samedi 4 février 2017

Une campagne présidentielle dénaturée


Editorial. Les affaires liées à François Fillon et Marine Le Pen contribuent à creuser un peu plus le dégoût des Français pour la chose publique.
LE MONDE

L’élection présidentielle est le dernier scrutin auquel les Français accordent véritablement de l’importance. Dans tous les autres – législatifs, locaux, plus encore européens –, la montée des niveaux d’abstention depuis une bonne vingtaine d’années témoigne du désintérêt ou de la défiance des citoyens à l’égard des responsables politiques. Seule la présidentielle a, jusqu’à présent, échappé à ce délitement démocratique. Bon an, mal an, quatre Français sur cinq continuent à y participer, jugeant que leur avenir et celui du pays s’y décident, tous les cinq ans.
C’est pourquoi la façon dont s’est engagée l’actuelle campagne est calamiteuse. En l’espace de quelques jours, le débat démocratique s’est trouvé paralysé, éclipsé, asphyxié par les révélations touchant le candidat du parti Les Républicains. François Fillon peut bien jouer les outragés, dénoncer des attaques d’une « violence inouïe » et « sans précédent » contre lui, s’emporter contre ce qu’il qualifie, sans sourciller, de « coup d’Etat institutionnel », la réalité est malheureusement beaucoup plus triviale.

UN DÉLÉTÈRE PARFUM DE FAVORITISME
Il se présentait, y compris pour mieux se démarquer de l’ancien président Nicolas Sarkozy, comme le « candidat de l’honnêteté ». Il se flattait d’être « irréprochable ». Tout démontre qu’il ne l’est pas. Les conditions dans lesquelles il a rémunéré ou fait rémunérer pendant de longues années son épouse Penelope ou deux de ses enfants, les sommes en jeu, dont il n’a à aucun moment contesté le montant, son incapacité, jusqu’à présent, à apporter la preuve de la réalité d’un travail effectué par ses proches, font plus qu’entretenir le soupçon qu’il s’agissait d’emplois fictifs financés, dans l’opacité des usages parlementaires, par de l’argent public. Il n’y a rien, là, d’illégal, clame-t-il.

La justice tranchera. Mais, quelle que soit sa conclusion, il restera de cette affaire un délétère parfum de favoritisme, de népotisme et d’avantages indus. Au regard de cet enjeu éthique, le point de savoir si M. Fillon jettera l’éponge ou si ses « amis » l’y contraindront apparaît presque subalterne.
Ce n’est pas tout. Si ce « Penelopegate » occupe tous les esprits depuis huit jours, la candidate du Front national n’est pas en reste. Elle aussi se présente comme la « candidate du peuple », la candidate aux « mains propres » contre les turpitudes de « l’oligarchie ». Et elle vient d’être sommée par le Parlement européen, où elle siège, de rembourser 300 000 euros pour avoir fait rémunérer comme assistante parlementaire à Bruxelles sa chef de cabinet à Paris.

SENTIMENT D’IMPUNITÉ ET ÉGOTISMES AVEUGLES
Pis, plusieurs parlementaires européens du Front national sont désormais, pour les mêmes raisons, dans le collimateur de la justice française, qui a ouvert, en décembre 2016, une information judiciaire pour « escroquerie en bande organisée ». Et c’est compter sans les enquêtes ouvertes sur le financement irrégulier de toutes les campagnes électorales du FN depuis 2012.

A force de prendre les Français pour des benêts, à force de donner à voir et à entendre de telles formes d’indifférence ou de mépris à leur égard, à force de s’affranchir de la plus élémentaire probité publique, l’on finira, d’une manière ou d’une autre, par creuser un peu plus leur dégoût de la chose publique et par provoquer leur révolte – légitime. Enfermés dans leur sentiment d’impunité et dans leurs égotismes aveugles, les candidats responsables de cet état de fait ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes. Mais trop tard. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VIVONS-NOUS UNE DÉSINTÉGRATION DE LA POLITIQUE?

Je viens de regarder l’interview que, candide, Pénélope Fillon accorda à un quotidien anglais dans un bistrot parisien. Elle y détricote en deux répliques malheureuses la belle ouvrage tissée par son mari, un Ulysse roué, déterminé à reconquérir le royaume d’Ithaque.   C’est pathétique, totalement dérisoire.
Les Français, c’est sûr vont lui tourner le dos. Alors Macron ?
Les populismes, les nationalismes de toutes farines ont le vent en poupe.
Un spasme suicidaire agite les élites politiques d’occident ; une onde de choc qui tétanise l’humanité tout entière. Tout se passe comme si le bref cycle démocratique voulait s’achever déjà, trois siècles après l’apogée des Lumières.
Hitler et Staline  nous ont donné un avant-goût de ce que cela pourrait donner. Et voici donc que les forces obscures à nouveau se déchaînent. Qui saura contrarier leur résistible ascension ?
Jean-Pierre Le Goff  évoque «  le processus de désintégration de la politique dont témoigne la folle campagne présidentielle. »
Au-delà de l'affaire Fillon, il pointe « un rapport profondément altéré entre gouvernants et gouvernés, entretenu par la révélation continue de sommes indues de salaires mirobolants, de primes et de retraites-chapeau. » L'auteur de Malaise dans la démocratie (Stock) s'inquiète : « Oui, nous vivons une désintégration de la politique dans son contenu et ses finalités, mais aussi dans le sens où les deux principales forces politiques du pays sont mises à mal. »
Le raz le bol des Français finira-t-il par offrir à Marine Le Pen les clefs de l’Elysée?
MG


Can Emmanuel Macron win the French election?

With the Socialist party turning sharply left, and the centre-right stuck with a wounded candidate, the head of the youthful new movement En Marche! certainly has a route to the Elysée Palace, but can he beat Marine Le Pen?


  Presidential candidate Emmanuel Macron presents himself as an energetic outsider. Photograph: Patrick Kovarik/AFP/Getty Images

WHAT’S THE BASIC BIOGRAPHY?
Emmanuel Macron, 39, is the son of a doctor and a neurology professor. Raised in the Picardy town of Amiens, he studied philosophy (you can tell from his speeches), then followed the classic postgrad route of France’s political and business elite, through Sciences Po and the École Nationale d’Administration.
Briefly a rising star in the civil service, he bought himself out of his government contract and joined Rothschild & Co – reportedly making around €2m (£1.7m) as a thrusting young investment banker – before being appointed a senior adviser by François Hollande in 2012 and, two years later, economy minister. Macron resigned last summer and launched his campaign in November.
Unknown to the public barely two years ago, never elected, no longer a member of a political party and defining himself as “neither left nor right”, he is now – according to polls – the favourite to become France’s next president. Oh, and his wife, Brigitte Trogneux, used to be his French teacher, and is 20-odd years his senior.
WHAT ARE HIS POLITICS?
Macron presents himself as the energetic outsider, determined to break what he calls the “complacency and vacuity” of the French political system. At the head of a youthful movement, En Marche! (Let’s Go!), he wants to “re-forge France’s politics, culture and ideology”.

SO HE’S A RADICAL?
He says he is “of the left”, but keen to unite people from across the spectrum, including the right. Economically liberal and pro-business, Macron was tasked by Hollande with opening up France’s sclerotic economy; the loi Macron reforms that bear his name were so unpopular they had to be forced through by decree. But he is also fiercely progressive on social issues – eager to stimulate growth and free up business while protecting the country’s strong social safety net.
In the hands of a political establishment interested only in self-preservation, he has said, the system “has ceased to protect those it should protect”. In a country where stubborn unemployment, entrenched inequalities, increasing opposition to globalisation and the ongoing terror threat have robbed many of all confidence in mainstream politics, it is a message that resonates. Macron’s rallies are huge: 12,000 people in Paris, 4,000 in Lille.
WHERE DOES THE RACE STAND TODAY?
On the left, Hollande – faced with the lowest approval ratings in the Fifth Republic – is not standing for re-election. Instead, the Socialist candidate is Benoît Hamon, a radical, “real left” former education minister, who unexpectedly beat former prime minister Manuel Valls in the party primaries.
On the right, the socially conservative, ultra-liberal former prime minister François Fillon emerged victorious in November, capturing the les Républicains nomination in equally unforeseen fashion, ahead of a former president, Nicolas Sarkozy, and the long-standing favourite, Alain Juppé, another former premier.
But Fillon is now embroiled in a widening corruption scandal that could well cost him his candidacy, accused of paying his wife and children not far short of €1m of public money to work for him as parliamentary assistants – work that investigators suspect may never have been carried out.
AREN’T YOU FORGETTING SOMEONE?
On the far-right, of course, lurks Front National leader Marine Le Pen, riding high on the populist, anti-politics-as-usual tide that produced Brexit and propelled Donald Trump into the White House. Polls predict she will advance to the run-off of the two-round election, but will then be defeated.
SO ... CAN MACRON WIN?

Euro will fail in 10 years without reform, Emmanuel Macron says
 This is one of the most unpredictable French presidential races in recent history. With the Socialist party making a sharp turn to the left, and the centre-right stuck with a badly wounded candidate who is sinking in the polls and may have to be replaced, Macron certainly has a route to the Elysée Palace.
The most recent poll shows Le Pen in the lead in the first round, on 26-27%, with Macron trailing by about three points and Fillon, in the wake of Penelopegate (as the scandal is known), sharply down in third place at around 20% – meaning he would not make it to the second round. According to the same poll, Macron would comfortably beat Le Pen in the run-off.
BUT?
But we are still three months from polling day – and given the number of upsets in this race so far, we would be well-advised to make no assumptions. We must be wary, too, of opinion polls. And remember: no candidate in French political history has won the presidency without the backing of an established party. So President Macron is far from a foregone conclusion.
The outcome, in fact, is likely to depend on whether Fillon can recover (and if not, who will replace him); whether the shattered left can unite behind Hamon (or a far-left rival); and whether Macron can continue his remarkable rise (and survive the onslaught, from left and right, that will now come his way). This is not over yet.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
“THIS IS NOT OVER YET”

En effet, c’est loin d’être terminé. On est très loin du mois de mai.
Cette excellente analyse du Guardian suggère que la droite a tout intérêt de changer de candidat avant l’effondrement de Fillon dans les intentions de vote des Français. Seul Juppé, semble avoir suffisamment de crédit confiance pour gagner les élections à sa place. Le maire de Bordeaux se fait actuellement désirer et joue les grandes coquettes.  Certes, à gauche, ou plus exactement au centre, Macron aura le vent en poupe tant qu’il ne révèlera pas le contenu de son programme.
Et si tout ce méli-mélo grotesque qui amuse tellement les journalistes incitait le bon peuple de France complètement désemparé à accorder dans sa colère toute sa confiance à Marine Le Pen, y compris au second tour ?
MG



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