mercredi 1 mars 2017

Axelle Lemaire dénonce les élites «qui détiennent le pouvoir»


Par François-Xavier Bourmaud
Le Figaro


La secrétaire d'État au Numérique a démissionné de son poste pour s'engager dans la campagne de Benoît Hamon. Dans un entretien à Libération, elle dénonce les «élites politiques, administratives, économiques et médiatiques» qui «détiennent le pouvoir».
Le remaniement est passé inaperçu. Lundi, la secrétaire d'État au Numérique Axelle Lemaire a démissionné pour se consacrer à sa campagne des législatives dans sa circonscription des Français de l'étranger qui couvre l'Irlande, le Royaume-Uni, les pays scandinaves et les pays baltes. Pour participer à la campagne de Benoît Hamon aussi. «Il a de l'humilité dans son approche, une ambition dans son projet et une authenticité, a-t-elle expliqué à Libération. Il est le candidat capable de proposer ce projet alternatif de construction de l'alternative».
Expatriée à Londres où elle fut juriste internationale au sein de cabinets d'avocats avant de devenir collaboratrice parlementaire à la Chambre des Communes, Axelle Lemaire aurait pu, au regard de son parcours et de son engagement pour développer l'économie numérique, se rapprocher d'Emmanuel Macron. Comme lui, elle s'enorgueillit d'avoir participé à l'essor de la French Tech et vante le développent de la grande école du numérique. Sauf qu'entre ces deux-là, le courant n'est jamais passé lorsqu'ils travaillaient ensemble à Bercy. De fortes tensions sur les projets de loi sur l'économie numérique les ont durablement éloignés l'un de l'autre.
Mais surtout, elle ne se sent pas proche des socialistes qui ont décidé de rejoindre l'ancien ministre de l'économie dans sa campagne. «Je ne partage pas leur constat d'une disparition des frontières politiques. Pour moi, c'est une fois définies nos identités que l'on peut discuter», assure-t-elle. Quant à Emmanuel Macron, sans le citer nommément, elle dénonce tout de même en creux «l'hyper-personnalisation du régime présidentiel français, vrai aboutissement d'une logique monarchique». Suivez son regard...
Au côté de Benoît Hamon, c'est une identité très «anti-élites» qu'elle va chercher à affirmer. «Au gouvernement, j'ai fait le constat inquiétant de l'essoufflement de nos institutions démocratiques. Notre pays est gouverné par 3000 personnes qui détiennent les clés du pouvoir», dénonce-t-elle. On n'est pas loin des années 1930 et du mythe des «deux cent familles», pas loin non plus de «l'establishment» dénoncé à échéances régulières par le FN, ou par Mélenchon. «Je parle des élites politiques, administratives, économiques et médiatiques de notre pays, poursuit Axelle Lemaire, selon qui le FN se nourrit du rejet de ce système. Un pays doit pouvoir se reposer sur des élites, mais des élites représentatives et redevables! Aujourd'hui, la Vème République ne le permet pas». 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« UN PAYS DOIT POUVOIR SE REPOSER SUR DES ÉLITES, MAIS DES ÉLITES REPRÉSENTATIVES ET REDEVABLES! » 

Belle analyse mais elle aurait dû rejoindre plutôt Marine Le Pen qui fait le même constat.
Au vrai, elle se dénonce elle-même ! Députée depuis 5 ans, et ministre depuis 3 ans, elle pointe les élites.
Jeter le discrédit sur les élites est décidément à la mode et pas seulement en France et pas seulement à l’extrême droite.
Certes, elle est sympathique, avec le bon point d'être allée "voir ailleurs". Mais elle devrait faire attention, tous ceux et celles qui s'attaquent au système, aux 3000 qu'elle dénonce finissent un jour avec une batterie de cuisine aux basques.
« Notre pays est gouverné par 3000 personnes qui détiennent les clés du pouvoir», dénonce-t-elle. On n'est pas loin des années 1930 et du mythe des «deux cent familles», pas loin non plus de «l'establishment» dénoncé à échéances régulières par le FN, ou par Mélenchon. «Je parle des élites politiques, administratives, économiques et médiatiques de notre pays »
Le discours anti-élite fait recette. Lepen et Melanchon en ont fait leur fonds de commerce.  Il y a du monde sur ce marché porteur.
Une certaine  gauche bobo semble abandonner ses valeurs républicaines à l'extrême droite : la laïcité , la nation , l'intelligence. C'est carrément affligeant.
Par ailleurs en braquant leur projecteur en permanence sur le FN, inconsciemment ou à dessein les medias renforcent son impact et son pouvoir comme le montre Attali.
MG 


LES MÉDIAS, ALLIÉS OBJECTIFS DE MARINE LE PEN ?
Jacques Attali 

Les médias de l’ensemble des pays démocratiques doivent assumer une réalité difficile à dire et que, pourtant, inconsciemment ou consciemment, ils vivent tous les jours : Dans toutes les démocraties, les médias, même et surtout les plus respectables et les plus démocratiques d’entre eux, ont, à court terme, intérêt à l’élection des partis populistes, justement parce qu’ils en sont les plus éloignés.
Pour un journal, comme pour tout autre média, rien n’est plus en effet ennuyeux que d’avoir à soutenir un gouvernement, une politique : personne n’aime lire les compliments et les éloges du pouvoir ; encore moins en écrire. Rien, au contraire, n’est plus amusant que de critiquer, de combattre, et de penser, même, qu’on peut, par ses critiques, faire tomber un puissant. Il en va de même pour les autres médias. Aussi, devinent-ils que l’élection d’un populiste leur donnerait un nouveau rôle, fort avantageux, et ils ne verraient, même s’ils ne se l’avouent pas, que des avantages à se retrouver dans cette situation.
Ironiquement, en rêvant, inconsciemment, d’etre ainsi, placés seuls, dans la posture du critique d’un pouvoir populiste, les médias se placent eux-mêmes dans la posture du populiste, qui n’est parvenu au pouvoir qu’en critiquant la totalité des autres pouvoirs.
Ce qui se joue aux Etats-Unis en ce moment doit nous servir d’avertissement. Ce n’est pas l’excès d’attaques par les médias américains qui a fait élire Trump, c’est au contraire leurs faiblesses et leurs maladresses, plus encore que celles d’Hillary Clinton. Aujourd’hui, les médias hostiles au nouveau pouvoir tirent de son élection une grande audience ; et des revenus plus grands encore: jamais même, depuis l’avènement d’internet, et les menaces qu’il fait peser sur les médias, n’a-t-on vu un tel regain d’intérêt pour ce qu’écrivent les journaux et pour les programmes de télévision. Et tous ceux qui ont eu le bonheur d’être récemment désignés par le Président comme les « ennemis du peuple américain » voient leurs chiffres d’affaire augmenter massivement, au point qu’ils ne savent plus s’ils rêvent de réussir à le renverser, par souci démocratique et pour vérifier leur pouvoir, ou s’ils préfèreraient, au contraire, ne pas y réussir trop vite, pour exploiter le plus longtemps possible cette inattendue mine d’or . A moins qu’ils ne jubilent à l’avance d’imaginer comment le vice-président Pence, pourrait devenir, une fois Trump renvoyé, une fort jolie cible ; lui qui rêve de transformer les Etats-Unis une théocratie fondamentaliste,
Jeu très dangereux : un jour, un de ces présidents populistes, qui aura été une des créatures de ses adversaires, décidera qu’il faut mettre en prison ces « « ennemis du peuple » ; et ce sera la fin de la démocratie américaine. On a connu cela dans le passé en Europe. On connait cela aussi aujourd’hui dans bien des pays, tels la Turquie. Et cela menace aux Pays-Bas, en Italie, et même en Allemagne.
En France, on pourrait assister, exactement à la même évolution: Les médias espèreront-ils, comme la presse américaine, se refaire une santé financière en devenant, (après l’installation de Marine Le Pen à l’Elysée et la victoire du Front National, qui s’en suivrait, aux élections législatives,) la principale force d’opposition ? Se rendent-ils compte, dès aujourd’hui, qu’ils préparent cette situation et font le jeu du Front National, en ne l’attaquant pas aussi sérieusement qu’ils le pourraient, ne le traitant comme un parti comme les autres ; en ne décrivant pas le chaos qu’entrainerait son arrivée au pouvoir, en n’analysant pas en détail l’absurdité de son programme, en ne dénonçant pas autant qu’ils le pourraient les énormes scandales que constituent les comportements de ses dirigeants, en ne critiquant pas leur corruption, leur vol d’argent public, leurs petites combines de toute nature, en ne parlant pas assez de leur malhonnête financière, politique et morale ? Croient-ils sincèrement que ce serait faire le jeu du Front National que d’en faire une cible prioritaire de leurs critiques ? Préfèreront-ils, dans les semaines qui restent, ne dénoncer que les erreurs et les fautes, aussi coupables soient-elles, des démocrates ?
En tout cas, en reportant à plus tard les critiques raisonnées qu’ils devraient lui adresser dès aujourd’hui, en traitant le Front National comme un parti démocratique et fréquentable, ils risqueraient d’être considérés par l’Histoire comme ses alliés objectifs.

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