jeudi 30 mars 2017

"Enfants du Hasard" de Thierry Michel, un film qui fait du bien


images Enfants du Hasard - © DR

Pascal Goffaux
Enfants du Hasard, le nouveau documentaire de Thierry Michel et Pascal Colson sort en salle le 22 mars, un an jour pour jour après les attentats de Bruxelles. Les auteurs signent un film lumineux qui revient sur l'origine économique de l'immigration.
Dans les années 1960, des familles turques s'établissent à Cheratte dans la région liégeoise, à l'ombre du grand chevalement de la mine. Le Hasard était le nom que portait le charbonnage de la commune. Dans les années 2000, les petits-enfants des mineurs turcs sont nés par hasard à Cheratte. Ils sont inscrits en sixième année primaire à l'école communale et ils suivent le cours de religion islamique. Enfants du Hasard aborde la question essentielle de l'éducation dans le processus de l'intégration.
Le film brosse le portrait d'une enseignante "idéale". Le qualificatif est prononcé par une petite fille de la classe. L'institutrice enseigne toutes les matières hormis la religion. Elle développe par l'exemple les qualités d'écoute et d'ouverture, en posant des questions justes avec des formulations adéquates sur le port du voile, le mariage traditionnel, les relations avant le mariage ou le harcèlement sur les réseaux sociaux. Elle s’interroge sur les piliers de l'islam en restant à l'écoute des réponses garantes des valeurs familiales. Son autorité est reconnue par les enfants, car elle assoit sa légitimité sur la relation humaine.
Enfants du Hasard, de Thierry Michel et Pascal Colson, est un documentaire humaniste, sensible et intelligent, qui ne surjoue pas les émotions. Il mise sur un avenir possible basé sur l'identité de l'un et le respect de l'autre sans donner dans la béatitude. Un film qui fait du bien. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
QUAND  NOUS DÉCIDERONS-NOUS ENFIN À DÉFENDRE LES MÉRITES DE LA COMMUNALE ? 

J’ai savouré d’emblée « les enfants du hasard » un film bouleversant dès les premières images, un hommage aux enfants du hasard et à l’enseignante de la nécessité. A voir sans tarder au Vendôme.
Un superbe coup de projecteur cinématographique sur les mérites de la bonne vieille communale incarnée par une institutrice femme orchestre comme j’en ai connu enfants, à la communale schaerbeekoise et tout au long de ma carrière et encore actuellement, singulièrement parmi des maîtresses de classe issues de l’immigration.
La preuve ? Il suffit de revoir « une leçon de tolérance » cet autre chef d’œuvre tourné à l’école numéro un rue Josaphat-, près des la planque des assassins du Bataclan-  par Pierre Berckmans qui a planté sa caméra pendant un an dans la classe de sa petite fille composée du plus de douze nationalités.
C’est la rencontre de deux génies, celui de la classe composée de l’intelligence brute et collective d’enfants issus de l’immigration turque et d’une maîtresse d’école qui pratique une pédagogie pragmatique et à visage humain en étroite association avec les parents d’élèves qui la vénèrent car ils se sentent compris par elle. Comme dans l’inoubliable « école buissonnière » (1948) où Bernard Blier  incarne Célestin Freinet plus vrai que vrai, les enfants sont invités à faire des enquêtes sur les mariages, les enterrements, le club de foot local, mais surtout auprès de leurs grands-pères mineurs venus au charbonnage du  Hasard presque par hasard. Les élèves interrogent leurs grands-pères qui racontent en turc la mine sur le site du « Hasard » avec ses angoisses, ses dangers, ses victimes.
Il y a, parmi tout un éventail  de potaches attachants, la petite première de classe qui veut devenir ophtalmologue et le sera sans aucun doute, le fils de boucher qui sera boucher, comme son père et son grand père,  le jeune surdoué littéraire qui écrit en excellent français des textes à couper au pic de mineur, et la petite virtuose du ballon, la geignarde et le ouistiti  hyper-malin, facétieux, rigolard qui réussit en faisant le pitre et sans ouvrir jamais ses cahiers.
Que nous importent les pactes d’excellence, les cours de rien et les rodomontades on ne réussira rien tant qu’on ne formera pas des enseignantes et des enseignants dans cet esprit, celui qui rayonne dans la classe de cette maîtresse sexagénaire blanchie sous le harnais de l’expérience et débordante d’humaine sollicitude. Quand  nous déciderons-nous enfin à défendre les mérites de la communale ?
Avec ce film engagé, plus besoin de revenir jamais sur la question de la défense de l’enseignement public. C’est carrément une évidence.
MG





mercredi 29 mars 2017

L'école européenne n'est pas un paradis doré (CHRONIQUE)

La Libre
CONTRIBUTION EXTERNE



Une chronique de Carline Taymans, professeur de français à l'école européenne.
L’aisance matérielle des familles n’immunise pas les élèves de l’école européenne du besoin d’éducation.
Toutes vos remarques le soulignent, parfois avec aigreur : les élèves de l’école européenne appartiennent indéniablement à un milieu privilégié, ce qui rendrait les anecdotes à leur propos méprisables et leurs revendications, risibles. En effet, leur chance est indéniable. Non seulement fréquentent-ils des établissements scolaires récents, aux équipements enviables et entretenus, mais aussi leurs parents bénéficient en général de revenus sécurisés et supérieurs, parfois largement, à ce qu’ils gagneraient dans d’autres secteurs d’activités ou dans leur pays d’origine. Nés le cul dans le beurre, ces enfants grandissent inévitablement dans une réalité parallèle à celle du commun des Belges. Et alors ?
Alors, ces "fils de riches", qui n’y sont pour rien, n’en restent pas moins "enseignables". Ce serait tomber dans le piège de la discrimination inversée que de mépriser leur besoin, identique, d’éducation scolaire. Et c’est se tromper que de dénoncer un enseignement à deux vitesses. Les enfants, sait-on en Europe, ce sont les mêmes, à Paris ou à Göttingen. L’école fonctionne donc à la même vitesse, avec le vent de face ou le vent dans le dos.
Ils sont d’autant plus égaux que l’aisance financière ne protège pas des aléas de la vie. Les élèves de l’école européenne, tout installés qu’ils soient dans une vie confortable, n’ont pas plus de garantie que d’autres de voir ces conditions idéales perdurer. Leur donner les moyens de s’en sortir seuls, un jour, est un minimum, d’autant que ces petits princes subissent, ni moins ni plus que tous les autres, leur dose de souffrances émotionnelles suite aux affres de la maladie, des départs, des conflits. Gâtés dans un sens, ils voient très vite, dans l’autre, que c’est ce qui ne s’achète pas qui relève de la plus grande importance, là où d’autres, moins privilégiés, pourraient considérer la richesse matérielle comme solution à tous les problèmes. Il faut donc vite les armer d’ouvertures, de lectures, de valeurs humaines, pour leur permettre de construire leur propre ambition personnelle…
Bien sûr, à la maison, ils disposent généralement de nombreux livres, disques, et appareils de haute technologie, mais ils manquent souvent de l’essentiel : la présence des parents. Lesquels brillent mais travaillent tard, voyagent beaucoup, et se laissent happer par maintes obligations, voire par leur propre orgueil. Avant de compenser (par du matériel), de revendiquer (des faveurs auprès de l’école), de pousser à l’exploit, pour ne parler que du cliché, du reste relativement répandu. C’est en cela qu’ils sont touchants, ces "fils de riches" européens. Sapés comme jamais mais fragiles. Polyglotes mais déracinés. Cultivés, mais seuls. Ils ont évidemment besoin d’un enseignement adapté à ce qu’ils sont.
Par chance, le personnel des écoles européennes, des chauffeurs de bus scolaires aux membres de la direction, a travaillé dans des milieux divers, avant d’aboutir là. Il en garde le recul nécessaire au maintien d’un certain équilibre entre raisonnable et irraisonné. Il exige, à juste titre, respect, équité, allant. Et il sourit en secouant la tête d’anecdotes diverses, perçues ci ou là : la rédaction à propos d’un souvenir d’enfance triste, qui raconte la perte du dernier gsm; le montant avoué d’argent de poche qui dépasse le salaire du prof; le cahier d’exercices oublié à New York le week-end dernier; Bel Ami (1), considéré par l’ensemble de la classe comme admirable, parce qu’il est parvenu au sommet de l’échelle sociale ! Le défi restant à leur expliquer que le jeu de la malhonnêteté joué par Georges Duroy (1) n’en valait pas la chandelle.
(1) Dans son roman "Bel Ami", Guy de Maupassant raconte l’ascension sociale de son personnage central, l’ambitieux Georges Duroy.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LE CUL DANS LE BEURRE »

On aimerait connaître les raisons qui ont poussé la Libre à publier cette carte blanche incongrue. Il y a différentes manières d’exercer la profession d’enseignant : soit dans les écoles ghettos de Molenbeek, Anderlecht ou de Saint-Josse, soit au lycée Jacqmain, au collège Saint-Hubert ou carrément à l’école européenne. Ce n’est pas exactement le même métier, même si le salaire est à peu près équivalent.  La litanie de ce professeur de français qui a le cul dans beurre est franchement irritante.
Qu’on aborde, s’il vous plaît, le fond du problème : l’école européenne est la seule qui soit précisément cela, c’est-à-dire européenne et non wallonne bruxelloise ou flamande. Elle dispense en effet un enseignement polyglotte de caractère cosmopolite seul capable de former des citoyens européens, c’est-à-dire la future opinion publique européenne, celle qui est seule susceptible de générer un peuple européen. Seuls les plus privilégiés y ont accès à peine 21 649 élèves et c’est carrément un scandale que personne ne dénonce, chacun a l’air de trouver la chose parfaitement normale.
Nous avons affaire à un système élitaire qui n’est pas fondé sur la mérite, contrairement au système français, très sélectif.
En effet, il s’adresse prioritairement à des élèves dont le seul mérite consiste à avoir des parents qui travaillent dans les grandes institutions européennes. C’est carrément du darwinisme social et cela mérite qu’on s’interroge sur cette filière privilégiée. À cette fin, nous avons réuni en consultant la toile comme chacun peut le faire un petit dossier surprenant à bien des égards. Merci donc à ce professeur de français d’avoir levé un lièvre.
Nous avons profité de cette occasion pour nous interroger sur le fonctionnement du système élitiste français. C’est absolument sidérant, voyez donc plutôt  par vous-même.
MG


LES ÉCOLES EUROPÉENNES : PRÉSENTATION
Les Écoles européennes sont des établissements d'enseignement officiel créés conjointement par les gouvernements des États membres de l'Union européenne. Elles jouissent d'un statut juridique d'établissement public dans chacun de ces pays.
La vocation des Écoles européennes est de dispenser un enseignement multilingue et multiculturel à des enfants des cycles maternel, primaire et secondaire.
Les personnels enseignants, d'éducation et les psychologues
Les postes dans les écoles européennes
Dépôt et instruction des candidatures à un poste dans les écoles européennes - rentrée scolaire 2017-2018
Note de service n°2017-013 du 3 février 2017
Documents à consulter
Formulaire de candidature 1er degré
Formulaire de candidature 2nd degré
Site à consulter
Le site des écoles européennes
•Présentation, missions, rapports
•Coordonnées des établissements
•Actualités et offres d'emploi
•etc.
Site des écoles européennes
Les écoles européennes sont des structures publiques, co-financées par l’Union européenne. Leur objectif est d’accueillir les enfants de ressortissants européens vivant dans un autre pays membre. Les professeurs agrégés, professeurs certifiés, professeurs d'éducation physique et sportive, conseillers principaux d'éducation, instituteurs et professeurs des écoles, titulaires du ministère de l'éducation nationale peuvent candidater pour un poste dans une école européenne, selon certaines conditions.
•Qui peut candidater ?
•Quelle est la durée de séjour ?
•Quel est le calendrier ?
•Où sont implantées les écoles européennes ?
Qui peut candidater ?
Le dossier s'adresse aux seuls professeurs agrégés, professeurs certifiés, instituteurs et professeurs des écoles, titulaires du ministère de l'éducation nationale.
Les candidats doivent justifier d'un minimum de trois ans de service effectif dans la fonction et se trouvent dans une des positions administratives suivantes :
•en activité (c'est-à-dire en poste dans un établissement public relevant du ministère)
•en congé parental
•en disponibilité
•en position de détachement en France ou à l'étranger
ÉCOLE EUROPEENNE
Logo des Écoles européennes (Schola Europaea)
Les Écoles européennes (EE) sont des écoles à base intergouvernementale gérées par la Commission européenne, fondées sur un traité international (la Convention des écoles européennes), ayant pour but principal d'accueillir les enfants des fonctionnaires européens et de leur offrir un enseignement complet (maternelle, élémentaire, secondaire) dans leur langue maternelle1. Cette formation débouche sur le baccalauréat européen. Il existe quatorze « Écoles européennes »2.
DEFINITION ET ADMISSION
Les Écoles européennes sont des écoles aux financements européens au recrutement sélectif, réservé par priorité aux enfants des fonctionnaires européens (personnes travaillant pour les institutions ou organes européens, et de leur offrir un enseignement complet (maternelle, élémentaire, secondaire) dans leur langue maternelle3).
Des enfants d’autres institutions intergouvernementales (OTAN...) ou de sociétés privées ayant conclu un accord spécial peuvent aussi être admis. D’autres enfants peuvent être également admis dans la limite des places disponibles, moyennant le paiement de droits de scolarité (minerval).
On distingue :
•Les écoles de type I qui sont les écoles européennes proprement dites.
•Les écoles de type II qui sont des écoles nationales agréées par le Conseil supérieur et qui ont pour vocation prioritaire d’accueillir des enfants des personnels des institutions européennes.
•Les écoles de type III, qui sont des écoles nationales agréées par le Conseil supérieur pouvant accueillir des enfants sans distinction. L'École européenne du Rhein/Main est la première école de type III5.
PAR PAYS
]
•Allemagne
•Francfort-sur-le-Main
•Karlsruhe
•Munich
•Belgique
•Bruxelles I (Uccle)
•Bruxelles II (Woluwé)
•Bruxelles III (Ixelles)
•Bruxelles IV (Laeken),
•Mol
•Espagne
•Alicante
•Italie
•Varèse
•Luxembourg
•Luxembourg I (Luxembourg-ville Kirchberg)
•Luxembourg II (Bertrange/Mamer)
•Pays-Bas
•Bergen
•Royaume-Uni
•Culham
Les enfants passent la moitié de leur temps dans une des deux langues.
Type II
•Estonie
•Tallinn
•Finlande
•Helsinki
•France
•Manosque
•Strasbourg
•Grèce
•Héraklion (Crète)
•Italie
•Parme
•Irlande
•Dunshaughlin
•Pays-Bas
•La Haye
Type III
•Allemagne
•Bad Vilbel (à côté de Francfort-sur-le-Main) : École Rhein/Main
ENSEIGNEMENT
L’originalité de l’enseignement est fondée sur les principes suivants :
•L’enseignement est fondé sur la langue nationale (section linguistique), du moins où cela est possible en fonction du nombre d’élèves3. La seconde langue est choisie parmi les trois langues véhiculaires de l’Union européenne (anglais, allemand, français) dès le début du primaire. Il est par la suite possible d’apprendre une ou deux langues supplémentaires. Les cours des sciences humaines (histoire et géographie) sont, dès la 3e secondaire, donnés dans la seconde langue de l'élève. De même pour l'option économie à partir de la 4e secondaire3.
•Les élèves suivent un enseignement harmonisé, c’est-à-dire dont les programmes sont identiques pour toutes les sections linguistiques.
•Les élèves sont éduqués dans des écoles qui abritent les différentes sections linguistiques et la mixité culturelle est encouragée. En primaire, un cours spécial dit ‘heures européennes’ rassemble les enfants autour d’un projet commun, toutes nationalités confondues. Dans les cours administrés en langue étrangère, les sections sont mélangées3.
Les écoles comprennent généralement les 2 dernières années de maternelle, 5 années en primaire et 7 années en secondaire.
Cette formation aboutit à un baccalauréat européen reconnu dans tous les États-membres6.
GESTION ET GOUVERNANCE
Les écoles sont dirigées par une institution intergouvernementale, le Conseil supérieur, fondé sur un traité international, la Convention des Écoles européennes. Le système est financé par les États membres, par une contribution de la Commission européenne et enfin par le revenu des droits de scolarité prévus par les accords spéciaux ou payés par les enfants admis à titre privé7.
Le Conseil supérieur est l'organe de décision des écoles européennes sur les questions pédagogiques, budgétaires et administratives. Il décide de l'orientation et de l'organisation de l'enseignement (des programmes d'études, des horaires, des instructions générales pour choisir des méthodes, des règlements d'examen etc.). Il décide du budget des écoles, sur proposition de chaque Conseil d'administration de chaque école. Le Conseil supérieur se réunit au moins trois fois par an : en octobre, pour les affaires courantes; en janvier, pour toutes les questions pédagogiques (réunion élargie) ; en avril pour le budget et les questions financières. Chaque membre a un vote. Le Conseil supérieur prend généralement ses décisions à l'unanimité7.
BUDGETS ET CRISE DU SYSTEME
Le système des EE scolarisait, en 2008, 21 649 élèves (1993 en maternelle, 8 057 en primaire et 11 599 en secondaire).
Les élèves sont répartis entre 3 catégories8 :
•Catégorie I soit 69,75 % de la population totale : les enfants des fonctionnaires de l’UE et des personnels des écoles. Ces enfants ont priorité pour leur inscription et le coût de leurs études est presque intégralement supporté par leur employeur.
•Catégorie II soit 6,2 % de la population scolaire totale : Ces élèves sont admis conformément aux conditions prévues dans les accords conclus entre les écoles et certaines organisations et entreprises. En vertu de ceux-ci, une contribution scolaire (« minerval ») est due pour chaque élève ainsi admis, laquelle est équivalente au montant réel de la scolarité à charge du budget de l’école. Compte tenu de la surpopulation des écoles, le Conseil supérieur a décidé de geler la conclusion de nouveaux contrats dans le futur immédiat malgré la demande.
•Catégorie III soit 24,05 %, il s’agit de tout élève qui ne relève d’aucune des deux autres catégories et dont les parents sont soumis au paiement d’une contribution scolaire dont le montant est fixé par le Conseil supérieur. L’accès de ces élèves est soumis à des règles restrictives, et à Bruxelles, est pratiquement impossible en raison de la surpopulation grave des écoles.
Le budget des EE se monte en 2010 à 278 822 444 euros, couvert par les revenus suivants :
•21,8 % États-membres
•56,9 % Commission européenne (contribution d’équilibre calculée pour équilibrer le budget)
•13 % OEB et contrats de catégorie II
•7 % contribution scolaire des élèves de catégorie III et autres tiers
•1,3 % autres
Ce budget ne couvre pas les bâtiments et les équipements scolaires, fournis par les États membres aux écoles implantées sur leur territoire, ni les frais d’inspection. Cependant, plusieurs États ne respectent pas pleinement ces Accords de siège (Belgique, Italie notamment) et laissent au budget des EE des dépenses non négligeables.
La contribution des États membres au budget est fournie en nature grâce au détachement d’enseignants titulaires. Plusieurs États (le Royaume-Uni en particulier) ont unilatéralement signifié qu’ils ne respecteraient pas leurs obligations de fourniture d’enseignants, en raison d’une charge selon eux indue créée par le choix de beaucoup de parents de pays de l’ex bloc de l’Est de scolariser leurs enfants en section anglaise, générant ainsi une demande d’enseignants hors de proportion d’avec les enfants de nationalité britannique. Les écoles réagissent en recrutant des chargés de cours, personnel enseignant recruté selon les conditions locales.
D’une manière générale, les États tentent de réduire les coûts d’enseignement, par exemple en supprimant l’exigence d’avoir des enseignants qui soient locuteurs natifs ou en créant des écoles de type II dont l’effet est de ne plus exiger le détachement d’enseignants titulaires.
En raison de l’adhésion rapide de nouveaux pays à l’Union européenne, beaucoup d’enfants ne trouvent pas de section linguistique correspondant à leur langue maternelle, faute d’un nombre suffisant d’enfants pour ouvrir une section. Ces enfants dits ‘sans section linguistique’ ou SWAL, ont malgré tout accès à des cours en leur langue maternelle mais sont inscrits dans l’une des sections existantes dans leur école (section anglaise pour un très fort pourcentage et française en second choix).
(…)

mardi 28 mars 2017

Sondage: le PS repasse devant le PTB


Le Vif
Un sondage diffusé par la RTBF et La Libre vendredi soir place, pour la première fois, le PTB devant le PS en Wallonie. A Bruxelles, le Parti des Travailleurs de Belgique se hisse sur la troisième marche du podium. Dans le contexte du scandale Publifin qui aurait pu profiter au PTB, un second sondage a été commandité pour confirmer ces résultats. 


© Internet 

En Wallonie, les intentions de vote pour les élections fédérales donnent pour la première fois le PTB à la deuxième place avec 20,5% (contre 18,4% en décembre 2016 et 5,5% aux élections de 2014) derrière le MR (qui devient le premier parti de la Région avec 22,7%, en baisse de 0,4% depuis décembre). Le PS, qui glisse de 25,4% à 20,3%, n'arrive plus que troisième, conséquences, on l'imagine, du scandale Publifin. Le cdH passe, de son côté, sous les 10 %.
Dans le contexte tourmenté de l'affaire Publifin, ce sondage réalisé par Dedicated auprès de 2.898 électeurs belges entre le 16 et le 20 mars 2017, se devait en effet d'être pris avec certaines précautions. Sur son site Internet, la RTBF précise d'ailleurs que " dans un contexte où les sondages d'opinions sont régulièrement mis sur la sellette et leurs résultats sujets à débats, la RTBF et la Libre ont souhaité que le baromètre [...], vu les mouvements importants et les faibles écarts dans le classement entre partis, soit vérifié et recoupé par l'institut Dedicated."
De son côté, l'institut reconnu pour le sérieux de ses coups de sonde, explique que la RTBF et La Libre ont désiré "affiner" son résultat, le jugeant très serré entre le PTB et le PS (0,2 % d'écart seulement), avance Sudpresse qui ajoute que, selon des sources bien informées, des pressions ont bel et bien été effectuées pour effectuer ces "vérifications". "Puisque nous avions le temps avant la publication des résultats, nous avons posé des questions supplémentaires dans un sondage différent ", déclare Marc Dumoulin, responsable.
LE PS REPASSE DEVANT LE PTB
La raison de ce second tour de sonde : l'hypermédiatisation de l'affaire Publifin très défavorable au PS. Les électeurs ont donc été interviewés lors d'une période un peu moins tourmentée de la commission d'enquête. Une telle vérification n'est pourtant pas courante dans ce genre de sondage. "C'est la première fois que cela m'arrive de toute ma carrière ", avoue Marc Dumoulin. " La décision de réaliser un second sondage n'a pas été la mienne mais celle de nos commanditaires. J'ai pris la décision de publier les résultats du premier sondage, les rédactions ont marqué leur accord", précise-t-il.
L'échantillon a ainsi été élargi avec un résultat quasiment identique, à la différence que le PS repassait devant le PTB avec... 0,2 % d'écart. Finalement, la RTBF et la Libre ont décidé de diffuser le premier sondage mettant en avant la montée spectaculaire du PTB en Wallonie.
NB : La marge d'erreur maximale du sondage est de 3% sur l'échantillon en Flandre, de 3,2% en Wallonie et à Bruxelles et de 1,8% sur l'échantillon national.
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FAKE NEWS, FAKE POLES
Y en a raz la casquette des sondages d’opinion. Le monde politique ne vit plus qu’en fonction d’eux. Ils donnent à l’évidence une image tronquée des intentions de vote de l’électorat, ici, là-bas, partout.
Les medias ne jurent que par eux et nous conditionnent psychologiquement. C’est malsain mais est-ce vraiment démocratique ? La majorité des citoyens tournent autour des sondages comme la terre autour du soleil et cela en dispense beaucoup d’exercer leur esprit critique.
Ces sondages sont comme une élection permanente en temps réel.
Quand le sondage déplait aux pontes du PS, la RTBF dont l’indépendance par rapport à la particratie n’est pas démontrée refait un sondage moins affligeant pour son commanditaire. Ce serait grotesque si ce n’était pas machiavellique. On se souvient de la réflexion sarcastique de Bert Brecht :
« Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple. »

MG  

 
PTB : L'ÉPREUVE DES URNES, LA QUESTION DU POUVOIR
Hugues Le Paige in le Vif
Deuxième parti en Wallonie, avec 20,5 % des intentions de vote, le PTB réalise le " sorpasso " et devance le PS[1]. Situation inimaginable, il y a quelques mois encore. Dépassement sans doute éphémère mais symboliquement fort. 



© Belga
Le PTB devient, par ailleurs la 3eme force à Bruxelles (14,1%) et progresse modérément en Flandres. Il y a des circonstances particulières et ce ne sont que des sondages, certes, certes... mais ils se confirment vague après vague. Au-delà de ces sondages, Il faut donc s'interroger sur les modifications en cours et à venir du paysage politique.
La question du pouvoir est centrale pour toute formation politique. Par vocation, un parti ambitionne de faire triompher ses idées et ses valeurs et de les mettre en application. Et donc, la nouvelle confirmation - spectaculaire- de la montée en puissance du PTB dans les sondages pose naturellement la question de l'attitude de la gauche radicale face au pouvoir. Ses adversaires l'accusent de ne pas vouloir prendre ses responsabilités. Ce n'est pas nouveau. La parabole des "mains dans le cambouis", particulièrement chère au PS témoigne d'abord du désarroi d'un parti qui a participé aux gouvernements durant plus de trente ans au prix de concessions grandissantes et dont toute une génération de dirigeants n'imagine même pas l'exercice de la politique sans celui du pouvoir. L'actualité récente a montré jusqu'où les dérives du pouvoir permanent et sans contrôle pouvaient conduire. Les mains ne sont plus seulement dans le cambouis... Cela dit, la question de l'attitude du PTB face à la question du pouvoir sera évidemment posée lors prochaines campagnes électorales. A condition, bien sûr, que l'épreuve des urnes confirme les promesses des sondages.
LES ÉLECTIONS ET LA RUE
On connait la position du PTB sur la place des assemblées parlementaires, régionales ou communales. La formule "rue-parlement-rue" la résume parfaitement. La présence sur le terrain, le soutien aux luttes politiques, sociales ou sociétales est prioritaire et, en tous cas, inséparable d'une activité parlementaire. Malgré un nombre restreint d'élus, jusqu'ici, le PTB a d'ailleurs utilisé au mieux le porte-voix que constitue la tribune parlementaire. L'autre principe intangible étant les conditions de vie et donc salariales des élus qui doivent être celles de leur propre électorat. Dans le contexte de l'argent-roi qui a dévoré certains élus PS (et autres), cette position éthique vaudra son pesant de voix. Mais là-dessus le PTB ne doit même pas faire campagne, les événements et les autres s'en chargent.
Les derniers sondages obligent le PTB à affiner sa stratégie électorale. La croissance exponentielle en nombre de membres (de 2.500 à 10.000 en moins de 10 ans) et l'augmentation potentielle en nombre d'électeurs modifient à la fois la stratégie et la nature d'un parti. Certes, le PTB a déjà anticipé cette problématique dans sa réflexion politique et idéologique. En reprenant à son compte le concept d' "hégémonie culturelle"[2] Concept cher au philosophe marxiste italien Antonio Gramsci et bien loin de Staline...et de Lénine , le PTB sait qu'il doit d'abord gagner la bataille des idées pour que les éventuels succès électoraux ne soient pas que des feux de paille. La partie n'est pas gagnée...
L'élargissement de la base sociale du parti qui n'est plus seulement celui de militants formés et convaincus complexifie inévitablement la vision globale de la société. Elle exige aussi un effort considérable de pédagogie notamment auprès de tous ceux qui s'étaient réfugiés dans l'abstention par dégout et rejet de la politique. C'est là, à la fois, un défi et un honneur pour un parti politique. Le nombre et la composition des futures listes électorales ne seront pas un exercice simple. Un parti en croissance aussi rapide ne peut se permettre de se vider de ses cadres pour fournir des candidats. Pour les communales de 2018, le PTB doit donc éviter de faire la course aux élus que promettent les sondages, comme de céder aux transfuges opportunistes qui ne manqueront pas. De ce point de vue, la position du parti semble claire : il y aura des listes là où existent des sections implantées localement. Toujours la conjonction "terrain-assemblée"... Pour les autres scrutins (législatif, régional, européen), la question se pose autrement puisqu'il s'agit là de se compter et de profiter de la campagne pour faire avancer des idées et un programme.
L'ÉQUATION DU POUVOIR
L'équation du pouvoir se posera donc au PTB. D'abord parce que l'arithmétique électorale pourrait l'imposer au moins au niveau communal et régional. Ensuite, parce que ses adversaires n'auront de cesse de dénoncer ceux qui refusent de se "salir les mains". Le PTB a déjà répondu à la question mais il devra y revenir pour ne pas laisser le champ libre à ses contradicteurs mais aussi pour être à la hauteur des attentes qu'il suscitera inévitablement, en particulier, dans son nouvel électorat moins politisé mais tout aussi exigeant. "Nous ne serons jamais les nouveaux marchands d'illusions. Nous ne ferons pas de promesses. Mais nous disons clairement à nos électeurs que voter pour nous, c'est aussi nous accompagner dans la mobilisation" disent les dirigeants du PTB. Le parti de la gauche radical a, par ailleurs, toujours indiqué que sa participation à des coalitions gouvernementales était conditionnée par deux éléments essentiels : peser dans un rapport de forces (ne pas être comme Ecolo dans les années 90, une simple troupe supplétive) et refuser les actuels traités européens qui condamnent à l'austérité. Seul parti national, le PTB est de surcroit soucieux de son implantation au Nord comme au Sud du pays. Au niveau communal, des participations seront certainement plus faciles mais là aussi le rapport de force sera essentiel. Ce discours tranche avec les pratiques des forces politiques traditionnelles mais dans le contexte de la crise politique généralisée qui s'ajoute aujourd'hui à la crise économique et sociale, la gauche radicale est sans doute la seule alternative face à la montée du populisme, à la tentation de l'extrême droite et à la crise majeure de la social-démocratie. Au-delà même du sort électoral du PTB, l'inscription durable dans le paysage politique d'une force anticapitaliste qui se revendique du marxisme est un enjeu pour tous ceux qui souhaitent une réhabilitation de la politique.
[1] SondageDedicaded La Libre Belgique- RTBF du 25/03/2017
[2] Concept cher au philosophe marxiste italien Antonio Gramsci et bien loin de Staline...et de Lénine 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY 

Cette Carte Blanche engagée est éclairante : « dans le contexte de la crise politique généralisée qui s'ajoute aujourd'hui à la crise économique et sociale, la gauche radicale est sans doute la seule alternative face à la montée du populisme, à la tentation de l'extrême droite et à la crise majeure de la social-démocratie. »



lundi 27 mars 2017

Controverse anti-avortement à l’UCL: l’enseignement doit être transparent



PAR BÉATRICE DELVAUX
Un cours de philosophie où l’on challenge les étudiants sur les fondements d’une loi, ses limites, ses liens avec la société, la morale ? Et pourquoi pas ?

Un cours de philosophie qui débat des arguments pour ou contre l’avortement ? Un cours de philosophie où l’on challenge les étudiants sur les fondements d’une loi, ses limites, ses liens avec la société, la morale ? Mais pourquoi pas ? Dans une université catholique ? Mais évidemment, tout autant que dans une université qui professe le libre examen.
Si l’on commence à limiter le champ de la réflexion, à mettre des tabous sur les possibilités d’analyse, de débat et d’argumentation à l’université, à quoi sert-elle alors ? C’est à l’université que l’on doit former ceux et celles qui devront révolutionner les esprits, rendre possible au quotidien ce qui semblait impossible jusque-là. Il n’y a déjà que trop aujourd’hui de ces professeurs qui préfèrent servir des équations et des formules en vrac dans des cours prémâchés et syllabisés, au lieu d’ouvrir leur science à la discussion et de mettre ces jeunes esprits souvent trop moutonniers en situation de défendre des positions, d’interroger ce qu’on leur enseigne, de questionner des hypothèses, des thèses.
Mais cet exercice de débat, de réflexion, de défi intellectuel qui devrait être le pain quotidien des cours dispensés dans les facultés francophones, cette formation à penser « out of the box » qui est aujourd’hui le seul viatique intéressant pour des jeunes qui vont débarquer dans un monde en plein bouleversement, ne peut être fait que par de vrais professionnels et dans des conditions précises d’excellence et d’éthique.
« UN CROISÉ ANTI-AVORTEMENT CHOISI POUR PROFESSEUR »
La vérité doit encore être établie, nous dit-on sur le cas « Mercier » à l’UCL. Les étudiants sont en droit d’espérer que la clarté totale soit faite, permettant ainsi de bien cerner ce qui se peut et ne se peut pas, en vertu des canons de l’excellence académique.
Mais on peut déjà estimer que ces moments de liberté de pensée, cette formation d’esprits critiques et non de « bons élèves », doivent trouver le cours adéquat, l’année d’études adéquate et le prof adéquat. Il semble bien ici que le problème n’est pas le thème de la « controverse » abordé, ou l’UCL, mais le casting d’un croisé anti-avortement choisi pour professeur.
Avis aux étudiants de l’UCL et d’autres universités :  Soyez exigeants vis-à-vis de vous-mêmes mais aussi de ceux qui vous enseignent. Exigez qu’on ne vous traite pas comme des bouches à nourrir à l’aide de plats préparés ou de cerveaux à formater pour le marché. Exigez de vos professeurs qu’ils vous haranguent, vous challengent, mais exigez-les aussi imparables dans leur science, formidables de rigueur académique mais volcaniques, enchanteurs, vibrants dans leur dialogue avec vous. Ils doivent vous donner faim !
« VIVEZ VOS COURS, TRANSCENDEZ-LES »
L’enseignement universitaire doit être dansé comme un tango, avec le génie de la technique accumulée et de la passion partagée.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE RETOUR DU PENDULE 

Heureux le quotidien qui compte parmi ses plumes de choc une Béatrice Delvaux. Comme d’habitude, il n’y a rien à redire à son édito d’une grande hauteur de vue qui met le doigt exactement où cela fait mal. « Il semble bien ici que le problème n’est pas le thème de la « controverse » abordé, ou l’UCL, mais le casting d’un croisé anti-avortement choisi pour professeur. »
On ne saurait mieux dire.
« La législation belge, qui permet l'avortement, l'euthanasie, la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui, est en contradiction avec la dignité humaine. » ont affirmé les marcheurs « Pro Life » de dimanche. Et si c’était exactement l’inverse ?
C’est précisément ce que suggère Hélène Delforge dans sa harangue enflammée à l’adresse du ci-devant professeur Stephane Mercier.
Nous vous en recommandons la lecture : « On a l’impression que c’est gagné. Que le droit des femmes à disposer de leur corps est acquis. Ce ne l’est pas. On ne peut rien lâcher.  Et on ne lâchera jamais. »
"Immoral. Plus grave qu'un viol." Ces mots, qui comparent l'avortement au meurtre ont été écrits par Stéphane Mercier, philosophe et professeur, et se retrouvent dans un syllabus de cours de qu'il donne à l'UCL. Choquées et interpellées, nous avons choisi de lui répondre »
Cette surprenante polémique est une nouvelle illustration du retour du pendule et de la résurgence des formes les plus régressives du conservatisme. Effet Trump ? Effet Fillon ?
Il est intéressant de constater que l’université catholique de Louvain ait pris le parti des contestataires en procédant à la suspension d’un professeur qui tient des propos dignes de l’intégrisme catholique le plus réactionnaire.
On s’étonnera surtout des silences embarrassés du Cardinal De Kesel et de l’absence de réaction de l’épiscopat.
Feu le roi Baudouin se réjouit dans son tombeau, Fabiola exulte.
MG


STÉPHANE MERCIER A AUSSI TENU DES PROPOS HOMOPHOBES EN COURS À L'UCL
La Libre Belgique 



C'est une information révélée par la RTBF sur son site internet aujourd'hui. Selon 11 étudiants de l'Université Catholique de Louvain (UCL), Stéphane Mercier, le professeur de philosophie suspendu pour avoir tenu des propos choquants sur l'avortement dans l'un de ses cours, a aussi tenu des propos homophobes.
Ces onze étudiants ont signé une lettre dans laquelle ils expliquent que lors d'un cours tenu le 16 mars, "le professeur a réitéré des propos que nous pourrions qualifier d'inadmissibles. Cette fois, un c'était un plaidoyer homophobe et transphobe", écrivent-ils.
Les onze étudiants de l'université poursuivent que Stéphane Mercier, lors de ses cours, "traite du mariage pour tous, refusant de parler de 'couples homosexuels' acceptant uniquement les mots 'paires homosexuelles', et partant sur la comparaison hasardeuse entre l’homosexualité et l’inceste". Dans leur lettre, ils citent leur professeur via des notes de cours. "La prémisse [de Judith Butler] étant du moment qu'ils s'aiment ils devraient avoir le droit de se marier. Qu'en est-il du mariage incestueux, de l'échangisme intergénérationnel ?'"
(…)Selon l'AGL, alors que l'homme était interrogé par une étudiante, il a aussi marqué son accord avec l'affirmation suivante d'Anatrella: "le nazisme, le marxisme et le fascisme sont des idéologies de nature homosexuelle: leur discours, leurs insignes et leurs actions le prouvent au premier degré puisqu’elles privilégient tout ce qui est semblable."
La lettre conclut que ses auteurs ne comptent pas en rester là. "L’homophobie, elle est un délit, et les éléments dont nous disposons jusqu’ici semblent clairement dépasser, au-delà même de la question des valeurs, la limite légale. Nous serons particulièrement vigilant(e)s à ce que de véritables mesures soient prises pour éviter ces comportements à l’avenir". 


MARCHE POUR LA VIE : STÉPHANE MERCIER RÉAGIT SUITE À SES PROPOS POLÉMIQUES SUR L'AVORTEMENT
BELGA 
 
Plusieurs centaines de personnes ont participé dimanche après-midi à Bruxelles à la 8e édition de la "Marche pour la vie", une manifestation contre l'avortement, l'euthanasie et le droit des femmes à disposer de leur propre corps. Selon les organisateurs, 3.000 personnes se sont rassemblées sous le slogan "Protéger les plus faibles pour une société plus humaine." La police bruxelloise a, elle, dénombré 1.500 personnes qui ont déambulé entre le Monts des Arts et le Palais de Justice à Bruxelles.
(…)"Il est de ma tâche en tant que philosophe de méditer librement sur le sens et la dignité de la vie", a déclaré M. Mercier. "Une université catholique devrait selon moi également défendre la dignité de la vie. Je crois que les étudiants universitaires sont parfaitement capables de penser de manière critique et de comprendre la valeur qu'a la liberté d'expression". 



TOUCHE PAS AU DROIT À L’AVORTEMENT! NOTRE RÉPONSE AUX PROPOS D'UN PROF DE L'UCL 

21 MARS 2017Hélène Delforge 



copyright: Shutterstock


Lettre ouverte à Stéphane Mercier, docteur en philosophie,

Pour le droit de choisir l’avortement,
Quand Donald Trump est président des Etats-Unis, ce n’est pas le moment de baisser la garde. L’avortement est autorisé en Belgique, depuis 1993 et dans des conditions précises (jusqu’à la 12ème semaine de grossesse). On a l’impression que c’est gagné. Que le droit des femmes à disposer de leur corps est acquis. Ce ne l’est pas. On ne peut rien lâcher.
Et on ne lâchera jamais.

En février, Stéphane Mercier diffuse auprès de ses étudiants un petit exemple de texte argumentatif, intitulé La philosophie pour la vie et sous-titré «Contre un prétendu «droit de choisir» l’avortement.» Stéphane Mercier, docteur en philosophie est chargé de cours à l’UCL. UCL qui a, depuis ce jour, ouvert une enquête et formellement désavoué ses propos. Big up à l’université louvaniste, dont on aurait juste aimé qu’elle contrôle ses contenus sans attendre que nous, journalistes, les dénoncions.

JE L’AI LU, LE TEXTE, JE SUIS TOMBÉE DE MA CHAISE, J’AI VERDI, J’AI PILLÉ L’ARMOIRE À CHOCOLATS POUR TENTER DE FAIRE DESCENDRE MA COLÈRE, J’AI EU ENVIE DE SORTIR POUR OUBLIER PUIS JE ME SUIS DIT «ON NE LÂCHERA JAMAIS.» ON NE PEUT PAS. ALORS À NOUS DEUX, STÉPHANE MERCIER.

Tout d’abord, monsieur, sachez combien j’enrage d’avoir à vous écrire. J’enrage parce que c’est vous donner trop d’honneur que de vous ouvrir nos pages. J’enrage parce que, pour les démonter, je vais être obligée d’évoquer vos considérations nauséabondes. Mais j’enrage encore plus à l’idée de les laisser traîner sur la toile sans réponse. Pire encore, je ne supporte pas qu’elles aient été exposées à des étudiants pour lesquels, vous, chargé de cours, représentez une autorité modélisante. «Le prof l’a dit, alors, quand même, c’est pas si faux…» Heureusement, j’ai foi en notre jeunesse et sais que les auditoires ne sont pas remplis de quiches. J’enrage de devoir le faire mais je vous réponds.

Oups, j’ai encore oublié un petit préalable: en fait, monsieur Mercier, je vais vous faire une confidence, je me tamponne de votre avis comme d’un vieux Tampax oublié dans mon sac, je ne vous parle pas vraiment, vous savez, c’est à vous, lectrices et lecteurs, que ce petit mot enragé est destiné. Monsieur Mercier nous dit, en substance (enfin il le disait à ses étudiants mais le texte se trouvant sur le web, c’est aussi à nous qu’il s’adresse): «avorter est un crime, parce que le foetus est un être humain. Dès lors avorter est un meurtre, un acte qui n’est pas seulement immoral mais aussi, donc, illégal, de la même façon que le viol». Monsieur Mercier choisi sa comparaison à bon escient: il dénonce le viol, il le condamne formellement, on ne peut pas le taxer de machisme, c’est l’ami des femmes, il nous comprend…

Tout son texte fonctionne d’ailleurs sur ce type de manipulations. Monsieur Mercier parle châtié, cite Aristote pour bien nous faire comprendre qu’il est un penseur, qu’il pèse ses mots et que ses idées sont celles d’un grand penseur. Mais Monsieur Mercier cite aussi des jeux vidéos geeks ou des films de SF, histoire de montrer à ses students millenials qu’il n’est pas un vieux réac embaumé dans l’eau bénite mais un mec au contact de la vie. Objectif: montrer, par extension, que ses idées sont à la fois intelligentes, rationnelles et actuelles.
Bien joué. Mais Game Over, monsieur Mercier.

Tu parles, qu’on va s’énerver! Pour répondre, d’emblée, à vos contradicteurs, vous dites que le débat ne peut être pollué par l’émotion ou la passion. Vous réclamez de la hauteur. Vos adversaires, tout à coup, apparaissent comme des passionarias hystériques incapables de prendre du recul.

COMBIEN DE FOIS ENTENDRONS-NOUS ENCORE CE DISCOURS? CE REJET, CETTE PEUR, DE LA FEMME DE CONVICTION QUI, FORCÉMENT, EST IRRATIONNELLE QUAND ELLE DÉFEND UN SUJET QUI LUI TIENT À CŒUR. LES ÉMOTIONS, LES SENTIMENTS, NE SONT PAS FORCÉMENT IRRATIONNELS.
Votre sujet a une résonance émotive. On ne peut y réagir par la froideur et l’indifférence. On ne peut se draper dans des considérations « élevées ». L’émotion, l’empathie, la compréhension face à la souffrance d’êtres humains, la profonde révolte face à des opinions qui leur portent préjudice, ont le droit d’exister.Vous prétendez vouloir voir plus loin. Poser la question en termes moraux, indépendants des situations individuelles. La détresse des femmes ne fait pas le poids face à la philosophie morale? Broutille face aux considérations plus élevées dont vous vous réclamez?

Nous ne sommes pas des vases sacrés! Dans tout votre argumentaire, il n’est question que de l’embryon. L’embryon qui serait un être humain, dès la fusion magique du spermatozoïde et de l’ovule. Oui, dès la première seconde. Parlant de droit à l’avortement, vous vous consacrez sur lui, sur ces quelques microns de vie. C’est lui qui, selon vous, qui prévaut. La femme, vase sacré n’a qu’à s’adapter. Sa volonté ne lui appartient plus. Elle est dépassée par une morale absolue: dès que la double hélice des chromosomes est formée, on a un être humain. Tu le butes, tu commets un crime. Pour info, monsieur Mercier, ce sont les femmes qui avortent. Le respect minimal serait de les impliquer dans votre raisonnement, surtout si sa conséquence est de leur dénier le droit de disposer de leur corps.

Non, l’embryon n’est pas une personne. Je ne vais pas vous faire un cours de bio, monsieur Mercier, parce que vous n’admettez pas ces arguments pragmatiques. Vous restez dans les idées. La double hélice de l’ADN fait l’homme. Un embryon a par essence le droit d’exister, punt. Mais…On parle de la vraie vie, là. Un embryon est un potentiel être humain. Il n’en est pas un. Lorsqu’il devient foetus, lorsque son cerveau, ses sens, se développent, on peut le qualifier de personne. Pas avant. L’embryon n’est qu’un potentiel. Il n’existe pas encore. L’existence précède l’essence, disait Sartre (oué, moi aussi, je peux sortir les références, monsieur Mercier). Il est, avant d’être un homme… La femme, elle, existe, est et, oui, son existence à elle prévaut.
TANT QUE L’EMBRYON N’EST QU’UN POTENTIEL, TANT QUE L’EMBRYON NE PEUT ÊTRE QUALIFIÉ D’ÊTRE HUMAIN, ELLE A LE DROIT, ET MÊME LE DEVOIR, DE NE PAS LUI DONNER LA VIE SI ELLE ESTIME QU’ASSUMER SON EXISTENCE NE SERA PAS POSSIBLE.

Oui, il est interdit d’interdire. Enfin, monsieur Mercier, à nouveau, revenons dans le vrai monde. Comment serait-il, ce monde, si vous aviez gain de cause et si l’avortement était à nouveau, dans la loi, considéré comme un crime (et donc illégal)? En théorie, où vous vivez certainement, des centaines de beaux bébés gambaderaient en grenouillère Petit Bateau. Dans la réalité bête et brutale, vous savez quoi? On ressortirait les aiguilles. On retournerait voir les faiseuses d’anges en cachette, se faire charcuter l’utérus sans anesthésie. Vous parlez de «crime» pour qualifier le fait d’avorter, comment qualifiez-vous le fait de forcer les femmes à mettre leur santé en danger par des avortements clandestins? Cette question, vous ne l’abordez pas… Elle est tellement contingente.

Allô la Terre? Vous l’oubliez beaucoup, la vraie vie, monsieur Mercier, la réalité au ras du spéculum… Ce qui est embêtant, c’est qu’alors vous parlez un peu dans le vent. Où sont vos chiffres, lorsque vous affirmez que les femmes y ont recours en majorité pour des raisons de confort (mon gynécologue, bénévole dans des plannings familiaux, serait fort intéressé de les rencontrer)? Quelles sont les études, les données, qui étaient votre raisonnement? Vous restez, c’est facile, au pays des idées. Le droit à l’avortement n’est pas un simple sujet à argumentation théorique. C’est un sujet moral, oui, mais la moralité ne peut se construire que dans sa confrontation à la réalité. Sinon la morale est inhumaine.

En conclusion, ce qui me saute aux yeux, à vous lire, c’est que vous ne connaissez pas les femmes, monsieur Mercier. Alors ne tentez pas de réglementer leur vie.





dimanche 26 mars 2017

Intéressé par le bâtiment Flagey? Il est à vendre!


GUY DUPLAT
 La Libre Belgique

L’ASBL Flagey, en charge du projet culturel, va très bien, mais la mise en vente du bâtiment suscite des craintes.
Bientôt, le concours Reine Elisabeth retrouvera les salles de Flagey. L’ASBL Flagey, en charge du culturel, se porte très bien : fréquentation en hausse, budget en équilibre et absence de toute polémique communautaire alors qu’il y en eut tant dans ce lieu cogéré par les communautés.
Mais dans ce ciel bleu, un nuage est apparu. Les actionnaires privés de la société anonyme Flagey (SA Flagey, propriétaire du bâtiment) veulent vendre. Ils sont une trentaine, rassemblés à l’époque par l’homme d’affaires gantois Piet van Wayenberge pour sauver le lieu et possèdent 83 % des parts du bâtiment. Selon le magazine bruxellois francophone "Bruzz", la difficulté de louer les espaces non occupés par l’ASBL Flagey aurait joué un rôle.
"Le Soir" de jeudi précise qu’une offre de rachat a été faite par le PDG du groupe d’assurances Ageas Bart De Smet et une contre-offre (pour 25 millions d’euros) a été déposée par Michel Moortgat, PDG de Duvel Moortgat par ailleurs collectionneur d’art et vice-président du Wiels. Son offre ne vaudrait que jusqu’à fin mars.
UN CHANGEMENT DÉLICAT D’ACTIONNAIRES
Jean-François Cats, président du conseil d’administration de l’ASBL Flagey, souligne que même si le contrat de location court jusqu’en 2024, un changement d’actionnaires pourrait être périlleux à court terme si cela remet en cause le loyer payé par l’ASBL à la SA. C’est alors tout l’équilibre financier du "Flagey culturel" qui serait compromis.
Les pouvoirs publics qui détiennent 17 % de la SA et subsidient les activités culturelles, suivent l’affaire de près. Les deux ministres de la culture le Flamand Sven Gatz (Open VLD) et la francophone Alda Greoli (CDH) "veulent s’assurer que l’exploitation de l’ASBL puisse rester garantie". 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TOUCHE PAS À MON FLAGEY 

Flagey est incontestablement devenu à côté des Beaux-Arts -dites Bozar, à la flamande-l’un des fleurons de la vie culturelle bruxelloise. Soudain des nuages s’accumulent au-dessus du superbe bâtiment de l’architecte schaerbeekois Diongre.
Et encore une fois c’est l’argent flamand qui est à la manœuvre.
Et voici que ce temple de la vie culturelle de notre capitale risque de devenir l’otage des financiers flamands. Pour peu que ceux-ci soient « de signature N-VA », comme on dit en Flandre, c’en sera fini de ce lieu d’exception qui fait de ce quartier somptueux de Bruxelles un véritable Saint-Germain-des-Prés en plus vert.
Franchement, je n’incline pas à l’optimisme.
MG

samedi 25 mars 2017

Traités de Rome : "On ne parle plus de la valeur ajoutée de l'Europe"

ENTRETIEN: OLIVIER LE BU LA LIBRE BELGIQUE


Chef de cabinet de Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères, commissaire européen...
Tout au long de sa carrière, Etienne Davignon fut associé de près au projet européen, notamment lors de la rédaction du "Rapport Davignon" en 1970, qui visait à relancer la politique étrangère commune.
IL EST TRÈS DIFFICILE AUJOURD'HUI D'ARRÊTER UNE VISION COMMUNE DE CE QUE DOIT ÊTRE, ET FAIRE, L'EUROPE. L'OBJECTIF N'ÉTAIT-IL PAS SUFFISAMMENT BIEN DÉFINI DÈS LE DÉPART ?
Si, mais il faut faire un peu d'histoire. Moins de dix ans après la guerre, on a commencé par le traité de la Communauté du charbon et de l'acier (la Ceca, établie par le traité de Paris, en 1951, NdlR). C’était un signal montrant que l'Allemagne faisait à nouveau partie des interlocuteurs acceptables. C'était un exercice formidable.
Mais le projet se limitait à quelque chose de spécifique et particulier que tout le monde comprend : mettre l'énergie et l'industrie ensemble, pour être plus forts. Un mouvement politique fort s'est créé sur cette base, avec une assemblée consultative parlementaire (composée de membres cooptés) qui produit une Constitution. Paul-Henri Spaak en était membre. La dimension politique de l'objectif est sans ambiguïté.
Deuxième acte. Face à une URSS menaçante, il y a eu le coup de Prague, etc. on s'est dit dans la foulée qu'il fallait faire quelque chose pour la Défense. Mais la question de la place de l'Allemagne dans un tel dispositif était un écueil. Certains estimaient que les Allemands devaient devenir pacifistes et ne plus jamais avoir d'armée. Malgré tous les efforts accomplis par Mendès-France, cette Communauté européenne de la Défense a finalement échoué, De Gaulle sortant de son silence pour tonner contre ce qu'il estimait être la fin de l'indépendance de la France. On a alors trouvé une solution en réactivant le traité de Bruxelles, pour créer l'Union de l'Europe occidentale (qui a jeté les bases de l'actuelle politique de sécurité et de défense commune, NdlR).
MAIS MALGRÉ CET ÉCHEC, LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE A REPRIS PEU DE TEMPS APRÈS...
Oui, les pères fondateurs se sont dit qu'on ne pouvait pas en rester à la Ceca. Faute de faire l'Europe de la Défense, ils ont cherché quelque chose à dimension politique. Le général De Gaulle a conclu qu'il fallait être partie prenante, mais il a voulu des exceptions. Le paradoxe que les exceptions prévues pour la France, il ne devra pas les appliquer.
L'Europe à plusieurs vitesses dont on parle actuellement n'est donc pas en contradiction avec le projet initial, puisque c'est prévu dès le traité de Rome. Depuis 60 ans, il n'y a jamais eu une période où tout le monde avait les mêmes obligations.
DE QUAND DATE L'AMBIGUÏTÉ SUR LA FINALITÉ POLITIQUE DU PROJET EUROPÉEN ?
Elle commence avec les différentes versions du plan Fouchet pour une Union politique (en 1961-62). De Gaulle propose là un traité classique, d'une alliance intergouvernementale, sans les Britanniques. Il veut bien que la France participe à des organisations dans la mesure où il est le chef ; il veut bien l'Otan, s'il y a un directoire americano-franco-britannique. Evidemment, ça ne convient pas aux autres. Ce qui est clair, c'est que les Européens ne veulent pas un traité à côté des traités (CEE, Ceca, Euratom, NdlR) qui existent, mais ils ne disent pas non plus que ce qu'on fait sur le plan économique a une signification politique fondamentale. Les uns veulent une chose, les autres en veulent une autre et on en tranche pas. Par la suite, l'ambiguïté sur la dimension politique des choix posés n'a jamais vraiment été tranchée.
Mais si on regarde l'évolution, il est évident que l'accroissement des compétences de l'Union a toujours un facteur politique. On ne peut pas dire que l'Union monétaire soit un simple acte technique ; on ne peut pas dire qu'avoir une agence des médicaments n'a pas de caractère politique, parce qu'on s'en remet à cette agence pour décider si un tel médicament est tolérable ou pas pour l'être humain.
CETTE AMBIGUÏTÉ NE VA PAS SERVIR LA CAUSE DE L'EUROPE...
Une des choses qui m'énervent le plus, c'est qu'on ne parle plus de la valeur ajoutée de l'Europe. On parle des difficultés, mais pas des réalisations. Mais aujourd'hui, le modèle européen est unique. Le citoyen européen n'a jamais été autant protégé qu'il ne l'est aujourd'hui : pour sa santé, l'élimination des cartels, les critères d'assainissement des eaux...
On dit l'Europe n'est pas sociale, mais le modèle que nous avons n'existe nulle part ailleurs : égalité homme-femme, objectif salaire égal, droit à la pension, soins de santé, éducation gratuite, congés payés. Erasmus n'existerait pas si on n'avait pas fait l'exigence des diplômes. Avant, quand un coiffeur belge voulait s'installer en France, il devait passer un examen de coiffeur. Personne n'a semblable système de protection collective. La perception est que nous sommes devenus gestionnaires de ce que l'on a, et que le perspective a disparu. Or, la perspective s'inscrit dans l'amélioration de ce qu'on a déjà.
Cette crise dans laquelle on se trouve est, en outre, nourrie par l'hypocrisie sructurelle des Etats membres qui expliquent chez que ce qu'ils appliquent leur a été imposé par Bruxelles.
CELA N'A PAS ÉTÉ UNE CONSTANTE DE LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE ?
C'est beaucoup plus exacerbé maintenant que par le passé. On a laissé dire trop longtemps des contre-vérités. Et quand vous les laissez dire trop longtemps, les gens se demandent pourquoi ce qui n'était pas contesté hier l'est aujourd'hui. C'est suspect.
On a toléré l'expression « transfert de souveraineté » alors que la réalité, c'est que la souveraineté n'est plus exclusive.
C'EST LA SOUVERAINETÉ PARTAGÉE...
C'est ça. C'est très différent de dire "Vous n'avez plus rien à dire'' - ce qui est faux - et ''Vous ne décidez plus tout seul, on doit décider ensemble". C'est une bataille qu'on a perdue en laissant croire des choses qui n'étaient pas conformes à la réalité. Les Etats membres n'ont pas mené cette bataille .
ACTUELLEMENT, DANS L'UNION, ON A DES PAYS COMME LA HONGRIE ET LA POLOGNE QUI NE VEULENT PLUS DE PLIER À CE QUI A ÉTÉ DÉCIDÉ À LA MAJORITÉ QUALIFIÉE…
Cela appelle deux réponses. La première est philosophique : nous avons construit l'Europe sans contrainte. Quand on regarde la distribution des pouvoirs dans l'Europe des Six, on a surévalué les pouvoirs des petits. C'est l'opposé du modèle conservateur traditionnaliste de De Gaulle. Utiliser la pression pour contraindre quelqu'un à faire ce qu'il ne veut pas faire, ce n'est jamais arrivé.
La contrepartie, c'est que si vous ne voulez pas, vous ne pouvez pas empêcher les autres.
Les Hongrois ne veulent pas la solidarité avec d'autres, pourquoi devrions-nous être solidaires avec eux ? Ça ne veut pas dire qu'on les expulse, mais il doit y avoir des conséquences si vous n'acceptez pas ce que tous les autres veulent. Il y a une différence entre l'Europe à la carte et l'Europe à plusieurs vitesses. Il faut qu'il y ait une situation identique pour tout le monde.
Les Anglais vont découvrir que celui qui est dehors ne peut pas avoir une meilleure situation que celui qui est dedans. Il ne faut pas être Tocqueville pour le comprendre.
LE BREXIT, C'EST LA FIN D'UNE HISTOIRE QUI N'A JAMAIS VRAIMENT FONCTIONNÉ ?
C'est une mauvaise nouvelle pour tout le monde. Les Anglais vont être embêtés, mais ce n'est pas un jour de gloire pour les autres. Nous serons tous affaiblis.
EST-CE QUE LE TRAITÉ DE MAASTRICHT, QUI TRANSFORME LA CEE EN UNION EUROPÉENNE, EST AU FOND UNE OCCASION RATÉE D'ALLER PLUS LOIN ?
Est-ce qu'on n'aurait dû aller plus loin ? La réponse est oui. Est-ce qu'on aurait pu aller plus loin ? La réponse est non, ce qui est traditionnel dans quelque chose qui est en train de se construire.
Il faut tirer la leçon des crises actuelles. Il est notamment clair que la situation de la zone euro doit évoluer. Tout le monde se rend bien compte que c'est une question à laquelle on ne peut échapper.
JUNCKER A RAISON DE METTRE LES ETATS FACE À LEURS RESPONSABILITÉS, AVEC SES CINQ SCÉNARIOS SUR L'AVENIR DE L'EUROPE ?
Oui, il a eu raison de dire maintenant « Je veux savoir où en sont les Etats avant de dire ce que moi je veux faire."
C'EST LA PREMIÈRE FOIS QUE LA COMMISSION PRÉSENTE UN SCÉNARIO POUR MOINS D'EUROPE…
Moi je n'aime pas le scénario, parce qu'on a l'impression que ça pourrait se produire. Je préfère l'expression cas de figure. C'est une description intellectuelle des différentes possibilités qui existent. Il faut voir si elles répondent à des besoins. Regardez ce que ça veut dire de « faire moins », vous n'aurez aucun accord entre vingt-sept Etats. Faire moins pour les uns, c'est dramatique pour les autres.
FAUT-IL ALORS QUE L'EUROPE SE CONCENTRE SUR QUELQUES DOMAINES PRIORITAIRES, COMME L'ÉNERGIE ?
L'énergie, c'est évidemment un élément, mais nous n'avez pas aujourd'hui 28 pays qui ont une structure énergétique comparable. Avec les télécoms, les infrastructures, c'est des bricoles. Pour transporter du gaz et de l'électricité, c'est un peu plus compliqué et, supposons qu'on arrive à la stocker, c'est encore plus compliqué. Il y a des coopérations géographiques possibles, mais il n'est pas évident d'imaginer que les Grecs vont exporter de l'électricité en Lituanie.
Même la sécurité d'approvisionnement, c'est difficile. La transition énergétique sans savoir quel est le coût de la décarbonisation, vous n'y arrivez pas.
VOUS CROYEZ DAVANTAGE AU SCÉNARIO DU RENFORCEMENT D'UN NOYAU DUR ?
La fragilité du système requiert une modification du système. Et dire, comme ceux qui sont opposés à l'Europe à plusieurs vitesses, que renforcer ce qui est essentiel est contraire à l'intérêt de l'ensemble est une bêtise.
VOUS AVEZ ÉTÉ LE CHEF DE CABINET DE PAUL-HENRI SPAAK. QUE PENSERAIT-IL DE L'EUROPE TELLE QU'ELLE EST AUJOURD'HUI ?
Je n'ai pas envie de faire parler les morts. Mais ses mémoires sont intitulées « Les combats inachevés ». Ça veut dire qu'il estimait que le boulot n'est pas terminé. Je crois qu'il penserait que c'est un combat inachevé et plus compliqué que prévu. Mais on est toujours là, et ce n'est pas rien. Je l'ai entendu dire "Davignon, ne croyez pas que c'est irréversible". Il y a eu des crises, mais nous les avons surmontées. Sa grande déception serait liée au fait que l'on a connu des crises parce qu'on n'a pas fait ce qui aurait permis de les éviter, par une absence de volonté d'être plus clairs, plus nets.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"NE CROYEZ PAS QUE C'EST IRRÉVERSIBLE".

Nous fêtons aujourd’hui le 60e anniversaire de la fondation de l’union européenne. Surtout « ne croyez pas que c’est irréversible.»
Inutile de dire que par les temps qui courent le discours eurosceptique, le cas échéant europhobe semble plus porteur que celui des partisans d’une vraie confédération, voire, comme Guy Verhofstadt, d’une fédération d’Eta, de peuple européen,  pas d’identité européenne partagée, pas de citoyenneté européenne, bref il n’y a pas d’opinion européenne…
Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas à proprement parler de volonté politique européenne ; parce qu’il n’y a pas de médias européens ; parce qu’il n’y a pas d’enseignement européen mais seulement des ministères de l’éducation nationaux pour ne pas dire régionaux. Le nationalisme se forge dans les salles de classe où l’on enseignait autrefois un patriotisme revanchard lequel a nourri une hostilité foncière à l’endroit d’un ennemi que l’école qualifiait d’héréditaire.   
Pas irréversible la construction européenne ? Pas forcément, tout dépend de la pugnacité et de l’engagement de nos hommes et d’une femme politique Angela Merkel.
Il se pourrait qu’elle soit chassée, exclue de la chancellerie par le social-démocrate autodidacte Schulz, un européen engagé qui présida pendant près de 10 ans le Parlement européen. Il se pourrait que Emmanuel Macron, un autre européen de cœur et d’engagement succède à François Hollande à l’Élysée. Ce possible nouveau duo franco-allemand serait susceptible, de toute évidence, de relancer le moteur européen dès le mois de juillet de cette année. C’est une pure hypothèse ; une autre serait pour l’Europe délétère : une victoire de Marine Le Pen aux présidentielles françaises. Voilà qui entraînerait ipso facto un frenxit suivi d’une implosion définitive du projet européen. L’heure est tragique, retenons notre souffle.
Ne croyons surtout pas que c’est irréversible.
MG

vendredi 24 mars 2017

La clause Molière


Un peu partout à travers le monde, on voit surgir des règles imposant des préférences nationales. Chaque fois qu’une telle évolution a eu lieu, elle a été le signe annonciateur d’un retour de la violence.
Souvent, cela a commencé par d’infimes signaux. Ainsi, vers 1780, partout en Europe, en suivant une consigne non écrite, il devint nécessaire d’écrire les livrets d’opéra dans la langue nationale et non plus, comme jusque-là, pour l’essentiel, en italien. Ainsi, à la demande de l’empereur d’Autriche, Mozart mit-il en musique un livret écrit en allemand pour composer en 1782 « l’Enlèvement au Sérail », et en 1791  » la Flûte Enchantée », après d’autres chefs d’œuvre en italien dont  » les Noces de Figaro » et  » Don Juan ».
Peu après, commençait une période de 25 ans de nationalisme et de guerre en Europe. Certes, l’un n’est pas la conséquence directe de l’autre. Il n’empêche : le nationalisme se révèle dans la culture avant de s’exprimer dans la géopolitique.
Aujourd’hui, les signaux faibles du même genre sont innombrables. Et la  » clause Molière », (qui vise à imposer a tout travailleur de ne parler que le français au travail dès le premier jour de son arrivée sur un chantier), en est une.
Il n’est pas question de remettre en cause ici l’importance du français et de sa défense. Mais parler français ne peut être un critère d’exclusion a priori ; cela doit être un résultat d’intégration a posteriori.
Peut-on imaginer en effet d’interdire aux étudiants étrangers ou français, en France, de suivre des cours en anglais ou en chinois ? Aux entreprises françaises de tenir des réunions dans la langue de leurs collaborateurs connectés depuis d’autres pays dans le monde ? Comment faire venir des étrangers étudier ou travailler en France si on leur impose de parler français avant leur arrivée ?
Si on agit ainsi, on peut s’attendre à des clauses Cervantès, Pessoa, ibn Rushd, Roumi, et Goethe. Combien de Français vivant à l’étranger perdront-ils ainsi leur emploi ? Et combien d’entreprises françaises perdront ainsi leurs marchés ? La « clause Molière » conduira la France à une récession économique majeure.
Plus généralement, quand se protège des autres, il ne faut pas s’étonner que les autres en fassent autant et se protège de nous.
Quand on se lance dans le protectionnisme, il faut s’attendre à des représailles. Et, de représailles en représailles, on aura la guerre.
Si on veut l’éviter, il faut avoir confiance en nous. Si on veut que plus de gens parlent notre langue, ce qui est la clé de notre puissance future, et qu’ils viennent nous apporter leurs forces de travail et de création, il faut bien les recevoir en France ; en particulier imposer aux employeurs français que leurs employés étrangers reçoivent les mêmes salaires et les mêmes prestations sociales que leurs collègues français. On les verra alors très naturellement apprendre le français. Il en va de même pour les étudiants : même s’ils étudient en partie en chinois ou en anglais en France, ils apprendront aussi tout naturellement le français pour partager les loisirs et la vie de leurs camarades francophones.
La France, comme tous les autres grands pays, vit aujourd’hui dans un entrelacs d’interets croisés et de coopérations multipolaires. Nous pouvons les remettre en cause, pour affirmer une illusoire souveraineté : ce serait suicidaire.
La vraie indépendance, la réelle souveraineté n’est pas dans l’isolement et la fermeture. Elle est dans la confrontation pacifique et décomplexée aux autres, à leurs forces et à leurs talents. Non pour les combattre. Mais pour partager avec eux des projets.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET POURQUOI PAS LA CLAUSE SHAKESPEARE ?

Installé en terrasse au parvis de Saint Gilles ou avenue Louis Bertrand on entend de plus en plus parler anglais ou plus exactement « globish » autrement dit « global english ». Il s’agit d’une langue que parle un italien quand il chercha draguer une ukrainienne ou une suédoise, un Chinois quand il veut vendre sa camelotte à un Turc.  Un Maghrebin quand il fait le chauffeur de taxi à Bruxelles ou un Ghanéen dans l’horéca ostendais.  C’est de l’anglais dénaturé, certes et, exaspérés, les Anglais font mine de ne pas le comprendre. Il y a moyen de dire presque tout en globish, sans élégance certes mais avec une grande efficacité communicative. Les professeurs d’anglais -j’en fus un- on grand tort de s’acharner sur le bon usage du « present perfect » à leurs élèves ou sur la différence entre « who », »whom », » that » ou « which ».
La première priorité quand on s’exprime en anglais c’est d’oser prendre la parole et de la garder pour dire ce qu’on a à dire. À force de parler la langue et de communiquer, on finit par acquérir une vraie performance. Je sens qu’en écrivant ceci jamais me faire de solides ennemis dans la corporation de celles et de ceux qui enseignent la langue de Shakespeare. Tant pis pour eux. Si je devais recommencer ma carrière d’enseignant des langues, je ferais la promotion du Globish la langue du cosmopolitisme pratique. Alors va pour la clause Globish. Qu’on se le dise.
MG

jeudi 23 mars 2017

Gilles de Kerckhove: «La vraie menace? Ceux qui se radicalisent sur internet»


Camille Tang Quynh Le Soir
Le coordinateur européen en matière de lutte contre le terrorisme dresse le bilan de l’année qui vient de s’écouler après les attentats de Bruxelles. 


• © Pierre-Yves Thienpont
Ala veille des commémorations des attentats de Maelbeek et de Brussels Airport, le coordinateur européen en matière de lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, dresse le bilan un an après les tragiques événements. «  On n’a pas simplement appris, on a surtout beaucoup agi  », affirme-t-il sur Bel RTL ce mardi matin.
On se souvient de la polémique qui avait éclaté entre les services de renseignements belges et français, s’accusant chacun à leur tour d’un manque de coordination des informations et d’efficacité des services. Pour Gilles de Kerchove, il ne faut pas croire que les renseignements belges et étrangers ne sont pas enclins à partager leurs informations. «  C’est une mauvaise perception des choses. Les chefs de ces services sont des gens responsables, ils ont toujours partagé. En revanche, concède-t-il, on souhaite qu’ils structurent plus leurs opérations.  » Tout en rassurant : «  Mais c’est en train de se faire  ».
« LA PLUS GRANDE MENACE ? LES RADICALISÉS SUR INTERNET »
Sur la radicalisation, le coordinateur est formel : ce n’est pas les djihadistes présents en Syrie et en Irak (dont 2.500 Européens sur place) qui sont les plus dangereux. « La plus grande menace, ce sont les gens qui vivent chez nous et qui se radicalisent sur internet. » En effet, cela fait plusieurs mois que l’organisation terroriste Etat islamique a changé son mode opératoire, incitant les nouveaux radicalisés à agir « sur leur territoire  » plutôt que venir les rejoindre combattre en Syrie ou en Irak.
Concernant les « returnees », le spécialiste de l’antiterrorisme ne croit pas au processus de déradicalisation. Et préconise deux autres solutions. «  Lorsqu’on a des preuves, il faut les traduire en justice. Mais lorsqu’on estime qu’une personne peut être réhabilitée, il faut lui offrir cette possibilité  ». Sur ce point, la Belgique « a encore beaucoup de progrès à faire ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LA PLUS GRANDE MENACE, CE SONT LES GENS QUI VIVENT CHEZ NOUS ET QUI SE RADICALISENT SUR INTERNET. » 
 
On est bien d’accord mais reconnaissons que l’enseignement est chez nous obligatoire si jusqu’à l’âge de 18 ans.
C’est dire que ces jeunes radicalisés sont tous passés par notre école. On me dira que certain nombre d’entre eux ont largement décroché après s’être définitivement brouillés avec elle. Certes, mais force est de reconnaître que l’école n’a pas joué son rôle à savoir celui de la formation de citoyens critiques qui pensent de manière autonome.
Ces jeunes-là, ces enfants perdus qui pour la plupart ont fréquenté assidûment l’école de la rue se sentent écartelés entre des valeurs scolaires du pays d’accueil et des valeurs religieuses du pays d’origine. Ce sont forcément sont des proies faciles pour les habiles recruteurs jihadistes très actifs sur les marchés, les espaces publics mais surtout sur l’espace Internet où ils recrutent à tour de bras.
Il serait donc bien nécessaire que notre enseignement consacre quelques heures à entraîner la maîtrise critique des réseaux sociaux et des sites pernicieux qui hantent la toile. Encore faut-il que nos enseignants aient été formés pour ce genre d’exercice.
MG


mercredi 22 mars 2017

La lettre de Michel et Brigitte Visart à Khalid El Bakraoui

IN LE SOIR
 
Michel et Brigitte Visart ont perdu leur fille Lauriane lors des attentats du 22 mars. Un an après, ils interpellent le kamikaze qui a tué la chair de leur chair. 




Michel Visart, journaliste à la RTBF, et son épouse ont vécu l'attentat de Maelbeek de plein fouet.

Nous ne nous sommes pas connus et nous ne nous connaitrons jamais. Votre chemin a croisé celui de notre fille Lauriane à 9 h 11 le mardi 22 mars 2016. Celui aussi des 16 autres personnes assassinées et des dizaines de blessés.
Avez-vous bien dormi la nuit précédente ? A quoi pensiez-vous ? A votre suicide programmé ? Etiez-vous porté par le sacrifice, par le sentiment d’un acte juste, par le souhait d’atteindre un paradis bien mérité ? Aviez-vous peur ? Avez-vous pensé à renoncer ? Avez-vous prié ce dieu dont vous osiez vous revendiquer ? La souffrance que vous alliez causer vous a-t-elle effleuré, ne fût-ce qu’une infime seconde ?
Ce matin-là, vous avez quitté la maison d’Etterbeek où vous vous cachiez. Quelques minutes pour arriver à la station de métro. Lourd de votre ceinture, vous êtes monté dans la rame. Il y a du monde à cette heure-là dans le métro ! Vous vous êtes installé au milieu de vos futures victimes. Les avez-vous regardées ? Avez-vous osé regarder Lauriane dans les yeux ? Sans doute pas, elle était occupée à suivre sur son smartphone les nouvelles de l’aéroport où votre frère avait déjà tué.
La station Maelbeek est arrivée, le moment de commettre 16 assassinats d’une même explosion. C’était comment, dans votre tête de terroriste ? Vous avez poussé le bouton. Vous êtes mort le premier sans voir le carnage que vous avez sciemment provoqué.
Nous voilà un an plus tard. Nous, les victimes directes ou collatérales de votre acte ignoble. Nous sommes vivants, nous nous reconstruisons, nous sommes solidaires et s’il nous arrive encore de pleurer, c’est en partage avec tant de femmes et d’hommes de toutes origines. Jamais depuis un an nous n’avons été traversés par un sentiment de haine. Jamais depuis un an, nous n’avons senti et vécu autant d’amour.
Vous n’êtes pas un héros, rien qu’un assassin. Vous et tous les autres terroristes, vous et les lâches parmi les plus lâches qui vous ont convaincus de commettre le pire des actes : supprimer des vies. Tous, vous avez perdu ! Comme votre frère et tous les autres d’hier et ceux de demain qui pousseront sur le bouton de l’horreur.
Si l’émotion et les doutes nous atteignent après chaque attentat, c’est la vie qui l’emportera, toujours ! La vie dans le respect de l’autre et de ses différences, la vie dans l’enrichissement que nous apporte cet autre, la vie tout simplement, essentiellement.

mardi 21 mars 2017

Allemagne: Martin Schulz élu à l'unanimité à la tête du parti social-démocrate


Le Vif
Le challenger de la chancelière Angela Merkel aux législatives de septembre, Martin Schulz, a été élu dimanche à la tête du parti social-démocrate allemand (SPD) avec 100% des voix, un score unique dans l'histoire du SPD. 



Martin Schulz © REUTERS
Alors que les médias allemands lui prédisaient un score supérieur à 90%, M. Schulz a même dépassé le record historique de 99,71%, obtenu en 1948 par Kurt Schumacher. Il a obtenu l'ensemble des 605 voix. "A partir de maintenant, le combat commence pour devenir le premier parti et conquérir la chancellerie", a déclaré, "profondément ému", l'ancien président du Parlement européen, 61 ans, à l'issu du vote des militants du SPD, réuni en congrès extraordinaire à Berlin.
Il succède au chef de la diplomatie allemande et vice-chancelier, Sigmar Gabriel, qui présidait le SPD depuis novembre 2009 mais qui avait renoncé à mener la campagne pour les législatives du 24 septembre au profit de M. Schulz, beaucoup plus populaire que lui. "Je veux devenir chancelier", a encore martelé Martin Schulz, répétant sa volonté de déboulonner Mme Merkel, élue depuis 2005 et qui brigue un quatrième mandat consécutif. Désigné en janvier candidat du SPD pour les législatives, M. Schulz est donné au coude-à-coude avec Mme Merkel. Dimanche, il a confirmé le virage à gauche qu'il entend impulser au parti pour mieux se démarquer de la chancelière conservatrice : justice sociale, investissements dans l'éducation, égalité salariale hommes/femmes, davantage de soutien pour les chômeurs de longue durée et les salariés. (Belga)


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"JE VEUX DEVENIR CHANCELIER" 

C’est une information importante et ce pourrait être une donnée essentielle pour l’avenir de l’Europe et sa refondation « autrement ».
Une victoire du parti social-démocrate aux  élections fédérales de juin 2017 ne paraît désormais pas forcément exclue. Le bras de fer entre Angela Merkel et l’homme fort de Turquie Recep Erdogan ; l’entretien glacial et l’absence de poignée de mains avec le nouveau président américain Donald Trump et surtout, la caducité de l’accord conclu avec la Turquie en vue de contenir des millions de réfugiés syriens dans des camps de réfugiés turcs, tout cela contribue à affaiblir considérablement la chancelière et à faire pâlir son image en entamant son formidable capital de confiance.
Mutti, a cessé d’avoir la cote auprès des Allemands depuis qu’elle a autorisé, sous la pression du patronat allemand alléché par les bas salaires, l’arrivée de près de deux millions  de réfugiés et de demandeurs d’asile sur le territoire allemand en un peu plus de deux ans.
D’autre part les chances d’ Emmanuel Macron de succéder à François Hollande se renforcent de jour en jour. Il se pourrait donc qu’après le mois de juin, une impulsion nouvelle soit donnée au projet européen par un nouveau couple franco-allemand farouchement européaniste, au grand dam de tous les eurosceptiques du Vieux continent. Si on repasse le film de la brève histoire de l’union européenne qui fête ses 60 d’existence, on se doit de constater que ce sont des hommes d’exception qui lui ont donné les principales impulsions : le Français Jean Monet, l’Allemand Conrad Adenauer, le Belge Paul Henri Spaak, l’Italien de Gasperi, Jacques Delors, Giscard d’Estaing, Willy Brandt, Helmut Schmidt François Mitterrand, Helmut Kohl, Altiero Spinelli…
Les peuples d’Europe sont exaspérés par l’ésotérisme administratif de la commission. Ils rêvent non pas d’une autre Europe mais de l’Europe autrement, ce qui n’est pas du tout la même chose.
Et tandis que s’accumulent les nuages et que les cygnes noirs volent en escadrilles serrées, voici que surgit dans le ciel européen comme la promesse d’une éclaircie, voire d’une franche embellie. Acceptons-en l’augure.
MG

Beni: le procès d’une filière islamiste lève un coin du voile

 Le Soir
Colette Braekman



Ce jour là, (mi février), Beni retient son souffle. Le marché est désert, la circulation s’est arrêtée. Serrés comme des grappes de raisin, des milliers d’habitants de cette ville du Nord Kivu ravagée par les massacres et terrorisée par les enlèvements, ne perdent pas un mot d’une audience publique hors du commun : la Cour militaire poursuit le procès, déjà entamé en août 2016, de « présumés ADF » (Allied democratic Front). Officiellement présentés comme des rebelles ougandais de confession musulmane, ces « djihadistes » font régner la terreur autour de Beni depuis 2014.
Plantée au milieu de la place principale, face à la mairie, une vaste estrade de bois accueille le tribunal militaire et plantés aux quatre coins de l’esplanade, d’énormes haut parleurs permettent à chacun de ne pas perdre le moindre mot de l’audience.
Les prévenus, épaulés par leurs avocats en toge, sont alignés devant les juges. A tout moment, le président empoigne son marteau et impose le silence à la foule lorsqu’elle s’esclaffe ou gronde sourdement. Aucun journaliste étranger, aucun observateur des droits de l’homme ou de la Monusco n’assiste à cette audience foraine et c’est bien dommage, car ce procès hors du commun dénude, point par point, la filière de la pénétration islamiste dans l’est du Congo, avec ses combattant venus d’ailleurs, d’ Ouganda entre autres, mais aussi ses complicités locales et l’ambiguïté de certains éléments de l’armée ou de politiciens de la place. Entamé en août 2016 , souvent interrompu, ce procès atteint enfin, en février 2017, sa vitesse de croisière et des prévenus importants comparaissent, n’hésitant pas à conseiller au tribunal d’inviter des personnalités de premier plan, comme le maire de la ville ou le général Akili Mundos, l’un des officiers les plus proches du chef de l’Etat…
Comparaît ainsi un homme jeune, borgne, coiffé d’un keffieh rouge, qui ne se fait pas prier pour reconnaître, non sans fierté, qu’il répond au nom d’ « Okapi Shabani Hamadi », qu’il a fréquenté assidument la mosquée Katindo à Goma où on lui a parlé du jihad, des moudjahhidines, des groupes qui combattaient en brousse…
Le colonel Shabani Molisho, un ancien officier des forces armées congolaises, (issu des rangs du RCD-Goma, ce mouvement rebelle composé naguère de rebelles tutsis alliés du Rwanda…) et présenté comme « renseignant » est confronté au prévenu. Lui aussi connaît la mosquée de Katindo et l’imam Suleiman et il confirme que le contenu des prêches portait bien sur la guerre sainte, sur le recrutement de nouveaux adeptes et sur le soutien à apporter aux combattants cachés dans les forêts. Il reconnaît avoir connu Okapi, devenu lui-même recruteur et instructeur, « un enseignant du jihad » et ne nie pas avoir lui-même eu des contacts avec les ADF, leur amenant des médicaments ou des munitions…
Okapi ne contredit pas le procureur lorsque ce dernier fait l’historique de la radicalisation des ADF : « ces gens venus d’Ouganda sont là depuis longtemps, ils sont apparus au début des années 90 et les premiers massacres n’ont commencé qu’en 2014, lorsque les conditions de vie en brousse se sont dégradées à la suite des attaques menées par les forces armées congolaises…Auparavant, les ADF avaient épousé des filles congolaises, beaucoup de gens allaient les voir en brousse, pour leur vendre du sel ou des produits manufacturés en échange de minerais, de pierres précieuses… » Et il s’exclame : « à Beni, beaucoup de maisons ont été construites avec l’argent des ADF… »
Complicités locales, radicalisation progressive, recours relativement récent à la terreur, écheveau dans lequel se mélangent des opposants ougandais convertis à l’Islam et des musulmans congolais radicalisés dans certaines mosquées…
Avec méthode et patience, le procureur du tribunal militaire, le général Thimothée Mukuntu Kiama remonte tous les fils. Annonçant qu’il va interroger un nouveau prévenu, appelé « Moussa Tchadien » ou Moussa Bachran, il prie le colonel Shabani de ne pas quitter la barre des témoins.
Lorsqu’un homme déjà âgé, soutenu par son avocat, s’avance péniblement vers le micro puis se redresse fièrement, regardant bien en face le tribunal puis les premiers rangs de l’assistance, je ne peux m’empêcher de sursauter : cet individu vêtu d’un large caftan aux brodures dorées, les cheveux gris coiffés d’un calot de feutre, est l’exact sosie de Hissène Habré, le dictateur tchadien détenu au Sénégal où il a été condamné pour crimes contre l’humanité !
L’air de famille n’est pas du au hasard et « Moussa Tchadien » s’en explique bien volontiers : il est le cousin de Hissène Habré qui, à la fin des années 80, entretenait les meilleures relations avec le président Mobutu. (Rappelons qu’à l’époque Habré comme Mobutu étaient soutenus par les Américains. Après le renversement d’Hissène Habré en 1990, remplacé par son cousin Idriss Deby, une centaine de membres de sa garde personnelle, dont certains avaient été formés aux Etats Unis, furent accueillis au Zaïre ou ils assurèrent la garde rapprochée du président Mobutu)
« Lorsqu’à l’invitation du président Mobutu, Hissène Habré est venu dans ce qui était encore le ZaÏre, moi je suis resté à Goma », explique Moussa. Par la suite, le Tchadien a pris femme dans la capitale du Nord Kivu, s’est lancé dans le commerce des minerais (or et pierres précieuses) ce qui l’a amené à voyager vers les pays du Golfe et la Grande Bretagne. Mais surtout, c’est avec fierté qu’il explique comment il demeura fidèle à sa foi musulmane : « dans ma maison de Goma, j’hébergeais parfois 500 personnes déshéritées ou déracinées par la guerre ; je payais pour la mosquée, je finançais les études de dizaines de jeunes gens … »
« En réalité, vous financiez des candidats au jihad, des gens qui rejoignaient les rebelles ougandais » tonne le procureur… Sans se laisser démonter, Moussa se défend calmement : « ce que j’ai fait, conformément à ma foi, c’est envoyer des jeunes gens poursuivre des études au Maroc et en Arabie Saoudite, je crois que j’en ai soutenu 52 sinon plus. Certains sont également partis pour le Soudan, au milieu des années 90. (ndlr. c‘est à ce moment qu’un certain Ben Laden vivant au Soudan y achète des terres et forme de futurs combattants…) »
Moussa insiste : « on ne peut pas me reprocher d’avoir voulu aider mes frères… Certains de ces jeunes gens, après leurs études, ont bien réussi dans la vie. J’en ai même retrouvé deux, qui faisaient partie du personnel civil de la Monusco… »
A ce moment, mon voisin, le journaliste Nicaise Kibel’bel Oka sursaute et me glisse : « je vous avais toujours dit qu’il y avait des complicités au sein de la Monusco, il vient de le confirmer… »
Le Procureur, lui, ne s’attarde pas. Il garde Moussa pour d’autres auditions et fait comparaître un témoin de choix, le maire de la ville lui-même, M. Bwanakawa Masumbuko. Alors que la foule de ses administrés retient son souffler, le maire confirme qu’il s’est effectivement engagé, sans en référer aux forces armées ou aux services de renseignement, dans une tentative de négociation unilatérale avec les ADF : «un certain Zacharie, un cadre des ADF formé à Mombasa au Kenya, m’a appelé depuis la prison de Beni car, au nom de son mouvement, il voulait négocier. Je l’ai rencontré et je suis même allé en brousse, rencontrer ses camarades, mais cela n’a rien donné… »
Au sortir de cette longue journée d’auditions, quelques évidences s’imposent : les rebelles dits ougandais, présentés comme islamistes, sont présents dans le milieu congolais depuis deux sinon trois décennies. Ils ont bénéficié de complicités locales, entre autres au sein de l’ethnie des Nande réputée pour son dynamisme et son aptitude au commerce transfrontalier. Ils ont été progressivement gagnés à l’idéologie djihadiste entre autres à cause de l’influence de certaines mosquées . Retranchés sur les flancs du Ruwenzori et le long de la rivière Semliki, les « ADF » ont commencé à recourir à la violence et à terroriser les civils lorsque l’armée congolaise a entamé de grandes offensives pour les déloger des bastions où ils se livraient, entre autres, à l’exploitation de l’or.
Le procès des 57 prévenus de Beni, poursuivis pour avoir participé aux massacres de civils qui ont fait plus de 500 morts et des dizaines de milliers de déplacés au cours des dernières années, permettra-t-il de mettre au jour les diverses filières et de les démanteler définitivement ? Le public de Beni l’espère mais dans ce Congo aux alliances fluctuantes, aux complicités multiples, rien n’est moins sûr…


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’ISLAMISME EN GUERRE CONTRE TOUS

Lecteur fidèle ou sporadique de DiverCity, je t’invite à prendre connaissance de cet article impressionnant qui rend compte de la formidable progression de l’islamisme au Congo : « complicités locales, radicalisation progressive, recours relativement récent à la terreur, écheveau dans lequel se mélangent des opposants ougandais convertis à l’Islam et des musulmans congolais radicalisés dans certaines mosquées… » Il n’est pas question de commenter le décryptage  de Colette Braeckman qui est sans conteste la meilleure analyste internationale de cette région du monde.  Constatons simplement avec elle que : «  les rebelles dits ougandais, présentés comme islamistes, sont présents dans le milieu congolais depuis deux sinon trois décennies. Ils ont bénéficié de complicités locales, entre autres au sein de l’ethnie des Nande . Ils ont été progressivement gagnés à l’idéologie djihadiste entre autres à cause de l’influence de certaines mosquées. »
Dans son remarquable ouvrage, « l’ordre du monde », Henry Kissinger, le célèbre secrétaire d’État du président Nixon, et sans doute l’un des meilleurs analystes de la grande détresse de notre monde, affirme que l’islamisme entend bien « réaliser la poursuite des grandes conquêtes islamiques d’autrefois n’hésitant pas à recourir à la terreur généralisée. La rapide progression de l’islam sur trois continents prouvait jadis aux fidèles qu’il s’agissait d’une mission divine. Inspiré par la conviction que son expansion unirait toute humanité et lui apporterait la paix, l’islam incarnait alors tout à la fois une religion, un super état multi-ethnique et un nouvel ordre du monde. L’objectif ultime de l’islam était le monde entier. La stratégie destinée à entraîner l’avènement de ce système universel prendrait le nom de Jihad, une obligation imposant aux croyants de propager leur foi par la lutte. Le croyant pouvait accomplir le Jihad par son cœur (l’effort sur soi), par sa langue, par l’épée. (…)
La conception binaire de l’ordre du monde constitue encore toujours la doctrine d’État officiel de l’Iran de la Syrie, de l’Irak, de la Libye, du Yémen, de l’Afghanistan et du Pakistan ainsi que l’idéologie d’un certain nombre de groupes terroristes à travers le monde, parmi lesquels l’État islamique en Irak et au Levant (EL)
Le monde islamique reste dans une situation d’affrontement inévitable avec le monde extérieur. »
Il est clair qu’il existe un lien entre les attentats des tours jumelles, l’attaque du musée juif de Bruxelles, celle  dr Charley Hebdo, du Bataclan,  le double attentat du 22 mars à Bruxelles, les exactions en Syrie, en Irak, au au Congo, en Afrique, en Asie, bref partout dans le monde. Il ne s’agit pas d’une guerre de tous contre tous (Hobbes) « mais d’une guerre de l’islamisme, cette instrumentalisation politique de l’islam, contre tous les autres. » p 104.
Et Kissinger de conclure : « Aucune société n’a jamais eu le pouvoir, aucune puissance politique la force de résistance, aucune foi le dynamisme nécessaire pour imposer durablement leur loi au monde entier. L’universalité s’est révélée insaisissable pour tous les conquérants, islam compris. » (p. 105)
« L’islam divise le monde en deux : un monde de paix, celui de l’islam, et un monde de guerre habité par les infidèles. »(341)
Que chacun en tire ses conclusions.
MG