mercredi 8 février 2017

Monsieur Michel, je me sens outragée


D'habitude, je me tiens en retrait de l'actualité politique. Non qu'elle ne m'intéresse pas. Mais parce que, bien souvent, elle me répugne suffisamment pour que je préserve ce qui me reste de bienveillance envers elle. Mais cette fois, les bornes ont, pour moi, été dépassées par Monsieur Louis Michel, interviewé par Pierre Havaux dans le Vif de ce vendredi 3 février 2017.


Louis Michel © Dieter Telemans/Imagedesk 

Tout l'article mériterait une critique point par point, mais ce qui m'a fait bondir le plus est l'extrait suivant. "Limiter le parlementaire à un mandat rémunéré [de] 4 800 euros net par mois ? Vous obtiendrez un Parlement coupé de la réalité, peuplé de fonctionnaires et d'enseignants, mais déserté par le monde de l'entreprise et les avocats. Ce genre de mesure éloignera de la politique des tas de gens qui ont la motivation, le talent, l'intelligence et la formation pour accomplir un job où ils pourront tout simplement gagner davantage. Quel entrepreneur acceptera de sacrifier ses week-ends, ses soirées, ses vacances, pour gagner 4 800 euros nets par mois ? "
Je me sens outragée ! Qu'on me comprenne bien, je ressens un outrage à ma dignité de citoyenne.
Je me sens outragée pour tous ces travailleurs et artisans qui ne gagnent pas 4800 euros net par mois et qui utilisent leur talent et leur intelligence pour faire tourner des machines, élever du bétail, cultiver, faire le pain, monter des canalisations, ouvrir leur épicerie...
Je me sens outragée pour tous ces entrepreneurs qui ne gagnent pas 4800 euros net par mois et qui se lèvent chaque matin, week-end compris, et qui se couchent tard le soir, pour gérer une TPE ou une PME, soumises à la concurrence forcenée que vous, les politiques derrière votre fauteuil bien au chaud, avez mises en place avec vos lois injustes et déconnectées de la réalité.
Je me sens outragée pour tous ces fonctionnaires et enseignants, dont je suis. Car nous, Monsieur Michel, sommes au coeur du terrain, nous sommes connectés en permanence avec la réalité. Et, pour la plupart d'entre nous, grande est notre motivation à effectuer tous les jours, y compris parfois le soir et le week-end, les tâches d'éducation qui nous incombent.
Je me sens outragée pour tous ceux qui font tourner l'économie du pays tous les jours, dans l'ombre, sans gagner 4800 euros net par mois (au moins 9500 euros brut). Douteriez-vous un seul instant qu'ils soient capables de gérer le pays au moins aussi bien que tous nos parlementaires ?
Qui vous paie, Monsieur Michel ? En partie tous ces gens qui ne gagnent pas 4800 euros net par mois, même pas en brut, et qui, probablement, comme moi, se sentent insultés. Faut-il être entrepreneur ou avocat pour être connecté à la réalité ? Et, puisque vous ne supportez même pas l'idée d'une limitation, faut-il gagner beaucoup plus que 4800 euros net par mois, pour se mettre au service de la chose publique ? Vous vivez tellement dans votre monde, Monsieur Michel, que vous n'avez même pas conscience de l'indécence de vos propos. A moins que vous ne cherchiez à tout prix à sauvegarder vos privilèges et ceux de vos proches ?
La politique n'est pas un jeu dont le but est de s'en mettre plein les poches et dont les règles sont édictées par ceux-là mêmes qui en profitent. La politique est un engagement à organiser la société au service de la population. Il est urgent que vous et vos amis s'en rappellent. Car le risque est grand, et peut-être même imminent, que la roue de la fortune tourne et alors... 

Barbara Dufour, enseignante 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE FRIC ET LA POLITIQUE 

« On retrouve ici la thèse de Peter Mertens président du PTB et sociologue de formation. Il considère que la majorité des hommes et femmes politiques dont les revenus cumulés frisent ou dépassent les 10.000 euro mensuels perdent toute notion de la réalité telle que la vivent et l’affrontent leurs électeurs potentiels. Il aime pointer à cet égard Guy Verhofstadt.
Elio di Rupo, qui pourtant fait partie du lot, a dénoncé, il y a dix ans déjà les parvenus. Le « bon » peuple n’en peut plus des parvenus et il le dit avec colère. « Je me sens outragée pour tous ces travailleurs et artisans qui ne gagnent pas 4800 euros net par mois et qui utilisent leur talent et leur intelligence pour faire tourner des machines, élever du bétail, cultiver, faire le pain, monter des canalisations, ouvrir leur épicerie... Je me sens outragée pour tous ces fonctionnaires et enseignants, dont je suis. Car nous, Monsieur Michel, sommes au coeur du terrain, nous sommes connectés en permanence avec la réalité. Et, pour la plupart d'entre nous, grande est notre motivation à effectuer tous les jours, y compris parfois le soir et le week-end, les tâches d'éducation qui nous incombent.
Je me sens outragée pour tous ceux qui font tourner l'économie du pays tous les jours, dans l'ombre, sans gagner 4800 euros net par mois (au moins 9500 euros brut). Douteriez-vous un seul instant qu'ils soient capables de gérer le pays au moins aussi bien que tous nos parlementaires ? »
Ceci est d’autant plus vrai que ce bon Louis Michel, régent germaniste de formation est un pur autodidacte en politique.
Nous sommes ici au cœur même de la sensibilité populaire, de plus en plus hostile à nos élites autoproclamées qui ont fait de la vocation de politicien une profession souvent grassement rémunérée et cela aussi bien à gauche qu’à droite. Ce qui est fondamentalement reproché à François Fillon c’est de se présenter en monsieur propre tout en reproduisant les tares de ce système et en exigeant l’austérité pour les gagne-petit.
MG





 

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