travaux publics dans une grande commune : rien de tel pour combattre le chômage et ça marche.
Le pacte d’excellence veut changer tout cela et imposer partout l’hétérogénéité, autrement dit le bon voisinage des bons élèves avec ceux qui sont moins performants, en imaginant que les bons entraîneront les moins doués vers le haut. Vœu pieux, en vérité c’est toujours, ou presque, le contraire qui se produit. Tous les enseignants savent ça, sauf les plus doctrinaires généralement arcboutés à leurs syndicats volontiers niveleurs comme les partis démagogiques qui leur sont adossés.
Après les élections de 2014 on allait voir ce qu’on allait voir en matière de réforme de l’enseignement en Communauté française (Wallobrux). Pour fidéliser le CDH et l’empêcher de s’accoquiner avec le MR honni, les pontes du PS ont offert le marocain de l’enseignement et de la culture à  super Joëlle Milquet CDh qui s’engageait à mettre en chantier, supercalifragilisticexpialidocious, la réforme des réformes, son fameux « pacte d’excellence ». Budget 250 millions, autant dire rien.
Joëlle, alias Mary Poppins fut contrainte de quitter l’avion en se servant de son parapluie en guise en parachute. Marie Martine Schyns-professeur de français de formation- est désormais aux manettes.
Le résultat se résume en une réforme des structures qui consiste,  grosso modo, à supprimer partout toute forme d’homogénéité pour imposer à sa place partout l’hétérogénéité : hétérogénéité des élèves des (classes mixtes mélangées), des filières (un tronc commun), des enseignants  (les régents dans l e degré inférieur jusqu’à 15 ans, les licenciés universitaires dans les deux dernières années) etc.
En clair, le  dogme de la mixité sociale décrète ses lois : interdiction d’organiser des classes de niveau mais on impose à tous la même tambouille pour tous  de cinq à quinze ans avec un train sans retour pour le spécial pour les plus inadaptés des élèves. Une cuillère de latin pour tout le monde (en guise d’huile de foie  de morue), un zest de sport, une pincée de cours artistiques, un soupçon de cours d’éveil (y aurait-il des matières de « sommeil » se demandait Pierre mon ami pédagogue de génie) et peu de priorité à l’essentiel : le calcul et surtout la langue de l’école qui est de moins en moins souvent la langue maternelle parlée au foyer. « Et voilà pourquoi votre fille est muette »
En vérité, je vous le dis, toutes ces mesures sont vaines, dispendieuses  et demeureront totalement aléatoires aussi longtemps qu’on ne s’attaquera pas à une refonte radicale de la formation des enseignant(e)s. Les envoyer tou(te)s à l’université pendant cinq ans n’est certainement pas la solution. Deux exemples tirés de la réalité  proche pour illustrer ce point.
Le premier, on l’appellera Martine. Excellente élève issue de l’enseignement général et surdouée pour l’informatique, grâce à son père informaticien, Martine veut devenir institutrice. Une aubaine pour ses futures élèves, elle a une tête bien faite et une orthographe impeccable. Aussi sort-elle diplômée parmi les premières  de sa  promotion. Elle rêve de se spécialiser dans l’enseignement par la tablette et a consacré son brillant mémoire de fin d’études à cette question après un stage fécond en Suisse dans une école qui mise beaucoup sur le numérique. Elle décide de s’inscrire en faculté de psycho pédagogie où elle se morfond et s’ennuie comme un rat mort. Personne ne s’intéresse à son projet informatique et elle subit, journée après journée, un enseignement académique aussi ringard qu’archaïque.
Autre exemple : Leila a repris à quarante-cinq ans une licence  en traduction qu’elle réussit haut la main. Elle est ravie à l’idée d’enseigner dans le supérieur secondaire et s’inscrit à l’agrégation en faculté de psycho pédagogie. Même déconvenue que celle de Martine : des cours ennuyeux avec des profs soporifiques et jargonnant : rien ou presque pour préparer pratiquement les enseignants à la dure réalité de la classe. Leila est complètement démotivée mais décidée quand même, comme Martine, de terminer sa formation. 
Et les Finlandais, me dira-ton ? Les Finlandais mettent un soin tout particulier à former leurs enseignants qu’ils recrutent avec soin et qu’ils paient correctement. Tiens, à propos : savez-vous que les Finlandais sont en train de supprimer l’enseignement par matières pour opter pour une pédagogie par grands thèmes ? Mais cela, c’est une autre histoire.
MG

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