dimanche 8 janvier 2017

Farid Benyettou, confessions d'un djihadiste repenti


Farid Benyettou, de mentor des frères Kouachi et émir de la filière des Buttes-Chaumont à la déradicalisation. (Sébastien Leban pour L'Obs) 

Ex-émir de la filière des Buttes-Chaumont et mentor de Chérif Kouachi, Farid Benyettou travaille désormais avec Dounia Bouzar pour déradicaliser des jeunes et sort un livre. Nous l'avons rencontré. Portrait. 

Doan Bui L’Obs 

Il le garde toujours dans son sac, comme un talisman : un petit pin's noir "Je suis Charlie". On se pince. Oui, on est bien face à Farid Benyettou, l'ex-mentor des frères Kouachi… Il a enlevé ses lunettes de soleil qu'il met toujours devant la télé ou les photographes - "J'ai peur qu'on me reconnaisse"- et, devant ce jeune homme quasi imberbe, qui fait bien plus jeune que ses 35 ans, on peine à retrouver l'image de "l'émir des Buttes-Chaumont" en barbe et keffieh, qui avait tourné en boucle dans les médias après les attentats de "Charlie Hebdo".
En janvier 2015, Farid Benyettou terminait ses études à l'école d'infirmier : il est à la Pitié-Salpêtrière, en stage, là où ont été envoyées les victimes de "Charlie Hebdo" et de l'Hyper Casher. Scandale quand son identité est révélée.
"On a interrompu mon stage, alors. C'était normal. Mais j'ai quand même eu mon diplôme en mars. Même si je ne sais pas si je peux vraiment exercer, vu que le Conseil de l'ordre a condamné le fait que je travaille à l'hôpital."
Quand il a entendu à la télévision que les frères Kouachi étaient les auteurs de la tuerie, Farid Benyettou s'est de lui-même rendu à la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) pour dire ce qu'il savait sur eux, et notamment sur Chérif, dont il fut très proche : les agents, le voyant débarquer, l'immobilisent, craignant un attentat suicide dans leurs locaux, avant de comprendre qu'il vient témoigner… A l'époque, il répète aux journalistes qu'il a changé, notamment à Mediapart, auprès de qui il se confie, longuement. Il arbore le petit badge "Je suis Charlie" qu'un cameraman lui a donné. "C'était affirmer aux yeux de tous que j'avais rompu avec le Farid d'avant."
"J'ÉTAIS MOI-MÊME SOUS EMPRISE"
Aujourd'hui, l'ex-émir des Buttes-Chaumont sort "Mon djihad. Itinéraire d'un repenti", un livre confession coécrit avec Dounia Bouzar, l'icône médiatique de la déradicalisation. (1) Un coup de com', que d'aucuns pourraient trouver déplacé alors qu'on commémore le deuxième anniversaire des attentats ?
"En vérité, je voudrais me faire oublier, ce serait tellement plus simple. C'est compliqué de sortir ce livre. S'afficher comme repenti, c'est passer pour un traître aux yeux de certains, c'est s'exposer aux menaces…

Mais j'ai l'impression que j'ai une dette morale. Et avec tout ce qui s'est passé, je me sens coupable de ne rien faire. Ce livre, c'est une thérapie. Il faut que j'assume que j'ai aussi du sang sur les mains : je ne peux plus être dans le déni, j'ai adhéré à une idéologie meurtrière, je l'ai propagée. Parce que j'étais moi-même sous emprise."
"Farid a empêché une trentaine de départs"
A côté de son protégé, Dounia Bouzar acquiesce. C'est à l'automne 2015 que Farid Benyettou tente de la joindre. Il veut témoigner, aider d'autres jeunes à se désembrigader : il a même appelé le numéro vert Stop-Djihadisme. En vain. Dounia Bouzar lui répond au téléphone, mais elle a en revanche interdiction de le rencontrer :
"L'Uclat [Unité de coordination de la lutte anti-terroriste, NDLR] m'avait indiqué qu'il n'y avait rien  de signalé sur Farid Benyettou depuis sa sortie de prison en 2009, mais qu'un terroriste restait un terroriste. Et ça je ne peux pas l'accepter, ça va contre l'idée même de la déradicalisation !"
Après des heures et des heures d'entretien, l'anthropologue en est convaincue : Farid Benyettou est bien un repenti, et elle veut le faire témoigner auprès de jeunes pour les désembrigader. Mais le ministère de l'Intérieur le lui interdit. Craignant que Farid Benyettou ne soit pas vraiment repenti, mais joue seulement un rôle, en adepte de la taqiya (la dissimulation).
(Sébastien Leban/L'Obs)
En février 2016, Dounia Bouzar annonce qu'elle renonce à sa subvention publique de 600.000 euros - "Je n'étais pas d'accord avec la déchéance de nationalité", dit-elle - alors que les controverses se multiplient sur ses activités. Dernier épisode en date, comme l'évoque le site du "Point": un enregistrement pirate publié jeudi après-midi sur le site du CPDSI (Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam) d'un comité de pilotage interministériel. Dounia Bouzar nous explique :
"Lilia, ma fille et collaboratrice, l'a publié, elle a craqué, elle n'en peut plus qu'on soit traitées de menteuses. Nous avons de nous-mêmes décidé de ne plus travailler avec le gouvernement, et non le contraire ! Cela fait plusieurs mois que nous sommes attaquées sur notre bilan. Alors qu'on a des menaces continuelles de Daech, qu'on a échappé à deux tentatives d'attentat : j'ai dû déménager deux fois et je suis sous protection permanente."
Son centre continue de fonctionner jusqu'en août 2016.
"J'ai désobéi. J'ai fait témoigner Farid. Pour les jeunes radicalisés, rien de plus fort que la parole d'un repenti. Farid a réussi à empêcher une trentaine de départs."
Aujourd'hui, Dounia Bouzar a repris ses activités de conseil aux collectivités locales et elle a décidé de salarier Benyettou. "J'espère convaincre les unités d'anti-radicalisation que nous avons formées de le faire témoigner." Ce qui à l'heure actuelle, semble un poil compliqué, vu le pedigree du bonhomme…
"Tout ce qui en dessous des mollets restera en enfer"
L'itinéraire de Benyettou constitue pourtant une passionnante plongée dans le processus d'embrigadement et ses mécanismes. L'histoire d'un jeune garçon du 19e arrondissement de Paris, élevé dans une famille musulmane plutôt pieuse, bénévole au sein du Secours Islamique, qui passe tous ses étés "en colonies de vacances avec les Frères musulmans de Château-Chinon", et qui à l'adolescence, est en quête de "plus".
"J'ai commencé à porter le quamis, c'était comme une armure, un signe de reconnaissance. Les Frères musulmans m'ont alors reproché de virer salafiste. Je me souviens d'une photo de groupe où ils m'avaient coupé, à cause de mon look intégriste. Ce rejet-là, cela m'a fait basculer."

Benyettou se réfugie dans le salafisme, l'application stricte de la religion. Au lycée Voltaire, dans le 11e arrondissement, il est surnommé "l'imam", fait la leçon aux filles musulmanes non voilées, explique que la musique est haram, retrousse soigneusement ses jeans le plus haut possible sur ses mollets, car selon les salafis "tout ce qui est en dessous des mollets restera en enfer", proscrit toute photographie, car c'est une représentation du vivant...
"J'étais terrifié par l'enfer. Quand j'allais dans un supermarché, j'avais peur qu'il y ait la radio, je ressortais tout de suite, quand j'entendais de la musique."
Farid vit dans la peur perpétuelle de tomber dans le chirk, bref, de trahir sa religion.
"Le problème c'est qu'on peut faire du chirk sans le savoir. Par exemple, si vous dites que vous adorez le chocolat, ou telle star de foot, c'est interdit, car vous n'êtes censés adorer que Dieu. Donc je me torturais sans cesse pour savoir si oui ou non j'étais sur la bonne voie."
L'adolescent fait des rencontres. Un cheikh surnommé "Cheikh Coco", algérien, spécialiste de l'exorcisme, et prônant le djihad en Afghanistan, le fascine et devient son modèle. Après le 11-Septembre, Benyettou rencontre un petit groupe de jeunes du 19e, qui fréquentent une mosquée près du métro Stalingrad. Il incarne rapidement leur mentor.
(DR)
Dans ce petit groupe, qui deviendra la tristement connue "filière des Buttes-Chaumont", on trouve Chérif Kouachi. Mais aussi "Peter Cherif", l'un des terroristes les plus recherchés du monde, sur la liste noire des services secrets américains, qui serait aujourd'hui en Syrie. Benyettou ne partira lui cependant nulle part : il se fait arrêter par la police en 2005. Lors de sa garde à vue, il "assume" tout. "Je voulais rester fidèle à mes convictions", dit-il.
"STAR" EN PRISON
En prison, il n'a qu'une obsession : "Je voulais retrouver d'autres 'frères'." Etre un "DPS" - détenu particulièrement signalé -, islamiste condamné pour "terro", donne un certain statut en prison :
"On est respecté en tant que terroriste. Je me souviens d'un autre détenu, qui lançait toujours des 'Allahou Akbar', restait toujours avec moi pour se faire passer pour un islamiste. J'ai découvert bien après qu'il avait été condamné pour pédophilie."
La prison est aussi, paradoxalement, l'endroit qui permettra à Farid Benyettou de s'ouvrir au monde :
"En prison, j'ai pu passer mon bac, prendre des cours de maths et d'histoire, faire des ateliers de théâtre, de cinéma… J'avais toujours vécu en milieu clos."
Quand il est transféré à Osny, au bout de deux ans de peine, il a changé. Dans sa cellule, il écoute Radio Beur, et en cachette, un peu de musique : "Jamais j'aurais assumé de le dire !" C'est lui pourtant la star, à Osny. Sabri Essid, le beau frère de Merah, fait ainsi des pieds et des mains pour être dans son bâtiment :
"Sabri Essid était dans l'ostentation, il rêvait d'être un émir, de se montrer, devenir célèbre. Il avait enregistré tous les reportages me concernant sur la filière des Buttes-Chaumont sur des cassettes vidéos ! J'étais un peu comme une vedette pour lui. Mais il a vite été déçu."
Farid Benyettou n'est plus assez radical aux yeux du futur cadre de Daech. Il sympathise avec des mécréants, des Basques et des Corses. Par exemple son voisin de cellule, qui lui a prêté une GameCube.
"Je l'ai filée à Sabri Essid. Il était super content de pouvoir jouer avec. Mais quand il a su que ça venait du Corse, il me l'a rendue d'un air dégoûté."
Benyettou est toujours sous influence du groupe. Tiraillé, il révoque par exemple son avocat pour son procès, comme l'en enjoignent des "frères" codétenus. Et lors du procès, il convient avec tous ses copains du 19e de refuser de se lever à l'entrée de la juge. "C'était faire du chirk."
Il sort de prison en 2009. Son premier réflexe ?
"Remettre mon quamis. Rappelé mes anciens copains. Je m'étais pourtant juré de couper les ponts, mais je me suis empressé de remettre mes chaînes."
Benyettou n'est pourtant plus aussi sûr de son engagement djihadiste.
"Ceux qui m'ont vraiment déradicalisé, ce sont mes voisins juifs. Je m'attendais à du rejet, je le voulais presque ce rejet, qui m'aurait permis de me remettre à haïr la France, alors que j'avais quand même vu en prison qu'on m'avait donné des chances de réinsertion. Et non. Ils m'ont à nouveau accueilli. Et même encouragé à me lancer dans des études d'infirmier."
Virage total pour l'ex-djihadiste. Qui se met à fréquenter ses "copines" de promotion, lui qui avait toujours évolué dans des univers non mixtes, tombe amoureux - un amour déçu -, puis, sur les conseils d'une collègue…rase sa barbe, pour paraître plus professionnel.
"C'est là que j'ai commencé à esquiver tout le groupe des anciens copains. Sauf Chérif, très insistant, qui venait toujours me voir."
"Je pense que Chérif Kouachi avait des pulsions pédophiles"
Chérif Kouachi est plus radical que jamais depuis sa sortie de prison. Il insulte tous les musulmans qui ne militent pas pour le djihad. La police le soupçonne d'avoir participé à la tentative d'évasion de Smaïn Aït Belkacem, l'artificier des attentats de Saint-Michel, et découvre des vidéos pédopornographiques sur son ordinateur.
"Chérif était obsédé par cette histoire de vidéos, il m'assurait que c'était un coup monté des policiers. En fait, je me demande s'il n'avait pas des pulsions pédophiles, qu'il tentait de canaliser via la religion, le djihad. Il avait par exemple voulu se faire exorciser."
Farid Benyettou voit Chérif Kouachi pour la dernière fois en novembre 2014. Chérif Kouachi est alors très remonté contre Daech, qui lui semble trahir Al-Qaïda et Ben Laden, son héros.
"J'ai eu l'impression que je pouvais utiliser cet argument pour le faire douter sur le djihad. Je lui ai même avoué, alors que je n'avais jamais osé le faire, que je condamnais Mohamed Merah. Il n'arrivait pas à comprendre."
Quelques semaines après, il entendra la voix de son ami de jeunesse revendiquer la tuerie.
"Je me suis senti coupable. C'est moi qui lui ai inculqué l'utopie du djihad en 2004, et qui, dix ans après, n'ai pas réussi à l'en sortir."
Il se tortille sur le fauteuil.
"C'est dur d'admettre sa responsabilité. Je préférerais rester dans le déni. Me dire que j'ai juste suivi une utopie, que je défendais un djihad propre. Mais en fait, non…"
Cela fait trois heures qu'on parle, Farid Benyettou doit filer, pour ne pas rater le dernier bus pour rentrer chez lui, après le RER. Sur ses oreilles, un gros casque blanc. L'ex-émir des Buttes-Chaumont écoute désormais de la musique, cet instrument de Sheitan. Il adore la chanteuse Camelia Jordana.
Doan Bui
(1) "Mon djihad. Itinéraire d'un repenti", Farid Benyettou et Dounia Bouzar, éditions Autrement.


COMMMENTAIRE DE DIVERCITY
« J'AI PAYÉ MA DETTE À LA SOCIÉTÉ, PAS MA DETTE MORALE. »

« PERSONNE N’A PLUS DE POIDS QU’UN REPENTI AUPRÈS DE CE PUBLIC SI PARTICULIER » Dounia Bouzar
La sociologue Dounia Bouzar joue tout son crédit sur ce pari téméraire. Farid Benyettou a prôné jadis le djihad, notamment auprès du jeune Chérif Kouachi, bourreau de « Charlie Hebdo ». Aujourd'hui, il se jure repenti et assure avoir une « dette morale » à payer à la société.
Condamné à six ans de prison pour terrorisme, Farid Benyettou, 35 ans met désormais sa personne au service de la « déradicalisation ». Depuis juin, il travaille aux côtés de Dounia Bouzar, spécialiste autoproclamée du désembrigadement.
« Il n'y a pas eu un déclic, mais plutôt une série de moments clés. Des petites phrases qui me ramenaient à mon humanité. Comme ce gardien de prison qui m'a demandé à quoi tout ce que j'avais fait avait servi. Ça me faisait réfléchir, ça bouleversait mes convictions mais à chaque fois je replongeais. Quand j'étais en prison, je m'étais juré de couper les ponts avec mes frères et pourtant je les ai recontactés le jour de ma sortie. Ils étaient mes repères. Et puis il y a eu l'affaire Merah. Je me suis identifié aux victimes parce qu'au début on pensait qu'il s'agissait d'un tueur d'extrême droite. Quand on a découvert qu'il était djihadiste, je me suis senti coupable. J'ai vu ce que j'étais, les conséquences de mes convictions. J'ai peu à peu pris mes distances. »(…)« J'ai longtemps essayé de minimiser mon implication. Je me disais que mes discours visaient juste à partir en Irak, pas à passer à l'acte sur le sol français. Mais j'ai une part de responsabilité, je ne peux pas le nier. J'ai prêché la haine, j'ai distillé cette idéologie même si ce n'est pas moi qui lui ai dit de commettre ce massacre. J'ai purgé ma peine de prison, j'ai payé ma dette à la société, pas ma dette morale. »

Reste la question fondamentale: est-ce vraiment pour se  racheter qu’il s’est impliqué dans la déradicalisation ? Bouzar en est persuadée. Lui n’en démord pas :« J'ai toujours eu besoin de venir en aide aux autres. C'est pour cette raison que j'ai passé mon diplôme d'infirmier même si je ne peux pas exercer aujourd'hui à cause de mon casier judiciaire. En travaillant avec Dounia Bouzar, je me sens utile, mon expérience sert à d'autres. »
« J'espère que mes erreurs feront écho en eux. » (interview  Le Parisien)
Dounia Bouzar, figure « controversée  de la lutte anti-radicalisation » (Libération), a décidé de travailler avec Farid Benyettou, ancien leader de la «filière des Buttes-Chaumont». Elle fut l’une des premières à se lancer en 2014, tentant de fournir une expertise pour lutter contre l’embrigadement jihadiste et «dés-endoctriner» des recrues potentielles. Sa méthode, critiquée, ne l’a pas empêchée de travailler pour les pouvoirs publics jusqu’à la fin du mois d’août, financements gouvernementaux à la clé.
Le profil de Farid Benyettou franchement inattendu. Né à Paris le 10 mai 1981, il a été condamné en 2008 à six années de prison, reconnu comme un des chefs de la «filière des Buttes-Chaumont» qui recrutait des volontaires du jihad pour combattre en Irak. Parmi ses élèves, un certain Chérif Kouachi qui, accompagné de son frère aîné Saïd, a commis en janvier 2015 l’attentat contre Charlie Hebdo.
Et voici que l’ex-mentor repenti est devenu «formateur en déradicalisation». L’évolution a de quoi déconcerter. Notamment au ministère de l’Intérieur, où l’on assure avoir toujours opposé un «non» catégorique aux demandes de Bouzar de travailler avec Benyettou: «Son profil et son parcours n’en font pas pour nous un partenaire de confiance.»
L’ex-éducatrice à la protection judiciaire de la jeunesse n’en a cure, elle passera outre les consignes.
Depuis la fin du mois d’août, Dounia Bouzar n’est plus mandatée par les pouvoirs publics pour intervenir auprès de jeunes radicalisés et travaille à nouveau à son compte. Une rupture initiée au moment du débat sur la déchéance de nationalité.
Bouzar, malgré ses propres doutes,  estime que quand «on commence à faire confiance, on ne peut pas y aller à moitié». «Il faut laisser un espace aux repentis, sinon ils en crèvent.»
Au printemps 2016, elle décide de se lancer et de faire intervenir Farid Benyettou lors d’une séance auprès d’un jeune majeur, tout juste sorti de quatre mois de détention pour fabrication de matériaux explosifs. «Angoissé à mort», l’ancien prédicateur du XIXe arrondissement accepte l’initiative. Pendant quatre-vingt-dix minutes, il raconte son parcours. «Au début, le jeune ne nous regardait même pas, se remémore Bouzar. Mais petit à petit, il s’est rendu compte que toute son histoire était dans la bouche de Farid, qu’ils avaient eu les mêmes motifs d’engagement.» Selon elle, l’homme est aujourd’hui «tiré d’affaire». Elle renchérit, jugeant même que Benyettou a «sauvé une trentaine» de jeunes prêts à basculer. Invérifiable commente Libération. « Mais pour elle, il est clair que personne n’a plus de poids qu’un repenti auprès de ce public si particulier. Elle reconnaît d’ailleurs qu’avant de le rencontrer, sa méthode de «désengagement», plutôt efficace pour les adolescentes, atteignait ses limites quand il s’agissait d’approcher des profils plus durs. »  Cette collaboration singulière interpelle les spécialistes/
«Utiliser Benyettou, c’est sacrément culotté vu l’histoire du personnage, souligne un universitaire. C’est une liberté à laquelle aucune administration publique ne se serait risquée. J’espère que Bouzar sait ce qu’elle fait.»
Certes on aura tout essayé pour dé radicaliser les jeunes djihadistes : les mamans des terroristes tombés en Syrie, désormais les repentis.
Tous sauf la méthode simple qui consisterait à déconstruire patiemment le discours radical mais néanmoins assez superficiel et basique instillé par des recruteurs habiles au nom d’un islam fantasmé. Un tel discours chimérique et propagandiste ne saurait être anéanti et dissout que par un discours coranique solidement argumenté et charpenté,  visant à ramener ces « égarés » sur la voie de la rectitude éthique. A y regarder de près, le Coran n’est rien d’autre qu’une guidance morale (un « rappel » des guidances antérieures chrétiennes et juives) destinée prioritairement à ramener les dénégateurs (les égarés) sur la voie droite de l’éthique. Voilà qui exige non pas une familiarité avec des petites frappes égarées mais au contraire une vraie symbiose avec le texte fondateur de l’islam. C’est la thèse d’ Ali Daddy qui sait son Coran sur le bout des doigts et surtout qui en mesure toute la portée éthique.
Le jihadisme militant ne saurait être vaincu ni par les armes, ni par les discours des mères éplorées de djihadistes assassins, ni par celui de recruteurs repentis et fanfarons mais seulement par l’esprit pacificateur du texte coranique lui-même incarné par des hommes et des femmes ( hélas peu nombreux mais ils existent) qui en comprennent l’essence éthique profonde et sont capables de le transmettre dans toute s complexité.
MG


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