dimanche 1 janvier 2017

La libération de Jacqueline Sauvage, une grâce politique


Le Monde
La grâce de Jacqueline Sauvage, 69 ans, est une mesure populaire, qui satisfait l’opinion publique et de nombreuses associations qui ne s’étaient pas reconnues dans le verdict. 


François Hollande a accordé la grâce présidentielle, mercredi 28 décembre, à Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de prison en 2015 pour le meurtre, par trois balles dans le dos, d’un mari qui la martyrisait depuis quarante-sept ans. Cette décision est d’abord politique.
Elle ne l’est pas seulement parce qu’elle a été saluée, avec une rare unanimité, par l’ensemble des responsables politiques français, de Jean-Luc Mélenchon, du Parti de gauche, à Florian Philippot, du Front national. La grâce de Jacqueline Sauvage, 69 ans, est une mesure populaire, qui satisfait l’opinion publique et de nombreuses associations : une pétition en faveur de cette grâce avait recueilli en quelques mois, après sa condamnation, près d’un demi-million de signatures. Politique, la décision du président l’est aussi parce qu’elle va à l’encontre du droit et de la chose jugée, en donnant la priorité à la cause des femmes victimes de violences conjugales.
C’est la règle : une grâce présidentielle, établie par l’article 17 de la Constitution, n’a pas à être motivée. Le président Hollande n’a pas dérogé à la règle et, ce faisant, nous contraint inévitablement à interpréter son geste. A-t-il voulu dénoncer la décision des juges qui, par deux fois, ont refusé la libération conditionnelle de la meurtrière ? Ou bien a-t-il voulu prendre acte de l’importance du combat contre les violences faites aux femmes, dont la société française a enfin intégré la gravité ?
Controversée par nature
L’Union syndicale des magistrats, syndicat majoritaire dans la profession, s’est offusquée de cette remise en cause d’une décision de justice ; c’est, cependant, le principe d’une grâce présidentielle. En accordant une première fois, le 31 janvier, une grâce partielle à Mme Sauvage, M. Hollande, coutumier des demi-mesures, avait apparemment espéré que le tribunal d’application des peines s’appuierait sur sa décision pour libérer la condamnée. Mais le tribunal a rejeté la demande de libération conditionnelle en estimant, notamment, que la meurtrière n’avait pas reconnu la responsabilité de son geste : il lui fallait encore « remettre de l’interdit dans le passage à l’acte », selon la formulation assez curieuse de l’arrêt, ce qui nécessitait son maintien en détention avec une aide psychologique.
LES MAGISTRATS ONT FAIT LEUR TRAVAIL, MAIS LE PRÉSIDENT A TENU COMPTE DE L’ÉVOLUTION DE LA SOCIÉTÉ
Par cette nouvelle grâce, définitive, M. Hollande a, en réalité, remédié à la mauvaise stratégie de défense choisie par les avocates de Jacqueline Sauvage, qui avaient plaidé la légitime défense au lieu d’opter pour les circonstances atténuantes. La justice a suivi le droit et rejeté la légitime défense. Juridiquement, cette décision était tout à fait fondée. Indignée par le niveau de violence subi par la condamnée et ses filles de la part de la victime, la société, cependant, ne s’est pas reconnue dans le verdict.
Héritage de la monarchie, la grâce présidentielle est, par nature, controversée. Longtemps utilisée pour commuer des peines capitales, elle a également permis d’absoudre un certain nombre de personnalités politiques de délits divers. L’affaire Jacqueline Sauvage est d’une autre nature. Les magistrats ont fait leur travail, mais le président a tenu compte de l’évolution de la société. La grâce est donc, dans ce sens, une bonne décision. On pourrait espérer que la même clémence s’applique à bien d’autres personnes condamnées à des peines excessives, mais dont les cas n’ont pas bénéficié de la même exposition médiatique. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES SCRUPULES MORAUX DE FRANÇOIS HOLLANDE 

"Ce que nous croyons acquis, la démocratie, la liberté, les droits sociaux et même la paix. Tout ça devient réversible" @fhollande
François Hollande s’est révélé assez médiocre président. Ce n’est sûrement pas un mauvais homme. Ce geste altier, diversement commenté et apprécié, honore l’homme et grandit le Président. Certes la grâce peut être regardée comme un instrument désuet, héritage  du temps où des rois très catholique présidaient aux destinées de la France.
François Hollande a fait voeu aux Français de demeurer en toutes circonstances un homme simple. Il ne leur a pas menti, il se révéla en effet un président normal, trop normal au goût de ce peuple monarchique.  Et voici qu’en fin de mandat, avant, comme Cincinnatus, de prendre le chemin de l’exil politique François Hollande se comporte en roi « miséricordieux » accordant sa grâce à une femme hardie, martyre d’un mari dominateur et odieux qui l’a bafouée, sa vie durant.
Ce geste symbolique peut s’interpréter comme une sorte d’hommage à la cause féminine et comme un  blâme jeté à tous les machos frustrés qui entendent enfermer la femme dans un carcan de contraintes dont les Européennes ont appris à se libérer. C’est un pied de nez à toutes les burkas réelles et virtuelles qui s’abattent comme autant de chapes sur bon nombre d’épouses de musulmans  intégristes, jeunes et moins jeunes.  On vous aime bien quand même monsieur le Président et peut-être les Français finiront-ils par vous comprendre avant que vous ne rendiez les clés de l’Elysée.
MG 


HOLLANDE, LES VŒUX D’APRÈS L’ANNONCE

François Hollande va bien et ne regrette « à aucun moment » sa décision – inédite sous la Ve République – de ne pas briguer un second mandat, annoncée le 1er décembre après des semaines d’atermoiements et de lutte à couteaux rentrés avec son premier ministre d’alors, Manuel Valls.
(…)Il est en tout cas très heureux d’avoir Bernard Cazeneuve comme premier ministre, ça l’a comme libéré de Valls. » « Il est maintenant dans une liberté absolue », confirme un troisième, alors que le président de la République a encore surpris en accordant, mercredi 28 décembre, sa grâce à Jacqueline Sauvage, condamnée en 2015 à dix ans de prison ferme pour le meurtre de son mari violent.

« IL EST DÉSOLÉ DE VOIR QUE, MALGRÉ SON RETRAIT, PERSONNE NE SEMBLE EN MESURE DE L’EMPORTER À GAUCHE »
UN PROCHE DE FRANÇOIS HOLLANDE
(…) « Il pense toujours qu’il aurait pu gagner la primaire s’il avait été soutenu », assure un de ses visiteurs réguliers. « Il est désolé de voir que, malgré son retrait, personne ne semble en mesure de l’emporter à gauche, assure un autre familier. On se rend compte que ce n’était pas lui le problème, même si on lui a tout mis sur le dos. »


(…)
« LA VIE POLITIQUE, CE N’EST JAMAIS FINI. ET HOLLANDE N’A PAS DIT QU’IL ARRÊTAIT LA POLITIQUE »
UN PROCHE
M. Hollande quittera ses fonctions en mai 2017. Mais quittera-t-il d’un même pas la vie politique ? Cette question, le chef de l’Etat a pris soin de ne pas y répondre, même en privé avec ses proches. A 62 ans, celui qui a consacré toute sa vie d’homme à la conquête du pouvoir pourrait-il prendre sa retraite ?

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